LA LI MAGNE
L'ÉPANOUISSEMENT de la vallée de l'Alher entre Clermont-Ferrand et Riom est depuis longtemps célèbre sous le nom de Limagne. C'était, dans notre vieille France, un des deux ou trois paysages que nos pères avaient l'habitude de vanter pour leur beauté tranquille, leur opulence bienfaisante. Il ne manque même pas d'un air de grandeur. Les montagnes l'encadrent majestueusement à droite et à gauche, et la plaine semble se perdre à l'infini dans les arbres.
, Involontairement on songerait à l'Alsace. Mais la pensée
STRUCTURE commc la vue reviennent vite de cette illusion. Il n'y a point ET SOL ici un large fossé creusé entre deux chaînes symétriques. Le contraste est complet entre les monts du Forez et la chaîne des Puys. L'une et l'autre cependant reposent sur une partie du soubassement archéen que les dislocations et les fractures ont attaquée avec une sorte de prédilection depuis les âges les plus anciens. Des roches éruptives se sont fait jour dans les deux chaînes, mais à des époques et dans des conditions très différentes, créant un modelé et des aspects profondément dissemblables. La vallée de l'Allier en a subi les effets. C'est moins une vallée qu'une série de dépressions que relient des défilés et que découpent des failles. A Brioude, pour la première fois, la rivière débouche dans un bassin spacieux, dont l'altitude rapidement décroissante ne tarde pas à tomber au-dessous de lioo mèti'es. Mais ce premier bassin se fermeàlssoire ; et là, entre les couches affaissées, on a la surprise d'un pointement granitique, dont la réapparition subite est un témoignage des mouvements inverses qu'ont engendrés en sens A'ertical les accidents de l'écorce terrestre.
Entre les Alpes et l'Océan. livre h, h
L'Allier rase ce fragment granitique ; et c'est alors qu'à travers des collines marneuses, souvent couronnées de buttes basaltiques, il débouche enfin dans une plaine à fond de marnes, d'argiles et de sables, couverte d'alluvions. C'est la Limagne qui commence. Les montagnes s'écartent. La présence des marnes, dépôt des grands lacs qui recouvrirent antérieurement une partie du Massif central, ne se trahit plus que par l'imperméabilité du sous-sol et les marais qu'elles entretiennent.
Le volcanisme a transformé et vivifié le sol. Ses débris de toute espèce, coulées d'âges différents, conglomérats et tufs, cendres impalpal)les emportées par les vents, ont à la fois couvert et imprégné ces surfaces. Elles les ont saturées des principes fertilisants qui leur manquaient ; et par l'élan qu'elles ont imprimé à la végétation, crée ce pays de Limagne que sa fécondité a rendu depuis longtemps célèbre.
Son étude est, par là, inséparable de la chaîne volca- MONT DORE "11^6 qui en a transformé le sol et dont les flancs gorgés ET CHAINE d'eaux vives ruissellent, au contact des marnes, en sources DES PUYS magnifiques.
Les éruptions de basalte, d'andésites et de phonolithes qui ont édifié le Mont-Dore semblent remonter aussi loin dans le passé que celles du Cantal. Cependant, malgré l'altitude atteinte par le Puy de Sancy, le volcan n'a ni l'ampleur, ni la régularité de son rival. Mais ce qui le caractérise, ainsi que la zone des Puys qui lui succède vers le Nord, c'est une reprise d'activité qui a persisté en grand jusqu'après la période humide des climats quaternaires, après l'extension de glaciers et le creusement des vallées actuelles. Les eaux interceptées par les barrages de coulées récentes ont formé des lacs. Ils abondent autour du Mont-Dore. Non moins nombreux sont les cônes d'éruptions, Monicineyre, Tartaret, etc., d'où se sont écoulés des courants de lave moulant les vallées préexistantes. Le temps ne les a pas désagrégés ; et plusieurs sont encore à l'état d'amoncellements pierreux, appelés cheires, qu'on dirait sortis d'hier de l'orifice volcanique. L'une de ces cheires barre la Sioule à Pontgibauld ; une autre fournit à Volvic les jiierres de taille d'oiia tiré tant de matériaux la vieille architecture auvergnate. Certaines coulées de lave se prolongent d'une façon continue depuis le socle granitique, où elles sont venues au jour, jusqu'au bord de la plaine. Sous leur carajwce perméable cheminent les eaux infiltrées, pour reparaître à Royat, Fontanas, etc., en belles sources, qui de temps immémorial ont fixé la place d'établissements humains.
Nulle part, dans la région volcanique du Massif, l'impression de phénomènes récents n'est plus saisissante. Au pied du Puy de Gravenoire, le bien nommé, les scories ressemblent à des débris d'usines. La chaleur interne se manifeste encore parles sources thermales, et même, d'après les constatations de plusieurs sondages, par un degré géolhcrmique anormal. Le sol
HYDUOCzRAPHIE DES RÉGIONS VOLCANIQUES