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CHAPITRE VIII Partie Occidentale du Bassin Parisien, .\orinandie

anciens périples appelaient la côte d'en face. Les navigateurs saxons et Scandinaves le rencontraient devant eux dans leurs expéditions vei's le Sud, comme aujourd'hui les paquebots venus des embouchures de l'Elbe et du Weser dans leur trajet vers l'Amérique. En de telles conditions les articulations de rivages prennent grande valeur. La moindre amorce saillante, la moindre ouverture donne asile à un germe sur un littoral ainsi assailli par des courants de migrations et d'aventures. Avec ses rigides falaises, le littoral du pays de Caux nest qu'assez peu favorable aux établissements maritimes : pourtant, de Dieppe à Fécamp, les noms germaniques s'échelonnent sur le rivage'. Puis, de la Seine à l'Orne, de nombreuses embouchures fluviales, grandes et petites, ouvrirent des portes d'accès. Le Cotentin prêta enfin le secours et la tentation de ses promontoires extrêmes, où expirent les iniluences du dedans.

Cependant, en arrière de ce littorale! sur le littoral même, réagissait en un sens contraire la force ancienne et accumulée des influences intérieures. Toute une vieille et riche civilisation subsistait là, fondée sur la terre. Et cette force du sol était une garantie de résistance et de durée pour l'ancienne langue, les anciennes traditions, les anciennes races.

,„ Le nom de haute Normandie se présente de lui-même à

LE l'esprit, quand, vers Yvetot ou Yerville on embrasse autour

PAYS DE CAUX de soi l'horizon. De larges ondulations se déroulent à perte de vue. On en a gravi péniblement l'accès. Que l'on vienne de Rouen, du Vexin ou du Pays de Bray, ou du rivage de la mer, il a fallu s'élever le long d'étroites vallées tapissées de hêtres, on a franchi des lambeaux de forêts, réduites aujourd'hui, mais qui jadis couvraient tous les abords, et voici maintenant que s'étend un pays découvert qu'aucune ligne de relief ne borne à l'horizon. Entre les champs de blé, dont les ondulations conti'ibuent à amortir encore les faibles mouvements du sol, se dessinent çà et là des bandes sombres : ce sont des rangées d arbres derrière lesquels s'abritent les fermes, ou à travers lesquels se dispersent les maisons des villages. Estompées dans la brume, ces lignes forment des plans successifs. Cela donne une impression à la fois d'ampleur et de hauteur. En fait, le niveau général reste élevé; de 200 mètres au sommet de la convexité du plateau, il ne descend guère au-dessous de 100 mètres aux bords des falaises. Entre la basse vallée de la Seine au Sud et la dépression verdoyante du Bray au Nord, ce bastion de craie revêtu de limon se projette tout d'une pièce, comme un témoignage de résistance aux aflaissements qui ont affecté le reste du littoral normand.

Pourtant le Pays de Caux n'est Normandie que pour l'histoire et la

I. Dieppe (diep, djupa, deôp = fonds). — Les Dates (^Dat-r'). — Fécamp (^fiskr^ pêcherie). — 6'ani'it' (aaiid t'M = crique de sable), etc. (Joret, Des caractères et de l'extension du patois normand. Paris, i883, p. 35).

La France du Nord. livre premier, n

géographie politique; il est avant tout, et le paysan le sait, un pays distinct. Le limon, déposé en couches puissantes sur la convexité du plateau, y a favorisé de temps immémorial la vie agricole. Cette puissance diminue, il est vrai, vers la périphérie ; mais à l'aide du marnage, c'est-à-dire en ramenant à la surface la craie sous-jacente, il a été possible d'amender l'argile à silex et d'étendre les cultures aux dépens des bois. Jusqu'à nos jours, c'est dans ces gains successifs que tient toute l'histoire du Pays de Caux. Ainsi se sont multipliées les fermes entourées de leurs vergers ou masures, d'oîi le fermier surveille son bétail, et que flanquent des ybsse's, ou levées de terres garnies de hêtres. Ainsi ont pullulé jusqu'à couvrir parfois plusieurs kilomètres, ces villages dont les rues sont des bosquets et dont les maisons s'espacent entre les pommiers. L'eau est rare, mais l'argile voisine de la surface permet de maintenir des mares ; et la population put ainsi se répandre avec plus de liberté qu'en Picardie. Sur ces plains, dans ces campagnes, la richesse agricole, aidée du tissage domestique, avait concentré une population nombreuse, qui s'égrène maintenant au profit des vallées. Ici seulement le Cauchois se sent chez lui ; ici il retrouve, avec ce qui reste encore du mode d'existence traditionnel, les façons déparier, le patelin cher à ses oreilles. Il est étranger dans les vallées.

,y Les vallées ne peuvent pas être nombreuses en ce pays

VALLÉES perméable. Sur la convexité du Pays de Caux on peut faire NORMANDES jusqu'à 20 kilomètres sans en rencontrer une. Jusqu'au niveau où les caux infdtrées dans la craie blanche se combinent en courants assez forts pour atteindre l'assise marneuse sur laquelle elle repose, il n'y a ni vallée ni rivière. Mais, au contact du niveau de sources, la rivière sort, abondante et limpide. Dès sa naissance quelque ancienne abbaye, un château, des moulins, et aujourd'hui des files d'usines signalent la nouvelle venue. Par leur pureté et par la rapidité que leur imprime la pente, ces rivières tentent l'industrie. Ce qu'elle a fait de ces vallées, on en juge par les rues d'usines qui, le long du bec de Cailly, du Robec, de la rivière de Sainte-Austreberte montent à l'escalade du plateau. Mais cela ne date pas d'hier. C'est par les vallées que la Normandie est devenue industrielle. Elles s'insinuent entre les flancs épais du plateau, comme des veines par lesquelles pénètre et circule une vie différente, vie qui expire sur le plateau même.

Ce dualisme est fortement empreint sur tout le pays. Les petites rivières cauchoises ne disposent que d'une vingtaine de kilomètres pour racheter la difTérence de pente entre leur source et leur embouchure. Elles ne tardent donc pas à entailler profondément le plateau. L'argile à silex, mise à nu sur les flancs, apparaît avec ses rocailles rousses, que parvient à peine à tapisser, grâce aux éboulis, une végétation buissonneuse. Une ceinture de taillis et de bois, rebelle à toute culture, interrompt ainsi la continuité entre les plateaux

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