LE CLERGÉ ENNEMI' DE TURGOT
VOUS qu'il y a quelque chose dessous. Le même langage que vous me marquez a porté aussi nos gens de Bohême, hors que les vôtres étaient pour la cherté du pain et les nôtres pour les corvées. Ils ont prétendu aussi qu'il y avait une ordonnance qui les abolissait. En général, cet esprit de mutinerie commence à devenir familier partout; c'est donc la suite de notre siècle éclairé. J'en gémis souvent ; mais la dépravation des mœurs, cette indifférence sur tout ce qui a rapport à notre sainte religion, cette dissipation continuelle, sont cause de tous ces maux. j>
Le clergé, plein de préventions contre Turgot, le Le ciergé ennemi
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traitant presque d athée a cause de ses liaisons avec desesprojetB
1 •* i*i 1 ji*ji9 ide réformes.
les principaux philosophes, se scandalisa de rappel qu'il lui avait adressé en lui faisant écrire parle roi une sorte de lettre pastorale. Des évêques l'accusèrent de vouloir faire insensiblement du roi le chef de l'Église gallicane, et conséquemment de tendre à détruire la religion. Plusieurs curés avaient fourni de l'argent à leurs paroissiens pour aller acheter du blé à douze francs le setier, ce qui était le chiffre fixé par les émeutiers ; d'autres étaient montés en chaire pour déclamer contre les ministres du roi : attitude qui n'avait pas profité à leur ordre, car bien du monde les accusait d'avoir fomenté les émeutes, et les enne mis des prêtres, signalant l'époque des pillages, calculaient qu'ils avaient eu lieu au moment des pâques, où, disaient-ils, les esprits s'étaient exaltés dans la confession. Le clergé acceptait La Vrillière avec ses maîtresses et son cynisme, sans s'en formaliser; ce n'étaient donc pas les convictions religieuses de Turgot qui devaient l'effrayer, mais bien l'esprit
2iO LIVRE DEUXIÈME.
de réforme qu*il lui attribuait et dont il avait déjà faH preuve comme intendant. Il en était du clergé comme des financiers et des gens de cour, qui tous redou* taient une atteinte à leurs intérêts pécuniaires; mais le clergé avait une raison de plus pour se tenir instinctivement sur la défensive : cette raison était l'esprit de corps, d'autant plus puissant chez lui qu'il faisait partie d'un gouvernement dont les formes étaient théocratiques. Ses habitudes d'esprit avaient lié ses intérêts purement matériels à sa foi religieuse ; toucher à ses revenus d'une manière qaelconque, c'était attaquer la religion. Il en était de même pour le pouvoir qu'il exerçait dans l'État. Le clergé avait le sentiment que sa puissance temporelle était à bout, et, comme toute puissance qui décline, il s'attachait à ses privilèges avec une sorte de désespoir. Nier l'influence qu'exerce l'esprit de corps, les habitudes du commandement sur les âmes les plus désintéressées, sur les cœurs les plus purs, ce serait nier la lumière.
Lo clergé fran- Lcs événcmcuts arrivés de nos jours confirment
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Jour» le partisan ccux du passc. Un evcquc n écrira pas, comme en m"e"t*^ïïé^îir 1750 celui de Verdun, à l'occasion d'un impôt re- '***"*• fusé par le plergé : « Les immunités de l'Église font partie de^Ja religion catholique, i^ mais il ne sera pas bien éloigné d'en juger ainsi pour d'autres objets. Le croira-t-il par suite d'une réflexion sérieuse ou par suite de cette pensée vague qui confond la direction des âmes avec celle de la conduite des intérêts matériels d'un peuple, et les actes que la loi humaine peut atteindre avec ceux que la conscience seule peut réprimer? Il est difficile de le dire. Mais ce qui est