CHAPITRE II La Partie Méridionale du Massif de l'Ouest
le blé, ni les arbres fruitiers, ni la pierre à bâtir, ni l'argile à poteries, ni le silex qui facilite renipicrremciit des routes; rien de ce qui permet à un pays de se sufTirc. Et de fait un trait persistant d'archaïsme perce dans les habitudes, dans les vieilles industries mourantes. Le paysan garde sa prédilection et sa tendresse pour ce sol un peu maigre, mais facile à travailler. Çà et là, des logis des derniers siècles marquent l'existence d'une bourgeoisie ou d'une petite noblesse rurales.
Presque au milieu de cette plaine, au point où la Charente, RÉAPPARITION ^^^^^ encaissée, vient de tourner brusquement au Sud, un trait DES ROCHES singulièrement net frappe les yeux. Sur la rive droite de la ANCIENNES rivièrc commence une ligne de collines qui, de Montalembert à La Motte-Saint-lléraye, se déroule du Sud-Est au Nord-Ouest, avec la rectitude des barres qui raient les paysages bretons. Elle se dresse en brusque saillie vers le Nord, le long d'une faille qui relève à igo mètres les terrains marneux du lias, ceux mêmes qui vers Poitiers forment le fond des vallées. La Sèvre-Niorlaise, indécise sur sa direction, traverse le bord septentrional, serpente à sa base, pour le recouper ensuite à travers les schistes, qui ne tardent pas à apparaître. Une montée de 5o mètres suffit pour découvrir, au Nord, de grands horizons. Tout paraît plat: cependant, à mi-chemin de Poitiers, à Champagné-Saint-Hilaire, se dresse, comme une île, une colline qui conserve aussi un lambeau de roches schisteuses sur un anticlinal. Tels sont, avec les pointements granitiques que le creusement des vallées a mis à nu à travers le Poitou calcaire, les vestiges de la liaison entre le Limousin et le Bocage vendéen. A l'aide de ces rares linéaments, comme sur une inscription aux trois quarts effacée, l'ossature intime se devine.
;„ Le Bocage vendéen est la réapparition des roches anciennes.
BOCAGE Ce n'est pourtant pas le Limousin qui reparaît. Désormais les VENDÉEN hauteurs ne dépassent pas 286 mètres : maximum atteint par les croupes granitiques de la Gâtine. La surface a été envahie à plusieurs reprises par des transgressions marines, et de grandes plaques limoneuses en attestent l'extension. Pourtant l'àpreté du sol se découvre sous les cultures qui l'ont presque entièrement envahi. Les arbres deviennent plus clairsemés vers le sommet des croupes : entre leurs haies de plus en plus espacées, les champs de seigle ou de sarrasin font en été de larges taches rousses et blanches. Partout, sur les talus, dans les jachères, reparaît la végétation de fougères et de genêts, d'où s'exhale, aux heures de rosée, une senteur acre. Quelques points culminants se signalent par des files de moulins à vent : pacifiques constructions qui furent pourtant des signaux de guerre civile. Ceux du mont des Alouettes, près des Herbiers, étaient épiés de plusieurs lieues à la ronde.
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Comme en Bretagne, la structure rayée du Massif se décèle par de longs sillons parallèles aux croupes. Celui de la Sèvre-?s an taise borde, au Nord, lidèlemenl la Gâtine. Elle coule lentement, dans une anfractuosité verdoyante, baignant de ses eaux noires le pied d'anciens châteaux forts, Mortagne, Tiffauges, Clisson. C'est un des traits caractéristiques de ces massifs anciens, que ces jirofondes déchirures. Les inégalités sont en creux plutôt qu'en relief; rien souvent ne les fait prévoir. C'est ainsi qu'à Thouars, on voit tout à coup dans la plaine uniforme s'ouvrir un escarpement au fond duquel, parmi les roches primitives, serpente la rivière, et que domine la petite cité féodale.
Au Nord, la Gâtine s'efface en s'étalant dans les plateaux à larges ondulations qui, de Chalonnes à Champtoceaux, bornent d une rampe continue la vallée de la Loire. Au-dessus de l'aimable vallée, ce raide talus, surmonté de hauts et anciens villages, inquiète, comme une barrière. Ce fut en effet la limite du vieux pays appelé Manges, foncièrement rural même dans ses industries, plus poitevin qu'angevin, et malgré les rapports de commerce qu'il eut de bonne heure avec la mer, hostile à la vie urbaine des bords de la Loire. Il le fit voir en 1793.
Au Sud, dès que le granit fait place aux schistes plus tendres, la Gâtine prend décidément l'aspect de Bocage. Plus d'espaces découverts ni de champs étalés ; le pays se morcelle en lopins verdoyants, il devient le « petit pays », suivant une très juste expression locale. Chaque lopin de champs ou de prés est entouré de chintres; tout est enclos. Les chemins creux s'enfoncent sous les haies d'arbres. De toutes parts, jDrès des ruisseaux, des suintements et des sources, s'éparpillent les horderies, isolées ou par petits hameaux. Les maisons aux toits en tuiles, peu inclinés, avec des figuiers et parfois leurs treilles, ont une teinte méridionale qui manque dans le Bocage breton ou normand. De grosses meules de paille décèlent les ressources nourricières de ce sol, pauvre toutefois dans les parties oîi manque la couverture de limon. Partout, même sur les espaces en friches dont les genêts et fougères ont pris possession, la charrue finit par passer, sauf à prolonger pendant plusieurs années les jachères. Les villes et même les villages ne tiennent qu'une faible part de la population. C'est une complète expression de l'Ouest rural.
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POSITIOX MARITIME