LE STATHOUDERAT ATTAQUÉ PAR MIRABEAU
c Les peuples ne sont pas faits pour le prince, mais le prince est fait pour les peuples. Ils ont le droit de le chasser... Guillaume !•*, prince d'Orange, a rendu de grands services aux Provinces-Unies, mais il ne montra jamais ce désintéressement qui distingue, dans les temps difiiciles, les âmes vraiment républiblicaines... il ne fut point martyr de la liberté Belgique, celui qui voulut régner sur les Belges... Si quelque citoyen extraordinaire vous rend d'importants services, si même il vous sauve de Tesclavage, respectez son caractère, mais surtout craignez ses talents. Malheur aux peuples reconnaissants ! Ils cèdent tous leursdroits à qui leur en a fait recouvrer un seul ! x> Mirabeau montrait Maurice, le fils de ce Guillaume, minant sourdement pendant quarante ans la liberté publique, puis arrivant au despotisme par l'assassinat judiciaire de Barnevelt. Il suivait pas à pas Taccroissementde puissance de la maison d'Orange, jusqu'au mariage de Guillaume II avec la fille de Charles T' d'Angleterre, mariage qui créait au stathouderat des intérêts opposés à ceux de son pays, a La mort de Guillaume, laissant un héritier en bas âge, continuait-il, rend le pouvoir aux États généraux, le parti des patriotes relève la grandeur du pays. En 1658... l'amiral Opdam force le passage du Sund, bat les Suédois, délivre Copenhague, en 1659 Ruyter le remplace, il devient l'arbitre du Nord.. . et voilà comment le stathouderat est nécessaire à la gloire, à la sûreté de la Confédération Belgique!... C'est en 1660, c'est sous une administration purement républicaine que les Provinces-Unies parvinrent à leur plus haut point de grandeur ». Après cet éloge du gouvernement des
Ëtats, Mirabeau contestait que la Hollande eût été sauvée par le rétablissement du stalhoudérat, et signalait parmi les causes primordiales du triomphe des Pro* vinces-Unies « la jalousie sourde de l'Europe contre LouisXIY. .. , l'alarme générale des princes protestants à la vue des dangers qui menaçaient leur religion. L'élévation de Guillaume IIl, observait-il, n'engagea point Charles II à se séparer de la France... c'est le parlement Britannique qui Ty força... Ce n'est pas seulement en comparant le gouvernement du despote Guillaume III aux deux administrations républicaines..., qu'on voit les funestes eCTets du stathoudérat..., c'est le comble du désordre de se donner pour chef un guerrier, magistrat héréditaire^ qui par les préjugés de son éducation et de son état, hait la liberté, méprise le commerce et affiche le faste. » Arrivant à Guillaume V, le dernier stathouder, l'ardent écrivain le représentait comme inférieur, en lalent, à ses prédécesseurs, mais comme le c digne élève d'un artisan de fraudes et de violence, ne rêvant qu à l'augmentation de son autorité, oubliant tous ses devoirs de chef militaire lorsqu'ils ne tendaient pas directement à l'oppression au dedans. . . , les places fortes tombaient en ruine, le stathouder négligeait la sûreté des frontières, mais il se faisait donner^ par le collège des conseillers^ députés des États de Hollande, la disposition des emplois civils et militaires..., mais établissait dans les régences de la plupart des villes. . . des affidés pour préparer les délibérations x> . Mirabeau accusaitce princed'Orangede trahir son paysan profitde l'Angleterre, quand la cour de Londres faisait attaquer la Hollande, il lui reprochait de <c vendre à une puis-