‹ La France, tableau géographiqueChapitre 119 sur 275 · CHAPITRE VIII Partie Occidentale du Bassin Parisien. Normandie · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII Partie Occidentale du Bassin Parisien. Normandie

s'est conservé avec autant de netletc » que dans les cantons de Beaumont, de Saint-Pieire-Eglise, des Pieux, des environs de Bayeux, etc. '. Ce que la Normandie a de plus normand, au sens étymologique du mot, s'est trouvé et se trouve encore dans les parties occidentales de la province, aux débouchés des rivières du Calvados et surtout dans les saillies presque isolées du pays de Saire ou de Hague. Types, dialectes et prononciations y conservent encore une saveur d'autonomie. Cette répartition confirme l'idée que suggère l'examen géographique des côtes. Une série de colonies graduellement échelonnées le long de la mer, usant minutieusement des facilités qu'ofl'raient les découpures locales, est bien ce qui s'accorde le mieux avec les rapports de position et de structure.

y„ Lorsque, par touches répétées, par successives superposi-

LÉTAT tions une partie de l'ancienne Neustrie eut été germanisée, il NORMAND resta à concentrer en une unité effective ces groupes littoraux épars. Ce fut une œuvre de haute et persévérante politique. Il sortit de ce travail une création \Taiment originale : un être nouveau se greffa a la France du Nord. Et cette formation vigoureuse se superposa aux divisions préexistantes, sans toutefois en détruire le cadre.

Les vieux pays subsistent, avec les différences d'aspect et d'occupations qui tiennent aux différences de sol" : le pays d'Auge avec ses herbages, et la dissémination de ses maisons basses presque enfouies dans la verdure ; la Campagne de Caen, terre des champs de blé, des villages agglomérés, des belles pierres; le Bessin, qui fait reparaître avec les pâturages les haies vives et les grandes rangées d'arbres. Mais une forte teinte germanique s'étend uniformément sur cette succession de pays. Elle s'atténue à mesure qu'on s'éloigne des côtes ; elle s'accuse dans les articulations péninsulaires et insulaires. La différence est donc grande entre la côte et l'intérieur. Ce n'est pas seulement l'antithèse classique de la Plaine et du Bocage ; mais, en dehors des différences qui tiennent à la composition du sol, il y a partout en Normandie celle qui résulte de la position maritime ou intérieure. L'influence maritime expire, dans le Pays de Caux, au seuil des falaises ; elle pénètre plus librement dans le faisceau de pays qui se concentre entre la Seine et le Cotcntin. On peut dire qu'elle étreint entièrement les extrémités de la péninsule et les îles.

La Normandie ne se termine donc pas avec le Bassin parisien. Elle ne coïncide pas avec ses limites. Elle empiète, non par voie d'extension, mais par ses origines mêmes, sur la partie à demi submergée du Massif primaire armoricain. Elle s'est constituée à la faveur d'un double travail

1. Dr CoUignon, Anthropologie du Calvados et de la région environnante (Caen, Typ. Valin,

2. Auge : sables et glauconies (crétacé inf.), ou oxfordien (jurassique moyen). Campagne de Caen : bathonien (jurass. inf.). Bessin : marnes du lias.

La France du Nord. livre premier, u

politique : l'un qui consista à former un tout d'une série d'établissements échelonnés sur les côtes ; l'autre fut un mouvement d'expansion, qui finit par se concentrer dans le cadre romain et ecclésiastique de la métropole de Rouen.

D'un groupement naturel de pays juxtaposés naquit ainsi une région politique qui fut, non une province, mais un Etat. Ses limites sont des frontières artificielles et gardées par des lignes de forteresses. Ses capitales ont un aspect royal. Des carrières de la plaine de Caen sont sorties les constructions monumentales qui rappellent le nom de Guillaume le Conquérant.

Colonie maritime, la Normandie colonisa à son tour, et son génie put rayonner au dehors, surtout dans l'art de l'architecture, dont elle tira les matériaux de son sol. Mais un élément foncièrement indigène, rural même, s'incorpore à la personnalité de ce peuple. La richesse agricole du Caux, du Lieuvin, des Campagnes, contribua à enraciner chez les habitants cette haute estime des biens de la vie, dont se détache plus aisément l'habitant des landes et des maigres sols bretons. Il n'y a pas, a dit un illustre Breton, un seul saint de race normande. Sans refuser leur large part aux inlluences ethniques venues du dehors, on peut dire que la terre normande a été pour beaucoup dans la formation du caractère normand.

Le marin, dont la patrie est la mer^ dont la jeunesse se passe entre les bancs de Terre-Neuve et les pêcheries d'Ecosse, est en Normandie une minorité, qui de plus en plus décroît. Lui peut-être, mais lui seul, reste, dans ses habitudes comme dans son type, un spécimen à peu près pur de survivance etlinique lointaine. Il nourrit pour le laboureur le fier dédain de l'homme de mer. Il aime, comme celui-ci, les longs repos après la vie périlleuse. Lorsque dans un de ces nids de pêcheurs un peu isolés, comme il n'en reste plus guère, on le voit débarquer, grave et calme, dans son attirail de matelot, femme et enfants accourant sur la plage pour contempler le butin rapporté, l'imagination évoque volontiers, dans leur simplicité, les scènes des anciens temps. Mais quant à la population adonnée à l'élevage, à l'industrie, à la culture, qui est la grande majorité des populations normandes, le sol a exercé sur elle une forte prise. Ce génie, fait de régularité et de calcul, s'est méthodiquement appliqué à créer de la richesse, et à tirer immédiatement de cette richesse les embellissements et les commodités de l'evistence. La table plantureuse, le luxe des costumes, le développement des industries textiles en rapport avec l'importance accordée aux soins de l'habillement, sont des traits qui de bonne heure s'associent à l'idée de la contrée. La maison, même quand les matériaux de belle pierre manquent, marie avec élégance le bois avec la terre battue ou la brique ; elle s'entoure d'arbres, se revêt d'une parure de lierre et de fleurs. Soit que l'on contemple ces campagnes si amples en leur fécondité paisible, soit que l'on déniche entre les vergers et les prairies les maisons basses enfouies dans la verdure ou que l'on voie monter à travers les hêtraies la fumée des usines blotties

CONTllASTKS KKdlONALJX E^

Page 1