I. Ka«n' (voir la carie en couleurs à la lin du volume
Entre les Alpes et l'Océan. livre u, h
nombre des monuments mégalithiques atteste dans l'Ouest du Limousin une fréquentation très ancienne. Il semble bien aussi que les traînées de population dolichocéphale blonde, que l'anthropologie constate entre Bourges et Limoges, aient suivi la direction de cette route.
Etape nécessaire au croisement des directions venues de l'Est et du Nord, nœud de routes vers Saintes et l'Océan, Limoges dut à sa position d'intermédiaire une importance précoce. Ce fut une ville tournée vers le dehors ; foyer de propagande chrétienne avec Saint-Martial, sanctuaire renommé et but de pèlerinages, comme Saint-Léonard son voisin. Ce fut aussi un centre commercial, où des colonies de marchands étrangers s'établirent. Dans l'art original de l'émaillerie qui fit sa gloire, dans les constructions romanes qui s'y élevèrent, dans la littéi'ature des troubadours, on saisit les indices dunevie très précoce, quia ses sources propres, et dont l'éclosion n'a rien de commun avec les influences qui soufflaient alors au Nord de la Loire. Elle fleurit plus tôt que la vie du Nord ; elle décline quand l'autre commence.
Ces œuvres de haute civilisation expriment un degré avancé d'émancipation des conditions locales, une libre et ancienne communication avec le dehors. Ce sont là des avantages qui n'appartiennent guère, dans le Massif central, qu'à l'extrémité aflaissée de la région limousine. Mais il fallait aussi qu'à cette extrémité le Massif confinât à la région de grande circulation qui s'appelle le Seuil du Poitou.
Comme les passages qui tournent la Bohême à l'Ouest et à „„,,„,. l'Est, comme la vallée du Rhône, ce seuil est une des articula- DU POITOU tions qui font communiquer le Nord et le Sud de 1 Europe. Des VERS plaines de la Champagne à la vallée de la Loire, puis par la LE SUD-OUEST Vienne et le Clain jusqu'aux plateaux calcaires que sillonne la Charente, s'ouvre une succession de contrées où les obstacles réduits au minimum ont facilité les mouvements de peuples. Nulle part la distance n'est plus abrégée entre la Loire et la Garonne ; des riantes vallées de la Touraine à celles de la Saintonge et du Bordelais, le pas est vile franchi. Il le fut par les Gaulois qui poussèrent de là jusqu'en Espagne, et par ceux qui fondèrent à Bordeaux une colonie de Bituriges. C'était vers ces terres promises qu'au début des campagnes de César se dirigeaient les Helvètes. Aussi la possession du seuil qui tient les avenues du Sud-Ouest a toujours paru de grande conséquence. Il a été disputé entre Visigolhs et Francs, entre les soldats de Charles Martel et l'avalanche berbère venue du Sud ; le sort de l'Aquitaine et môme du Royaume s'y est débattu entre Français et Anglais. Les traces matérielles de ces luttes ont disparu. C'est par d'autres signes que se révèlent encore les traces de celte circulation tant de fois séculaire. Tout au début des lemjjs, ce sont des dolmens sur les plateaux, ou des cam2)s fortifiés sur les promontoires escarpés qui dominent de très haut les rivières ; puis des restes de voies romaines qui, sous des noms divers, chaussades, chemins-