‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 76 sur 98 · MINISTÈRE DB MALESHERBES · texte numérisé non relu

MINISTÈRE DB MALESHERBES

du doc de La Yrillière, et de leur conduite depuis leur incarcération. li mandait aux intendants l'intention du roi de permettre à tous les exilés et à tous les prisonniers de faire parvenir à so^n ministère leurs réclamations et leurs griefs. Il n'était question, dans les nouvelles du jour, que du respect du nouveau ministre pour la liberté individuelle, de la nécessité de soumettre désormais les motifs d'une lettre de cachet à une délibération du Conseil, et de n'en permettre l'usage au lieutenant de police que dans des cas rares, et à la condition d'interroger les prisonniers dans les vingt-quatre heures. < On ne voit que prisonniers élargis, grâce à M, de Malesherbes, » écrit-on dans les Mémoires secrets, à la date du 24aoiit, deux mois à peine après son arrivée au ministère.

Il cherchait, autant que possible, à porter la pacification dans les esprits, c: Il n'est pas imposable, écrivait-il à M. Leblanc de Gasiillon, d'empêcher Tesprit de dissension d'éclater et d'agiter la société malgré les troubles des derniers temps ; c'est robjct qui doit nous occuper principalement... Je vous demande avec instance... de me parler naturellement et avec confiance sur ce qui est du bien de votre province et surtout sur ce qui peut y rétablir la tranquillité. dU tâchait de propager l'étude des sciences, des arts et de l'érudition, de préférence à ce qu'il Homme la littérature agréable^ et, à propos d'associations destinées, comme l'Académie française, à s'occuper uniquement de belles-lettres^ il écrit au contrôleur général : « Je regarde comme trop dangereux de répandre l'émulation à cet égard. Tout homme qui n'excelle pas dans la carrière du bel esprit est au

moins un sujet inutile ; le temiKS quMl y a consumé Sans fruit n'a pas laissé de lui eh faire contracter le goût, ce qui le rend toujours Incapable de tout emapld tant soit peu sérieux... Les sciences produisent m effet tout contraire : elles fixent entièrement ceux qui â'y attachent... Elles ont... un objet d'utilité réelle, et ceux mêmes qui n'y sont que médiocres sont encore bons à quelque chose. »

Il discuta avec Louis XVI la nécessité d'interdire les inhumations dans les églises, après le terrible événement arrivé, trois années auparavant, en Bourgogne, où plusieurs prêtres et quarante enfants furent fbudroyés par les miasmes exhalés d'une fosse ouverte pour y descendre un mort.

Répugnances de Toutes CCS qucstious l'intércssaicnt par leur génère? fonctioM"*^ ralité ; mais, quand il s'agissait de donner des ordres ^""^^^wToL^ po"P f^i''® exécuter des pièces de théâtre que la reine

ou les princes avaient envie de voir, d'autoriser mademoiselle Allard à à reparaître sur la scène :o pour y danser le pas de Sylvie^ m sans qu'elle puisse conclure qu'elle rentre à TOpéra et que le directeur puisse continuer à faire danser ce pas ; » quand il s'agissait de discuter avec l'archevêque de Paris au sujet de l'ouverture de la salle de comédie le jour de l'Assomption ; quand il fallait demander ati garde des sceaux de faire renouveler la lecture aux prônes des villes et villages habités par des soldats de l'ordonnance du roi concemantles fillesenceintes, à l'occasion de deux cents malheureusesmises en cet état, prétendait-on, à Compiègoe, Verberie, Pont-Saiiit-Maxence, Senlis, Beauéobnt, Pontoise ; quand il devait donner fies ordres pour empêcher la publicité d'un livre sur

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madame du Barry ; quand il s'agissait, enfin» de toutes ces prescriptions auxquelles ne peut se soustraire un adminigtrateur, le dégoût de ses fonctions s'emparait de lui. Obligé de reprendre Linguet à cause d'articles tirés de la Gaxette des Pays-Bas sur la charge de surintendante de la maison de la reine, il lui mandait : c II suffira de dire que vous avez reconnu que l'article n'est pas exact, et que vous le désavouez, i» Il le prévenait une autre fois en ces termes, à propos d'ob^rvations sur des droits prélevés par M. de Bro« glie dans sa terre de Rufiec : « Vous mentionnez les mémoires imprimés contre lui, ce qui donne la curiosité de les lire... M. de Broglie ne s'est pas encore plaint, et je n'irai pas sûrement prévenir des plaintes qui vous feraient des affaires; mais je vous conseille d'y prendre garde. »

La rupture des engagements pris par le ministre de la guerre avait augmenté le découragement de Malesherbes, en lui faisant craindre, ce qu'il redou* tait le plus, la nécessité d'entrer en lutte avec les hommes. De toutes les dépenses de Votre Majesté, disait-il dans le mémoire déjà cité, <ic celle sur laquelle on demandait le plus d'économie et de réformation était celle de la maison du roi. Dans la guerre, la marine, les affaires étrangères, en même temps qu'on demande la diminution des dépenses, on craint aussi de diminuer les forces du royaume ; mais, dans la maison du roi, on n'a pas la même crainte... ce n'est point une façon de penser qui me soit personnelle : ce n'est point ce qu'on appelle aujourd'hui un système, c'est la façon de penser de la France entière.. . Sa Majesté a jugé à propos de m'appeler au minis-

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tère et de me donner le département de sa maison ; Elle sait avec quelle répugnance je m'en suis chiargé. . . Sans entrer dans toutes les causes de mon éloîgnement d'une place aussi émînente, une des principales était la nécessité de cette réformation... Je m'expliquai là-dessus avec M. de Maurepas et avec M. le contrôleur général... On me répondit que je serais dispensé de ce soin, qu'un plan général de réformatîon économique de la maison du roi serait fait par ordre de M. le contrôleur général... et qu'après son approbation, l'exécution seule concernerait mon département, et il m'était aisé de prévoir que cette exécution ne commencerait qu'après que je serais sorti du ministère... D'après mes conventions, je me reposais sur ce travail, et j'en attendais le succès, quand M. le comte de Saint-Germain a été nommé ministre de la guerre... > Je n'ai janàais été courtisan, ni écuyer, ni maître d'hôtel, ni maître de la garde-robe, disait-il en finissant, pour montrer combien il était peu propre à accomplir une réforme dont il reconnaissait l'urgence.

Malesberbes' approuvait les projets de Turgot, affectionnait sa personne; il aurait bien voulu, tout en satisfaisant son désir de retraite, ne pas le laisser isolé. Aussi, vers les derniers jours de janvier 1776, il s'entretint avec son cousin Lamoignon de la résolution où il était de quitter là cour et lui proposa de le remplacer, espérant ainsi satisfaire à la fois ses désirs et son devoir d'ami vis-à-vis du contrôleur général.

Fermeté de Quânt à Turgot, il avait jeté un regard trop pro- Tur,ot;iiyoitie8f^^jjj sur Ics dangcrs de l'avenir; il était trop con-

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