‹ La France sous Louis XVI (volume 4)Chapitre 83 sur 177 · BIZARRERIES DE LA REINE · texte numérisé non relu

BIZARRERIES DE LA REINE

aux objets sérieux et utiles. Tous ces chapitres ont été... amplement discutés vis-à-vis de la reine; elle a paru plus que jamais y arrêter ses réflexions... La reine se fait une douce occupation d'aller, à difi*érentes heures du jour, voir son auguste enfant... Le roi partage des soins si précieux et y met une suite et une tendresse qui est le gage de celle qu'il a vouée à la reine. Il n'y a certainement rien à désirer sur cet article important, si ce n'est qu'il en produise bientôt de nouveaux eflets par une grossesse pour laquelle toute la nation fait des vœux. ^

A ce moment d'espérance surgit un caprice de la reine ; elle reprit son ancien goût pour Texercice du cheval. « Le premier médecin s'y oppose autant qu'il est possible, mande Mercy à Vienne, et le public forme avec regret la conjecture ou que la reine n'est pas vis-à-vis du roi en position de devenir grosse... ou que, si elle y est, cette auguste princesse marque peu de désir et de soin à éviter les dangers contraires à un pareil état... de pareils raisonnements... portent une atteinte réelle à l'attachement que l'on doit à la reine... mais, jusqu'à présent, nos très humbles instances, qui vont jusqu'à l'importunité, n'ont pas encore produit grand effet. »

Quand l'exercice du cheval fut forcément suspendu, les ipréoccupations de ses deux conseillers, Mercy et l'abbé de Vermond, tout en changeant de nature, eurent encore le même objet : celui de la considération de cette princesse, que le manque de réflexion, le goût de la dissipation, allaient compromettre de la manière la plus bizarre. La reine était à Trianon avec sa maison, qui occupait le petit château II. 19

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et Tancien, quand, dans la nuit du 31 mars, elle devint souffrante ; les médecins ne tardèrent pas à reconnaître un commencement de rougeole. La maladie n'étant qu'une indisposition, on dit de suite, dans son entourage frivole, qu'elle allait bien s'ennuyer, et quatre des invités de ce voyage passager, les ducs de Coigny et de Guines, le comte Eslerhassy et le baron de Besenval, appartenant tous à la société habituelle de la reine, offrirent de lui tenir compagnie. Marie-Antoinette fit demander au roi son adhésion, qu'elle obtint aussitôt de ce prince habitué à ne lui rien refuser, et ces quatre messieurs s'installèrent dans la chambre. À peine furent-ils à leur poste <ic qu'ils prétendirent veiller la reine pendant la nuit. » Mercy et Vermond durent faire les plus grands efforts pour obtenir qu'ils quitteraient à onze heures du soir et ne reviendraient que le matin.

L'çtrangeté d'un pareil spectacle provoqua une série de plaisanteries inconvenantes, et les cpurtisans se mirent à chercher qu'elles seraient l^s dames choisies pour soigner le roi dans un cas de maladie. (c Indépendamment du mauvais effet qu'une forme si inusitée avait produit, continue Mercy, j'ai encqre * eu à m'affliger davantage de toutes les idées misiblçs suggérées à la reine, dans ses conversations, avec ces quatre personnages ; des insinuations d'intrigues, des personnalités, des vues faussas do tout genre, rien n'a été omis pour induire I9 rei©e e^ erreur. Elle avait exigé absolument, par attention pour le roi, qu'il n'entrât pas chez elle. La société susdite osa critiquer Tacquiescement du roi à cette volQijtté de la reine, et elle prit de l'humeur contre

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DÉPENSES EXTRAVAGANTES. ^9i

son époux. Je tremblai des suites que cette tracasserie pouvait avoir, et, le dixième jour de la maladie, j'imaginai, de concert avec Tabbé de Yermond, de porter la reine à écrire quelques lignes d'amitié au roi. La proposition fut d-abord reçue et rejetée avec une aigreur extrême. Je dois la justice à Tabbé de Vermond que ce fut Jui seul qui ramena la reine.... Grâce au ciel, cette fâcheuse époque est terminée. — a La compagnie de ces quatre messieurs dont ma fille a fait le choix dans sa maladie m'a bien affligée, répond Marie-Thérèse à ce récit, non seulement par la critique à laquelle elle s'est exposée par cette démarche peu réfléchie, mais plus encore parles impressions déplacées que d'aussi mauvais sujets peuvent lui avoir inspirées. J'imagine bien toutes les peines que vous aurez employées pour en arrêter le progrès, conjointement avec l'abbé de Vermond ; mais je crois qu'il vous coûtera encore beaucoup â les déraciner entièrement. »

Livrée, par sa légèreté, aux idées qui étaient de mode autour d'elle, Marie-Antoinette n'avait pas pu échapper à cette sorte de vanité des grands seigneurs qui étaient souvent plus fiers des dettes qu'ils contractaient que du soin qu'ils auraient pris à les payer. Blessé par les enfantillages de la souveraine, le public se préoccupait des prodigalités de la cour, qu'il regardait non seulement comme des atteintes à ses intérêts, mais comme des insolences.

La princesse qui venait de naître devait coûter à Dépentei rÊtat, pendant les six premiers mois, 386,586 livres dîÏ778?ÎTw. (près de deux millions, argent de notre temps)» La venue de cet enfant coïncidant avec le moment où

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t^t LIVRK DEUXIÈME.

cesserait ce que Ton appelait le bas âge de la jeune sœur du roi, qui devait avoir quatorze ans au mois de mai 1778 ; il fut résolu que « remploi des nourritures de la gouvernante» des trois sous-gouvernantes, du chirurgien, de la remueuse, de la gouvernante des nourrices retenues, et de l'argentier, devait continuer d'avoir lieu jusqu'à l'époque de la naissance de l'enfant dont la reine était enceinte ^

La princesse Elisabeth coûtait, en atteignant l'âge de quatorze ans, plus de trois cent mille livres à l'État (quinze cent mille francs de nos jours), quand le roi porta la somme de soixante-douze mille livres destinés à sa garde-robe à cent vingt mille et fixa à

* Cette somme ae décompose ainsi : cinquante louis donnés à la nourrice pour la première dent de Tenfant, 193,386 pour ses dépenses pendant les six premiers mois, et 187,000 livres pour l'achat de la layette. La dépense de 193,366 livres comprenait le traitement des dames qui entoaraient Tenfant. Celui de la princesse de Guéménée» gouvernante des enfants de France, est de 67,200 livres, ainsi décomposées : à l'oceasion de M«« Elisabeth, 3,600 livres, et 24,000 livres pour plats et grandes livrées; à l'occasion de Madame, fille du roi, 3,600 livres, et 24,000 livres pour plats et grandes livrées, et, en sus, 12,000 livres de pension. « Vous ve^ rez, écrit le ministre de la maison du roi en expliquant la cause des différentes sommes ^ payer, que ce traitement est relatif à deux services dans deux générations différentes, en sorte que si la princesse de Gnéménée n'avait commencé ses fonctions qu'à compter de la naissance de Madame, fille du roi, elle n'aurait eu pour tout traitement que 39,600 livres employées pour ce service, et ce traitement aurait augmenté de 3,600 livres d'appointements à la naissance de chaque prince ou princesse. » (Àrehive$ nationales.O^ 421 : le ministre de la maison du roi à Sainte-Foy, 17 octobre 1780.) Le traitement de la baronne de Makau était, en 1779, de 12,300 livres, ainsi décomposé : 1,200 livres pour traitement conservé près de la princesse de Piémont (la sœur du roi, mariée hors de France), 1,200 livres pour ses services auprès de madame Elisabeth, 3,600 livres payées pour sa nourriture à l'occasion de ces deux princesses, 1,200 livres piour son service auprès de Madame, fille de Louis XVI; 3,600 livres pour sa nourriture à cette occasion, 1,500 livres pour son logement. Le trai* tement de la marquise de Sancy était de 11,100 livres, parce qu'elle n'arait pas servi la princesse de Piémont et ne recevait pas 1,200 livres à cette occasion. (Archives nationales 0'4?0, 23 janvier 1779, maison delà reine.)

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