CHAPITRE VII Partie Méridionale du Bassin Parisien
siastique, puis de gouvernement militaire, de département aujourd'hui. Elle résulte moins du fleuve que d'une dillcrence de structure et de genre de vie entre les pays de la rive gauche et ceux de la rive droite. Ceux-ci ont été, comme le Morvan auquel ils confinent, fractures par des dislocations répétées. Au lieu de se dérouler en zones régulièrement concentriques, la contrée se fractionne en handes étroites, séparées par des failles et orientées du Sud au Nord. Successivement de l'Est à l'Ouest on passe des argiles du lias, sur lesquelles s'étalent les prés d'embauché du Bazois, au petit massif granitique, injecté de porphyres et couvert de bois, du canton de Saint-Saulge, brusque réapparition du Morvan ; puis enfin aux aflleurements primaires que signale la houille au Nord de Decize. Plus loin, vers l'Ouest, les argiles reparaissent dans le pays des Amognes ; mais bientôt les calcaires jurassiques ramènent les vallées à fond plat, avec les carrières de pierres, les lignes de sources et les profils réguliers des coteaux. L'un d'eux s'avance comme un promontoire que, du Sud, on aperçoit de fort loin dominant la plaine élargie de la Loire. Là seulement le Nivernais trouva un centre, un point de cristallisation politique.
Nevers est une de ces primitives étapes de batellerie qui, comme Decize, jalonnaient le cours de la Loire ; mais, plus favorisée que cette bourgade insulaire, elle avait à sa portée des éléments de progrès : mines de fer, belle pierre, eaux thermales, et le confluent d'une de ces petites rivières abondantes et limpides, comme en fournit le calcaire jurassique, mais dont le sort est souvent d'achever leur cours entre les ruelles d'un faubourg industriel. Cette petite capitale donne à la région une apparence d'unité. Mais en réalité cette région, restée une des plus forestières de France, reproduit dans sa population, où se rencontrent des bûcherons, des mineurs, des éleveurs, des vignerons, les contrastes de son sol hétérogène. Entre la Bourgogne et le Berry, elle est à part. Sa structure heurtée interrompt la continuité des relations naturelles sur la périphérie du bassin.
Au Nord seulement le pays se découvre. Les calcaires
PASSAGE coralligènes que l'Yonne a traversés de Clamecy à Gravant
DE BOURGOGNE prolongent jusqu'à la Loire leurs sèches plates-formes, domi-
EN BERRY nécs par le roc historique de Donzy. Une zone, étroite il est
vrai, mais où la circulation est facile, succède aux lignes de forêts
et de rivières qui, au Sud, faisaient obstacle. Là se trouve, depuis les temps
préhistoriques, le point de jonction entre l'Est et le Sud du Bassin parisien,
les Edues et les Bituriges, la Bourgogne et le Berry.
Le vieux bourg celtique de Condate, aujourd'hui Cosne, marque un des plus anciens passages de la Loire'. Entre le Nivernais et le pays bocager qu'engendrent au Nord les sables et les argiles de la Puisaye, les abords du
I. Chomin dit de Jacques Cœur, ancienne voie de Cosne à Bourges.
La France du Nord. livre premier, it
grand fleuve se dégagent. 11 coule, entrelaçant les îles, dans une ample vallée bordée de vignes, terre promise de riches abbayes. La vieille église de la Charité, fdle de Cluny, domine un de ces horizons qui annoncent pour la première fois sur le fleuve à peine échappé au Massif central les aimables et opulents paysages quil baignera plus tard. On penserait déjà à la Touraine, si un promontoire montagneux, où s'est campé Sancerre, ne se dressait, sur l'autre rive, de plus de 200 mètres au-dessus de la vallée, et n'avertissait pas qu'il ne faut pas songer encore à la molle Touraine.
C'est en efiTet vraiment une région montagneuse en petit, la dernière qui, vers l'Ouest, témoigne des accidents qui ont régénéré le relief. L'effort orogénique qui s'est fait sentir dans les dislocations tertiaires du Morvan et du Nivernais a surélevé le Sancerrois le long de grandes failles qui en ont porté le point culminant jusqu'à /174 mètres, altitude qu'on ne retrouverait plus, si loin qu'on allât vers l'Ouest. Surveillant les passages de la Loire, Sancerre occupait un site unique.
Au delà commencent les ondulations d'un sol argileux où, vers Neuvy, pays des briques et des tuiles, s'évase la vallée de la Loire. De part et d'autre se déroulent, sans ordre, des croupes molles qui, avec leurs haies d'arbres s'entre-croisant en zigzags, prennent un aspect bocager. On se trouve en effet sur le prolongement de la zone argileuse qui, de l'Argonne à la Puisaye, s'intercale entre les calcaires jurassiques et la craie. Mais lorsque, s'avançant toujours vers le centre du bassin, on devrait s'attendre à rencontrer la craie blanche, on voit à sa place s'étaler l'argile à silex, son résidu. Des plateaux sans pente, au sol rocailleux et boisé, très solitaires, se déroulent de Châtillon-sur-Loire à Vierzon sur le Cher. Ce n'est pas encore la vraie Sologne ; le qualificatif de pierreuse, qu'on lui donne dans le pays, indique bien la différence du sol. C'en est pourtant la préface.
//. — SOLOG.\R
LORSQUE les nappes grises des sables argileux prennent possession de la surface, que les étangs, ou les mares couvertes de joncs et d'herbes se multiplient, on est vraiment en Sologne.
Jadis on les voyait partout, entre Romoranlin et La Motte-Beuvron, luire à sa surface. Beaucoup aujourd'hui ont fait place à des prairies où s'ébattent des troupeaux d'oies, canards et dindons. Mais le paysage déroule toujours ses ajoncs et bruyères, ses champs de sarrasin et ses mares, cernées de petits bois de pins et bouleaux. Il attriste par quelque chose de borné et de languissant. Les rivières, sans lit, se traînent comme un chapelet d'étangs. Il manque les l'cssources d'empierrement naturel qui, du moins, sur l'argile à silex, offrent des facilités à la circulation. On juge de ce qu'était l'existence humaine, dans ces maisons en argile et en bois, sans fenêtres, recouvertes de toits de roseaux, qui subsistent encore dans quelques parties écartées ;