APPEL DES BAILLIAGES
pouvoirs, en les prévenant que dans une heure se ferait l'appel général des bailliages. De vifs applaudissements accueillirent ce discours^ et la discussion s'ouvrit par la lecture d'une adresse destinée à expliquer au Roi l'acte comminatoire auquel se décidait le Tiers; aussi, quand Malouet tenta de proposer une rédaction contraire à celle de Barnave, tempérée par quelques paroles de satisfaction, une protestation s'éleva de l'un des bancs, a Méfions-nous de tous ces éloges, dictés par la bassesse et la flatterie, et enfantés par l'intérêt. Nous sommes ici dans le séjour de l'intrigue et des menées. L'air même qu'on y respire porte la corruption dans les cœurs. Des représentants de la nation^ hélas! semblent déjà en être vivement atteints... Qui ne sait, en eflet, qu'il se tient des assemblées nocturnes, des conférences secrètes, où l'on combine des motions et des réponses favorables au parti, toujours, ou presque toujours contraire à la droiture et aux vrais principes? d
Protestation qu'accueillit la majorité en se prononçant pour leprojet de Barnave. Le 12 juin, Tappel desbailliagescommença, et continua le 13, sansqu'aucun membre de la noblesse et du clergé se fût présenté, sauf, trois curés appartenant à la sénéchaussée du Poitou qui vinrent soumettre leurs pouvoirs à l'Assemblée, le discours prononcé par l'un d'eux fit la plus vive impression, et on l'invita à prendre place au bureau; ce même jour, il fut procédé à la lecture du rapport validant les titres de plusieurs députations. Le 16 juin, six curés présentaient leurs pouvoirs, pendant que leur ordre délibérait sans prendre de
décision et que la noblesse parlait d'invoquer Tintervention du Roi.
t-Éui Le 17 juin, la vérification des pouvoirs étant
le liiro ,
mbiée achevée, le Tiers-Élat décida, par 491 suffrages *' " ' contre 90, que, réunissant dans son sein les quatrevingt-seize centièmes au moins de la nation, il prendrait le titre d'Assemblée nationale, et que les motifs de sa résolution seraient exposés au Roi et annoncés au pays.
Cette détermination venait d'être prise lorsqu'une députation de la noblesse manifesta son intention de soumettre la validité de la députation des provinces du Dauphiné à la sanction des comnnissaires des trois ordres, a Monsieur, déclara le doyen des communes, Bailly, je suis chargé de vous répondre, au nom de l'Assemblée nationale qui siège dans cette salle commune, que tous les députés de la noblesse ont été appelés et invités à la vérification commune des pouvoirs et à se réunir à rAssemblée nationale. Elle ne cessera de désirer qu'ils viennent les présenter, et elle le désire particulièrement pour délibérer en commun sur les moyens de soulager la misère publique. x>
A peine les députés de la noblesse se furent-ils retirés que Bailly, échangeant le titre de doyen contre celui de président par le choix de sescollègues, prêtait serment, ainsi que tous les députés, de remplir avec zèle et fidélité les fonctions qui leur étaient confiées. Les députés décidèrent que les impôts établis subsisteraient jusqu'au jour de la première séparation de l'Assemblée, mirent les créanciers de l'État sous la garde de l'honneur et de la lovauté de la nation