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la sienne à Técart. » Ces deux chefs de ropposition essayèrent vainement d'empêcher les magistrats de se faire liquider, en leur annonçant qu'ils allaient à Versailles négocier le retour du Parlement • Les magistrats acceptèrent, les uns après les autres, le prix de leurs charges, et, dans le milieu de 1773, Lamoignon, d'accord avec le duc d'Aiguillon, était prêt à rentrer dans le parlement nouveau avec quatrevingts de ses anciens collègues. L'œuvre de Maupeou, compromise au début. par les choix précipités qu'on avait été obligé de faire pour peupler les . nouvelles cours, allait donc être affermie par le retour de juges connus et respectés, quand s'ouvrit un nouveau règne * * Etant de retour à Versailles depuis cinq à six jours, coovérsatioo de
. , - t . j . Maurepai
et n avant pu, par conséquent, se rendre compte eidAugUrd. que d'une manière bien vague de la portée des dé- '*™*"'cisions importantes prises pendant ses dernières années d'exil, Maurepas eut néanmoins de suite un parti pris sur lei^ affaires des parlements. Il pria la marquise d'Amezague de lui envoyer son neveu, et, à peine Augeard était-il dans son cabinet, qu'il lui demanda de le mettre au fait des détails de la révolution opérée dans la magistrature. Augeard raconta, en plusieurs séances, ce qu'il avait fait, ce qu'il pensait des divers personnages qui avaient joué un rôle, et quand il eut tini, Maurepas lui dit : ce J'ai besoin absolument de vous ; mais la moindre indiscrétion de votre part ou de qui que ce soit, peut vous perdre
* Mémoires secrets d'Àtigetkrd, pages 37 et suiv., 41, 46, 49 et suiv., 54, 57, 62 et suiv., 68, 70, 75 et suivantes.— Journol historique de laréwlulioii opérée par Maupeou. Londres, 1776, ia-12, tome I, p. 154, 178, I«3, 191,206, 210, 234, 238, 244, 260, 2C4.
\n LIVRE PREMIER.
et même mon existence. Le roi abhorre les parlements. Il est buté contre eux encore plus que son grand-père. Le chancelier vient de lui remettre un mémoire capable d'augmenter encore son aversion. Quant à moi, voici ma profession de foi : Sans parlements, point de monarchie. Ce sont les principes que j'ai sucés du chancelier Pbntchartrain ; mais je n'ose pas prendre sur moi d'en faire l'ouverture au roi, ni même de lui parler en manière quelconque des parlements. Dites au duc d'Orléans que je le servirai de cœur^ mais que la moindre petite indiscrétion ferait tout manquer. Il faut que ce prince commence par demander au roi une audience particulière, sans que sa lettre en contienne le motif. Le roi m'en parlera ; je feindrai d'ignorer cette démarche, j'aurai l'air cependant, vis-à-vis de Sa Majesté, de croire que l'audience qu'il demande pourrait avoir pour motif l'affaire des parlements; et, quoique j'affecterai la plus grande impartialité, jMnclinerai pour que l'audience ne soit point refusée, en représentant à Sa Majesté qu'il ne serait pas décent de ne pas écouter le premier prince de son sang, ayant surtout le double de son âge ; j'observerai surtout au roi de n'entrer avec lui dans aucun détail, sous prétexte que, manquant d'instructions à ce sujet, il serait à craindre qu'il ne donnât au duc d'Orléans trop de prise sur lui. Je lui conseillerai de se contenter de demander à ce prince un mémoire par écrit pour soutenir la cause des parlements, non par des lettres de cachet, mais par de bonnes et valables raisons que lui fournirait sans doute son chancelier. )^
Le mémoire du duc d'Orléans préparé et présenté,
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fut communiqué par le roi au chancelier, qui y répon- indiscrétion : dit. L'affaire se conduisait en silence, quand une in- ^cons^tu^ discrétion du duc d'Orléans à madame de Montesson ""^• faillit tout compromettre. Maurepas^ effrayé, envoya chercher Augeard, et lui dit, dès son arrivée dans son cabinet : « Le duc d'Orléans a bavardé ; l'affaire est manquée ; le roi m'a soupçonné de m'entendre avec lui. Je peux mettre fin à tout cela. Je serais compromis etje n'avancerais à rien. » Augeard, plus ardent et plus ferme, combattit son découragement au nom de ce qu'il appelait les intérêts de la France. « Je n'ai plus qu'un seul moyen pour ôter au roi toute espèce de soupçon, reprit Maurepas, c'est d'exiler le duc d'Orléans. Demandez-lui si cela lui convient, sinon je ne me mêle plus de rien. » Le duc d'Orléans y consentit, et il fut exilé ainsi que son fils, le duc de Chartres, sous prétexte qu'ils n'avaient pas voulu assister au service ordonné pour le roi défunt à cause de la présence du nouveau parlement.
« Cet exil, ajoute Augeard, fit tout l'effet que M. de Maurepas pouvait désirer et attendre, d Cela est vrai pour le roi, qui fut complètement dupe de son ministre, caria reine écrit à sa mère, à la date du 30 juillet 1774 : « Je suis, fâchée de la disgrâce des ducs d'Orléans et de Chartres, parce que je voudrais qu'il n'y eût plus de brouille... Le roi ne pouvait pas les laisser à la cour, du moment où ils refusaient d'aller au service de son grand-père. » Le public était moins crédule, il s'étonna de voir les ministres ne pas cesser leurs relations avec les princes exilés, et en conclut que leur éloignement de Versailles pourrait n'être « qu'un jeu. »
Inquiétudes Les feuillcs nouvelles traitaient contifiaellement
des magistrats , rm '^
Douveaux; la question du rappel des anciens parlements. Tantôt "nn^mémX^' elles aunonçaicnt que le clergé, qui s*oppose à leur juifieimi. retour, avait fini par vaincre les incertitudes du roi par l'influence de madame Adélaïde ou de madame Louise; tantôt elles parlaient du triomphe -probable des partisans de Tancienne magistrature. La cour de justice de Paris, inquiète des bruits qui circulaient, s'assembla, dès les premiers jours de juillet, pour délibérer sur l'avenir qui Lui était réservé, et faire cesser des incertitudes qui troublaient le cours de la justice. Le chancelier, auquel avîiit écrit le premier président, M. de Sauvigny, ne put que mettre les lettres qui lui étaient adressées sous les yeux du roi, et transmettre de sa part des paroles banales qui ne devaient pas plus rassurer les magistrats sur les intentions du monarque qu'il ne l'était lui-même. Devinant à Tair embarrassé de Louis XVI les pensées qui dominaient chez lui^ et trop fier pour entrer en explication avec Maurepas, le. chancelier crut de son devoir d'éclairer un jeune homme sur les pièges qu'on lui tendait. Il rédigea un mémoire concis et parfaitement motivé sur la question des parlements, et, se présentant chez le roi, il le lui remit en lui disant : <c Sire, voilà le court exposé de ma conduite et des causes qui l'ont nécessitée ; l'autorité royale était sans cesse compromise, il fallait lui rendre son énergie; je désire, pour le bonheur de Votre Majesté et celui de ses peuples, qu'elle en soit convaincue. »
Grande fut la perplexité de Louis XVI à la suite de la lecture de l'écrit de Maupeou, il ne savait quelle
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décision prendre, et dans l'embarras où il se trouvait, Embarras de il recourut, affirme Tabbé Georgel, aux conseils de u consulte l'abbé son ancien sous-gouverneur, Tabbé de Radonvilliers, Radon^juiera dont on fit, un mois après, un conseiller d'état d'Église. Radonvilliers, professeur de rhétorique à Bourges, y avait connu Maurepas durant son exil ; il lui avait dû son avancement, sa place à la cour, et, dans sa reconnaissance, s'était efforcé d'y faire revenir son ancien protecteur lors de l'arrivée au trône de son élève. Il croyait sans nul doute Maurepas aussi dévoué au jeune monarque que lui-même et, de plus, devait considérer ce vieux ministre comme un homme d'État des plus consommés. Gomment Radonvilliers aurait-il pu démêler la vérité au milieu des clameurs poussées par les magistrats chassés de leurs sièges, des réclamations de leurs ramilles, et des cris de ces foules qui courent au bruit et produisent parfois, dans l'opinion publique, des entraînements incompréhensibles ?
Radonvilliers n'avait qu'à choisir entre deux personnes, Maupeou et Maurepas, comme le fait du reste un homme bien plus avisé que lui, le comte de Mercy, lorsqu'il écrit : ce L'objet le plus important dé tous est celui des parlements, et l'on ne sait comment s'y pren dre pour remettre à cet égard les choses à peu près dans l'état où elles étaient avant que le chancelier Maupeou ait tout bouleversé. Cette opération .est également difficile et nécessaire. » Radonvilliers fit observer à Louis XVI qu'il ne pouvait pas se dispenser de communiquer à Maurepas le mémoire du chancelier, ajoutant : ce Je connais son dévouement et son désintéressenaent, et, malgré son désir pour le rappel du Par-
lement, M. de Maurepas pèsera de nouveau le pour et le contre, et ne voudra jamais égarer Votre Majesté. » C'était livrer ce malheureux jeune homme de* vingt ans à un vieillard qui ne prisait dans un ministre que son habileté à se maintenir au pouvoir et à en écarter ses concurrents. Il reçut le mémoire des mains du roi, attendant, suivant son habitude, d'être interrogé pour dire son avis, attitude circonspecte qu'il avait adoptée pour ne pas s'exposer aux défiances que les leçons de Louis XV avaient inculquées à son petit-fils contre tous les ministres. Il fit rédiger un mémoire contradictoire, et, avec son infernale adresse de courtisan et d'homme du monde, il s'adressa aux sentiments effectueux du jeune homme pour presser une solution qui ne devait être que le résultat des calculs d'une froide raison.
Hue deMîro- Qn savait à Compiègne, le 7 août, que la réponse «ardedes à faire au chancelier avait été confiée au conseiller
24 août mi. d'Etat Fleury, et, le 23, le roi, dominé par Maurepas, écrivait au duc de La Vrillière : « Vous irez demain chez M. de Maupeou lui redemander les sceaux. J'en ai disposé en faveur de M. Hue de Miromesnil, ancien premier président du parlement de Rouen. Il est signalé à ma confiance par sa conduite ferme et sage, lors des persécutions du chancelier contre la magistrature, et j'espère amener par lui la réintégration amiable des anciens parlements, que les manèges et les violences de l'indigne chancelier ont dispersés, dépouillés ou exilés. La violence contre les cours judiciaires, quand l'esprit de conciliation et de prudence serait si efficace, compromet, . vis-à-vis des peuples, la dignité de la couronne et
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Tautorité de la justice... Les lits de justice, dont M. de Maupeou a aussi tant abusé, sont des coups de force dont l'Etat tout entier ressent Tébranlement. Quatre années de bouleversement sont sur tout cela une expérience suffisante. On me dit qu'il faudra du temps et une politique prudente et mesurée pour rétablir l'ancien ordre de choses; j'y arriverai avec mon bon et fidèle conseiller, M. de Maurepas. Mais ce rétablissement me paraît être le vœu le plus général... Il vaut mieux se faire aimer que se faire craindre, et je veux être aimé. Je n'enverrai pas une lettre de cachet à M. de Maiipeou, je ne veux pas lui ôter sa liberté ; mais vous lui direz de s'éloigner sur-le-champ... C'est user grandement d'indulgence envers lui, car j'ai là sous les yeux un rapport de détails pénibles à lire sur la dureté et même l'inhumanité de ses procédés contre les parlementaires; et M. de Malesherbes vient de me faire parvenir à Tinstant même la supplique touchante d'une de ses victimes, le vieux conseiller Clément de Feillet, qu'il avait enfoui dans les neiges d'un bourg inconnu sur la carte de l'Auvergne, en même temps qu'il exilait à nie Dieu le pauvre Montblin qui se mourait. Je tiens à dédommager M. de Lamoignon des souffrances qu'il a éprouvées. Je veux le voir après demain. »
Ces confidences sur des projets que le roi ne vou- Appréciauon de dra pas encore avouer deux mois plus tard aux ma- roi kil vriuitpe gistrats qui doivent en être les victimes, ces outrages à Maupeou, cette sensibilité, puérile quand elle s'adresse à Lamoignon, que nous avons vu prêt à entrer dans la cour de justice érigée parle chancelier, tout, jusqu'au naïf aveu de son inexpérience et de ses hé-
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sitations, porte le cachet d^une légèreté et d'une absence de dignité qui est le caractère de Maurepas.
Ainsi les vertus mêmes du jeune monarque étaient une cause d'humiliation pour le pouvoir royal, et k jeune compagne de Louis XYI nous ajiprend ce que peut devenir un royaume entre les mains d'une reine de dix-neuf ans, quand elle écrit à sa mère, à propos de Maupeou : ce J'aurais regretté ce chancelier comme défenseur des droits du roi; mais, outre qu'il était souvent de mauvaise foi» on prétend qu'il a brouillé toutes les affaires pour s'en emparer et les arranger à son goût*et intérêt \ »
Dignité Lorsque La Vrillière se présenta pour exécuter les
Mmieou £u ordres qu'il avait reçus, il trouva le chancelier la M disgrftoe. flgupg calme et sereine. Maupeou l'écouta dans un silence respectueux, et quand il eut fini, il lui répondit : « Monsieur, voilà les sceaux que je remets aa roi ; c'était un dépôt. Quant à la place de chancelier, je mourrai avec elle ; elle est inhérente à mon existence et à mon honneur ; on ne peut me l'ôter qu'en me dénonçant à la France entière comme criminel, en prouvant que je le suis. Le roi, dont je serai toujours le plus fidèle sujet, ne peut avoir d'autres reproches à me faire que mon trop de zèle pour le maintien de son autorité. ]> A l'ordre qui lui fut donné
* Mémoires tecrett d'Angeard, pages 77 et saiYantes. ^ Archives natiih naUs, 0* 1 19, fol. 19 1 à 193.— Correspondance, secrète entre Marie-Thérèti et le comte de Mercy, tome II, p. 207, 241, 253. — Louis XVI Mant- AntoiMtte et Jf— EUsahethj par F eailiet de Conches. Paris, 1864, io-S*^ tome 1, p. 40.— tournai historique de la révolution opérée par Maupt(m tome VI, p. 86, 92, 95, 97, 99, 118,128, 144, ilQ,^ Mémoires de Vam Georgel. 1867, in-8% tome I, p. 410 et suiyantes. -^Œuvres diverses ^ l'abbé de RadonviUiws. 1807, m-8", tome I, p. g et snifantes.