‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 18 sur 98 · LE CLERGÉ ENNEMI DE TURGOT · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ ENNEMI DE TURGOT

certain, c'est Tindulgence de l'Église pour tous les gouvernements qui ont offert à ses propres membres soit une influence politique^ soit des honneurs. Ce qui est certain, ce sont ses condescendances pour tous les souverains qui ont fait acte de déférence pour elle, quelle que fût la flagrante opposition qui existât entre leur conduite et lès règles de la morale chrétienne. On dirait vraiment, Thistoire en main, que le clergé sMncHne devant cette pensée de La Rochefoucauld : (T Uhypocrisiè est un hommage que le vice rend à la vertu. 9 Comment oublier le contraste récent quMl a offert de nos jours. Un roi * respectable dans ses mœurs, respectueux pour la religion, a toujours trouvé le clergé parmi ses adversaires, parce que, n'acceptant pas la communion comme une étiquette de cour et une nécessité de la royauté, il refusa de , se rendre coupable d'un sacrilège. Un aventurier ^ au contraire, arrivé au pouvoir par un crime, trouvait la sympathie des prêtres parce qu'il leur offrait des honneurs et du pouvoir, et mêlait sans remords les pra-* tiques religieuses aux orgies de sa vie. Le clergé, malgré les vertus individuelles d'une foule de ses membres, montrait déjà , dans la lutte qui s'engageait pour le peuple, que les corporations sont presque fatalement amenées à donner de la réalité à cette désolante remarque du même moraliste : a Les vertus se perdent dans Tintérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. y>

Turgot, embarrassé devant ce soulèvement étrange Appariuon d'un des populations, traité de rêveur, d'homme à système '7^ p?éjn"él"'

populaires.

' Le roi Louis-Philippe.

I ' Napoléon UI,

par les pêrsonnes*qui avaient intérêt à le décrier ; mé^ connu des gens légers et prévenus, qui, sans daigner lire les ordonnances qu'il avait promulguées, affirmaient, comme Marmontel, qu'il avait donné une loi <K en faveur de la libre exportation des grains nonseulement de province à province, mais au dehors et dans tous les temps; S Turgot, dont les amis étaient voués au ridicule, presque à l'outrage, dans descaricatures faites contre ces novateurs qu'on nommait les économistes : Turgot vit paraître, 'dans ce moment d'agitation, un livre destiné à décrier ses efforts et à égarer le bon sens public.

Ce livre ne fournissait aucun argument sérieux sur les questions soulevées par les événements, ne donnait aucune conclusion sur ce qu'il y avait à faire. ^ C'était, à propos des grains, le pastiche du Contrat social de Rousseau, que tant de gens admirent sans avoir eu la patience de le lire. Il portait le titre : Sur la législation et le commerce des grains; il était d'un banquier, d'un homme qui s'était créé une grande fortune :,celui-ci ne devait pas être un rêveur. Le danger du livre était dans cet argument : M. Necker, qui est un homme d'affaires, n'est pas de l'avis de M. Turgot ; donc M. Turgot a tort.

Necker. Ncckcr, dcsccndant d une famille irlandaise^ était

^ M"* Campan, dans ses Mémoires, t. I, p. 157, écrit, à propos de Tiosurrection de 1775 : « Le nouveau système de M. Turgot pour la liberté indéfinie du commerce des grains, en fut la cause ou le prétexte. » Le comte de Mirabeau, en admirant Turgot, est tellement sous TimpressioD du décri public, qui traite de visionnaire un administrateur éprouve par une longue expérience des hommes et des choses, qu'il écrit : a C'est un homme établi sur la lanterne des Invalides, qui ne voit plus que la fourmilière qui est au-dessous de lui. » Mémoiret de Mirabeau. 1834, in-8% t. ni, p. 162.

NECKER DE 1764 a 1775. 213

fils d'un professeur de droit public établi à Genève. Il était venu à Tâge de quinze ans à Paris, dans la maison de banque d'un de ses compatriotes nommé Vernes. Au bout de trois ans il avait, malgré son jeune âge, obtenu la .confiance entière du banquier, et il se trouvait encore un des premiers employés de sa maison dix années après, passant ses journées au travail et se délassant, dans ses soirées, chez une belle Genevoise, madame de Vermenoux. Ne pouvant la déterminer à rompre son veuvage en sa faveur, il s'attacha à une demoiselle Curchod, qu'il trouvait sans cesse chez elle. Fille d'un ancien pasteur protestant du village de Crassy, entre Genève et Gex, et d'une Française qui avait préféré sa religion à son pays, Suzanne Curchod avait reçu de son père une éducation toute littéraire et même savante. Elle était d'une beauté assez remarquable pour que le peintre Liotard l'eût priée de lui servir de modèle dans un tableau fait pour orner un monument public de Genève. Son portrait, fait à cette occasion, avait charmé Marie-Thérèse, qui l'avait acheté comme la représentation idéale d'une jeune fille tenant un livre à la main. Suzanne Curchod avait séduit les membres de sa famille, qu'elle voyait quelquefois à Lausanne, par son érudition sans pédanterie et la délicatesse de ses sentiments. L'historien Gibbon, qui habitait cette ville, voulut la voir sur la renommée de son esprit, et Veut épousée si son père ne s'y fût opposé. Privée de ressources à la mort de son père, Suzanne vint à Genève, soutenant sa mère en donnant des leçons pour vivre, et conservant, au milieu de la plus grande détresse, le respect de tous ceux qui rapprochaient.

211 LIVRE DEUXI&ME.

Quand Necker se décida à épouser mademoiselle Curchod, en 1764, il était âgé de trente-deox ans*. A peine eut-il un intérieur que madame Necker, qui avait, nous apprend Tabbé Morellet, ce une grande passion pour les lettres et la célébrité qu'elles peuvent donner, » lui demanda, ainsi qu*à Marmontel et à Tabbé Raynal, deux habitués de la maison de madame de Yermenoux, de lui former une société de gens de lettres» On choisit le vendredi de chaque semaine pour ces réunions, parce que madame Geoffrin les accueillait les lundis et mercredis, qu'Helvétius les recevait le mardi, et le baron d'Holbach les jeudis et dimanches. « La conversation y était bonne, continue Tabbé Morellet, «quoique un peu contrainte par la sévérité de madame Necker, auprès de laquelle beaucoup . de sujets ne pouvaient être touchés, et qui souffrait surtout de la liberté des opinions religieuses. » Etrangère aux mœurs de Paris, affirme Marmontel, qui entre dansplus de détails sur elle, elle était a sans goût dans sa parure, sans aisance dans son n^intien, sans attrait dans sa politesse ; son esprit, comme sa contenance, était trop ajusté pour avoir de la grâce. Mais un charme plus digne d'elle était celui de la décence, de la candeur, de la bonté»

* Œuvres complètes de Turgoty t. I, p. 183, 185, 188, 190 et soiv., 192, 1%.-- Archives nationale8,0* 471, fol. 158;0< UO, fol. 130.-lf<^moires sur la vie et les ouvrages de M, Turgot, t. II, p. 45. — Correspondance secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy, t. Il, p. 341; t. m, p. 406, 414, 433. — Mémoires de Vahhé Terrai^ p. 254 et suiv. - Mémoires de Gibbon. Paris, an V, in-4", 1. 1, p. 103 et suiv. — Mémoires secrets pour servir à V histoire delà république des lettres, t. Vïl, p. 265; t. VIII. p. 36, 38, 132. — La France sous Louis XV, t. IV, p. 153. - Les pensées^ maximes et réflexions de M. le Duc, Paris, 1765, in-I2, p. 128, 161. — Mémoires posthumes de Marmontel. 1804, in-12, t. III> p. 218, 287 et suiv., 297. —Political portraits in this new era by William Playfair. Londres, 1814, in-8% t. II, p. 382.

NËCKËR DE 1764 A 1775. 21 S

Le sentiment en elle était parfait ; mais, dans sa tête, la pensée était souvent confuse et vague... Elle sem* blait ne voir certains objets qu'à travers un brouillard qui les grossissait à ses yeux; et alors son expression s'enflait tellement que Temphase eût été risible, si Ton n'avait pas su qu'elle était ingénue... On eût dit qu'elle réservait la rectitude et la justesse pour la règle de ses devoirs. Là, tout était précis et sévèrement compassé... On la voyait tout occupée à se rendre agréable à la société... Ce n'était point pour nous, ce n'était point pour elle qu'elle se donnait tous ces soins ; c'était pour son mari, pour le faire connaître, lui concilier nos esprits, faire parler de lui avec éloge dans le monde, et commencer sa renommée : tel fut le principal objet de la fondation de sa société littéraire. »Necker écoutait, n'ouvrant la bouche que a pour lâcher quelques traits piquants et quelque persiflage fin des philosophes etdesgensdelettres, dont sa femme, à son avis, était un peu engouée. Sa femme, de son côté, le plaisantait sur ses gaucheries et sur son silence, mais de manière à le faire valoir. » La description de cet intérieur si calme, de ces vertus religieuses si sincères, de cette vanité naïve à la fois chez la femme qui ne pense qu'à son époux et l'admire, chez le mari qui ne sort de sa réserve habituelle que dans les rares moments où il s'agit de sa profession, tout révèle un niveau intellectuel qui ne dépassait pas celui de la société éclairée du temps. Il confirme le jugement de Marmontel sur Necker, quand il écrit: qu'accoutumé, dès sa jeunesse, aux opérations mystérieuses d'une banque, et enfoncé dans les calculs des spéculations commerciales, il

connaissait peu le monde, fréquentait peu les hommes, très-peu même les livres, et n'était que superficiellement et vaguement instruit de ce qui ne concernait pas la science de son état.

Avec sa fortune, qui s'accrut rapidement^ surtout depuis le moment où il forma une maison de banque avec MM. Thélusson, Necker vit s'agrandir nécessairement le cercle de ses relations. Il devint un des syndics de la compagnie des Indes, ce qui le mit en rapport avec des seigneurs de la cour, notamment avec le duc de Ghoiseul. Quand le contrôleur général Mainon d'Invault voulut détruire la compagnie et fit publier, dans unmémoire, lescharges qu'elle imposait à l'État et le tort qu'elle causait au commerce, Necker soutint les actionnaires opposés à sa dissolution, se plaçant ainsi, dans sa réfutation des arguments et des chiffres présentés par Morellet, en adversaire du parti des économiste^, qui répudiait les monopoles. Éloge do coibert Esprit à la fois positif et étroit, vaniteux et désinre^orte ?J prix tércssé, Ncckcr, arrivé à une grande fortune, cher- ^l'Acrdôm" c^siit I21 renommée, quand l'Académie française pro-

française, 1773. p^gg^ ^^ p^j^^ p^^j. ^^ élOgC dc Colbcrt. SoU ŒUVrC,

qui fut couronnée en 1773, au moment où il atteignait quarante-deux ans, porte à la fois la naïve empreinte de son caractère et des limites que son .intelligence ne devait pas franchir. Après quelques détails sur les commencements de la vie de Colbert, il arrive au moment où il atteint le ministère, et s'écrie : a Quel emploi ! quels devoirs! Si, comme nous l'avons estimé dans notre orgueil, l'homme est l'image de Dieu sur la terre, celui qui peut, avec le plus de motifs, prétendre à cet auguste titre, c'est, après le

NEGKER PE 1764 a 1775. 217

monarque, Tadministrateur des finances d'un grand État. Gomme le maître du monde, il sait gouverner sans effort et sans paraître ; ainsi que l'Etre suprême fait servir le mouvement à Tharmonie de l'univers, il doit diriger les passions vers la force et la félicité publiques... Oh! quelle éminente et redoutable fonction que celle où l'on peut se dire : tous les sentiments de mon cœur, tous les mouvements de ma pensée, tous les instants de ma vie, peuvent nuire ou servir au bonheur de vingt millions d'hommes, et préparer la ruine ou la prospérité de la race future ! » Il médite ensuite sur les qualités nécessaires à un administrateur des finances, qui doit posséder « la sensibilité qui lui donne le désir d'être utile aux hommes, la vertu qui lui en fait un devoir, le génie qui lui en ouvre les moyens, et le caractère qui les met en usage. j> Il constate que « les facultés de l'esprit qui doivent former le génie de l'administrateur sont tellement étendues et diversifiées, qu'elles semblent pour ainsi dire hors de la domination de la langue... II faut pour ainsi dire que l'univers se déploie devant lui, » et il s'écrie, « que tous ces hommes médiocres qui désirent avec tant d'ardeur que cette place soit vacante, et qui se présentent avec tant de confiance pour la remplir, se soulèvent un moment, et mesurent des yeux ces immenses proportions qui doivent former un grand administrateur, et qu'ils se regardent ensuite ; nouveaux Phaétons, qui se disputent le char du soleil pour embraser le monde au lieu de l'éclairer. » Il décrit ensuite l'état des finances depuis la mort de Sully, et passe aux améliorations apportées par Col-

bert dans les impositions. Dans la partie où il parlé des services rendus par ce ministre à Tagriculture, il adopte les théories de Quesnay sur le rôle des propriétaires de terre ; il parle de Tagriculture qui € fait naître les subsistances, y> des manufactures (K qui les retiennent, et les font servir en entier à la population nationale, d En étendant, dit-il, oc et ranimant comme il le fit la marine, la pêche, le commerce, les colonies, les arts et les manufactures, il présentait à la terre de nouveaux hommes à nourrir et aux propriétaires de nouveaux objets de puissance et d'émulation... Mais, dit-on^ il n'a pas permis dans tous les temps la sortie des blés, sans mesure et sans limite, il n'a donc pas senti que la liberté est Tâme du commerce, jf Cette phrase de polémique, adressée aux économistes, l'appelle à démontrer que Colbert, comme tout homme aux prises avec les réalités matérielles de la vie, ne suivait aucun principe absolu, et que s'il cherchait à faire consommer les blés français dans l'intérieur du pays, il ne proscrivait pas pour cela l'exportation du superflu des récoltes, quand il y en avait. Â propos des manufactures qui ont développé le luxe, Necker parle de la loi des propriétés qui produit des inégalités de fortune ; avec l'ignorance d'un homme qui n'a jamais médité sur ce grave sujet, il a adopté en partie les erreurs des économistes sans comprendre les vérités qu'ils ont mises en lumière. Les paradoxes de Rousseau se confondent dans son esprit avec les observations de Quesnay: « La plupart des hommes sont condamnés, par les institutions de la société, à consacrer tout leur temps, dès leur plus tendre enfance, au travail

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qui doit les nourrir •«.. Tout principe de vertu qui exige de Tétude ou de la réflexion n'est pas à leur usage* » Il remonte comme Rousseau à l'origine des sociétés : ce Le plaisir d'aimer aurait pu réunir autour de l'homme quelques-uns de ses semblables, mais la haine et le désir de la vengeance formèrent les grandes associations*. • On établit et on assura les propriétés pour exciter au travail et prévenir des dis^ putes éternelles. Le souverain devint le garant de de toutes ces conventions; il dut veiller au bonheur des particuliers. » Le principe de la propriété est pour lui un arrangement social^ et il discute dans des chapitres : « S'il est vrai que les propriétaires de terre constituent seuls la société. Comment les propriétaires de terre ont intérêt à la population, t> et il en consacre plusieurs autres à examiner la question de l'exportation des blés chez les nations naissantes, chez les nations pauvres, chez les nations riches. Il recherche s'il est possible d'établir, par une loi permanente, les conditions de la libre exportation des grains, ce qui l'amène à conclure qu'il faut permettre, par une loi, qc la sortie de l'excédant en désignant la quantité. y> Il prenait occasion de cet éloge pour parler, dans des notes aussi développées que l'œuvre même, des diverses sortes d'impôts, de l'argent, des monnaies, des banques, déclarant Tinstitution des billets de banque dangereuse dans un pays monarchique, et il finissait par un chapitre intitulé : «Quel genre de luxe faut-il exciter par préférence ? » Cela l'amenait à répudier comme contraire à la population le luxe ce des parcs, des chemins fastueux et des chevaux. »

JugeniADt de

Voltaire sur

l'éloge de

Golbert.

Necker prôné

auprès du roi;

le marquis

de Pezai.

Voltaire, consulté par W^ Du Deffand sur cette œuvre, la caractérise en ces termes : « Vous voulez absolument, Madame, que je vous dise si je suis content d'un ouvrage où il y a autant de mauvais que de bon, autant de phrases .obscures que de claires, autant de mots impropres que d'expressions justes, autant d'exagérations que de vérités. Que voulezvous que je vous réponde? Je m'imagine que vous pensez comme moi, et j'ai la vanité de croire penser comme vous. On dit que c'est le meilleur ouvrage de tous ceux composés sur le même sujet. 3>

Publié sans le nom de l'auteur, mais avec un appendice sur les a rapports et contrariétés entre le bonheur des particuliers et la force publique, 2> sur a les sources de la population et de la richesse, ]» sur € le crédit public, 7> cet essai littéraire était évidemment un des premiers jalons de l'ambition d'un banquier qui^ après avoir acquis la fortune, aspirait à une position politique, et ne craignait pas de disputer le char du soleil, suivant son expression, en nouveau Phaéton qui espère éclairer la terre et non l'embraser.

Peu de temps après ce succès académique, qui avait créé à Necker une certaine renommée parmi la société influente et lettrée de Paris, une occasion se présenta à lui d'être connu du roi.

Parmi les personnes qui hantaient son salon, se trouvait un marquis de Pezai. Fils d'un Genevois nommé Masson, qui était devenu premier commis des finances en France, ce Pezai avait su mettre à profit les relations de sa sœur, mariée à un garde du corps, M. de Cassini, puis lice avec le comte de Maille-

NEGRER DB 1764 a 1775. 22i

bois, pour s'anoblir et faire figure dans Tarmée. Aide de camp du prince de Rohan dans la guerre de 1756, il s'était, après la paix, créé une certaine notoriété littéraire par des vers et des pièces de tbéâtre.Traité Familièrement par Necker , comme un jeune homme et un commensal de sa maison^ le banquier lui dit un jour, en 1766 : a Vous serez mon enfant perdu. Je vous ferai écrire des lettres au roi. » Paroles en Taîr, qui pouvaient tout au plus se rapporter aux affaires de la compagnie des Indes, qu'il avait essayé de réorganiser deux ans avant. Cette bou^ tade, rappelée bien des années après par M'"^ de Cassini, s'était presque réalisée par suite de l'audace de Pezai. Devenu l'amant de M°*® de Montbarrey, et de plus en plus mêlé dans la société des courtisans, il avait résolu de profiter d'un nouveau règne pour améliorer une situation plus brillante que riche, et adressa à Louis XVI une lettre sur les affaires politiques du temps. Elle n'était pas signée ; mais comme il avait développé ses idées à M. de Sartines dans une conversation, quelques jours avant, le lieutenant de police, interrogé par le roi, put facilement indiquer l'auteur de la missive. Pezâi, bien traité par Sartines lorsqu'il y retourna, conclut de ses politesses que le roi était satisfait, et hasarda une seconde lettre, priant Louis XVI, pour lui prouver que sa correspondance ne lui déplaisait pas, de s'arrêter vis-àvis de la croisée d'une pièce qu'il traversait en se rendant à vêpres. Le roi s'y arrêta, et Pezai continua sa correspondance. Besenval, mis au courant de cette intrigue, avertit la reine de ce qui se passait. Marie-Antoinette en parla à son époux, qui la nia

avec dédain, en ajoutant : n Croyez-vous que je me compromette avec de pareilles espèces? i» Et il continua à encourager cette correspondance.

Pezai se vanta tout naturellement de ses relations royales, fut traité avec considération par Haurepas, par Sartines, devenu ministre de la marine, et généreusement par Necker, qui, enchanté d'avoir ainsi un moyen d'aborder Louis XVI, aida Pezai de sa bourse et de ses conseils en fait d'avis financiers li faire prévaloir. L'ambition de participer à la direction des affaires publiques que révélait Téloge de Colbert s'accrut par suite de cette facilité d'aborder le maître de toutes les grâces. Pezai, oubliant ses opéras-comiques, ses lettres de Vénus à Paris, devint l'ennemi acharné de Turgot, poursuivit le contrôleur général de ses vers, de ses sarcasmes, et Necker, son inspirateur, résolut de profiter de l'émotion causée dans le public par la question des blés pour accaituer son antagonisme contre celui qu'il considérait comme son rival * .

oavragede Ccttc qucstiou gravc dcs subsistances, traitée par iStir la légisia^ Turgot avcc la sobriété du savant et de l'homme

*^m^ee d^' d'affalrcs qui va droit à son but et à une conclusion,

grains.

< Louis IVI, Harie-AfUoinette et Jf"« Elisabeth, t. IV, p. 3t (mémoires inédits da comte Valentia d*Esterhaiy). -* Réimpression de l'ancieo Moniteur, iotrodaciion historique, article Pezai et Necker. 1843, in4'* — Mémoires de Vabhé Morellet, 1. 1, p. 148 et suiv. — Mémoires posthumes de Marmontel, U III, p. 187. — Eloge de Jean-Baptiste Colhert, qui a remporté le prix de VAcadémie française en 1773. 1773, in-8», p. 1 et suiv., 6 et suiv., 15, 21 et suiv., 27, 59, 65, 69 et suiv. 72 et suiv., 96 et suiv., 115, 134. — Mémoires du comte Alexandre de TiUy. 1828. iû-8% 1. 1, p. 94 ; t. lU, p. 297. — Œuvres de Voltaire, t. LXVill, p. 368. — Mémoires secrets^ t. IX, p. 287. — Mémoires de Besenval, 1. 1, p. 157 et suiv. — Mémoires historiques du régne de Louis XVI, par Soulavie. 1801, in-8% t. II, p. 302, 304«

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