‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 91 sur 98 · CLUGNY CONTROLEUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

CLUGNY CONTROLEUR GÉNÉRAL

Le surlendemain du renvoi de Turgot, Maurepas Maorepas nomnié fut nommé chef du Conseil des finances. Il était si desAnancrsie joyeux, nous apprend Augeard, de la résolution prise ciugnyTppeié par le roi, qu'il ne s'occupa pas de choisir le succès- *générau® seur du ministre congédié. Une intrigue ourdie ^® ^* "" *^^^' entre le valet de chambre Thierry et l'intendant des postes d'Ogny porta au contrôle général l'intendant de la généralité de Bordeaux^ M. de Clugny. Les magistrats furent aussi satisfaits que Maurepas, et quand M. de Clugny, vingt-cinq jours après sa nomination, prêta serment devant la Cour des comptes, le président Nicolaï raccueillit avec des éloges qui faisaient la critique de son prédécesseur :

« Monsieur, lui dit-il, le roi vous élève au ministère des finances pour le bonheur de ses peuples, . . son choix, en faisant votre éloge, vous impose de grands devoirs,.. Il faut tout votre zèle et vos talents pour la place que vous allez remplir, puisqu'il faut répondre aux vœux et aux besoins du publiCé.. On vous propose, monsieur, pour modèles et pour guides, les ministres habiles et sages qui, toujours amis des propriétés, de l'ordre et de l'état des personnes, n'eurent jamais d'ambition que d'être utiles; ils firent le bien sans faste, sans étonner par des

4 mars 1776, 0« lîl, 177, fol. 77, 78, 174, 175; 0» 230: Brevet de duc au comte de Guines, 14 mai 1776. — Œuvres de Voltaire, tome Xllï, p. 331 et suiv.; tome LXX, p. 47, 49, 76. — Mémoires secrets, tome IX, p. 115.— Correspondance de Marie-Thérèse et du comte de Hercy, tome II, p. 429, 438, 439. 441, 442, 446, 449, et suiv., 453, 493. — Mémoires de Morellet, tome II, p. ZQO.— Correspondance inédite de Jf«nc j)u Deffand, 1859, iii-8, tome 11, p. 362. — Œuvres de Turgot, tome 1, p. cxii. — Œuvres de Condorcet, 1. 1, p. 120. — Mémoires secrets d' Augeard, p. 90 et suiv., 92. — Louis XVI, Marie-Antoinette et Jlf"* Elisabeth, par Feuillet de Conches, tome II, p. 447.

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opinions nouvelles, sans alarmer par des spéculaétions hardies : leur méthode, conforme aux prineipes, eut la justice et Téconomie pour base; ils furent fidèles aux engagements, ils ranimèrent le commerce, ils firent fleurir Tagriculture. . . La faveur de leur maître, TalTection de leurs concitoyens, ont été leur récompense... Ils savaient que cette illustre compagnie est le dépôt essentiel des lois et de la surveillance de la comptabilité : c'est ici qu'on leur faisait découvrir les abus et leurs remèdes ; c'est ici qu'ils aimaient à trouver, pour le bien qu'ils voulaient faire, des coopérateurs et des conseils. La nation espère de vous, monsieur^ tout ce qu'elle a droit d'en attendre. 2>

Arrivé au contrôle général avec un cortège de filles de joie, Clugny n'eut rien de plus pressé que de renouveler les affaires des finances, pour en tirer des pots-de-vin et établir des croupes au profit de ses maîtresses et de ses créatures. Le contrôle général, affirme Augeard, devint immédiatement a un mauvais lieu et le rassemblement des fripons et des catins de Paris. !> créauon de la II était à pcinc installé depuis un mois qu'il sup- ^ d'eTi^r'^ primait toutes les loteries partielles existant dans le 30 juin 1776. ^Qy^umc, pour Ics fondre dans ce qu'il nommait la loterie royale de France : « Sur ce qu'il a été représenté au Roi, disait-il, que les différentes loteries établies jusqu'à présent dans le royaume n'avaient pas pu empêcher ses sujets de porter leurs fonds dans les pays étrangers... il ne pouvait y avoir d'autre remède que de procurer à ses sujets une nouvelle loterie dont les différents jeux, en leur présentant

RÉTABLISSEMlilNT DES CORVÉES. 510

les hasards qu'ils veulent chercher, soient capables de satisfaire et de fixer leur goût. »

Ce cynique langage, ce froid mépris des hommes dont le gouvernement exploite les passions, termine sans transition la période d'espérance que vient de traverser la nation : elle a à peine duré vingt mois.

Le 11 août, le clergé, la noblesse, les magistrats, qui avaient si vivement reclamé le maintien des corvées, recevaient, par leur rétablissement, la satisfaction sollicitée par leur avarice et leur orgueil. Le préambule si énergique de la loi de suppression ; la lumière dont Turgot a éclairé les bases vicieuses d'un impôt que le roi a, six mois avant, déclaré une taxe humiliante; sa discussion contre Hue de Miromesnil, où le garde des sceaux a fait éclater sa mau-* vaise foi et ses préjugés ;la noble lettre de Louis XVI, qui donne raison à son contrôleur général : tout est oublié.

ce La nécessité, dit le roi, de réparer avant Thiver les grandes routes... nous a engagé à examiner les moyens d'y pourvoir, et nous avons reconnu qu'il était impossible de mettre en usage ceux qui sont ordonnés par notre' édit du mois de février dernier. Nous avons cru d'ailleurs devoir donner une atten* tion particulière aux représentations de nos cours. •• Considérant combien il importe que les réparations... ne souffrent pas un plus long retardement, nous avons jugé plus convenable de rétablir par provision l'ancien usage observé pour la réparation des grands chemins. » Il terminait par cette phrase banale, qui était comme la transition obligée au retour

Les corrèes

rétablies, 11 août 1776.

des désordres du passé: a Nous nous y sommes délerminé d'autant plus volontiers, qu'occupé du bonheur de nos sujets, nous nous proposons de porter une attention particulière à leur procurer des soulagements réels sur cette partie essentielle du service public. »

Rétablissement Lc 19 août, c'cst Ic tour dcs juraudcs ; le roi, quia i/roù"[rae8we8 ^crit scpt mots avaut : « Je pense que le droit de leslISuwateSs ti^vaiUcr ne peut être un droit royal que le prince ^* *%rwlfe*"^ puisse vendre et que les sujets doivent acheter, » 19 septembre rcvicut aujourd'hui sur son jugement en ces termes :

« Notre amour pour nos sujets nous avait engagé de supprimer... les jurandes et communautés de commerce, arts et métiers. Toujours animé du même sentiment et du désir de procurer le bien de nos peuples,'"nous avons donné une attention particulière aux différents mémoires qui nous ont été présentés à ce sujet, et notamment aux représentations de notre cour de Parlement. y> Il créait de nouveau six corps de marchands et quelques communautés d'arts et métiers, corrigeant quelques-uns des abus ^ les plus criants, comme l'exclusion des femmes et des filles de certains métiers, modérant le chiffre des droits à payer et des frais à faire pour entrer dans ces corps. Il laissait libre un certain nombre de professions, qui continueront, dit l'édit, a être ce une ressource ouverte à la partie la plus indigente de nos sujets. » Ces professions déclarées libres étaient entre autres celles de bouquetières, de brossiers, de boyaudiers, de cardeurs de laine, de coiffeuses de femme, de cordiers, de tripiers, de brocanteurs

achetant et vendant dans les rues et non en place fixe, de faiseurs de lacets, de jardiniers, de maîtres de danse, de nattiers, d'oiseleurs, de pêcheurs à verge, de savetiers, de vanniers, de vidangeurs et d'autres du même genre. C'était ce qu'avait refusé dç faire Turgot : tenter de perfectionner le mal pour ne pas l'extirper.

Un mois après la résurrection des jurandes, le ministre pensait aux cultivateurs et aux commerçants en grains. On s'était persuadé, dit l'ordonnance du 19 septembre, « que leur intérêt seul serait un véhicule assez puissant pour les déterminer à.,, procurer l'abondance » dans les différentes résidences de la cour, « où le marchand, toujours assuré d'une consommation considérable, l'était pareillement d'un bénéfice honnête... Mais l'expérience ayant prouvé que cette liberté... n'a donné lieu qu'à un surhaussement de denrées, » le roi se déterminait à ordonner « à tous les fermiers, laboureurs et marchands, à la distance de dix lieues où Sa Majesté ferait séjour, » d'approvisionner le marché de sa résidence.

C'était naturellement abaisser le bénéfice qu'ils pouvaient faire, pour favoriser les gens de cour.

Quel bien était du reste capable de réaliser un ministre dont le désordre et la corruption étaient tels que Maurepas, effrayé, fit appeler Augeard quelques semaines après l'arrivée deClugny au contrôle généraly et, lui exprimant ses embarras, lui dit :

a Mon cher Augeard, il faut absolument que vous fassiez le sacrifice de votre place de fermier général... vous allez être nommé intendant général du trésor royal. — Pourquoi me faites-vous cette pro-

position? C'est que vous n'avez point de confiance, et avec raison, dans M. de Clugny... Croyez- vous qu'il soit bien flatteur pour moi d'être le partenaire ou le jockey d'un être si diffamé? — Vous avez raison^ répliqua Maurepas, je ne vous en parlerai plus. Dans ce moment, donnez-moi le temps d'établir un nouvel ordre de choses. Je vais vous faire remettre tous les détails relatifs au trésor royal. »

Trois mois après le 10 octobre^ Clugny étant malade, Maurepas, de plus en plus inquiet, entretient de nouveau Augeard du désordre des fmances : a Je change l'ordre des choses par rapport à vous, lui dit-il ; que Clugny crève ou non, je partage le contrôle général en deux ; je vous donne le trésor royal, et la partie contentieuse à Taboureau. Si je connaissais dans le Conseil un être plus intègre, je le choisirais pour être à côté de vous. »

Mortde Clugny. Peu dc jours aorès Clugny mourait. On répandit

18 octobre 1776. . i ., j j • é A T'r

le bruit que, dans ses derniers moments de délire, il avait témoigné le désir de vivre assez longtemps pour payer les dettes de l'État. Cette nouvelle donna lieu à l'épitaphe suivante, résumant en vers la railleuse indifférence du public.

Q-gU un contrôleur digne qu*on le pleurât, Aimant beaucoup la France et point du tout It vie ; Consentant de bon cœur qu'elle lui fût ravie. Lorsque! aurait éteint les dettes de TÊtat.

Taboureau des Augcard u'ayaut pas voulu entrer dans la combi-

Reaux, contrôleur . • i • «^ /^ / i* ' -kr i «

général, naison qui lui avait ete expliquée, Maurepas dut se NeckérSiî^teur rcjctcr sur Necker, avec lequel il avait échangé plus

^^îtéror? d'un rapport, quand ce banquier lui soumettait des 2î octobre 1776. projets ûnancicrs, ou des critiques durant l'adminis-

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