‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 36 sur 98 · LA' REINE EN · texte numérisé non relu

LA' REINE EN

de personnages vulgaires et démoralises , compromettait les grâces d'une femme douée naturellement d'un sens juste et de qualités affectives, en se laissant entraîner, par le manque de réflexion, à ces attachements bizarres et frivoles qui naissent au milieu des plaisirs de la société, et empruntent souvent plus de force à Tesprit exclusif de coterie qu'aux vraies affections de rame.

Besenval ne voit dans IMnsistance que mit Turgot à déterminer Tacceptalion de Malesherbes que la crainte de la présence de M. d'Ennery au ministère. Il parle de ses derniers efforts pour arriver à ses fins au moyen d'une pression exercée par la reine sur Maurepas, et, dépité de n'avoir pas obtenu de cette princesse les démarches qu'il lui conseillait et auxquelles elle s'était engagée, il s*écrie : a Je ne fus pas sorti de son cabinet que cela fut oublié ! y> Il fait dans sa narration, sincère au point d'être naïve, des convoitises du parti qu'il soutient, un portrait de la reine assez impartial pour nous apprendre à la fois ce qu'était cette princesse à ce moment de sa vie, et Tabsence de toute affection sincère qui existait chez , les personnes le plus engagées dans son intimité.

<r Sans être régulièrement ni belle, ni jolie, écrit-il, '

^ , / , 1 PortraUdela

sans être bien faite, Teclat du temt de cette princesse, reine en 4775. beaucoup d'agrément dans le port de sa tête, une grande élégance dans toute sa personne, la mettaient dans le cas de le disputer à beaucoup d'autres femmes qui avaient reçu plus d'avantages de la nature, et même de l'emporter sur elles. Son caractère était doux et prévenant. Facilement touchée par les malheureux, aimant à les protéger, à les secourir en

toute occasion, elle montrait une âme sensible et bienfaisante^ et réunissait deux qualités assez rares à rencontrer ensemble : celle de se plaire à rendre service et de jouir du bien qu'elle avait fait. Un grand attrait pour le plaisir, beaucoup de coquetterie et de légèreté, peu de gaieté naturelle, rempêchaient d'être aussi bien dans la société que ses qualités essentielles et son extérieur Tannonçaient. Rien absolument de déterminé dans sa façon de penser. Sa familiarité nuisait à sa considération ; et le maintien que les circonstances et les conseils lui faisaient sou-r vent prendre choquait dans la femme aimable, acception sous laquelle on avait trop accoutumé à la considérer. De là venait que chacun en était quelquefois mécontent^ et qu'on en disait souvent du mal en s'étonnant d'en dire. ]>

Portrait achevé de ce que l'on appelle une femme à la mode , de ces femmes que les sociétés oisives admirent, flattent, et, tout en les encensant, dénigrent par sentiment d'envie. Joyaux de brillantes réunions, leur action s'exerce inoffensive sur les parures, sur les frivolités de l'esprit ; mais lorsque, par suite de leur position, elles sortent des bornes de leur empire naturel, leur influence se pervertit en servant d'instrument à des sentiments et à des passions que leur cœur désavouerait si elles les comprenaient.

a Les bontés et la confiance qu'elle me témoignait, ^ continue Besenval à la suite de ce portrait de Marie- Antoinette, <r m'attachèrent à elle sans réserve ; en lui parlant le langage convenable à une femme de vingtans, je ne m'occupai, sans prendre sur ses plaisirs, que j c sentais bien devoir toujours avo ir la préférence, je ne

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m'occupai, dis-je, qu'à lui faire jouer le rôle, et lui donner la consistance la plus convenable à sa gloire et à assurer son bonheur. Je lui eh supposais l'étoffe, que je me flattais de développer. i>

Besenval et bien d'autres se chargeaient de penser pour la reine, comme Pesai essayait de le fôire pour le roi, ainsi que nous l'avons vu à propos de Necker. Ces familles royales, transformées, par la crédulité des premiers âges, en une sorte de représentation d'un dogme religieux, étaient en fait comme ces dieux de la Fable que s'arrachent tour à tour le génie du bien et celui du mal. Le mal est plus souvent victorieux que le bien dans cette lutte ; tant il est vrai que Dieu, en créant une hiérarchie parmi les hommes au moyen de facultés différentes, n'a pas voulu pour cela soumettre passivement les peuples à quelques personnages privilégiés. Unissant les individus les uns aux autres par la diversité même de leurs qualités intellectuelles et des services qu'ils peuvent se rendre réciproquement. Dieu n'a pas plus accepté l'inertie dans la gestion des intérêts généraux d'une société que dans celle des familles. Les souffrances des nations qui reçoivent sans débat et sans contrôle la direction d'un homme sont méritées, que cet homme appartienne à une race illustrée par un qu plusieurs de ses membres, ou soit un de ces prophètes qui surgissent dans les foules, et veulent assujettir leurs semblables aux rêves de leurs cerveaux troublés ou aux intérêts de leur orgueilleuse personnalité *.

* Mémoires du baron de Besenvalt t. I, p. 311 et suiv., 318, 320, 3^3, 330 et suIt. — Correspondance secrète de Marie-Thérèse et du comte 4e Merci/, 1. 1, p. 144, 162, 303, 313, 320. 323, 344, 350, 356 et mW.,

280 LivnE deuxiémh:.

DAuieor d« LerécUdesiiîtriffuesauxquelles s'était prêtéeMarie-

llarie-ThérèflO <^ ^ ^

en apprenant leB Antoinette, contHsta et' effraya sa mère au dernier aoxqÙeih^^îède poînt. J'ai vu^ écrit-elle à Mercy, a la lettre à Rosenberg, que Je n'avais avant connue que par tradition. Je l'ai fait copier pour vous,.. J'avoue que j'en suis pénétrée jusqu'au fond du cœur. Quel style! quelle façon de penser ! Cela ne confirme que trop mes inquiétudes ; elle court à grands pas à sa ruine, trop heureuse encore si, en se perdant, elle conserve les vertusdues à son rang. Si Choiseul vient au ministère^ elle est perdue ; il en fera moins de cas que de la Pompadour, à qui il devait tout, et il Ta perdue le premier. »

Lettre de l'em- L'empcrcur Joscph, dans le premier mouvement Marie-AnSite. dc vivacité, voulut écrlrc à sa sœur, a Votre chère

lettre m'a fait beaucoup de plaisir ; quant aux sentiments que vous voulez bien me téufioigner et au désir que vous avez de me voir... Je ne puis répondre des événements qui peuvent se présenter... aussi peu que de ce que mon amour pour la tranquillité d'esprit m'inspirera pour lors. Permettez que là-dessus... je vous parle avec toute la franchise que l'amitié seule et l'intérêt autorisent... Comment voudriez-vous que j'aille vous voir et me mettre dans le grand monde de la cour et du pays que vous habitez, dans les circonstances dans lesquelles je vois que vous vous trouvez, et dans lesquelles vous

avez bien voulu vous mettre ? Autant que j'en sais,

358, 362, 436. — Mémoires secrets pour servir à l'histoire des lettres, t. VIIF, p. 47, 49, 95. — Mémoires du ministère du duc d'Aiguillon. 1792, iu-8-, p 69 et suiv. - Louis XVI, Marie-Antoinette et M-' Elisabeth, par FeuiUet de Conches, 1. 1, p. 63 et suiv.

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