CHAPITRE PHEMiER La Provencc
roches de formation variée se combinent avec la mer. C'est, à partir du cap Martin, une succession de sinuosités creusées en tous sens dans les marnes qu'encadrent les promontoires de calcaire jurassique: l'éperon de Monaco, puis entre la rade de Beaulieu et celle de Villefranchc, cette presqu'île de Saint-Jean, doù se détache, comme la poignée ciselée d'un objet d'art, la fine articulation de Saint-Hospice. De Nice à Antibes, « la ville d'en face », se profile une baie entaillée dans les poudingues qu'ont entassés d'énormes deltas de l'époque pliocène. Du golfe de la Napoule à celui de Fréjus, les porphyres de l'Esterel forment des escarpements rouges, au pied desquels s'égrènent des blocs que les flots assaillent sans parvenir à user la vivacité de leurs ai'ètes. Ces pointes déchiquetées sont séparées par de petites anses, des calanques, creux de la côte oîi quelques barques peuvent trouver abri, ou simples jietits miroirs d'eau verte entre les caps où grimpent les pins. Plus amples, plus austères dans leurs contours adoucis sont les golfes et rades taillés dans les gneiss de la montagne des Maures : ils font penser, vers Saint-Tropez, à une Bretagne plus ensoleillée, plus méridionale. Puis, quand, à son extrémité occidentale, le massif ancien prend une composition plus schisteuse, il se morcelle; il détache des îles et des péninsules; ce sont ces articulations multiples qui signalent les abords de Toulon. Le port lui-même se creuse à l'affleurement des grès contre les schistes primaires. Désormais les rocs chauves calcaires reprennent possession du littoral : d'abord ceux du jurassique, puis ces roches urgoniennes, de texture cristalline et de blancheur éclatante, dont les formes aiguës scintillent sous le ciel. Il n'est pas de portulan du moyen âge qui n'ait signalé l'/Ugle du golfe de la Ciotat. Cette côte aux dentelures variées, fertile en articulations de détail, évoque le souvenir des temps anciens où aucune de ces anses n'était trop petite pour les navires, où chacun de ces promontoires servait de point de repère aux navigateurs, où ces découpures faciles à isoler et à défendre offraient aux commerçants ou aux pirates autant d'amorces pour prendre pied sur le littoral.
Nous avons déjà parlé de Marseille. La topographie locale TOPOGRAPHIE ^^^ ^^ Commencement de sa fortune. Entre l'uniforme mu- DE raille de l'Estaque au Nord, et les fragments de chaîne cal-
MARSEiLLE cairc dont les îles de lavant-port marquent le prolongement, Marseille occupe un fond de bassin. C'est le sol d'un ancien lac oligocène dont les dépôts argileux, recouverts en partie de nappes de travertin, fournissent la brique et des matériaux de construction. Ce bassin fut profondément raviné vers la fin de l'époque pliocène. Les eaux s'y rassemblèrent dans la rivière d'Huvcaunc, qui creusa un profond sillon à l'endroit où elle se jetait dans la mer. Cette embouchure primitive était située au pied d'une série de buttes, de /io mètres de haut, qui s'élèvent comme un écran contre le mistral. Là devait s'établir le \ieux port, ce Lacydon qui a abrité seul pendant a 5oo ans la fortune de Marseille. Plus
Le Midi. uvRiî IV.
tard il arriva, par un phénomène semblable à celui qui s'est produit à Nice, que 1 Huveaune, repousscc sans doute par ses propres alluvions, abandonna son embouchure, pour la transporter au sud de la colline isolée de Notre- Dame de la Garde. Ilots, acropole et collines détachées, petit fleuve, port étroit et profond, rien ne manque à Marseille des éléments qui constituent le type classique des cités grecques.