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ciiAPiTRK IV Alsace.
de l'Alsace ne rappelle mieux l'état de steppe par lequel, à en juger d'après la faune, a passé, aux époques interglaciaires, l'Alsace entière. On y suit, le long d'un lambeau de forêt, un tronçon de la voie romaine qui venait de Besançon. Ce fut un lieu de passage et de foires. Situé au seuil de contrées diverses, il servait aux échanges et transactions périodiques avec Bourguignons, Comtois et Lorrains. L'Alsace s'y fournissait de bétail, dont le manque s'est toujours fait un peu sentir dans ses campagnes ; et la plaine a conservé, de ce fait, son nom populaire, Oclisenfeld ou champ des bœufs.
Il Partout, dans la physionomie complexe de l'Alsace, per-
FORËTs siste le souvenir des actions torrentielles. Les puissantes masses DE PLAINE de débris qui furent entraînées des montagnes, et, sous forme de graviers ou de cailloux, étalées dans la plaine, entrent pour beaucoup dans l'aspect actuel et l'économie générale du pays. A l'ouest de 1 111, leur provenance est vosgienne. Souvent elles ont été recouvertes par des couches de lœss, et n'existent plus alors que dans le soussol, à l'état de lits de graviers et de sables. Mais parfois elles occupent la surface même et s'y étalent. Aussitôt revient, comme compagne inséparable de ces sols infertiles, la forêt ; chênes et pins continuent à occuper encore en maîtres de vastes espaces que la culture a renoncé à conquérir. On voit ainsi se succéder, en correspondance avec les débouchés des vallées, d'anciens deltas torrentiels sous forme de nappes boisées, qui, sporadiquement, interrompent la campagne plantureuse et féconde. La Forêt de Brumath, et surtout la Forêt Sainte, l'antique solitude silvestre et giboyeuse qui s'étend sur ifx ooo hectares au nord de Haguenau, se maintiennent sur les sables rouges que la décomposition des grès vosgiens a livrés à l'action torrentielle. Dans la vie historique, comme dans l'évolution géologique de la contrée, ces forêts sont un trait essentiel. Jadis plus vastes, elles furent des domaines de chasse, ou même des lieux de sépulture, à en croire les tumulus nombreux dont elles sont parsemées. Elles s'associent aux souvenirs et aux légendes ; elles font partie de l'image que l'Alsacien se fait de l'Alsace.
,„ La Hart, la forêt par excellence du Sud de l'Alsace, qui
TERRASSES commence à Huningue et par une série de démembrements DiLuviALEs se prolonge jusque vers Markolsheim, est d'origine non vosgienne, mais alpine. Ses taillis de chênes et de charmes assez clairsemés croissent sur le cône de débris, de plus en plus allongé par les eaux courantes, dont s'est déchargé le Rhin au détour de Bâle. Dans cette construction gigantesque qu'il a édifice lui même avec les matériaux arrachés aux Alpes, le Rhin n'est pas encore arrivé à creuser assez profondément son lit pour atteindre le substratum tertiaire. 11 continuerait, sans le chenal oia il a été artificiellement contenu, à divaguer comme autre-
La France du Nord. livre premier, m
fois en sillons parallèles, en sinueux méandres, en un lacis compliqué embrassant des marais ou des îles de verdure, Ried ou Griin. Il reviendrait visiter de temps à un autre le labyrinthe pittoresque des fourrés dosiers, de joncs, de roseaux et de saules, ou s'ébat le gibier aquatique et qu'épient du haut des airs les oiseaux migrateurs.
Cependant, dans la masse de débris qui constitue le talus édifié à l'époque diluviale, le fleuve a entaillé de lui-même des terrasses successives. A Huningue elles se dessinent au nombre de trois : elles s'abaissent ensuite et se simplifient graduellement, non sans former, entre le Rhin et la Hart, un talus toujours sensible qu'ont suiAi les routes anciennes et modernes. Mais la nappe des eaux souterraines n'est pas arrêtée par ce talus ; elle s'introduit sous les graviers perméables qui forment le sol de la Hart et des parties défrichées, bien qu'analogues, qui lui font suite. Ces graviers sont secs à la surface : les cours d'eau s'y infiltrent et disparaissent: mais dans le sous-sol une couche de cailloutis cimentés, toujours voisine de la surface, retient l'eau et la rend facile à atteindre par des puits. Si le sol de graviers manque de fertilité, la présence de l'eau fournit du moins aux établissements humains une des conditions indispensables d'existence.
jy Mais il suffit que cette nappe perméable de graviers
MARMs soit interrompue par quelque couche moins perméable d'ar- DE PLAINE gile ou de limon, pour qu'une partie des eaux, dont le soussol est gorgé dans la bande de plaine entre l'IU et le Rhin, soit ramenée à la surface. Alors naissent des rivières parasites, simples réapparitions de la nappe souterraine où fraternisent alternativement les crues du Rhin et de l'Ill. La plupart des Graben qui, entre Colmar et Schlestadt, accompagnent parallèlement le cours de l'IU, n'ont pas d'autre origine. La plaine prend alors un as23ect marécageux, bien sensible encore, malgré les digues, les dérivations et les travaux de drainages qui représentent l'œuvre de longues générations. Ce n'est plus la campagne, Land; mais le marais, Ried. Comme le mot Hart règne le long de la terrasse diluviale, celui de Ried revient souvent, soit aux abords de 1111, soit aux abords du Rhin. On devine de loin ces prairies marécageuses entre les taillis de saules qui les bordent.
Ces particularités de l'hydrographie sont étroitement liées „.,,,,,,,,,.,„„,„ aux conditions d'établissement et de circulation. Les bords
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immédiats du fleuve ont attire de bonne lieure des stations humaines ; le monde de vie animale qui s'y concentrait, surtout autrefois, était un appât qu'ont du rechercher les plus anciens habitants. Mais le fleuve est un voisin incommode : il fallut utiliser, pour y bùtirdes établissements durables, les terrasses que l'inondation ne pouA'ait
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