LE TIERS-ÉTAT DEVIENT L' ASSEMBLÉE NATIONALE
française, et le représentant Camus se rendit à Paris pour fiiire imprimer et distribuer la délibération qui fixait la constitution de TAssemblée.
Le soir même de ce grand jour, Bailly, appelé à la Chancellerie pour prendre connaissance d'une communication du Roi, y trouva la lettre suivante, adressée au doyen du Tiers-État :
c Je ne refuserai jamais, Monsieur, de recevoir aucun des présidents des trois ordres lorsqu'ils seront chargés d'une mission auprès de moi et qu'ils m'auront demandé, par l'organe usité de mon garde des sceaux, le moment que je veux leur indiquer. Je désapprouve l'expression de classes privilégiées que le Tiers-État emploie pour désigner les deux premiers ordres..., le bien ne peut être effectué que par le concours des trois ordres qui composent les États généraux.., La réserve que Tordre de la noblesse avait mise dans son acquiescement à l'ouverture faite de ma part, ne devait pas empêcher Tordre du Tiers de me donner un témoignage de déférence... »
Cette lettre mon tre Tobstination avec laquelle leRoî refusait la libre communication entre le peuple et son prince, obstination étrange quand on songe à Tétat de Topinion publique révélé par un savant illustre dans une lettre particulière, le lendemain même de cette décision qui devait transformer les bases de la société dans son pays, a Le Roi est à Mnriy, mandait Monge à Tun de ses amis, le haut clergé et la noblesse ayant à leur tête le comte d'Artois passent les nuits chez la duchesse de Polignac. Ils s'occupent des moyens de faire renvoyer M. Necker et de faire dis-
soudre les États généraux. Cette double entreprise est difficile et surtout périlleuse. Les bons esprits regardent TâiTaire comme terminée et la journée du 17 sera une des plus mémorables de la monarchie. C'est un grand et beau spectacle que de voir le Tiers- Ëtat devenu Chambre des Communes, puis Assemblée nationale, inviter les classes privilégiées de venir se joindre à elle et, sansleur répondre, marcher au dénouement avec le sentiment de ses forces et le grand avantage de ses lumières. C'est en public^ en présence de toute la nation, qu'ils prennent leurs délibérations. La noblesse, au contraire, s'enferme dans une petite chambre comme pour procéder à une œuvre de ténèbres... On ne parle pas du clergé, on ne s'inquiète en aucune manière de ce qu'il fait. H garde l'incognito..., il se rend trop de justice pour oser montrer des prétentions. »
lyjw» Le 19 juin, la majorité de la noblesse saisissant le u titre prétexte d'une réponse au Roi qui avait blâmé l'envoi
prit par direct d'une décision de cet ordre sans l'intermédiaire Irité^da du garde des sceaux, protestait contre la conduite "~~* du Tiers-État.
iSit'ûm ^ Interprèles de la noblesse française, avait écrit JJU^ M. de Croï, c'est en son nom que nous jurons à Votre Majesté une reconnaissance, un amour sans bornes, un respect, une fidélité inviolable pour sa personne sacrée, pour son autorité légitime... Pourquoi faut-il que la douleur vienne se mêler aux sentiments dont elle est pénétrée. . .? C'est entre les mains de Votre Majesté même que nous déposerons nos protestations ^
^ Collection complète det travaux de M. Mirabeau Vatné^ par Ëiiebie , iD-8. Plrii, t791, 1. 1, page 158 et sniv.; Joumcidcf Jfliit-