LES LETTRES ET LES SCIENCES EN FRANCE
cite des faits qui dénotent des changeaients profonds au sein de la société. <k C'est le moment des entreprises financières par compagnie, écrit-il, bientôt les grands seront commis à la barrière, si cela rapporte vingt mille livres. i> Mallet signale les inconséquences du gouvernement dans la lutte sourde qu'il soutenait contre la magistrature, dans la propagation tolérée des critiques dirigées contre les juges, pendant qu'il entravait la publicité de la réponse de Tavocat-général Scguier aux attaques du président Dupaty. La mise en lumière des tergiversations du Cabinet de Versailles, dans ses conceptions administratives et ses actes politiques, fait comprendre la formation d*une opinion publique sérieuse dont les tendances, encore confuses et non coordonnées, imprimaient à chacun cette sorte d'agitation ressentie par un vaisseau à rapproche d'une tempête, et Calonne n'était pas le premier ministre qui s'inclinât devant sa toute puissance. Brissot, esprit léger, prêt à former des liaisons de tout genre, parle dans ses mémoires de quantité d'entreprises littéraires fondées soit sur le sol Anglais , soit en Hollande, pour exploiter les préoccupations des Français, et montre par les calculs des hommes d'aCTaires, les con* victîons ardentes et sincères qui dominaient la nation. Il nous met dans la confidence de ses admirations naïves pour Jean-Jacques Rousseau, de ses convictions républicaines et des moyens qu'il emploie pour les propager. Ses relations avec le marquis Ducrest, le frère de M"** de Genlis^ font connaître l'espèce d'exaltation et d'ambition morbides qui avait en vahi la société daqs ^es classes les plus infimes, comme dans les plus hautes.
m t'iVRB DEUXIÈME.
«c A la mort de son père, nous npprend Brissot, le doo d'Orléans choisit pour la gestion de sa fortune prodigieuse le marquis Ducrest. Ducrest voulait s'entourer d'hommes instruits, il me proposa une place auprès de lui. Je résistai d'abord. Il me fit entrevoir de vastes desseins et la part que je pourrais y prendre. Nous touchions à une grande crise; je le sentais ; il me semblait qu'elle ne pourrait s'opérer qu'avec l'appui d'un prince riche, adoré du peuple, qui s'allierait avec les Parlements , ces éternels ennemis du trône. «Ducrest commença par faire donner des pensions aux savants, des secours aux inventeurs, pour gagner des partisans au prince, et nourrissant le secret espoir de remplacer Loménie, fit présenter par le duc d'Orléans une lettre à Louis XVI , dans laquelle il critiquait les actes des ministres et les accusait d'abuser du nom du roi. <r II y a quarante ans, soutenait Ducrest, que les peuples sont la \ictime de ce système funeste. . . Tout le mal qui s'est fait depuis un siècle , tout celui qui se prépare sous le nom du roi, a aliéné et aliène de plus en plus les esprits... Je crois que le renvoi de tout le niinistère actuel est le seul moyen de conserver l'autorité du roi... Je crois qu'un nouveau ministère, composé tel que je l'imagine et dont l'autorité serait limitée par des conseils particuliers..., rétablirait bientôt les affaires. Je crois qu'il faudrait y ajouter un surintendant des finances... rapportante un centre conn mun toutes les dépenses... Je crois que si le roi me chargeait de cette manière de l'administration de ses finances, je lui rendrais à lui et à la reine l'amour des peuples, et que je relèverais les recettes au-dessus