LIVRE IV, I
pliiquement par des surprises semblables. Des cimes d'apparence alpine surmontent brusquement des reliefs d'allure continue et d'altitude médiocre, et trahissent, au milieu de régions d'apparence peu bouleversée, une intensité inattendue des phénomènes de plissement.
Ces signes nous guident à travers des apparences contraires. La plateforme que recouvre, sous le nom de golfe du Lion, une transgression marine de faible profondeur, n'interrompt pas en réalité les relations de structure entre les chaînes provençales et pyrénéennes. Le Bas-Languedoc est taillé sur le même plan que la Basse-Provence. Son histoire géologique rentre en partie dans celle de la vallée du Rhône. Le lit des fleuves actuels, Vidourle, Héi'ault, Orb, a été, comme dans la vallée du Rhône, entaillé par ravinement dans les molasses miocènes.
Ces vallées, par une nouvelle analogie, furent envahies par la mer pliocène. Enfin d'énormes entraînements de cailloux roulés ont également marqué la fin de l'ère pliocène et le début de l'ère actuelle. Ces vicissitudes géologiques se lisent dans la nature et l'aspect des terrains. Tandis que les plateaux calcaires d'âge jurassique n'offrent que surfaces désertes où règne la garigue, c'est aux calcaires marins d'âge miocène que le jiays doit les pierres tendres et durcissant à l'air, qui égaient de leurs ciselures les façades de Montpelher ; c'est aux marnes du même âge que sont dues les terres fortes où croissent les meilleurs vignobles. Sur la Coustière, talus bordier des anciennes terrasses fluviatiles, se rangent, au milieu des vignes, les anciennes villes.
Jadis le Languedoc avait aussi ces découpures de littoral .,.o„^>,.,r. qu'il envie aujourd'hui à la Provence. Mais les rivages se
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comblent. Si le Languedoc a conserve quelque chose des vives saillies de relief de la Provence, il a perdu les articulations côtières qui achèveraient la ressemblance. Le travail de la mer et des eaux intérieures est en train de régulariser les profils, d'éteindre les lagunes, d'allonger des flèches de sable. Les îlots montagneux ont été englobés par les progrès des rivages. Cependant on peut encore se représenter sans trop d'cUbrts l'aspect que ces côtes durent offrir aux Phéniciens et aux Grecs. Ce n'est que depuis le xiv" siècle que Narbonne a cessé d'être un port. L'activité des pêcheries autour de Cette et dans les étangs de Thau et de Sijean est une survivance de l'ancienne vie littorale. Parmi les causes précoces de groupement des hommes, il faut compter l'abondance et les facilités de nourriture fournies par ces réservoirs naturels de poissons et « fruits » de la mer. Le littoral italien, depuis Tarente jusqu'à Aquilée, abonde en exemples de cette vie de pêche persistant à travers les siècles dans les étangs ou lagunes. Ce fut une vie semblable qui se dévelop^îa sur la lisière de lagunes qui borde depuis le Rhône jusqu'aux Pyrénées le golfe du Lion. Bien que diminuée, elle s'est maintenue, quand tout changeait autour d'elle.
Le contact de la Méditerranée ne suffit pas cependant pour expliquer