OSCILLATIONS DE HIVACES. Il U. NANTES Eï PAYS NAXTAIS
COMME une frange le long de la partie poitevine du Massif de l'Ouest se déroulent des marais, des golfes atrophiés, des plaines envasées, des îles dont quelques-unes sont l'altacliées à la terre ferme, enfin l'estuaire d'un grand fleuve. Un grand nombre de pays individualises se détachent ainsi, quelquesuns en frappant contraste avec l'intérieur, le long de la côte vendéenne, Bocage et Marais s'opposent, non seulement par l'aspect et le mode de circulation, mais par le sang et la race. Une vie de pêches, avec ses habitudes, ses costumes et une variété spéciale de population de type brun, s'est nichée entre les dunes de sable du pays d'Olonne. Dans le marais de Brière, les habitants, adaptant leur existence à la nature amphibie du sol, se font alternativement exploiteurs de tourbe et éleveurs de moutons. Les salines bordent une partie du littoral, et des tribus de paludiers ont vécu à part, surtout autrefois, absorbées dans leur exploitation. Sur tout ce littoral prévaut, sauf exception, une vie morcelée, dont les dilTérents aspects sont en rapport avec la marche inégale des empiétements de la terre sur la mer.
En effet, la terre semble aujourd'hui, sur cette partie du
r,<-^„, .T,o,>- littoral, gagner sur la mer : le golfe du Poitou n'est plus qu'une
PE réminiscence de temps d ailleurs peu éloignés, le Morbihan
RIVAGES s'envase et la Loire construit un delta sous-marin. Mais ce recul
de la mer n'est qu'un épisode dans une série d'oscillations
alternantes. Autant qu'on peut remonter dans la période tertiaire, les rapports
de la terre et de la mer ont été soumis à un régime d'instabilité dont ils ne
L'Ouesl. LIVRE m. I
semblent pas être sortis. Plusieurs fois la mer s'est avancée, a pénétré par transgression dans les dépressions et vallées où le travail des cours d'eau lui avait d'avance comme ménagé un accès. Ce travail d'érosion recommençait aussitôt après qu'un nouveau recul de la mer succédait à l'un de ses retours offensifs. Et c'est ainsi que se préparait, par voie de successives retouches, la configuration actuelle du littoral. Les eaux marines ont tourné, dans leurs envahissements, les massifs saillants pour s'étaler dans les dépressions qu'elles occupent encore en partie. Elles ont été guidées par un modelé préexistant, qui présentait des inégahtés en saillie et en creux ; et le bas niveau, auquel il était réduit par l'usure des âges, leur a permis de pousser fort loin leurs pénétrations. Ce sont maintenant les traits en partie submergés de ce modelé qui apparaissent soit dans les alignements d'îles, soit dans les rias, les petites mers ou les estuaires qui découpent le littoral. Ils continuent, à travers les oscillations de la ligne de côtes, à dessiner la configuration du socle continental par lequel le Poitou se lie à la Bretagne méridionale, et qui reste encore à demi caché sous les flots.
L'estuaire de la Loire se rattache par ses origines à ces vicissitudes de progrès et de recul des côtes. Il ne correspond pas à un pli de la structure du Massif. 11 occupe simplement une vallée d'érosion, formée et agrandie sans doute dans les intervalles d'anciens empiétements marins. Lorsqu'après avoir rasé le pied des Manges, le fleuve se resserre au pied du roc et du château de Champtoceaux, il s'engage à travers une des larges bandes de granit qui constituent l'ossature du Plateau méridional. Ses rives irrégulières s'accidentent de brusques promontoires. A Nantes la barre de granit serre de près le fleuve et la ville ; et la rivière, qui vient ici du Nord se jeter dans la Loire, a un lit à demi lacustre dans les brèches du Sillon de Bretagne.
Avec ce fleuve qui draine près d'un quart de notre terri- NANTES '■oire, qui jadis transportait vers la mer les fers du Nivernais, £7- les chanvres de la Limagne, les vins de l'Orléanais et de la
PAYS NANTAIS Tourainc, il semble que la France elle-même pénètre dans les vieilles terres bretonnes. Il vient d'accroître sa puissance au confluent delà Maine; mais, sous le poids de son énorme alluvion, il se ramifie entre des grèves dessinant de rousses arabesques, entre les îles dont les saules et peupliers s'estompent dans les buées des eaux. Au point où pénètre la marée et où le fleuve divisé fournit vers le Sud un passage commode, s'intalla de bonne heure une ville de confluent (Condé) ', une tête de pont et un emporium maritime. Ce fut, dans ces contrées stériles en vie urbaine, un germe vigoureux qui se fit place et jour aux dépens des territoires voisins. L'importance politique de la cité nantaise s'exprime par le développement territorial que représente le Pays nantais. Un groupement s'opéra