TYPES RÉGIONAUX DU SUD-OUEST
CHALOSSE — PAYS BASOUIî
T ES CttALOSSES \ -Lj sont les frag- j
ments du plateau de
molasse compris en- i
trc le Cave de Pau à 1
Orthez et l'Adour à 1
St-Sc%-cr. Des manie- \
Inns argileux se suc- \
cident. L'eau est par-
tout sur ces tcrrcs^or-
tos. Aussi les bnrdes
s'éparpillent, à demi
cachées par les ar-
bres. Des cultures va-
riées s'entrecroisent.
chaque métairie étant
une unité où un peu
'/■■ pré. de vigne, de
'■nis . de tonyas se
.nnihinc avec le blé et
le maïs pour les be-
soins de la famille.
rhot. Se M. nitier
(Fig. 28S.)
LES MOS VAGUES granitiques et primaires fOou-loO mtirc,^/ du J-'at/.-, ùastjue, i'ues de t'amho. La topographie cmoussce n'a plus rien de pyrénéen : cimes arrondies, versants doux, entre les digitations desquels se serrent les vallées. Les chênes superbes, dont les groupes opulents se pressent au bas des pentes, ne tardent pas à éclaircir leurs rangs et finissent par disparaître au voisinage des croupes. Partout, dans le Pays basque, l'œil rencontre en s'clcvant ces croupes revêtues d'une brousse de landes. Dans la surface énorme qu'occupent ces pdtis, s'expriment des habitudes invétérées de vie pastorale.
Phot. de M. Hiticr. Laboratoire d'agriculture comparée de l'Institut agrouom-que (Fig. 2S9).
cuAPiTniî M Lu Plaine Sahpyvénccnnc
I, Le travail des eaux, dont nous venons de parler, a été
PLAINES facililc par la consistance relativement molle du substratum AGRICOLES qu'elles ont entamé. C est un dépôt de marnes et de molasses (d'âge miocène), d'origine lacustre ou fluviatilc, qui occupe toute la partie centrale du bassin de la Garonne. Au Nord comme au Sud du fleuve, on voit, dès que le Tarn, le Lot, la Dordogne entrent dans cette formation, leurs vallées s'élargir. Le Haut-Armagnac, la Lomagne, le Lauragais, le Bas-Quercy sont constitués par les lobes allongés que dessinent ces plateaux dans l'intervalle des rivières. Le relief engendré par l'érosion dans ce sol marneux est un inamelonnement dont les contours mous et arrondis se succèdent sur un plan très légèrement incliné. Dans les parties déprimées, s'enfoncent entre les rangées de saules des ruisseaux à l'eau louche, moins semblables à des rivières qu'à des fossés agricoles. Le sol, imperméable, est avare de sources; mais les pluies n'étant pas rares, des mares verdàtres sont l'accompagnement ordinaire des métairies ou bordes.
C'est par excellence le vieux sol nourricier de la contrée. Les marnes ont par leur désagrégation formé ce qu'on appelle des terres fortes, terres à blé qui depuis plus de deux mille ans ne cessent j^as de porter des moissons. Les champs dominent dans la physionomie ; ils occupent les croupes, descendent les pentes, parfois interrompus par de petits bois en taillis. Les arbres, surtout sous la forme bizarre de chênes étêtés, se montrent çà et là, mais tout est subordonné au champ qui, suivant les saisons, se dore de moissons de blé, fait scintiller les tiges de maïs, ou s'éteint dans la poudreuse rousseur des chaumes. La fertilité agricole se traduit ici tout autrement que sur les plaines limoneuses du Nord. Des lopins de bois, des parcelles de vigne, un bout de pré, des arbres fruitiers diversifient le paysage. Tout est plus varié, mais à plus petite échelle. L'aisance d'un territoire fertile sur lequel un climat heureux permet de recueillir des produits très divers dans un petit espace, réunit autour de chaque borde un peu de tout ce qui est nécessaire à l'existence rurale. Ces bordes, situées de préférence an sommet des croupes, se disséminent à trois ou quatre cents mètres les unes des autres, sur tout le pays. La volaille et les porcs s'ébattent à leurs environs. Nulle part on ne voit entre elles ces espaces vides qui sur les plateaux agricoles du Nord s'interposent entre les groupes ; mais les constructions sont le j^lus souvent mesquines et chétives. En général, les gros villages sont rares. Rares aussi les châteaux. C'est la métairie qui est le type fondamental de peuplement du pays, celui qui répond le mieux aux conditions d'existence.
Cette dissémination de vie rurale s'est manifestée et maintenue surtout dans les parties de la région où les marnes et argiles, plutôt que les calcaires, constituent le sol. Sous les pluies de l'hiver et du printemps, ces terres fortes donnent lieu à des sentiers boueux aux ornières profondes. Longtemps la circulation y a été difEcile. Il faut l'effort vigoureux des grands bœufs gascons pour venir à bout des charrois et des labours. Aussi chacun de ces
Le Midi. livre iv, n
petits domaines ruraux, mal pourvu de communications, aspirait à se suffire à lui-même. Telle est encore l'impression que donnent certaines régions du plateau, restées plus longtemps à l'écart des belles routes modernes : le Haut- Armagnac, par exemple, ou sur les confins du Béarn, la Chalosse, avec ses tertres, ses fossés et ses haies d'arbres, derrière lesquels chaque métairie semble se retrancher.
La différence d'habitude et de genre de vie est profonde
LE PYRÉNÉEN ^^^^^ ^^ Pyrénéen et le paysan de la plaine. Chez le premier
ET l'agriculture est restée à demi pastorale. Il conserve autour de
LE PAYSAN ses cliamps de grands espaces d'ajoncs et de fougères, — ce
DE LA PLAINE qu'on ajjpelle des touyas en Béarn, — qui servent de pâture aux
moutons. Il continue à pratiquer la transhumance à grande
distance ; on voit encore des troupeaux de moutons, partis des hautes régions
de la montagne, s'avancer jusqu'aux landes qui sont au Nord de Pau.
L'homme des vallées pyrénéennes est surtout un pasteur; tel chez lui, tel
«aux Amériques », quand il y émigré. On pense volontiers, en voyant la
pauvreté de ses instruments de culture, à la belle indignation qu'exprime
Bernard Palissy '. Aux travaux de labourage le Pyrénéen préfère la vie de
déplacement, que lui font ses troupeaux, ses foires, ses changements jDério-
diques.
C'est au contraire une âme de laboureur qui s'est formée chez les paysans des terres fortes de la plaine. Mais la vie rurale s'est développée beaucoup mieux que la vie urbaine. Celle-ci, malgré le renfort artificiel qu'elle reçut au Moyen âge des fondations de bastides, est restée subordonnée. La plupart des villes, dans ce pays d'abondance et de vie facile, tirent leur existence du milieu immédiat. Elles sont les marchés agricoles, et les centres de transactions oîi se débattent, avec l'aide des hommes de loi qui pullulent, les intérêts ou les griefs des habitants d'alentour.
I. Recepte véritable, i5G3 : « Je ne pouvais regarder les laboureurs sans me cholérer en moymesme en voyant la lourdeté de leurs ferrements » (éd. An. France, Paris, Charavay, 1880, p. 117).