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CHAPITRE II La Plaine et les Passarjes du Languedoc

le rôle de la cité archiépiscopale de Naibonnc. Des rapports terrestres s'y croisent : les uns viennent des Pyrénées, presque effacées au Pertus, et traversent, jiour déboucher en Languedoc, l'clroit passage entre les Corhièrcs et la mer, sorte de Tlierniopylcs sur lesquelles veillait le château de Salscs. Les autres viennent de la Garonne et de rAquilainc, et ceux-ci l'emportent dans l'économie générale de notre pays. Par celle voie, en eflet, Narbonne tient une des extrémités de ce que Strabon appelait l'isthme gaulois.

i„ Lorsqu'on a traversé les plaines basses parsemées de restes

LES PASSAGES d'étangs, et couvertes aujourd'hui de vignes, qui s'étendent à DU LANGUEDOC l'Oucst de Narbounc, on rencontre dans le défdé compris entre les cimes grises et nues du mont Alaric et les collines du Minervois, la véritable limite de la zone méditerranéenne. La structure change dès lors, comme le climat et la végétation. Au Nord, la Montagne-Noire déroule lourdement des croupes de schistes et de gneiss, aux lianes convexes qu'entaillent quelques ravins boisés ; tandis qu'au Sud s'allonge une rangée de mamelons d'argile ou de grès, dépouilles arrachées aux Pyrénées qui dressent en dernier plan leurs silhouettes aériennes. Ce cadre enferme une longue plaine, dans laquelle il est aisé de reconnaître un type analogue aux dépressions que nous avons constatées entre les Alpes et les Cévennes : c'est un sillon produit au contact d'une zone de plissement et d'un massif de résistance.

L'Aude, qui le rencontre àCarcassonne, s'y infléchit brusquement vers l'Est. Il continue à être borné au Nord par le rideau de la Montagne-Noire jusqu'à Castelnaudary. Mais là les croupes, qui depuis une soixantaine de kilomètres accompagnaient la vue, s'efl'acent ; et latéralement une sorte de trouée s'ouvre à Saint-Félix vers le Pays albigeois. L'aspect découvert de la topographie, et surtout l'existence d'une série de bulles de calcaires et de poudingues aux nettes découpures : tout dénonce une action puissante des eaux. L'origine ne peut en être attribuée qu'au massif primaire de la Montagne-Noire, à l'époque du réveil orogénique qui vint raviver son relief, c'està-dire à l'époque tertiaire '.

r. Comme on pourra en juger d après la carie insérée plus loin (fig. 287), une dépression périplicrique enveloppe l'extrémité occidentale de la Monlagne iN'oire. Elle résulte d'un démantellement prati- (jué aux dépens des grandes formations de molasse qui s'claient déposées aux époques oligocène et éocène. De puissants ruissellements, issus du massif archéen, les ont presque entièrement débla)écs sur la bordure. L'érosion ne s'est arrêtée vers l'Ouest qu'à une formation plus résistante de calcaires et de poudingues, que leur dureté a laissés en saillie, et qui dessinent la ligne des coteaux de Saint-Félix. Toutefois quelques affleurements insignifiants de molasse subsistaient parmi les alluvions anciennes. C'est un de ces lambeaux qui sépare aujourd'hui le Fresquel, affluent de l'Aude, du Sor, affluent de l'A goût ; il forme ainsi la ligne de partage entre la Méditerranée et l'Océan : ligne mal assise et dont la fixité paraît toute provisoire. L'énergie torrentielle s'est depuis longtemps éteinte; plusieurs de ces vallées sont aujourd'hui veuves de leurs rivières. Mais leur combinaison a créé des rapports de grande conséquence sur la géographie humaine. Elle a favorisé les communications entre les pavs Toulousain, Castrais, Albigeois ; elle a préparé une sorte de concentration de ces unités rurales autour do Toulouse, et inllné par là sur les destinées du Midi.

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Mais on chercherait vainement, parmi ces traces incontestables de dénudation, une rivière digne de l'œuvre torrentielle qu'indique le sol. L'aspect actuel de l'hydrographie est déconcertant. Il semble qu'il y ait eu une période pendant laquelle les eaux aient hésité sur la direction à suivre : il existe, en effet, à l'Est et à l'Ouest de Castelnaudary des vestiges d'étangs, des nappes de sable et des graviers presque à tleur de sol, indiquant une ancienne stagnation. Toutefois le versant oriental a fini par l'emporter. L'influence du niveau de base de la Méditerranée si voisine a probablement reculé peu à peu jusqu'au point actuel la hgne de séparation des eaux. C'est au pied de blocs de poudingues connus depuis longtemps sous le nom de Pierres de Naurouze que se trouve aujourd'hui, par 190 mètres d'altitude, le bief de partage où Riquet fit aboutir la rigole dans laquelle il avait recueilli les eaux de la Montagne-Noire. Rien dans le relief ne signale un changement ; il reste encore un intervalle de 800 mètres entre les coteaux qui se font face. Au Nord, un plateau de molasse ne tarde pas à se substituer aux collines de calcaires, et le couloir, un moment interrompu, se reconstitue jusqu'à Toulouse.

Ce couloir où voie romaine et route royale, canal et chemins de fer se pressent, fut un passage de peuples. Sans doute entre le Bas-Languedoc et les campagnes du Toulousain et de l'Albigeois, les rapports n'ont pas été strictement concentrés dans ce passage. Par Saint-Pons, Bédarieux, Le Vigan, il y eut toujours des relations fondées sur la nécessité des échanges entre la montagne et la plaine. Ces rapports menus et de détail, issus de contrastes rapprochés, jouent dans la vie du Midi un rôle dont il faut tenir grand compte. Mais de Narbonne à Toulouse se déroule la grande voie historique, foulée par les Gaulois Tectosages, les Romains, les Wisigoths, les Arabes, les Croisés de Simon de Montfort, les Anglais du Prince Noir, et ceux de 181^. Beaucoup de bourgs ou petites villes, jadis fortifiées, se distinguent de loin sur les premières croupes de la Montagne-Noire, sur les coteaux de Saint-Félix, et sur les mamelons qui bordent la plaine. Ce sont les témoins des temps de luttes, les survivants d'une vie qui s'éteint et dont les foyers se déplacent.

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