CHAPITRE VIII Partie Occidentale du Bassin Parisien. Normandie
limoneux d'en haut et les fonds verdoyants d'en bas. Sur ces pentes raides les charrois sont difficiles, presque impossibles ; il faut remonter jusqu'à la naissance de la vallée. C'est pour cela que les routes cherchent à se maintenir autant que possible sur le dos du plateau en évitant les échancrures de la périphérie. Il n'y a sur les versants ni niveau de source, ni inflexion de relief pouvant faciliter à mi-côte l'établissement de villages. C'est donc presque l'isolement entre vallées et plateaux. En bas l'industrie, ou, aux bords de la mer, quelque établissement de vie maritime. En haut les villse ou villes, c'est-à-dire les établissements ruraux autour desquels s'est perpétuée la vie agricole. Si l'on pousse dans le passé l'analyse de ces contrastes, on reconnaît dans les découpures des vallées et dans les interstices du rivage les voies par lesquelles se sont introduits les éléments étrangers, rénovateurs, auxquels la Normandie doit son nom. Mais l'on se rend compte aussi d'une des causes qui ont mis obstacle à une complète transformation ethnique de la contrée. L'existence d'un plateau compact, dans lequel s'était enracinée une population profondément agricole, assez dense pour porter et maintenir un nom de peuple, a certainement contribué à la conservation du passé.
,, Mais, immédiatement au pied du plateau crayeux, la Seine
VALLÉE ET BAIE a entaillé sa vallée. Elle a multiplié ses méandres ; et peu à peu, DE LA SEINE entre ses bords écartés, fuyant en lignes sombres, s'introduit un large estuaire maritime.
La Seine commence, presque au sortir du cirque parisien, à prendre sa physionomie normande. Peu après Meulan, les blanches roches de la craie commencent à affleurer au soubassement des coteaux. Au delà de Mantes, le paysage a déjà changé. Les collines à zones de végétation étagée qui caractérisent la topographie parisienne ont fait place à de véritables doivns, croupes à demi pelées ou tapissées de maigre gazon, roches de composition homogène que l'érosion a modelées en hémicycles de régularité quasi géométrique. La vallée qu'ils encadrent est plus profondément burinée dans la masse. A Vernon, ces coteaux de craie, éventrés de carrières, couronnés de bois, prennent une certaine ampleur. Des flancs de la roche, pei'cés jadis de demeures troglody tiques, sortent les matériaux de construction depuis longtemps utilisés par l'homme. La Seine, qui vient d'effleurer dune de ces courbes sinueuses la base de La Roche-Guyon, va, dans un nouveau grand cirque, baigner les ruines de Château-Gaillard. Cependant elle n'est encore qu'à demi engagée dans la puissante assise qu'elle doit traverser: aux arides croupes de la rive droite s'oppose, sur l'autre rive, vers Gaillon, un pays de coteaux, mamelonné et verdoyant. Ce n'est que lorsque l'Eure, après avoir longé parallèlement cette longue croupe, débouche dans la plaine d'alluvions qui la réunit à la Seine, que désormais se reconstituent sur les deux bords de la vallée les traits caractéristiques du paysage crayeux. Fièrement découpé à pans géométriques, un coteau, dont la silhouette reste obstinément gravée
La France du Aord. livre pnEMiEn, ii
dans le souvenir, domine le confluent de l'Andelle. Désormais les falaises se déroulent plus hautes et plus régulières. Aux abords de Rouen, elles se dressent, d'un jet, de i/i5 mètres au-dessus de la vallée. Aussi loin que l'œil peut s'étendre sur l'autre rive, une ligne uniforme et boisée signale le soubassement du plateau du Roumois, qui correspond au Sud à celui de Caux. Tandis que Rouen se serre au pied de sa falaise, une pente ménagée termine l'éperon crayeux qui se projette dans la concavité de la boucle fluviale. Les caractères du paysage sont désormais définitivement fixés; et presque jusqu'à l'extrémité de son embouchure, c'est à travers la masse crayeuse surélevée que la Seine va achever son cours. Quoiqu'elle ait senti depuis Pont-del'Arche les premiers frémissements de la marée, elle est lente à modifier sa physionomie. Peu à peu cependant les éperons qui s'avançaient dans la concavité des courbes s'amortissent : le fleuve, aidé de la force des marées, est venu à bout de les ronger ; et il étale à leur place de larges nappes de graviers et d'alluvions. Tantôt des forets ont continué à s'y maintenir; tantôt le sol aménagé de bonne heure s'est revêtu de riantes cultures. C'est au milieu de vergers que s'élancent, dans une de ces péninsules aplanies, les fins arceaux de Jumiègcs. Même lorsque, à Quillebeuf, la nature de fleuve se change décidément en celle d'estuaire marin, c'est encore entre de verdoyantes collines que s'achève la Seine. Dans l'aspect toujours élégant du paysage où elle expire, rien ne rappelle le grandiose imprégné de tristesse des embouchures plates de l'Escaut, de la Meuse, de la Tamise.
Extérieurement tout respire la régularité et l'harmonie. C'est tout au plus si, à la surface, une dyssymétrie passagère des rives, la subite saillie de quelque coteau de craie, peut donner le soupçon des accidents qui ontafTecté la contrée. Ils ont été pourtant nombreux et répétés. On sait, par les travaux des géologues, que le cours inférieur de la Seine a été guidé par une série de dislocations et de failles. Ces accidents ont facilité l'érosion fluviale à travers l'extrémité méridionale du plateau crayeux, et leur prolongement existe sans doute sous les flots de la Manche.
Il est résulté cette baie qui, avec la vallée qui s'y annexe, est une porte ouverte vers l'intérieur de la France. Par là une combinaison étrangère, une Normandie pouvait prendre pied. L'abri des péninsules fluviales offrait une prise multiple à des envahisseurs ou à des colons. Ils pouvaient s'y retrancher, s'introduire de là dans les petits estuaires latéraux, s'emparer des vallées qui aboutissent au fleuve, remonter le fleuve lui-même. Et, de fait, les désinences Scandinaves (fleur, bec, f/«/) abondent dans les noms de lieux.
Mais, d'autre part, depuis qu'il existait en Gaule des rapports généraux, cette vallée avait joué le rôle d'un débouché commercial actif. Strabon note l'embouchure comprise entre le Lieuvin et le pays de Caux comme le principal siège des relations avec l'ile de Rretagne. Des villes y avaient brillé de bonne heure : Lillebonne, Harfleur (l'ancien Caracotinum), Rouen. La dernière ne tarda pas à prendre la prépondérance. Elle possédait le privilège de tenir la position extrême où il est encore facile de traverser le fleuve. C'était
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Les raines de f.'hdteau-Gaillard surmontent une de ce
de downs : sommets pelés à l'usage des moutons, qui
Phot. PerjusCftiuii (Fig. 103).
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Al I r.L /■.mm. ./, !„ /./,nc ,■ des tuttres. Ccu.r-ci ont clé en partie rajeunis : la brigue et l'ardoise ont remplacé, dans l'habitationy te pisé, le bois et le chaume. On voit, au-dessus des constructions, une partie de ta levée déterre garnie de hêtres qui abrite t'ensemblc. C'est te fossé, de disposition rectangutaire, La ferme n'est signalée au loin que par ce rideau d'arbres. (Fig. 104).