‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 4 sur 98 · TURGOT DE 1748 A · texte numérisé non relu

TURGOT DE 1748 A

et de retourner aux anciennes réglementations, momentanément suspendues.

Turgot, consulté comme les autres intendants, ^ ^®"'?l^®

, Turgot & l'abbé

résuma dans sa pensée les observations qu'il avait Temi sur u

^ ^ liberté du

faites, les réflexions que Texpérience lui suggérait, commerce des et, au milieu d'une tournée dans son intendance, mémoires bot des détails multipliés soumis tous les jours à un d'argentrsw les administrateur et d'un continuel changement de oumgesuMa lieux, il se mit à écrire une suite de lettres au con- lîXtribution trôleur général sur la grave question qu'il lui sou- d»» richesses, mettait. Ces lettres, qui sont un traité complet du commerce des grains, démontraient, avec une clarté lumineuse, des détails multipliés et une suite de raisonnements pleins de sens, que la liberté était dans l'intérêt des propriétaires, des cultivateurs et des consommateurs. Toutes les questions qui se présentaient étaient approfondies par lui comme celle des blés. A propos d'un procès jugé à Angoulême, qu'il fit évoquer au conseil d'État, il traita la question de l'usure et des prêts d'argent. La demande de concession des mines de plomb argentifère de Glanges lui fit écrire Mn mémoire sur la législation des mines et carrières. Ses Réflexions sur la formation et la distribution des richesses^ traité complet d'économie politique, datent presque de cette année de famine, car elles parurent, en 1769 et 17T0, dans le journal des économistes appelé les Êphémérides.

Appelé quelquefois à Paris pour les affaires de sa Turgot fait un province, il assista, comme maître des requêtes, au législation péjugement qui réhabilitait la mémoire de Calas. La véhémence de son discours, en cette occasion, fut

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même remarquée, parce qu'elle contrastait avec le calme habituel de sa parole. Ce fut dans un de ces voyages qu'il se lia avec le jeune marquis de Condorcet. Une correspondance des plus substantielles s'établit, entre les deux amis, sur les questions de science et de morale. Ils traitèrent, entre autres, des lois criminelles avec le plus grand détail. Condorcet soutenait la législation anglaise en cette matière, et Turgot, avouant sa supériorité sur celle des autres nations, la critiquait en y opposant, suivant les habitudes de son esprit, qui avait, au dire de Morellet, la a rage de la perfection, » tout un plan de jurisprudence.

Turgot était Hommc d'État complet par ses études et ses mé-

rhomme d'État j. . «,

le piiw ditations, homme d'Etat complet par son habileté à

mt possible de choisir les hommes et à les utiliser pour ses desseins,

îéaiiMHeT homme d'État complet par sa bienveillance vis-à-vis

Tn temps."** de la faiblesse humaine, qui lui faisait écrire à un de

ses amis : « Je suis, en morale, grand ennemi de

l'indifférence et grand ami de l'indulgence; » homme

d Etat complet parce que, selon lui, aucune vertu ne dispense de la justice et qu'il ne faisait pas « plus de cas des gens qui font de grandes choses aux dépens de la justice, que des poètes qui s'imaginent produire de grandes beautés d'imagination sans justesse ; » pénétré des abus et des crimes commis au nom de la religion, il ne méconnaissait pas pour cela les bienfaits d'un culte, et ne croyait pas qu'une société pût s'en passer : « Il faut éloigner des hommes, disait-il, l'irréligion et l'indifférence qu'elle donne pour les principes de la morale. » Incapable de faiblesse et de dissimulation, éloigné des préjugés de caste et

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de corp^^ pénétré d'une affection ^ncère pour ses semblables, que n'avait fait qu'affermir la vue des misères de la foule pendant sa vie d'intendant, Turgot arrivait au pouvoir, au dire d'un de ses amis, avec « une âme si heureusement douée, que tous les sentiments bons, nobles et honnêtes, même ceux qui semblent les plus incompatibles^ y régnaient à la fois, et que nul des autres n'y pouvait trouver place. »

Comment cet homme, qui avait su maintenir ie clergé et l'amener à lui prêter appui sans céder à ses exigences, résister aux prétentions injustes dd la noblesse sans se placer vis-à-vis d'elle en ennemi, qui avait, dans les questions d'impôt, su améliorer la situation du peuple sans aggraver celle des classes privilégiées, comment cet homme, qui représentait la réforme patiente, méthodique, éclairée, avait-il été choisi par Maurepas * ? Il est plus que probable que ce furent plutôt les instances de la duchesse d'Anville et de l'abbé de Very auprès de madame de Maurepas qui déterminèrent le choix du ministre que les services de Tnrgot comme intendant. Maurepas, qui avait entendu parler d'affaires dès sa jeunesse, en dissertait avec assez de grâce pour paraître les résoudre facilement, mais au fond n'en avait qu'une idée très-superficielle. Il était entouré de personnages aussi légers et aussi ignorants que lui. Son con-

< Mémoires sur la vie et les ouvrages de Turgot^ tome I, p. 61, 63, 64, 66, 67, 68, 72, 74, 75 et suiv., 80 et suiv., 85 et suiv., 101, 107 ; tome H, p. 262. -^Œuvres de Turgot^ tome f, p.l et suiv., 186 et suiv., 15S et suiv., 256, 533 et suiv., 538 et suiv., 664 et suiv/, tome II, p. 5, n, 28, 37. 43, 45 ei 46, 48, 54, 57, 60, 61, 62, 64, 67, 72, 91, 93, 95, 97, 130, 676.— Œa»re*- de Condorcet, 1847-1849, in-8% tome l, p. 227, 232,240. — kNinoirts de Morellet, tome J, p. 264.

iU LIVRE PREMIER.

seiller Âugeard noas apprend que Turgot n'entendait rien en fînanees, et le baron de Besenval qui devait, comme favori de la reine^ se trouver plus d'une fois en rapport d'intimité avec Maurepas, traite Turgot d'homme d'esprit, amais systématique, qui, par un long travail de cabinet, en était venu à des spéculations pour la plupart ou fausses ou impraticables ; écart ordinaire des gens livrés à une théorie qui égare toujours dans l'administration. » Il ajoute : a II avait administré une intendance, oii ses subdélégués prévariquaient comme à l'ordinaire; tandis que de son bureau sortaient des maximes qui, publiées par ses prosélytes^ remplissaient de ses éloges la capitale, où l'on ne pouvait entendre les gémissements de ceux qu'il laissait opprimer par ses sous-ordres. » Turgot, étranger à la cour, recevait en revanche l'hommage de la partie éclairée de la population, et Voltaire saluait sa venue en lui écrivant : « M. de Condorcet me mande qu'il ne se croit heureux que du jour où M. Turgot a été nommé secrétaire d'État. Et moi, Monseigneur, je vous dis que je me tiens trèsmalheureux d'être continuellement près de mourir, lorsque je vois la vertu et la raison supérieure en place. Vous allez être accablé de compliments vrais, et vous serez presque le seul à qui cela sera arrivé. » Travaux de Je uc conuais pas la marine, disait Turgot, avec miTstrrdoTa cctte modcstic qui ne lui faisait apprécier dans luimême que les sciences qu'il avait approfondies par une patiente étude. Et cependant les marins qui l'abordaient étaient frappés de ses connaissances historiques et géographiques. Il savait la théorie de la navigation, l'art de la construction des navires, l'as-

marine.

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tronomie nécessaire à la direction des vaisseaux, et avait recueilli un nombre considérable d'observations nautiques. Les questions commerciales lui étaient aussi familières que les questions d'organisation administrative > et depuis longtemps ses opinions se trouvaient arrêtées sur le gouvernement des colonies. A vingt-trois ans, en 1750, quatorze ans avant les premières résistances des Anglais de rAmérique contre leur mère patrie, il disait, en parlant des Phéniciens : a Les colonies sont comme les fruits, qui ne tiennent à l'arbre que jusqu'à leur maturité. Devenues suffisantes à elles-mêmes, elles firent ce que fit depuis Carthage, ce que fera un jour TAmérique. »

Affermi par la réflexion dans cette première appréciation, il ne regardait ces établissements lointains que comme un moyen de procurer un asile et du travail à la population surabondante d'un État, et un emploi à des capitaux qui n'auraient pas leur placement dans l'exploitation des terres et le commerce d'un pays. Les colonies, suivant lui, ne pouvaient être que des sociétés liées par la reconnaissance, par le langage et par les lois au peuple qui les avait formées. Pour que la mère patrie pût profiter de leur fondation, elle devait leur faciliter les moyens d'arriver à la plus grande prospérité possible, n'avoir avec elles de relations que celles des bienfaits, ne pas craindre le développement de leur puissance. Des colonies faibles^ disait-il souvent, ne sont qu'un fardeau pour un État ; elles sont, comme déjeunes enfants, une charge pour une famille. Faire comme.les Anglais des colonies puissantes et vouloir

lié LIVRE PREMIEft.

les gouverner arbitrairement, c'est à la fois une imprudence et une injustice. Retenir les colonies dans un état de faiblesse comme font d'autres nations pour pouvoir conserver l'autorité de la mère patrie, c'est imiter un père qui énerverait le tempérament de ses enfants par un mauvais régime, pour les maintenir dans sa dépendance.

Frappé de voir les vaisseaux français revenir à un prix plus élevé que ceux de l'Angleterre et les bâtiments de la flotte anglaise plus chèrement payés que ceux d'un simple armateur, il s'occupa de suite de cette question capitale pour la puissance maritime de sa patrie. Il commença par organiser une surveillance exacte sur ce qu'on appelait les officiers de plume, pour arrêter de grands abus dans un temps, comme dit un de ses collaborateurs, a où tbut était abus et où le relâchement des mœurs avait été tel qu'aucune fourniture et peut-être aucune inspection de fournitures n'en avaient été exemptes. » Il soumit ces officiers de plume à Tinspection des officiers de guerre, sans cependant mêler ces militaires aux marchés et aux maniements d'argent, de peur d'exposer la valeur aux tentations de la cupidité. Les militaires, disait-il, ne doivent être guidés que par l'honneur; leur ouvrir une porte où l'intérêt pourrait se glisser, ce serait affaiblir quelquefois leur courage.

Tout en sentant qu'il était nécessaire pour l'Etat d'avoir des magasins approvisionnés pour la réparation des flottes et la multiplication des vaisseaux en cas de guerre, il prit des mesures pour faire construire des navires en Suède, d'après les plans et sous la direction de constructeurs français. 11 comp-

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tait procurer ainsi une économie des deux cinquièmes sur les deux tiers des constructions navales exécutées pour l'État.

La (question de Tcsclavage des noirs le préoccupait, autant au point de vue de la morale que de l'intérêt bien entendu de la société. Il ne croyait pas impossible la culture des contrées tropicales par des nègres libres et même par des Européens; mais, avec sa prudence et son esprit de justice, il pensait que la liberté même ne devait pas être donnée despotiquement. Il comptait améhorer le sort des esclaves, réprimer les abus d'autorité, favoriser les affranchissements, et, au moyen de concessions de terres accordées sous la condition de ne les cultiver qu'avec des travailleurs libres, diminuer insensiblement la population asservie des colonies. Il ne pouvait pas, après avoir prédit vingt-quatre années avant la séparation de l'Angleterre de ses colonies, ne pas sentir que ce moment approchait et que la France serait tôt ou tard entraînée dans la lutte qui commençait. Dans ce cas, qu'il regardait comme malheureux, il croyait que c'était en attaquant la puissance anglaise dans les grandes Indes qu'on la contraindrait d'accepter la liberté des Américains. Ses projets, éloignés de tout esprit de conquête, l'avaient amené à étudier le commerce de la France avec ces riches contrées. Frappé des longueurs d'une navigation directe d'Europe dans Tlnde et la Chine, il rêvait de faire des îles de France cl de Bourbon des ports absolument francs, déchargés de tout impôt, ouverts à toutes les nations. II pen* sait qu'en établissant, dans ces îles, la liberté de con-

science avec celle du commerce, il pourrait y fixer des néig;ociants français qui regrettaient encore la patrie^ dont ils avaient été chassés par les persécutions religieuses. Il comptait pouvoir y amener des colons indiens et chinois, qui, malgré les lentraves mises à leur émigration, formaient une ville à Batavia. D'après son plan, Tile de France serait devenue l'entrepôt du commerce établi entre l'Asie et l'Europe, et des vaisseaux partis de TAngleterre, de l'Espagne ou de la France, déposant leurs marchandises dans son port, auraient pu exécuter leur aller et leur retour en une année, au lieu de faire leur voyage en deux ans. Cette conception était sur le point d'être réalisée, le gouverneur des îles de France et de Bourbon était déjà nommé, les instructions qui devaient lui servir de guide rédigées, quand Turgot fut appelé chez le roi, le 24 août 1774 \ Intrigues pro- La dcstructiou des parlements, en 1771 .avait lésé

voqaëes par

a destruction des Ics intérêts pécuniaircs et honorifiques d'une foule eainî. de familles, et donné naturellement lieu à une explosion de colères et de récriminations passionnées. Le prince de Condé soutenait les magistrats renvoyés, à cause des amis et partisans qu'il avait parmi eux ; le duc d'Orléans en faisait autant par suite de l'influence de madame deMontesson, et une foule de personnes désintéressées appuyaient les regrets de ces familles puissantes, soit par crainte de voir désormais le pouvoir royal livré à ses caprices sans

* Mémoires de Morellett tome I, p. 224, 327.— Mémoires secrets d'Augeardf ]^age SI. —Lettres inédites de Voltaire, publiées par de Cayrol, 1856, in-8", tome II, p. 359.— Mémoires sur la vie et les ouvrages de Turgot, tomcl, p. 121 et sulv., 126 et suiv., 130 et suiv., 134, 136 et suivantes. — OEuvres de Turgol, tome I, p 602.

DESTRUCTIOiN DES PARLEMENTS en 177 1 ilO

aucun contradicteur sérieux, soit par suite de ces attachements étranges et incompréhensibles qui se produisent chez certaines personnes en faveur des grandeurs déchues, que ce soient des individus ou des corps judiciaires ou administratif^. Le but de ces opposants à la mesure prise par Maupeou , fut immédiatement d'empêcher qu'elle ne devînt définitive par l'acceptation que les magistrats renvoyés auraient faite du prix de leurs charges. Parmi ces personnes dévouées aux parlements, se trouvait le fermier général Augeard, fils d'un intendant de la maison d'Orléans du temps du Régent, et dont une nièce avait épousé le président Lamoignon, Augeard soutint de son argent le président Lamoignon, qui avait été exilé dans le Forez, et établit avec lui une correspondance suivie au moyen de ses employés, de manière à tromper la vigilance de la poste et les espions (lu chancelier. Le duc d'Orléans, maîtrisé par madame de Mon tesson, qui Tétait elle-même par la présidente deGourgues, sœur de Lamoîgnoh, chargea Augeard d'assurer lés magistrats de ses sympathies, en lui disant qu'il ne voulait se mêler de leur affaire que par l'intermédiaire de Lamoignon et de son cousin Malesherbes, le président de la cour des Aides. Augeard voyait depuis quelque temps Malesherbes plusieurs fois par semaine, quand un jour du mois de février 1771, Malesherbes, le remerciant avec effusion de son généreux dévouement à son cousin Lamoignon, lui dit :

« Vous êtes trop bon ami, trop loyal, pour que je conversation ne m'ouvre pas entièrement à vous. Vous êtes donc ^"g^nérarAu-^'^ enchanté de la conduite du Parlement? — Je la «eard et

fôîrieïmr trouve sublime et remplie de courage, répliqua Augeard. — Gela est vrai^ mais elle n'est pas irréprochable, reprit Malesherbes. — Que peut-on lui reprocher? — Écoutez- moi... Si cette cour de justice avait eu une marche plus franche, ce ne serait point elle qui serait exilée, mais le chancelier; elle a un esprit de corps qui la perdra, et nous tous, et même la royauté... Vous êtes un très-bon citoyen, un très-bon Français, mais, sur le droit public, vous êtes dans la plus grande ignorance, et vous la partagez avec vingt-quatre millions d'habitants. Au surplus, c'est une grande question de savoir s'il est intéressant, pour la puissance royale et le bonheur des peuples, de trop les éclairer sur cette matière ; ce qu'il y a de certain, c'est que le chancelier fait la plus grande faute possible en administration et en politique vis-à-vis du roi et de ses successeurs : li élève et suscite un problème dont la solution peut un jour changer la constitution du royaume, et même la dynastie... le parlement de Paris n'a pas plus de droits en matière d'impôt et d'emprunt que les parlements de Pau, de Bourgogne, de Bretagne, de Liinguedoc, etc.. Tout le royaume est un pays d'États, à la différence seulement qu'il y existe des provinces dont les représentants s'assemblent périodiquement, et les autres à la volonté du roi, qui seul a le droit immémorial de les convoquer et de les dissoudre; mais il n'est nul prince, ni seigneur sur terre, qui ait le droit et le pouvoir de faire aucune levée d'argent sur ses sujets sans leur consentement. Le parlement de Paris n'est que la cour de justice du roi, provisionnée et gagée par lui ; elle n'a d'autre pouvoir

DESTRUCTION. DES PARLEMENTS en 1771. in

.que celui qui lui est attribué et ciFconscrit dans un ressort quelconque par le souverain; et si, par gloriole ou par d'autres motifs encore plus coupables, elle n'avait pas voulu tenir à ce prétendu droit d'enregistrement en matière d'impôt, elle n'aurait pas été, pendant ce règne, exilée quatre fois... Le Parlement a toujours été mené par dix ou douze intrigants, plus habiles que les autres, qui s'embarrassaient fort peu de ce qui arriverait au corps et à rÉtat, pourvu que leur ambition désordonnée et leur avidité en fait d'argent fussent rassasiées... — Mais, monsieur, reprit Augeard, que vouliez -vous donc que fît le Parlement lors de l'envoi de l'édit de décembre 1770? — Il fallait, continua Malesherbes» que le Parlement... discutât et mît dans le plus grand jour le picge caché adroitement dans les termes amphibologiques de cet édit, et ne point faire deremon* tranccs au roi^ mais lui adresser une lettre cachetée et remise en main propre... Cette lettre... aurait remercié Sa Majesté de sa bonté d'avoir bien voulu remettre le Parlement à son ancienne institution, c'est-à-dire à une simple cour de justice... que désormais, en matière d'emprunt et d'impôts, il devait s'adresser à ses sujets, suivant les moyens les plus sûrs que lui dicterait sa sagesse... Si le Parlement eût pris celte attitude, il aurait reconquis la haute considération dont il jouissait au commencement de ce règne. ..Voyez le peu d'intérêt que les peuples prenaient à leur exil : la Franche-Comté reproche à son Parlement la perte de ses États, ainsi que la Normandie, et même la province d'Auvergne, qui, depuis 1651 n'a point été assemblée^ parce que celui

de Paris lui d enlevé ses droits en enregistrant lesimpôts sans leur consentement légal. Vous êtes trop loyal, trop bon Français, ajouta-t-il, pour que j*aie quelque chose de caché pour vous. Je vais vous lire les remontrances de la cour des Aides que j*ai faites, et qui paraîtront dans quatre semaines. Je suis certain d'être au moins exilé, mais rien ne pourra jamais m- empêcher de faire parvenir la vérité au trône. » u'luM°dl?t"pa8 L'esprit reste confondu devant ces propos singu- (les instituteurs ijers. Qu'a douc appris Malesherbes dans la pratique

pour savoir le * *^ ' *

but qu'elles des hommcs, s'il pense qu'une simple lettre remise ' dans les mains de Louis XV aurait détruit l'influence de ses conseillers, et arrêté la marche d'un gouvernement dilapidateur? Comment conciher ses prévisions de l'avenir^ qui lui font craindre la destruction possible de la constitution de la France et de la dynastie royale, par suite des changements opérés par Maupeou, avec le conseil qu'il aurait fait donner au roi par les magistrats? Il croit que la France sera ébranlée parce que Maupeou a changé ce qu'il appelle de simples cours de justice provisionnées et gagées par le roi, et il ne se rend pas compte de l'agitation que produirait dans le pays un appel à la nation entière, quelle que soit la forme de cet appel ! Comment peut-il dire, à propos de droit public, que c'est une grande question de savoir s'il est intéressant pour la puissance royale et pour le bonheur des peuples de les trop éclairer sur cette matière? Les nations n'attendent pas dès instituteurs pour comprendre de pareilles choses :1a souffrance, les nécessités de l'existence^ la conscience humaine, tout les pousse vers des idées qui naissent spontanément dans

DESTRUCTION DES PARLEMENTS en 1771. 123

une foule d'esprits à la fois. Les nations sont comme des fleuves qui creusent eux-mêmes leur lit, et dont on ne peut changer le cours.

Trop inférieur à Malesberbes pour avoir, ccmime lui, une sorte de vision obscure sur les dangers de Tavenir, Augeard applaudit sans réserve aux remontrances qui lui étaient lues. Plein d'une candide créance dans la puissance des mots et de la tradition, il parla des arguments mis en lumière par Maiesherbes à plusieurs avocats, comme d'une découverte toute nouvelle pour lui et pour eux^ et son attachement fanatique pour les parlements s'en accrut.

Peu de jours après l'exil de Malesberbes, parurent protestation des les protestations des princes, le 4 avril 1771, contre udestroctton

u«.j'** • 1 1 !• T j j»r-v des parlements.

les décisions prises par le chancelier. Le duc d Or- [ntrigues Icans avait obtenu que Lamoignon fût rapproché de "^ ^S*^de^' Paris, et que son exil dans le Forez fût converti en ^^^^ '^^'^'• un exil à sa terre de Basville, non loin de Mâlesherbes. Il y arriva abattu, découragé. L'affaire est finie, disait-il, du moment que le roi, par le conseil du chancelier, a trouvé mon état destructible. Je ne veux plus y rentrer. Il serait fou de penser à une restauration quelconque, tant que le ministère sera lié si étroitement. — La coalition des ministres, répliqua Augeard plein d'ardeur, serait facile à dissoudre en donnant au duc d'Aiguillon la preuve de la perfidie et de la scélératesse de Maupeou vis-à-vis de lui, lors de son procès. Peu de jours après, ayant trouvé un nommé Commarieu, qui était, dit-il, « l'âme damnée du duc d'Aiguillon, j> l'infatigable Augeard chercha à brouiller, par ses révélations, le chanchelier avec

^2V LIVRK PREMIER.

d'Aiguillon, et à nouer des relations entre le duc d'Orléans et ce dernier.

Pendant ces allées et venues, l'abbé Terrai enleva, par une déclaration du 10 juin 1771, aux engagistes ce qu'on appelait leur engagement sans remboursement*. Il donna Tordre à Augeard de mettre de suite à exécution sa décision dans son département, dont dépendait l'Orléanais. Cela va enlever six cent mille livres de rente au duc d'Orléans, répondit le fermier général surpris, a La meilleure manière de faire lever les protestations de ces messieurs-là, répliqua Terrai, c est de leur couper les vivres. 11 convient bien à des princes du sang de se mettre en état de révolte vis-à-vis de celui qui les fait vivre ! » Le duc d'Orléans arriva à Paris très-déconcerté de cette nouvelle. « Il faut donc que je renvoie les l'œuvre de tfois quarts de ma maison, disait-il.» il demanda,

Haupeou vaetre > '

consolidée, gur Ic cousoil d'Augcard, du temps pour se mettre en règle, espérant pouvoir revenir à la cour par l'entremise du duc d'Aiguillon, ce qui lui permettrait de défendre lui-même ses intérêts. Mais ce ministre voulait que le prince retirât ses protestations et plantât là, comme il le disait, la maison deCondé. Le duc d'Orléans ayant refusé, Maupeou fit rentrer lesCondés à la cour, ce qui adoucit de suite le duc d'Orléans, qui fut, dit Augeard, « dans une furieuse inquiétude de voir la maison de Condé à la cour et

* L'engagement des domaines de la couronne était un contrat par lequel 1r roi cédait à quelqa*nn un immeuble dépendant de son domaine. Le domaine de la couronne étant inaliénable de sa nature, les actes par lesquels le roi cède une portion de son domaine ne sont considérés que comme des engagements avec faculté de rachat. (Encyclopédie méthodiqvê. Art Engagement.)

Les princes

reviennent à la

cour :

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