‹ La France sous Louis XVI; (volume 5)Chapitre 90 sur 98 · DOULEUR DE VOLTAIRE · texte numérisé non relu

DOULEUR DE VOLTAIRE

faire fléchir les opinions les plus opposées les unes aux autres ; qu'il n'ait pas tenu assez compte des embarras d'un jeune homme, des fantaisies d'une femme vive et inconsidérée, mais susceptible de retour à la raison : cela est possible. Mais que penser d'une administration qui repose sur une base assez fragile pour que Mercy, après nous avoir initiés à la puissance exercée par la reine, dise, à propos d'un confesseur : a Ce choix sera de la plus grande conséquence, particulièrement pour le roi, eu égard à la tournure de son esprit et de son caractère, » et qui ajoute : « Ce serait un vrai don du ciel qu'il arrivât à ce poste un homme vertueux ? »

Voltaire, qui portait dans son âme toutes les aspit oouiearde rations de son siècle, fut vivement ému. « Ah! mon ciS'dêws' Dieu, monsieur, écrivait-il à de Vaines, quelle funeste FrëdéricTjoiedu nouvelle j'apprends! La France aurait été trop heu- <'*«''8^^"^«*"reuse, que deviendrons-nous... Je suis atterré et désespéré. » Peu de jours après, il mandait à Frédéric la retraite des deux ministres philosophes en s'écriant : « Qui sait si les scènes des La Barre et des d'Étallondes ne se renouvelleront pas! » Je ne m'étonne point de ces changements, répliqua son royal correspondant : « Je me représente Louis XVI comme une jeune brebis entourée de vieux loups : il sera bien heureux s'il leur échappe... Il est tout simple qu'un jeune monarque sans expérience se soit laissé entraîner par le torrent des intrigues et des cabales... Mais je ne croirai jamais que la patrie de Voltaire redevienne de nos jours l'asile. . . de la superstition. »

Par . suite d'un mirage trop commun qu'enfante la faiblesse humaine, les ennemis de Turgot se

prirent à croire que les orages qu'il prévoyait, c'était lui qui voulait les faire naître. Ils confondirent la main qui lance la foudre avec le regard de l'homme qui la voit venir, et, le 20 mai, un journal écrit, à propos d'un livre en faveur des protestants : « Le clergé serait désolé.. # si la disgrâce de M. Turgot ne le consolait de tout en ce moment. y>

Impassible et ferme au seuil de ces époques de trouble qu'il aperçoit dans le lointain, Turgot va se renfermer dans la vie du savant. 11 dédaignera les vils manèges, les ruses et les mensonges des ambitieux, restant jusqu'au bout le type idéal et accompli de ce que Voltaire appelle un homme^ quand il lui dit:

rhilosophe indulgent, ministre citoyen, Qui ne cherchas le vrai que pour faire le bien. Qui d*un peuple léger, et trop ingrat peut-être. Préparais le bonheur et celui de son maître, Ce qu*on nomme disgrftce a payé tes bienfaits.

A toi-même rendu, tu nMnstruis que les sages; Tu n'as plus à répondre aux discours de Paris.

Hélas! au bord de Tfnde autrefois Alexandre

Disait, sur les débris de cent villes en cendre :

Ah 1 quMl m*en a coûté quand j'étais si jaloux,

Railleurs Alhéniens, d*étre loué par vous!

Ton esprit, je le sais, ta profonde sagesse,

Ta mâle probité n'a point cette faiblesse.

A d'éternels travaux tu t'étais dévoué

Pour servir ton pays, non pour être loué.

Caton, dans tous les temps gardant son caractère.

Mourut pour les Romains sans prétendre à leur plaire.

Mais où sont les béros dignes de la mémoire, Qui sachent mériter et mépriser la gloire < ?

* Archivés nationales, K 164 : Correspondance de Vergennes. Lettre du comte de Guines au roi, 3 mars 1776. Vergennes au roi,

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