‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 37 sur 98 · INQUIÉTUDES DE MARIE-THÉRÈSE · texte numérisé non relu

INQUIÉTUDES DE MARIE-THÉRÈSE

VOUS VOUS mêlez d'une infinité de choses d'abord qui ne vous regardent pas» que vous ne connaissez pas, et auxquelles des cabales et des alentours qui vous flattent, et qui savent exciter tantôt votre amourpropre ou envie de briller, ou même entretenir une certaine haine et rancune, vous font faire une démarche après Tautre, propres à troubler le bonheur de votre vie... De quoi vous mêlez- vous, ma chère sœur, de déplacer des ministres, d'en faire envoyer un autre sur ses terres, de faire donner tel département à celui-ci ou à celui-là, de faire gagner un procès à l'un, de créer une nouvelle charge dispendieuse à votre cour?... Vous êtes vous demandé une fois par quel droit vous vous mêlez des affaires du gouvernement de la monarchie française ? Quelles études avez-vous faites?... Vous, aimable jeune personne, qui ne pensez qu'à la frivolité, qu'à votre toilette, qu'à vos amusements toute la journée, qui ne lisez pas, ni n'entendez parler raison un quart d'heure par mois, qui ne réfléchissez, ni ne méditez, j'en suis sûr, jamais... L'impression du moment seule vous fait agir, et les paroles mêmes et arguments que des gens que vous protégez vous communiquent el auxquels vous croyez, sont vos seuls guides. Peut-on écrire quelque chose de plus imprudent, de plus irraisonnable, de plus inconvenant que ce que vous marquez au comte de Rosenberg touchant la manière dont vous arrangeâtes une conversation à Reims avec le duc de Choiseul ? Si jamais une lettre comme celle-là s'égarait ; si jamais, comme je n'en doute point , il vous échappe des propos et des phrases pareilles vis-à-vis de vos in-

times confidëhts, je ne puis qu'entrevoir le malheur de votre vie. »

Marie-Thérèse empêcha Tenvoi de cette lettre, en priant son fils d'en écrire une plus adoucie dont le texte est perdu. L'impératrice avait jugé, avec son tact maternel, la dose de vérité que pouvait supporter le caractère de sa fille. Cette jeune femme, pleine d'inquiétude, voulut se recueillir et faire ses dévotions avant de confier à Mercy les émotions de son âme. Ma mère, dit-elle à Mercy, plusieurs jours après, « voit les objets dans Téloignement, elle ne les évalue pas d'après ma position, et elle méjuge à la rigueur; mais c'est ma mère, qui m'aime bien, et quand elle parle, il ne me reste qu'à baisser la tête. ]> Elle s'exalta au souvenir des reproches de l'empereur, ne voyant dans ses conseils que l'envie de la dominer et le projet de la traiter avec dureté ; puis, pensantau malheur de se brouiller avec un frère qu'elle aimait^ elle tomba dans une vive affliction. Mercy resta silencieux pendant celte sorte de mono* logue, et quand Marie- Antoinette lui demanda de lui dire ce qu'il pensait, il lui répondit qu'il était ce incapable de lui dissimuler la vérité, mais qu'après la lui avoir représentée avec tant de zèle... il se livrait à des idées affligeantes, qui le décourageaient par la perspective d'un avenir peu heureux pour la reine. » Ces confidences, en nous initiant aux sentiments les plus délicats et les plus honorables de l'esprit de fami! le, révèlent en même temps l'inanité d'une volonté royale, et la base mensongère d'une administration qui prétend s'appuyer sur elle.

Il n'était plus possible de consoler le peuple par

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ces vaines paroles qu'il répétait autrefois : a SiU roi le savait! » Tout le inonde commençait à comprendre que le roi n'était qu'un prétexte, qu'un bouclier destiné à masquer des convoitises ; et la manière dont le clergé accueillit la nomination de Malesherbes, ne pouvait que confirmer l'opinion publique dans ses défiances. <c Leclergé, dit un journal, est fort alarmé de voir M* de Malesherbes succéder au duc de La Vrillière... Les liaisons intimes de ce nouveau ministre avec M. de Turgot font craindre au corps épiscopal que ce dernier ne soit étayé de l'autre au Conseil, pour faire passer divers projets tendant au détriment du clergé, i» et «c de la religion conséquemment, » ajoutait-il avec une pointe d'ironie.

Voltaire, transporté de joie à l'annonce du choix^oiedeyoïuiieà de Malesberbes par le roi, s ecria : a La France est- dcHaiesboibcs; elle assez heureuse pour que M, de Malesherbes soit ^^m^i pûbuf^ dans le ministère? Voilà donc de tous côtés le règne de la raison et de la vertu. Je vois qu'il faut songer à vivre. » Le choix <r que le roi a fait de M. de Malesherbes, écrit un journal, fait honneur à la droiture de son cœur et confirme son aversion pour la flatterie. )» Quand le nouveau ministre parut à Ji'Opéra, un murmure d'approbation parcourut la salle, et la présence de la reine empêcha seule qu'il ne se traduisît en bruyants applaudissements.

La reine avait reçu froidement Malesherbes la pre- opiDion pnbiiqae

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miere fois qu il s était présente devant elle, mais ses daciergé. sentiments de bienveillance reparurent à la seconde iTuTc^^^l entrevue qu'elle eut avec lui. Il ne pouvait en être ^^^"*^*™ de même du clergé, qui se sentait en lutte avec l'opinion publique et craignait un ministre disposé aux

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réformes. La nation, prëobcupée des impôts, accueillait tous les projets qui avaient pour but de les rendre moins lourds en les étendant sur tous les Français indistinctement. Le clergé, par ses richesses, attirait non-seulement ses regards, mais excitait ses instincts de justice. Parmi les projets multipliés qu'on présentait au gouvernement pour la réforme des finances, il en est un qu'on voudrait voir réaliser, dit un journal, à la date du mois de mars 1775, celui e de vendre les biens du clergé pour subvenir aux besoins du royaume, ce qui ne serait point en dénaturer la destination, puisque c'est le patrimoine des pauvres; d'assurer à cet ordre des revenus fixes, proportionnés à là dignité des membres, mais bornés. 2>

A peu près à la même date, les protestants de la Guyenne demandaient au roi, dans les termes les plus pressants, la liberté de conscience ; ils invoquaient lei)r titre de citoyens fidèles, produisant des certificats de la noblesse du pays qui attestaient leur patriotisme, et ils sollicitaient la rentrée en France de leurs coreligionnaires, si cruellement proscrits. A cet appel à Louis XYI, qui était du 3 féTrier, le ministre La Vrillière répondait en renouvellant, le 1" mars, pour trois années, la dérense (a aux sujets de la religion prétendue réformée y> de vendre sans permission leurs biens meubles et immeubles.

Mémotra tnr la Turgot, qui avait le sentiment du mouvement des

tolérance remis -a * ^ •- !•• • * ^ .^

«uroiparTurgot, csprits, ct prcsscntait 1 rmprcssiou fausse que pourjoini775. ^gjj donner à un jeune homme pieux la réunion

prochaine de l'assemblée générale du clergé, s'était

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