‹ La France, tableau géographiqueChapitre 226 sur 275 · CHAPITRE n [m Bretagne · texte numérisé non relu

CHAPITRE n [m Bretagne

Ces fonds d'esluaiies et les points extrêmes, jusqu'où dans les rivières la marée porte les bateaux, ont naturellement fixé la place des marchés. Là cessent, en elTct, les indentations qui découpent la côte et interrompent les routes : les communications désormais plus stables permettent une petite concentration de produits. Ce fut, en Bretagne, l'origine de la plupart des villes. Comme il ariùve dans les montagnes, il y a souvent le long de la côte une zone dont les ressources propres sont insufRsantes, et où la population surabondante ne dispose pas de l'étendue qui lui serait nécessaire : les habitants de petites péninsules ou d'îles sont forcés de remonter vers l'amont pour s'approvisionner vers les marchés intérieurs. Ou bien encore les plus entreprenants et les mieux outillés ont recours à l'émigration périodique et à l'exploitation de quelque champ de ressources distant, pour suppléer à l'insufïîsance des ressources locales. Chaque été des gens de Paimpol se rendent avec leur famille à Sein pour la pèche du homard, et doublent pour quelques mois la population de la petite île. D'autres vont pendant trois mois récolter ou brûler le varech aux îles de Glénan, aux Chausey. Ailleurs, c'est l'exploitation des grès ou des granits qui attire des immigrants temporaires. Le cabotage, autrefois l'industrie la plus lucrative, était fondé sur les habitudes famihères et les besoins d'existence.

ly Celte vie élémentaire a, dans son originalité, un carac-

EFFETs tère très ancien. L'homme paraît avoir été attiré de bonne HisTORiQi'Es heure vers cette côte, sur laquelle se pressent les monuments mégalithiques. Les indications circonstanciées dont elle est l'objet chez les auteurs anciens semblent indiquer une population nombreuse. Celle-ci dut subir pourtant des vicissitudes ; car, à l'époque des invasions parties de l'île de Bretagne au vi° siècle, il semble bien que le littoral ait été dépeuplé. Mais elle reprit son essor. Les noms de ports bretons se pressent dans les portulans du xm' siècle. La côte est aujourd'hui partout en Bretagne plus peuplée que l'intérieur, et les îles, pour la plupart, bien plus peuplées encore que la terre ferme.

Dans ce pays où rien ne se perd, les conditions fondées sur la nature des lieux continuent à faire la loi. C'est sur ce fond qu'il convient d'envisager les transformations liistoriques et économiques qu'a traversées la Bretagne. Lorsque, vers le milieu du xiv' siècle, le commerce entre l'Italie et le Nord de l'Europe adopta de plus en plus la voie maritime, la Bretagne tira profit de sa position, mais surtout comme contrée de transit et de pêche. Nantes toujours exceptée, le défaut d'arrière-pays se fit sentir. Il n'y eut place sur cette longue étendue de côtes ni pour un Dieppe ni pour quelque La Rochelle. Dans la découverte du Nouveau-Monde, c'est comme pêcheurs que les Bretons intervinrent. Là leur initiative fut énergique et prompte, et leur position dans les parages de Terre-Neuve était si bien établie dès les premières années du xvi' siècle, que les rois d'Espagne recommandaient de se munir d'équi-

L'Ouest. LIVRE m, II

pages bretons. Puis, avec la France, ce furent d'autres perspectives : la chasse à l'Espagnol ou à l'Anglais, la vie de corsaires. Saint-Malo, Concarneau se serrèrent dans leurs ceintures de granit ; Brest entassa les bâtisses dans son estuaire. Aujourd'hui, grâce à la rapidité des communications, l'influence de grands marchés urbains extérieurs à la Bretagne se fait puissamment sentir sur la côte. Mais toujours, qu'il s'agisse de marin ou d'agriculteur ou de l'un et l'autre à la fois, c'est le morcellement, la petite propriété, l'esprit d'entreprises par groupes restreints, l'etTort famibal auquel la femme, partout présente et partout active en Bretagne, prend une remarquable part, — qui fournissent l'expression caractéristique de la vie bretonne.

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