CHAPITRE III PosHion Maritime el Estuaire de la Loire
au profit de l'cmporium maritime, devenu ville épiscopale ; et tandis que, sur la rive gauche, le Pays poitevin de Bé:é (Retz) ne tardait pas à graviter dans son orbite, le territoire nantais s'étendit au Nord sur les plateaux qui d'Ancenis, par Nor et Blain. centre de voies romaines, gagnent Redon, et sont comme les racines de la Bretagne méridionale. D'anciennes traces de métallurgie s'y voient encore ; mais surtout, — fait décisif, — de là partent les voies de pénétration qui atteignent directement les villes échelonnées, de Redon à Quimper, à l'extrémité des estuaires. Une cité bretonne s'est greffée ainsi sur la ville que la Loire, moins bretonne que française, avait fait naître.
Le Massif de l'Ouest dispose donc, grâce à une échancrurede son plateau méridional, d'une porte vers l'Océan. Dans le procès qui se débat entre la terre et les eaux, le petit pays de Guérande, isolé par le marais de la Brière, est devenu presqu'île ; le traict du Croisic a cessé de séparer entièrement du continent la petite île granitique où se forma le port de ce nom. Les pêcheries, les salines, les rapports avec La Rochelle et les îles créèrent là un petit foyer qui eut son éclat : Le Croisic, avec ses maisons de pierre et ses balcons sculptés, a l'air d'une miniature de Nantes : un moment, le protestantisme y prit pied.
La vie du dehors semble assiéger ces rivages, mais c'est en vain. Les barres uniformes et basses qui encadrent l'horizon ramènent l'esprit au sentiment vrai de la contrée. Du haut de ses murailles, la morte Guérande domine ce pays étrange, oîi le granit étincelle entre les champs et le sel brille sur les eaux, et, au delà, elle embrasse un horizon parsemé d'îles, animé de barques de pêche. Mais derrière cette façade, où le soleil est plus clair et le climat plus sec, s'étendent les tourbières, s'allongent les sillons de landes qui séparent ces articulations littorales de la pauvre et mélancoHque Bretagne intérieure.