LA REINE ET LES COURTISANS
VOUS, et VOUS attribue tout plein de petites menées qui ne seraient convenables à votre place. » Piquée de cette leçon indirecte, Marie-Antoinette répliqua : oc Je ne devine pas ce que l'on entend par de petites menées non convenables à ma place; ^'ai laissé nommer les ministres sans m'en mêler d'suicun manière ; j'ai dit avec franchise à ma dière maman que je n'étais pa§ fâchée dn départ des autres : c'est qu'ils mécontentaient presque tout le monde. y> Réponse équivoque d'une jeune femme de vingf^deux ans^ qui traite comme un jeu d'enfant les graves intérêts d'une nation, et croit que tout est gagné si elle a évité une remontrance.
La situation était plus dangereuse que ne pouvait le croire et le supposer son entourage frivole. Si la duchesse de Choiseul, écho d'un monde léger et sans patriotisme, écrit à M"* Du Deffand : a J'ai été, comme vous, transportée de joie du triomphe de M. de Guines ; je trouve que la disgrâce des deux ministres qui Ta accompagné le fait ressembler aux triomphateurs romains, qui traînaient leurs esclaves à leur suite ; » le comte de Mercy est loin de partager sa quiétude : a Parmi les bruits, ditil, en résumant les faits qui ont eu lieu dans deux années de règne, qui s'élèvent contre la gloire et la considération essentielle à une reine de France, il en est un qui parait plus dangereux et plus fâcheux que les autres... parce qu'il doit faire impression sur tous les ordres de l'État, et particulièrement sur le peuple.». On se plaint assez publiquement que la reine fait et occasionne des dépenses considérables ; ce cri ne peut aller qu'en augmentant, si la reine
5i2 LIVRE TROISIEME.
n'adopte bientôt quelque principe de modération sur cet article. y>
Mais ce qui domine à ce moment solennel et décisif de la monarchie, où le trône est occupé par un jeune homme digne dé saint Louis par ses vertus, et par une jeune femme qui avait les qualités d'une épouse fidèle, et était destinée à devenir une mère tendre et dévouée, c'est la lettre écrite par Turgol à Louis XVIy six jours après son renvoi.
uttre de Turgot, (c Je profitc, lui dit-il, de la liberté que Votre isSSume. Majesté a bien voulu me donner d'avoir l'honneur de lui écrire. M. Berlin... m'a dit que Votre Majesté était disposée à m'accorder un traitement plus avantageux, et qu'Ëlle me permettait de lui exposer mes besoins... Vous savez, Sire, ce que je pense sur tout objet pécuniaire... Je recevrai les appointements de ministre, parce que sans cela je me trouverais avoir environ un tiers de revenu de moins que si j'étais resté intendant de Limoges. Je n'ai pas besoin d'être plus riche, et je ne dois pas donner l'exemple d'être à charge à l'État. Je supplierai Votre Majesté de réserver les grâces qu'Elle me destinait pour dédommager quelques personnes qui, après avoir fait le sacrifice de leur état pour m'aider dans mon travail, perdront, par ma retraite, celui que je leur avais procuré... Quant à moi. Sire, je dois regretter votre confiance et l'espérance qu'elle me donnait d'être utile à l'État. La démarche que j'ai faite *, et qui paraît
* Il est à peu près certain que Turgot fait allusion à la démarche faite pap lui pour ia destitution de de Guines, et non, comme le dit M. Bailly, {Histoire financière^ tome II, p. 224) à une ordonnance de comptant que Turgot avait refusé d'acquitter. Aucune trace d'acquit de comptant de 500,000 livres u*existe aux Archives nationales, à celte date.