LE COMTE DE SAINT-GERMAIN
qui Taccusaient de vouloir donner comme miiiistre de la guerre un homme de robe ; « qu'une grande perruque n« convenait point à la tête du militaire en France. » A peine à Fontainebleau, Besenval représentait vivement à Marie-Antoinette les inconvénients de mettre un homme de robe à la guerre, ce la nécessité pour elle de présider au choix qui serait fait, » ajoutant « qu'ayant échoué dans une première entreprise, il était d'autant plus nécessaire de remporter cette fois-ci. » La reine, adoptant toutes ses idées, lui promit d'agir en conséquence, puis le lendemain, s'approchant de son conseiller en allant à la promenade, lui lança ces mots : ce Notre affaire va bien, nous n'aurons sûrement pas un homme de robe. » Intrigué de ne pas en savoir davantage, Besenval vint quelques jours après se plaindre à la reine de ce qu'il appelait son refroidissement à son égard , et lui demander quels rapports avaient pu être faits contre lui. a On ne m'a rien dit contre vous, je suis toujours la même. » Puis, sur Tinsistance que mettait Besenval à savoir le nom du ministre choisi, Marie- Antoinette répondit avec une sorte d'impatience : « 11 est cruel d'être obligée d'entendre tout ce que vous me dites et d'être dans l'impossibilité d'y répondre. »
Turgot et Malesherbes, voulant éviter les embarras que pourraient leur causer toutes les intrigues qu'ils prévoyaient, avaient demandé au roi le plus grand secret sur la décision qu'il prenait, et Maurepas s'était assuré de la reine en venant lui faire des confidences et prendre son avis. « Je n'aurai rien à me reprocher pour le choix d'un nouveau ministre de la guerre, écrit Marie-Antoinette à sa mère; j'ai à me
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louer des attentions et égards de H. de Maurepas, qui, d'abord, m'a confié ses idées, avant d'en avoir aucune arrêtée, et ensuite m'a instruite du choix qu'il proposait au roi. C'est M. de Saint-Germain, qui avait quitté le service de la France pour celui du Danemark; On en garde un profond secret jusqu'à ce qu'on ait sa réponse. »
Louis XVI était enchanté de pouvoir soustraire à la euriosité de son entourage la décision qu'il avait prise, « Le public est bien intrigué , disait-il , de savoir qui aura le département de la guerre ; il sera plus surpris en l'apprenant, car c'est sûrement quelqu'un auquel il ne s'attend pas. y> Saint-Germain fut aussi étonné que le public, en voyant entrer dans son jardin le frère de son ancien aide de camp, l'abbé Dubois, porteur d une lettre du roi.
sdnf-GeraL Saint-Germain se hâta d'accourir à Fontainebleau, et de Turgot; qù Turgot l'attendait, et l'entretint de suite des grands
baint - Germam .
consent aux proictsqu'il étaitaDDcléà réaliscr. Il lui proposa immé-
propositions du , *
contrôleur gé- dialcmcnt de séparer de son ministère la partie nnancière, qui se fondrait dans le Contrôle général, et l'administration des provinces frontières, qui serait remise à Malesherbes, et lui donna deux mémoires prouvant qu'il était possible de réaliser immédiatement une économie de deux miUions, économie qui, dans les années suivantes, pourrait atteindre plus de quinze millions, tout en améliorant le sort du soldat et en rendant l'armée plus redoutable. Saint-Germain, livré aux inspirations de son bon sens, et en face de l'homme qui l'avait choisi, n'hésita pas à consentir à ce démembrement, qui devait, en défmitive, lui permettre de se consacrer entièrement à l'œuvre
néral.
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qu'il avait poursuivie si longtemps, celle de iWganisation militaire de la France \
Turgot conduisit Saint-Germain auprès du roi sainuGermain
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après cet çntretien; il était décore de Tordre de u guerre, l'Éléphant de Danemark , et dans Taltitude d'un "^^ " homme pénétré de reconnaissance et de repentir pour la faute qu'il avait commise en quittant le service de la France. « Monsieur de Saint-Germain, lui dit Louis XVI, on m'a persuadé que vos talents pourraient m'être utiles; cette persuasion m'a fait oublier vos torts. Répondez à l'attente qu'on a de vous. Je vous rends votre ancien grade et l'ordre de Saint- Louis^ en vous autorisant à garder celui dont vous êtes décoré. » Des larmes furent la réponse du vieillard. Quelques jours s'étaient à peine? écoulés que la reine écrivait, le 12 novembre, à sa mère : « M. de Saint-Germain est établi ici avec l'applaudissement de tout le militaire, si j'en excepte quelques grands seigneurs, qui craignent de ne pas trouver leur compte avec lui. x) Et, un mois après, le 1^ décembre, elle s'applaudit encore de la nomination de Saint- Germain, qui ce commence de grandes réformes dans les troupes, dans la maison du roi, » et dont le projet
* Mémoires secrets pour servire à Vhistoire des lettres, tom. VII!., p. 208, 220," 222, 225, 228, 264. — Œuvres de lUrgot, tom. II, p. 277. — Corresporidanee secrète entre Marie-Thérèse et le comte de Mercy, t. II, p. 384, 402. — Mémoires du baron de Besénval, tom. If, p. 10, 16, 20 et suiv., 25, 29. — Mémoires sur la vie et Us ouvrages de Turgot y tom. II, p. 122 et suiv. — DictionruLire historique de Chaudon et Delandine, 1804, in-8', art. Saint-Germain. — Mémoires de Vabhé Georgel, tom. I, p. 433 et suiv. — Mémoires du prince de Montbarrcy^ tom. II, p. 136 et suiv. — Archives nationales, 0* 231, ann. 1775. — La France sous Louis XV, tom. V, p. 108, 113, 367. — Mémoires de M. le comte de Saint-Germain, ministre de la guerre, écrits par lui-même. Amsterdam, 1779, in-8'', p. 72, 74, 135, 137.
est a d'augmenter le militaire de quarante mille hommes sans qu'il en coûte rien au roi. »
Durant cette crise dans la composition du ministère français, qui pouvait amener la création de ressources nouvelles pour un pays épuisé, les événements prenaient en Amérique une tournure qui rapprochait tous les jours davantage l'instant où la France serait contrainte de sortir ouvertement de la neutralité mensongère dans laquelle elle affectait de se renfermer. Boston ftbMi- Pressé d'en finir au plus vite avec Boston, à l'ap-
donnéparrarmée , j,, .m'i.' •!!• aj • i j'»-
anglaise, prochc d hosliutes qui allaient devenir plus décisives ' et plus dangereuses, Washington résolut de s'emparer d'une hauteur qui lui permît de dominer la ville et la rade . Après un conseil de guerre qui détermina le point de l'attaque, les Américains, profitant des ténèbres de la nuit, se mirent en marche le 4 mars, veille du jour où six années auparavant le premier sang versé dans une émeute avait coulé. Les soldats, pleins d'ardeur, élevèrent des fortifications et montèrent des canons au milieu des ténèbres, et quand le jour parut , les Anglais aperçurent au-dessus de leurs têtes des travaux qui pouvaient braver une première agression. Le général Howe groupa vainement ses troupes aux abords des vaisseaux de transport, la mer, furieuse ce jour-là^ empêcha tout passage; et quand le temps se calma, le fort des Américains était devenu imprenable. Howe, pénétré de l'impossibilité de conserver la ville, et du danger qu'il courait s'il tentait de fuir avec son armée, rassembla les principaux habitants de Boston, et leur montrant que tout était prêt pour la destruction de leur cité, il les engagea à obtenir de Washington qu'il consentif
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à ne pas le troubler dans sa retraite. Washington adhéra à la proposition qui lui était faite, et, le 17 mars, il entra en.libérateur dans la ville.
Le courage et l'enthousiasme des Américains fut Pamphietde porté au comble par un pareil succès, et la nécessité intuuiô : Le «en*
1m f j, 'a* If a 1 commun.
espérance d une séparation avec 1 Angleterre s^accentuèrent de plus en plus dans l'esprit de la'population. Ce fut dans ce moment de patriotique délire que parut le pamphlet d'un Anglais, ami de Franklin, qui était venu habiter au milieu des colons, par suite de sa sympathie pour leur cause. Il était intitulé : Le sens commun.
a Quelques écrivains, disait Thomas Payne^ ont tellement confondu le gouvernement avec la société, qu'ils n'ont laissé entre ces deux objets qu'une nuance très-faible ou tout à fait nulle, tandis qu'ils diffèrent beaucoup , non-seulement par leur nature , mais encore par leur origine. La société est le résultat de nos besoins, le gouvernement celui de la perversité. La première effectue notre bonheur d'une manière positive, en réunissant nos affections; le second y contribue négativement, parce qu'il réprime nos vices... La première protège, le second punit. L'État social est un bien dans toutes les hypothèses. Le gouvernement, dans sa perfection même, n'est qu'un niai nécessaire; dans son imperfection, c'est un mal insupportable... Le gouvernement, comme la parure, indique la perte de Tinnocence; les palais des rois sont bâtis sur les ruines du jardin des délices. » Pour donner, comme il le dit, une idée juste et lumineuse de l'objet du gouvernement, il se représentait la situation d'un petit nombre d'hommes re-
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légués dans un coin isolé de la terre, sans relations avec le reste de leurs semblables» et les montrait unissant leur faiblesse individuelle pour construire leurs maisons, pour pourvoir à leurs besoins, a Ainsi, continue- t-il, la nécessité, irrésistible comme la loi de la gravitation , forma bientôt en société notre peuplade, et les douceurs mutuelles de cet élat compensèrent avec usure les obligations des lois et du gouvernement, tant que la justice présidait à l'accord de ses membres ; mais, excepté le Ciel, rien n'est à l'abri des atteintes du vice... De là le besoin urgent d'établir une forme de gouvernement... C'est un supplément nécessaire à l'insuffisance de la morale.... son but est la liberté et la sécurité... De quelque splendeur que nos yeux soient éblouis, de quelques mots sonores que nos oreilles soient chatouillées, quel que soit le préjugé qui égare nos désirs, quel que soit l'intérêt qui obscurcit notre jugement, la simple voix de la nature et de la raison proclamera la justice de ces aperçus. .. La constitution anglaise... était une noble entreprise pour les siècles de ténèbres et d'esclavage où elle fut formée. Quand l'univers était courbé sous le joug de la tyrannie, il y avait une audace généreuse à diminuer quelque peu son autorité. Mais il est aisé de démontrer que cette constitution est imparfaite... elle est si compliquée, que la nation peut souffrir pendant une longue suite d'années, sans être à portée de découvrir où gît le mal... Si nous osons nous permettre d^examiner la constitution anglaise dans ses parties intégrantes, nous n'y verrons que les méprisables restes de deux tyrannies anciennes^ récem-