‹ La France, tableau géographiqueChapitre 248 sur 275 · CHAPITRE PHEMiER Lcs Pyrénccs · texte numérisé non relu

CHAPITRE PHEMiER Lcs Pyrénccs

Les pâturages du Carlitte, où des milliers de moutons venaient chaque année, au xviu' siècle, de la vallée du Sègre, confinent à la Cerdagne et au Capcir ; ceux du Pla de Béret au Val d'Aran ; les eslives voisines du Mont-Perdu communiquent avec le groupe des Vallées de Barèges. Des fêtes y réunissent à certaines dates les montagnards autour de quelque chapelle. Pour exploiter ces pàtis communaux il a fallu s'entendre, former entre les cantons limitrophes qui donnent accès à ces hauts lieux, des associations ou jurandes. Pour cela, la distinction entre versants n"a guère d'utilité pratique, car les pâturages s'étalent indifféremment des deux côtés. On ne sait à quelle date remontent ces traités de lies et passeries, qui étaient pratiqués au xvi" siècle entre nos vallées ariégeoises et le A'al d'Aran espagnol, et ailleurs encore. C'étaient des conventions réputées valables même en temps de guerre, destinées à assurer la pratique réguhère de l'économie montagnarde. Que parfois ces montagnards séparés entre Espagne et France, mais unis par des intérêts communs, s'entendissent entre eux, plus qu'avec les gens de la plaine, c'est une accusation souvent répétée dans les anciens écrits locaux : faut-il s en étonner ?

Dans les Pyrénées comme dans les Alpes, les nécessités de la vie pastorale protestent souvent contre les séparations factices introduites par la politique s'inspirant d'une fausse géographie.

De ces hautes parties de la montagne, les rivières, surtout COMMUNICATIONS '^^^^^^ ^^ versaut septentrional, se précipitent par une série INTÉRIEURES alternante de gorges et de bassins. Les ravins boisés par D£ I./1 ;ifo,vr^cA'£ lesquels l'Aude descend du Capcir étaient naguère infranchissables. Les lacs étages de la vallée d'Oo, la « rue d'enfer » de la vallée du Lys, les ravins entre Gavarnie et Gèdre, disent quelle est la raideur du versant français. L'humidité croissante du climat vers l'Ouest, la proximité de la plaine, la fréquence d intercalations de roches diverses, tout conspire pour exagérer l'irrégularité du profil suivi par les rivières.

Mais ce n'était pas par les défilés sauvages oîi nos routes modernes ont eu tant de peine à se frayer passage, que ces pays communiquaient entre eux : c'était par les moyens traditionnels des pays de montagnes, par les sentiers qui suivent les hauteurs et que continuent à fréquenter le muletier ou le pâtre d'Aragon et de iNavarre. Ces sentiers jouent dans la montagne un rôle plus grand qu'on ne pense ; car nos habitudes de plaines nous rendent trop dédaigneux de ce réseau créé par les montagnards à leur propre usage, hes ports ou passages sont nombreux, même dans la partie centrale. Il n'y en a pas moins d'une vingtaine entre le Conserans (vallée du Salât) et les hautes vallées aragonaises. Par ces voies la vie circule au plus épais de la montagne. Elle déborde même au dehors, car c'est par là qu'aux saisons propices les éleveurs atteignent les foires et marchés situés au contact de la plaine. Mais les relations les plus naturelles et les plus fréquentes sont entre

Le Midi. livre iv, ii

hautes vallées sans distinction de versants. Le Capcir, voisin des sources de l'Aude, a des relations avec la Cerdagne aux sources du Sègre, plus qu'avec le cours inférieur de l'Aude. Celles de Gavarnie avec les hautes vallées aragonaises, quoique moins actives qu'autrefois, entretiennent encore un va-etvient.

jii La façade, sillonnée de vallées profondes, que les Pyré-

BORD nées tournent vers la France, descend en 3o ou lîo kilomètres DE LA MONTAGNE a.\i uivcau de la plaine. A Foix (tibk m.), à Tarbes (3i3 m.), à Pau (207 m.), la plaine entre en communication directe avec la montagne ; elle devient un Piémont au sens propre du mot. Généralement c'est par une muraille raide, de roche calcaire et marmoréenne, que s'annonce le bord de la chaîne. Les rivières la franchissent par des brèches. Cette ligne de contact entre la montagne et la plaine a été de bonne heure remarquée et recherchée par les hommes. Les traces de populations préhistoriques y sont nombreuses. A Bédeillac, près de Tarasconsur-Ariège, au Mas d'Azil, à Izeste à l'entrée de la vallée d'Ossau, des cavernes gardent les traces de la présence et de l'activité de l'homme. Celte même lisière de la montagne est devenue une ligne urbaine. Des villes s'y sont établies pour opérer les transactions et pour tenir la clef des passages*. Comme au pied des Alpes, la possession des principales avenues transversales fut le pivot de la puissance politique. Le comté de Barcelone dut sa force à la possession des passages à travers les Pyrénées orientales. Le comte de Foix dominait, par le col de Puymorens, les sentiers par lesquels on se rendait au célèbre sanctuaire que signalent de loin ses roches rouges bizarrement découpées, Montsarrat de Catalogne. Au point où la vieille roule romaine venue d'Espagne par le Somport rencontrait la première grande vallée, s'établit l'antique Benehariiwn, Lescar, noyau du Béarn. Le royaume de Navarre grandit enfin des deux côtés du passage de Roncevaux, voie longtemps suivie à l'exclusion de toute autre par les pèlerins allant à Saint-Jacques de Compostelle.

,,, De petits Etats pyrénéens naquirent, grandirent, dispa-

uÉTAT rurent. Il ne s'agit pas de ces cantons montagneux dont l'auto-

DE BÉARN nomie, quand par hasard elle^ subsiste, semble un oubli de

l'histoire ; mais de véritables Etats politiques fondés par une

combinaison de la montagne et de la plaine. Parmi eux, celui qui a réalisé

le plus pleinement son rôle historique, est le Béarn. On ne saurait imaginer

de berceau plus propice que ce bassin du Gave où se sont succédé comme

centres politiques Nay, Lescar, Morlaas, Pau. L'intensité des cultures, le

rapprocliement des villages, ce mélange sous un ciel gai et varié de

champs de maïs, d'iles de peupliers, de prairies et d'eaux courantes, compose

1, Foix, SainiGirons, Lourdes, etc.

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de l'est à l'nuest. l'ur le premier dè/itc, celai de Saiut-Georges.

elle débouche, à Axât, dans la calU'e sijnclinale qui continue celle de te ht. Le second défilé

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