LA VIE MARITIME DU SUD-OUEST
I. LA CÔTE. Il II. LA ROCHELLE. || )Il. PAYS GIRONDIN. || IV. LES DUNES ET LA COTE BASQUE. Il V. l'ensemble DU MIDI DANS l'hiSTOIRE.
ŒS bandes calcaires se prolongent jusqu'à l'Océan. Comme les rides souterraines qui unissent le Limousin à la Vendée, LA Luih comme les sillons de Bretagne, comme les accidents qui continuent à travers les plaines de la Garonne les Petites- Pyrénées, enfin comme les Pyrénées elles-mêmes, elles suivent la direction du Sud-Est au Nord-Ouest. Elles s'inclinent peu à peu, s'abaissent, gardent toutefois assez de hauteur pour se terminer en plateaux, au point oîi elles sont coupées transversalement par l'Océan. De hauts clochers de pierre blanche émergent, quelques-uns visibles de loin dans la mer. Le promontoire jurassique de l'Aunis s'avance comme un éperon entre les marais poitevins et la Petite Flandre charentaise, et a son prolongement dans l'île de Ré. Celui de Saintonge, entre la Charente et la Gironde, oppose aux assauts de la mer de dures parois de craie, que le flot ronge pourtant, et il a aussi son prolongement insulaire. Entre les zones plus tendres, que l'affouilleraent a fait disparaître, ces barres de résistance sont l'ossature du littoral. C'est entre elles que, grains par grains, une pluie de fines jiarticules argileuses se dépose, sous forme de ce limon bleuâtre appelé èr/qui apparaît par plages immenses dans la nier de Saintonge. De nouvelles terres se construisent englobant d'anciennes îles, envasant les baies. Cependant le jeu des courants maintient libres certaines parties du littoral, oià la permanence des établissements humains est relativement garantie et autour desquels a pu se fixer la vie maritime. Elle a toujours été active dans cet archipel des Pertuis, un des rares abris que l'orageux golfe de Biscaye laisse aux navires.
Le Mi<li, i.ivnr iv. m
Brouage, dont Richelieu voulait faire le grand port de ,. r,r.nur;,r guerrc français sur l'Océan, n'a pu se maintenir; sa citadelle
LA KULHbLLt. " .,,,.,.. i, . , • n i • i
domine aujourd liui solitau-e un lionzon de marais. Mais la Rochelle continue sa vie historique. Sur sa mer jaunie, baignant une campagne poudreuse, avec ses falaises blanches visibles de loin, La Rochelle surveillait l'entrée des perluis, l'accès des îles. Les marais, qui entourent au Nord et au Sud le plateau, l'isolent dans une sorte de domaine naturel. C'était bien la place marquée pour une république commerçante. Cet assemblage de golfes, de détroits, d'îles, de marais offrait un ensemble de conditions propices à une combinaison politique. Elle n'aurait pas manqué sur les rivages d'Italie ou de Grèce. L'importance historique de La Rochelle ne tient pas seulement au site local, mais à la disposition d'un littoral de plus en plus affranchi des attractions intérieures et projeté vers la mer. Les articulations insulaires qui continuent les plateaux de l'Aunis et de la Saintonge n'en sont pas un prolongement afFaibh. La vie, au contraire, s'y concentre ; la population s'y accumule en densité plus forte que sur le continent. Ré, Marans, et d'autres îlots aujourd'hui empâtés dans les alluvions, gravitent immédiatement autour de La Rochelle. Les appendices insulaires et péninsulaires de la Saintonge, Oleron, Arvert, Marcnnes formaient «l'ancien colloque des îles ». C'est par ces pays que cheminèrent dans ces régions les commencements de la Réforme. Asiles tour à tour et foyers de propagande, ces îles jouèrent vers le milieu du xvi° siècle un rôle que les mémoires de Bernard Palissy permettent d'entrevoir.
Le passé est très vivant dans la jihysionomie de La Rochelle. Ce petit port, jalousement enfermé entre deux grosses tours, a l'air d'attendre encore une attaque. Ces longues et basses arcades semblent prêtes à recevoir l'étalage de marchandises. Jusque dans cet Hôtel de Ville dont la façade sévère dérobe une cour pleine d'élégance, respire le contraste d'un passé guerrier dans une nature d'abondance et de grâce paisible. C'est l'histoire plus que la géographie qui a trahi La Rochelle. Comme d'autres villes de notre littoral océanique, elle est morte de notre rôle manqué par delà 1 Océan. Le Canada avait été surtout l'œuvre d'un Saintoiigeais. Le continent américain parut ouvrir des perspectives illimitées. La Saintonge fut, avec la Normandie, l'une des deux provinces d'oîi partirent les elVorfs les plus sérieux pour assurer à la France un rôle dans les destinées du continent américain. Ailleurs ce fut surtout le commerce des îles qu'on exploita ; d'ici on chercha à prendre pied sur le continent. L'Afrique nous rendra-t-cUe l'équivalent de ce passé perdu ?
,„ Le magnifique estuaire dans lequel s'achève la Gironde
PAYS a été de longue date préparé par des oscillations dans le GIRONDIN domaine respectif de la terre et de la mer. A diverses reprises, pendant l'époque tertiaire, des transgressions marines ont succédé à des périodes d'émersion pendant lesquelles les eaux cou-
l> L A I .\ /; Dr. /.A CA H <) NXI-:
T A fiAllOyyE s'in/lcthit -Lj (nii'caii de ta vallée, ^i.
i-crs l'Ouest à ta re
icontre de coteaux qui la dominent d'une centaine de mètres
mètres), et qu'elle
va raser de près. Sa vallée, sans cesser d'être large, prendra
di-sormais des proportions
plus modestes. Ai
sommet du promontoire qui s'avance en premier plan, on
distingue à sa blancheur u
ne assise calcaire
nue, donnant un abrupt et surmontant des pentes douces et
cultivées. Agen s'est établi
au pied de ce cntea
u. Phot. conim. par M. Boutry (Vig. 294>.
DL L'£Xl'l(t:Mm. d'une vallée latérale débouchant en amont d'Agcn, on voit, d'un lùlc, le plateau de molasse finir en falaise ; et. de l'autre, la plaine de la (iaronnc s'étendre, couverte de cultures et d'arbres. Jusqu'à la ligne uniforme des coteaux de Gascogne, sur la rive gauche. Phot. comm. r^r H. Boutry (Fig. 295).