‹ La France, tableau géographiqueChapitre 112 sur 275 · ÉVOLUTION GÉOLOGIQUE DE LA RÉGION · texte numérisé non relu

ÉVOLUTION GÉOLOGIQUE DE LA RÉGION

LE BASSIN parisien est, à l'Ouest, tranché brusquement par la mer. Successivement, de la Picardie aux schistes du Cotentin, les formations de plus en plus anciennes dont il se compose : craie blanche, argile et sables de la base de la craie, calcaires jurassiques, marnes du lias, se remplacent à la surface. Elles se dessinent avec netteté, chacune avec son aspect propre, dans la topographie, et s'appellent le Pays de Caux, la Vallée cl' Auge, la Campagne de Caen, le Bessin. Mais le moment oià elles viennent de s'étaler à la surface est aussi celui oîi elles sont interrompues par la mer. Sur le plateau crayeux du Pays de Caux cette rupture a quelque chose de saisissant. Les champs touchent au tranchant des falaises, le sillon se continue presque jusqu'au bord; la plupart des vallées se terminent, suspendues à moitié liauteur, sans se raccorder avec le rivage qu'elles dominent dune cinquantaine de mètres, parfois davantage. Il est clair que lorsque le prolil normal des vallées s'est tixé, la côte était plus éloignée; un accident ultérieur a fait disparaître le raccordement avec le niveau de base ' .

I. En accord avec ces indices, on a constate qu'au large de l'embouchure de la Seine les lignes bathymétriques accusaient un prolongement sous-marin de la vallée. Sur les côtes du Calvados, des tourbières, aujourd'hui sous la mer, attestent, pour l'époque oii elles se sont formées, une plus grande extension des terres. On est ainsi amené à assigner une date récente à la ligne actuelle du littoral normand. A une époque où peut-être l'homme occupait déjà ces régions, les terres se prolongeaient vers le fond d'un golfe occupant le grand axe de la dépression de la Manche Celle-ci se creusait entre les ailes relevées d'un synclinal, dont la continuité subsiste encore, puisque les couches se correspondent de la rive française à la rive anglaise.

La France du Nord. livre puemieu, ii

Un autre caractère, qui ne saurait manquer de frapper, et qui s'est montré fécond en conséquences géographiques, est le profond creusement des vallées principales. L Orne traverse entre des berges relativement élevées la Campagne de Caen. Dans les argiles du Pays d'Auge la Touques affouille sa vallée jusqu'à faire apparaître le substratum jurassique. La Risle laboure d'un sillon profond les plateaux limoneux du Lieuvin. Enfin, dans la partie inférieure de son cours, la Seine a puissamment enfoncé ses méandres entre des rives qui de part et d'autre dominent de plus de loo mètres le niveau de sa vallée. Cette énergie de corrosion, incompatible avec les faibles déclivités actuelles, suppose qu'il fut un temps où ces rivières disposaient de pentes plus fortes pour atteindre leur niveau de base, c'est-à-dire la mer. Non seulement la côte était plus éloignée, mais les terres étaient plus hautes. Plus tard le sol subit un abaissement. La mer, empiétant sur le domaine terrestre, envahit alors la partie inférieure des vallées, les transformant en estuaires. Ce fut le commencement de la phase actuelle. Les limites entre la terre et la mer devinrent telles que nous les voyons. Toutefois, comme si, après toutes ces vicissitudes, cette stabilité était encore mal assurée, le profil du littoral continue à se modifier sous l'action des courants. Tandis que les saillies s'émoussent, les estuaires tendent à leur tour à se combler, et la terre revendique par ses alluvions une partie du domaine perdu.

Cette marche récente des phénomènes explique l'état actuel. Le Bassin parisien n'expire pas vers l'Ouest ; il est tronqué. Une partie de son domaine est submergée. Mais la partie restée découverte conserve, avec une netteté intacte, les variétés distinctives des zones qui la composent. Bien mieux que dans le Sud du bassin et presque aussi clairement que dans l'Est, chaque zone apporte successivement dans le paysage la physionomie qui lui est propre; de sorte que, pour chaque bande que tranche la ligne transversale des côtes, apparaît un pays distinct. Ces divisions naturelles vivent dans l'usage populaire, et ont éveillé depuis longtemps l'attention des observateurs. Elles coexistent avec le nom général et histoi'ique de Normandie.

Si ces noms de pays expriment les particularités du sol, celui de Normandie résulte de lunité que la contrée doit à sa position générale. On ne peut aborder l'étude de cette région sans attirer tout d'abord l'attention sur le conflit entre les forces locales du sol et les influences venues du dehors, conflit dans lequel se résument ses destinées historiques. Les influences extérieures ont été puissantes et prolongées. Elles ne constituent pas un accident, mais un fait normal; car, par position, la Normandie est un but. Son littoral, à l'inverse du littoral picard, regarde le Nord. 11 est, pour le monde maritime du Nord, ce qu'est notre Armorique par rapport à la Bretagne insulaire, ce que furent l'Egypte et la Cyrénaïque pour la Grèce, ce que d'un mot les

r VL VISES ^0\\ M \\ DKS

AUAissi:.\u:.\T nu yniiAi: ni-: hase

VALLEES SUSl'ESlWES a u d li II Trrport.

<r extrémité ne se fcordc pas an • ■11,1 ,/,■ base, CI-SI- In. ,1 la plage: cl

PS

Page 1