MÉMOIRE DE VERGENNES SUR L'ÉTAT DE L'EUROPE
Yotre Majesté, dit-il au roi en lui remettant son mémoire, lui paraîtra bien long, mais je la supplie de ne pas le juger avant de l'avoir lu. Je rapproche le passé do présent, afin que Votre Majesté distingue plus aisément ce que Ta venir peut désirer de sa prévoyance. L'Europe en apparence tranquille, éprouve une fermentation sourde qui peut aboutira une grande crise ; Votre Majesté ne peut donc se prémunir trop tôt contre ses effets qui l'intéresseront nécessairement et l'impliqueront plus ou moins directement. i>
« Votre Majesté n'a pas encore accompli la dixième année de son règne et déjà quatre fois l'Europe a dû i sa prévoyance et à ses efforts le rétablissement ou la conservation de la paix. y> Vergennes rappelle les ambitions de la maison d'Autriche, a toujours active à profiter des moindres occasions pour s'agrandir, » et la tranquillité de l' Allemagne, due à l'intervention de la France. II parle de a a paix de Kainardjy, si fatale aux Turcs, qui éprouvait dans son exécution des difficultés qui faisaient appréhender les suites les plus sérieuses, t> quand le roi s'interposa a dans l'intérêt de la conservation d'un empire qui fut jadis utile à la France, et ofTrit ses bons offices, au grand étormement de la cour de Saint-Pétersbourg. t> La France, placée en quelque sorte au centre de l'Europe, continue-t-il, ce n'a besoin ni d^agrandissement ni de conquêtes ; toutes ses vues et toute son influence doivent être dirigées au maintien de l'ordre public et à prévenir que les différents pouvoirs qui composent réquilibre de l'Europe ne soient point détruits... Cest en ne vous écartant point de ce système, que Votre Majesté a rappelé à elle les Hol-
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landais..., qu'elle a disposé toutes les nations à la voir sans inquiétude réprimer Torgueil de l'Angleterre... Les Anglais, désabusés de Tespoir chimérique de rappeler sous leurs lois par la force des armes les provinces américaines, n'ont pas rougi de faire les premières avances pour la paix... Une paix honorable et utile a été conclue ; elle a effacé la tache de celle de 1763. j> Insistant sur la nécessité de cette paix avec r Angleterre qui rendait à la France sa liberté d'action, Vtrgennes en faisait ressortir l'opportunité en rappelant l'attitude des cours de Vienne et de Pétersbourg, qui après avoir vécu depuis vingt ans dans un état d'opposition ouverte, laissaient entrevoir parleur rapprochement une entente et une communauté de vues propres à exciter des inquiétudes et des alarmes, a Le bruit se répand, observe-t-il, que l'empire Ottoman serait le premier objet des efforts de cette nouvelle coalition, sa faiblesse incroyable rendait ce projet aussi plausible que l'exécution en aurait été vraisemblablement facile ; la paix Ta suspendu. On prévit que Votre Majesté pourrait y faire opposition. » Vergennes montre la duplicité du cabinet russe, qui s'empare du pays des Tartares, son accord avec l'empereur, qui, voulant conquérirlaValachieetlaMoldavie, espère obtenir l'assentiment du cabinet de Versailles au moyen oc de ses liens d'alliance et de parenté i> et il conclut : a L'occupation des pays tartares par la Russie n'est d'aucun préjudice pour la France, mais il n'en serait pas de même si l'empereur accaparait à discrétion les '[^rovinces turques d'Europe... Vos représentations, quoique justes, étaient trop diamétralement contraires à la façon de penser de la cour de