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ET LA TRANSITION VERS LE MIDI

I. VIE CANT0>'AL12 LE LONG DE LA VALLÉE DU RHONE. 1| II. CONTRASTES DE LA VIE MÉDITERRANÉENNE.

E FIORD marin pliocène qui fut le précurseur immédiat du

jRliône avait occupé des vallées déjà creusées très profon-

RÉSEAU dément par l'érosion des cours d'eau de l'époque précédente.

FLUVIAL g^j^ niveau, comme celui du fleuve qui lui a succédé, fut très

bas, et vers ce niveau de base très déprimé affluèrent de toutes

parts les eaux. C'est ainsi que la limite septentrionale du fiord rhodanien,

qui se trouvait vers Givors, attira à elles les eaux du grand lac bressan

devenu plus tard la Saône. Et dans l'intérieur des Alpes l'attraction ne cessa

de s'étendre : d'abord elle entraîna les eaux échappées du Mont-Blanc ; puis

jusqu'au fond du Valais, ce fut le tour des rivières qui primitivement

avaient coulé vers le Nord et suivi par le seuil de la Venoge, au Nord-Ouest

de Lausanne, une voie visible encore vers le Rhin.

Assurément le Rhône coule à un niveau supérieur à celui du fiord qui l'a précédé ; il a comblé et élevé son lit ; en reculant de plus en plus son embouchure il a notablement diminué sa pente. Néanmoins cette pente est encore rapide. Elle ne s'adoucit légèrement, entre la Saône et l'Isère, que pour s'accentuer de nouveau (om. 80 par kilomètre) entre la Drôme et l'Ardèche. Pour emprunter la terminologie de l'École américaine, le Rhône est un fleuve envahissant, qui continue à faire des conquêtes, à empiéter sur les domaines fluviaux voisins. L'étrange configuration de ce long bassin fluvial, projetant des bras jusqu'aux Vosges et au Saint-Gothard, est due à une série d'empiétements.

L'évolution du réseau fluvial met en évidence un fait qu'il faut signaler à cause de sa signification générale : à partir de l'époque éocènc, la déprcs-

Entre les Alpes et l'Océan. livre h, i

sion fut de plus en plus rejetée vers l'Ouest. La direction qu'a adoptée finalement le Rhône, tout contre le Massif central, l'écornant même entre Vienne et Tournon, doit être regardée comme la dernière phase d'un mouvemeut progressif. Elle s'explique par la marche que les plissements alpins ont suivie, procédant graduellement de l'intérieur vers l'extérieur du système, de la concavité vers la convexité de l'arc, et n'envahissant qu'à l'époque miocène l'espace où se dressent actuellement les chaînes subalpines.

Vers Tournon, les terrains primitifs entre lesquels le Rhône venait de couler se retirent sur la rive droite. Bientôt, dans la plaine découverte où l'Isère mêle ses alluvions à celles du Rhône, l'œil est averti d'un changement de nature. Tous ceux qui ont descendu la vallée du Rhône ont remarqué, aux approches de Valence, une montagne de forme conique, de couleur grise et rousse, qui tranche sur l'uniforme rangée des croupes gneissiques ; les ruines du château de Crussol grimpent sur sa cime chauve. Isolée, presque insolente, elle se campe par le travers de la vallée, comme un défi du Midi dont elle est une apparition.

Ce n'est encore qu'un avant-coureur, un témoin détaché d'une formation qui se révèle pour la première fois. Mais à une douzaine de kilomètres vers le Sud, à La Voulte, commence désormais sans inteiTuption une bande de calcaires jurassiques qu'on peut suivre du Nord-Est au Sud-Ouest pendant 80 kilomètres. Ces calcaires, d'ailleurs fissurés, sont d'un grain si pur qu'ils ne laissent que très peu de particules insolubles pour contribuer à la formation de l'humus. Ils étendent un désert de pierre entre la vallée du Rhône et le bord du Massif central. Les roches, découpées en forme de parallélipipèdes, s'étagent comme des degrés d'escaliers, des gras (gradus), suivant le nom local qui les désigne. Dans les fentes perpendiculaires qui les séparent un pulvérin roussâtre, échappé aux vents et aux eaux, a pu se loger : c'est dans ces pincées de terre végétale qu'un peu de culture trouve asile. L'Ardèche à Vogué, puis la Baume, le Chassezac traversent en cluses ces plateaux.

Ce serait entre la vallée et le Massif central un écran de séparation. Mais cette zone inhospitalière n'adhère pas immédiatcmant au bord cristallin du Massif; elle s'y appuie par l'intermédiaire d'une zone marneuse, étroite, mais assez tendre pour que les eaux y aient creusé des vallées et des bassins. Un pays s'est formé à la Aiveur de ces articulations, le Vivarais. C'est là qu'a pris place un petit monde à part, nid de culture et d'industrie. Privas, Aubenas ont abrité dans un isolement relatif leur indépendance de villes protestantes. Il semble que le protestantisme méridional ait de préférence élu domicile dans ces plis étroits qui, des deux côtés mais à distance, accompagnent la vallée du Rhône. La position des pays protestants du Dauphiné, Trièves, Diois, correspond, derrière le rideau des Alpes calcaires, à celle de la zone urbaine et protestante du Vivarais.

La bande de plateaux calcaires ne se termine pas en réalité au Vivarais. Une série de petits causses se prolonge jusqu'à travers le Gévaudan, surtout

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