LE SILLON DE LA SAONE ET DU RHONE
ENTRE la zone des plissements alpins et le front de résistance que les anciens massifs leur ont opposé à l'Ouest, il s'est produit, comme entre les massifs de Bohême et les Carpates, une longue dépression. 11 faudrait plutôt dire une série de dépressions, car elles diflerent entre elles de dimensions et de structure. Mais elles sont liées ensemble et tracent ainsi une voie qu'ont suivie les eaux et les hommes. Rien n'y rappelle l'harmonieuse symétrie de la vallée du Rhin. Beaujolais et Jura, Cévenncs et Alpes sont dissemblables; les deux bords se montrent constamment dyssymélriques. L'ancien bassin lacustre qui a préparé la vallée de la Saône et le fiord pliocène marin qui a frayé la voie au Rhône, sont deux formes hétérogènes soudées ensemble. Chaque étape vers le Sud amène un changement d'aspect, d'autres rapports. Nous entrons dans une région oîi les oppositions se pressent, et où le contraste est la règle.
L'unité réside dans la direction que conserve ce sillon tourmenté, souvent rétréci, mais très anciennement esquissé. Ce genre d'unité favorise l'établissement d'une route de commerce, plutôt que la formation d'un Etat. Une certaine harmonie de proportion est nécessaire pour un développement poUtique de quelque importance. Cet avantage, que possède le Bassin parisien, manque à la vallée du Rhône. Ce couloir trace un cadre trop étroit pour que la vie d'un Etat distinct s'y meuve à l'aise.