‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 75 sur 98 · LES COUPS DE PLAT DE SÀBRË. 46S · texte numérisé non relu

LES COUPS DE PLAT DE SÀBRË. 46S

Germain portait la peine de son peu de prévoyance, a Un homme, nerveux, écrit Besenval, à propos des atteintes portées à ses plans par des complaisances de faveur, aurait tenu tête à M. de Maurepas et mis le marché à la main au roi, qui aurait cédé selon toute apparence et rendu M. de Saint- Germain toutpuissant ; et il se serait vu à même de faire de grandes choses, ou, si on l'avait pris au mot, il serait retourné dans sâ retraite comblé de gloire. ^ Besenval, qui décrie Saint-Germain et en même temps approuve ses plans avec la légèreté la plus singulière, est dans le vrai ; mais, pour pouvoir agir ainsi et triompher, le ministre de la guerre aurait dû comprendre qu'il fallait s'attacher à Turgot et savoir que, sans l'appui du contrôleur général, il allait tomber sans défense entre les bras de ses adversaires les plus résolus. C'est cette faiblesse d'un vieillard qui a été la cause de l'échec subi par sa renommée. Du jour qu'il eût rompu avec le seul homme capable de conduire à fin les réformes qu'exigeait l'opinion publique sans pouvoir préciser pourtant ce qu'elle voulait, Saint-Germain vit ses projets à la merci des critiques les moins fondées, et un blâme général et indéterminé y attacha un caractère chimérique qui compromit leur réalisation autant que les faveurs accordées à quelques courtisans.

La substitution de coups de plat de sabre à la peine ce qu'on doit de la prison, fut vouée au ridicule par une de ces cruîquesmouphrases sonores qui s'adressent plus à l'imagînatioji ,g/châtfments qu'à la raison. « La plus funeste de ses innovations, corporels

/ * . • ' introduits dans

écrit lecomte d .Allonville, fut I introduction descoups lymée par de plat def sabre, qui irritèrent le soldat et firent

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dire à Tun d*eux : Frappez de la pointe, cela fait moins de mal. » Il alla, dit le comte d'Esterhazy, a jusqu'à établir les peines corporelles qui révoltent tant dans notre pays. y> D'Esterhazy ajoute que cette punition causa des émeutes et même des suicides. La cause invoquée par des gentilshommes qui probablement, dans leur service militaire, ne se sont pas fait grand scrupule d'ordonner de brutales corrections contre de simples soldats, n'est évidemment qu'un argument d'apparat. Un journal du temps, jugeant avec impartialité ce genre de correction à propos d'une pièce de vers adressée à la reine contre l'introduction de cette punition^ écrit : « Cette pièce... est apparemment l'ouvrage d'un jeune homme dont lii tête, remplie de vers tragiques, s'échauffe aisément sur toutes sortes de sujets... Quand Sa Majesté aurait condamné toute son armée à être pendue, il eût été difficile à notre poëte de trouver un ton plus lamentable et plus désespéré. Comment une punition militaire, reçue dans tout le reste de l'Europe, peutelle être regardée en France conune la flétrissure la plus humiliante?... De peur d'être aussi sérieux que notre poëte, rapportons comment la question... fut décidée un jour dans une assemblée d'officiers où on l'avait agitée avec beaucoup de feu. Chacun dit son mot; un seul de la compagnie s'obstinait à garder le silence. Après avoir écouté le plus gravement du monde... il se leva... et, d'un très-grand sang-froid, dit : oc Messieurs, vous penserez là-dessus comme il vous plaira. Pour moi, j'ai reçu beaucoup de coups de bâton, j'en ai fait donner beaucoup, et je m'en suis toujours bien trouvé. » Le journaliste ajoute :

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ce C'était un <^cier de fortune qui avait acquis une grande expérience. »

Sans vouloir se prononcer sur le plus ou moins de convenance des corrections corporelles» il n'est pas déplacé d'ajouter à cette boutade que la loi de 1790 rendue par TAssemblée constituante, punit le mariu coupable d'une désobéissance envers un officier^ pour fait de service, de douze coups de corde au Cabestan. Il est difficile de comprendre coQunent^ à .une époque où ta torture n'était pas encore abolie, des coups de plat de sabre auraient pu froisser la fierté militaire au point où l'affirment ces ge«tils-r hommes^ tandis qu'à notre époque le marin ne se trouve pas déshonoré pour avoir reçu des coups de corde*.

Si Malesherbes ne devait pas, comme Saint-Ger- candtère main, se liguer avec les ennemis de Turgot, il allait, ^^ "■*^**'«'^**®' par ses faiblesses d'esprit, son manque d'raipire sur lui-même, causer autant de dommage aux vastes et sages conceptions de son ami que des couttisans égoïstes et ignorants* Vivant au milieu des livres ou d'une société choisie dans laquelle il parlait de bien-

< Mémoires seereU, tome VII, p. 6, 13; tome VIH, p. ?8I,287.— Mémoires secrets du comte d'Allonvillef tome I, p. 84. -^Mémoires de Besenvaly tome H, p. 25 et suiv., 32. — Bieeueiî général des anciennes lois françaises, tome XXIV, p. 10. — lâuis XTl, Marie-Àntoineile et Ifme Elisabeth y par Feuillet de Conches, t. IV, p. 16 el suiv. — Œuvres de Condoreetj t. 1, p. 12?. — Mémoires historiques ei politiques du règne de Ums XVly p«r Soolavie. Paris, 1801, in-8", tome II, p. 337 et suiv. (Mémoire de Malesherbes au roi.) -^Mémoires deLauxun, p. 244, 256. •^Mémoires du prince de Montharrey, t. II, p. 153 et suiv., 167, 170. ■*- Mémoires du comte Àlewandire de lVi%, 1828. in-8% t. I, p. 96 et suiv. -> Archives nationales, 0« 230, 1776; 0* 120, fol. 281 et suiv.; 0' m, fol. 1G6, 168. — Correspondance de Grimm et Diderot, Paris, 1812, in-S", tome lU, p. 250 et lair.

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faisance, de liberté, du progrès des lumières et des arts, il avait pris Thabitude de s'exalter sur ces sujets qui enivrent Timagination, en les isolant des difficultés qu'entraîne le contact des hommes toutes lés fois que de la théorie il faut passer à la pratique. « Né avec beaucoup d'esprit, de facilité pour les sciences et d'éloquence naturelle, écrit Condorcet à Voltaire, M. de Malesherbes a, soit par goût, soit par défaut de rectitude dans l'esprit, un penchant pour des idées bizarres et paradoxales; il trouve dans son esprit des raisons sans nombre pour défendre le pour et le contre, et n'en trouve jamais aucune pour se décider. Particulier, il avait employé son éloquence à prouver aux rois et aux ministres qu'il fallait s'occuper du bien de la nation ; devenu ministre, il l'emploie à prouver que le bien est impossible. » J'ai vu € pour la première fois de ma vie, dit lord Shelburne â mademoiselle de L'Espinasse, en sortant de chez Malesherbes, ce que je ne croyais pas qui pût exister. C'est un homme dont l'âme est absolument exempte de crainte et d'espérance, et qui cependant est pleine de vie et de chaleur. Rien dans la nature ne peut troubler sa paix ; rien ne lui est nécessaire, et il s'intéresse vivement à tout ce qui est bon. » Éloge et critique à la fois de ce rêveur séduisant dont l'esprit se détachait de la vie réelle pour se perdre dans un monde d'abstraction, et dont les désirs de bien s'évanouissaient impuissants devant le moindre effort qui aurait pu les rendre utiles à ses semblables. Actes Un des premiers actes de son ministère fut une

de Malesherbes '■

comme ministre, circulaifc demandant aux directeurs des maisons de

force un état détaillé des détenus enfermés par ordre

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