LE VELAY
DANS le Velay, surtout dans la partie orientale, le soubassement granitique est très élevé. C'est sur un socle de i 3oo mètres que se dressent les phonolithes du Mézenc. Ce volcan, ainsi que le Mégal, son voisin d'une quinzaine de kilomètres au Nord, n'est que le débris d'une masse qui fut autrement puissante. Cependant les éruptions qui se sont greffées sur ce haut voussoir de granit ne se sont pas superposées, comme dans le Cantal, pour résumer leurs efforts en un gigantesque édifice : elles se sont juxtaposées. C'est par centaines qu'à l'est du Puy se comptent les sucs ou pitons isolés qui parsèment de leurs formes accentuées et bizarres un paysage qu'on a appelé avec raison plionolUhir/ue. Dégagé de l'enveloppe de tous les matériaux meubles qui pouvaient l'étoffer, leur charpente se révèle à nu sous forme de pilier, de cône, de dent comme au Mézenc, de cloche comme au Gerbier de Jonc. Autour d'eux d'innombrables orifices, atrophiés maintenant et méconnaissables, ont épanché des coulées fluides de basalte. Originaires de diverses époques, les unes antérieures, les autres postérieures aux phonolithes, elles ont étendu ces grandes nappes herbeuses, lubrifiées par les pluies ou les neiges, par lesquelles on s'élève presque insensiblement vers les deux cimes dentelées du Mézenc. Là, comme si le sol se dérobait sous les pas, on découvre à ses pieds un abhne. Des ravins s'enfoncent brusquement de 600 mètres, et des torrents fuient vers la vallée du Rhône. L'élonnemenl redouble, si l'on considère que le Mézenc n'est qu'une des parois déchiquetées du volcan et que ces abîmes en remplacent la partie centrale.
Vers l'Ouest, au contraire, c'est entre de hauts pâturages
BASSINS RELIÉS 'I"^ tâtonueut les premières eaux de la Loire. Au prix d'hési-
PAR tations qui contrastent avec la netteté rectiligne de l'Allier,
LA LOIRE la Loire est arrivée, plus tard que son prétendu tributaire, à
frayer sa route. C'est entre deux régions volcaniques d'époques
différentes qu'elle a dû tracer son sillon : l'une, la plus ancienne, qui monte,
hérissée de cônes, jusqu'au Mézenc; l'autre, plus récente, qui couvre de ses
nappes basaltiques la voûte de granit qui la sépare de l'Allier.
Des é^îerons de roches archéennes viennent, en outre, obstruer sa voie. L'un après l'autre, elle doit les traverser, et son cours n'est alors qu'une alternance de gorges et de bassins. Elle entre ensuite dans la triste et haute
UEIJIJ
}H /.r.yr f» du platcan des Esttiblfs iwrsarit »iiv.<t\. in plutvau gazonnc s'ctèvc Unte/nent des tstabies ' 3'i0 mitres) Jusqu'au pied du cùtir phonolithique ii~5'i mètres an sommet). Celui-ci semble se projeter le vide. En effet, du côté opposé, s'ouvre le cirque de Boutièrc. dont le niveau descend brusquement 'à 600 mètres. (Fip. 209 )
dans
Jusqu'à 600 mètres
: l'dLlOyAf {80U iiii-t.l. tt 4 Hlomitres .V.-O. du Puy. est un fragment de brèches basaltiques, mr des filons que l'érosion a dégagés. Il surmonte des sables datluiwns pKocénes. Le Mlage est '.aet. Les montagnes granitiques du fond fet ment au nord te bassin du Puy. Phot N'eurileiu (Fip.slOt.
ciui'iTiiK m Les Coidrées Volcnnlqiie!^.
plaine (lu Forez, dont les bords flanqués de buttes coniques et de sources minérales marquent l'exlrL-ine limite i|u"a atteinte au Nord le \olcanismo tertiaire ; mais une nouvelle digue formée de tufs porpliyriques, c cst-à-dire des débris d'un volcanisme d'âge primaire, lui oppose une dernière barrière. A Roanne seulement, vieille étape iluvialc, le fleuve est émancipe.
Ces bassins successifs, préparés par le ravinement dans des lambcaiix d'anciens lits lacustres, semblent perdus entre les masses qui de toutes parts les surmontent. Celui du Puy n'est qu'un nid, creusé à deux ou trois cents mètres au-dessous de plateaux dont les corniches plates se prolongent, s'interrompent, se répètent sur les deux tiers de l'horizon. Ce que l'œil aperçoit surtout, ce sont des pentes où des murs en gradins soutiennent des vergers et des vignes entre des pierrailles noires ou des fragments de prismes basaltiques. Atais du fond de la vallée d'arbres et d'eaux vives, surgissent les deux piliers de la Roche-Corneille et de Saint-Michel. On les croirait jaillis du sol; et cependant il n'en est rien : ce sont des débris restés debout dans un amas de projection qu'ont balayé les eaux. Accrochée aux flancs du principal rocher, la sombre église-forteresse du Puy se dresse dans un enchevètiement de ruelles, de ranqies, de couvents. Elle garde dans sa physionomie rude une sorte de fierté sauvage. Il semble que la ville qui s'est groupée à la base du roc lui soit étrangère. Tout, là-haut, respire le passé. Sur ce rocher bizarre un temple païen a précédé l'église épiscopale, des cultes se sont succédé, des pèlerinages ont afflué ; et cette persistance exprime l'impression que ces lieux ont fajte sur l'imagination des hommes.
Eglises ou châteaux forts, souvent l'un et l'autre à la fois, surmontent les buttes ou lambeaux de roches, que les volcans ont semés partout. A leur base et au contact des masses poreuses avec les marnes ou argiles, des sources naissent, auprès desquelles se groupent souvent ville ou village. Mais la raideur des flancs isole le vieux débris féodal ou ecclésiastique. Il n'y a pas eu, comme ailleurs, fusion intime et enveloppement du château ou de l'église par le flot grandissant des maisons. La plus hautaine de ces forteresses est celle qui a pour soubassement le fragment basaltique de Polignac. Surveillant les abords de la ville épiscopale et les routes des pèlerins, ce fut longtemjis une roche redoutée. Entre elle et le roc sacré de la Vierge noire, la guerre fut invétérée; le roi mit la paix.
Sous ces apparences féodales, une vie diffuse et laborieuse couvre depuis très longtemps le pays. Elle n'est pas concentrée dans les étroits bassins oià l'abaissement du niveau permet des cultures plus variées. Elle règne aussi sur les plateaux et hautes terres, entre 700 et i 000 mètres d'altitude, sous forme d'innombrables hameaux. La nappe basaltique qui s'étend à l'Ouest du Puy est entièrement en cultures; c'est seulement lorsque — vers Flx, ancienne limite du Velay et de l'Auvergne — ce sol rocailleux, mais fertile, fait place aux terrains primitifs, que les bois commencent à se montrer en masses plus épaisses. Plus populeux encore sont les plateaux hérissés de sucs qui montent graduellement, à l'Est du Puy, jusqu'à la région des grands pâturages. La
Entre les Alpes et l'Océan. livre ii, n
variété qu'a revêtue dans le V^elay le relief volcanique, l'abondance des eaux, la présence des matériaux de construction fournis par la lave, et surtout par certaines roches détritiques' déjà utilisées à l'époque romaine, ont visiblement facilité l'établissement des hommes. En se multipliant, ils surent trouver, dans l'adjonction de nouvelles cultures et l'invention d'industries locales, le moyen de résoudre le problème de l'existence. Avec ce sol cultivé à force de bras, avec ces maisons où l'on se succédait de père en fds, s'est noué un contrat difficile à rompre. La vie traditionnelle, comme dans la plupart des contrées à population disséminée, a mieux résisté. La population, sur ces hautes terres", sans grande industrie ni grandes villes, atteint encore maintenant une densité que ne connaissent plus les riches plaines agricoles de France, et qui dépasse de beaucoup celle de la vallée de Brioude et de la plaine forézienne : presque 80 habitants au kilomètre carré. Ce petit peuple du Vclay garde avec son nom son autonomie historique ; en lui s'exprime une des plus vivaces individualités de la France.