‹ La France, tableau géographiqueChapitre 33 sur 275 · C'est la définition qu'en donne Grimm · texte numérisé non relu

C'est la définition qu'en donne Grimm

Personnalité Géographique de la France. première partie

ment au site dont une population antérieure avait déjà déA'cloppé la richesse agricole.

Sans doute les trouvailles archéologiques nous font connaître surtout des armes, des instruments de luxe. Mais d'heureux hasards ont exhumé aussi des témoignages de la vie agricole que menaient les peuples au Nord des Alpes : le blé, l'orge, quelques fruits, des tissus fabriqués de lin, ont été trouvés dans les plus anciennes stations lacustres. On voit ces populations primitives déjà en possession des principaux animaux domestiques, bœuf, mouton, chèvre, porc'. Plus tard, quand les Romains firent connaissance avec le Nord de la Gaule, ils y rencontrèrent des pratiques agricoles dont l'originalité et la supériorité les frappèrent. L'invention de la charrue à roues, de la moissonneuse à roues, s'explique fort naturellement sur des plateaux découverts à faibles ondulations, tandis que l'araire léger et facile à manier est à sa place sur les terres accidentées du Massif central et des bords de la Méditerranée.

Est-on en droit d'admettre l'existence de relations suivies entre les peujjles qui occupaient ces régions limoneuses.»^ L'examen comparatif des trouvailles archéologiques nous montre, soit entre les contrées danubiennes et l'Est de la France, soit entre le Nord de notre pays et les contrées situées à l'Est du cours inférieur rhénan, des analogies dûment constatées, qui sont preuves de connaissance réciproque et d'échanges. Une vie circule à travers l'Europe centrale. Il est donc permis de parler d'anciennes voies de migrations et de commerce ayant relié la partie du continent qu'occupe la France à celle qui s'étend vers l'Est par le Danube ou par les plaines méridionales de la Russie.

C'est au sujet de la voie danubienne qu'un des plus profonds connaisseurs des civilisations primitives, Worsaae, a écrit: « De nouveaux flots de vie et de sang jeune n'ont pas cessé pendant longtemps de couler par là chez les habitants des vallées circumvoisines". » Quelque réserve qu'imposent ces questions d'origine, il est difficile de chercher ailleurs les sources communes de « ces flots de vie », que dans la région de l'Asie occidentale qui s'étend au Sud du Caucase. C'est bien de là que semblent s'être acheminées vers nous les plantes nourricières ou utiles, et la plupart des arbres fruitiers et animaux domestiques que nous voyons acclimatés de bonne heure dans notre Europe occidentale. Cette acclimatation suppose une haute antiquité de rapports humains. La géographie n'apporte-t-elle pas un témoignage considérable en faveur de cette antiquité, si elle est en mesure de montrer, comme nous avons essayé de le faire, par quelles voies naturelles ils ont pu se transmettre ?

I. La race actuelle du bœuf que son museau noir, sa tête large et sa couleur brune distinguent de celles qui sont, plus tard, venues du Nord, se retrouvent dans les tourbières préhistoriques de la

Suisse,

3. Worsaae, Die Vorgeschichte des Nordens nack gleichzeitigen Denimàlern, 1878, p. 83.

cHAPiTHE III Les Influences du defiors. Le Continent.

yiii La France garde le pli ineffaçable de ses origines pro-

povssÉES fondement continentales. Le groupement de ses populations

EN FRANCE semble s'être accompli sous l'influence de refoulements partis

D'INVASIONS (jg l'Est. Il serait difficile d'expliquer autrement bien des faits ;

DE LEST 6ntre autres, le mode de répartition sur notre territoire des

dolmens. Si fréquents dans l'Ouest, on sait qu'ils se montrent

très rares dans la partie orientale de notre pays. Si ce type de constructions

primitives a pu se répandre depuis le Nord de l'Afrique jusqu'à l'Irlande,

quel obstacle, sinon la pression de peuples arrivant par d'autres directions,

a empêché son expansion ou supprimé ses traces vers l'Est?

Les populations brunes et fortement brachycéphales qui sont de longue date dominantes dans le Massif central, la Savoie, une grande partie de la Bourgogne, se rattachent par des affinités anthropologiques, non aux Ibères actuels, mais plutôt à celles qui, sous des mélanges divers, peuplent encore la région danubienne. Elles occupent l'extrémité de cette chaîne d'anciens peuples qui a mis en culture la zone de terres fertiles qui traverse de part en part le continent de l'Europe. Lorsqu'on essaie de chercher les causes des tendances et des aptitudes invétérées d'une population, la prudence conseille de ne pas s'en tenir à l'étude de leur milieu actuel, mais de considérer aussi les antécédents. C'est peut-être par des habitudes importées, autant que par l'influence directe du sol, que s'explique le tempérament obstinément agricole de la majorité de nos populations.

i La troisième des voies de migrations que nous avons indi-

LA ZONE quées, longe jusqu'en Flandre le littoral de la mer du Nord. D-ALLuvioNS Elle suit la zone d'éternelle verdure, celle des marschen, polders, LITTORALES watten ou alluvions littorales, dont la carte montre l'étendue. DU NORD ^^^® ^^* séparée au Sud de la zone de lœss ou de limon qui se déroule de l'Elbe à l'Escaut par une série de landes et de tourbières : Campine, Peel, Bourtange, Landes de Lunebourg, sols ingrats de graviers et de sable, provenant en partie de débris de moraines glaciaires; espaces déshérités, où l'éternelle alternance de bois de pins, de maigres champs, de bruyères brunes attriste la vue. On ne peut imaginer le plus frappant contraste que celui qui existe entre ces régions encore aujourd'hui assez solitaires et les deux zones fertiles et populeuses qui la limitent au Nord et au Sud.

Ces terres amphibies, menacées par les revendications de la mer, et où l'eau, subtil et sournois destructeur, s'insinue et suinte dans le sous-sol, offraient certainement des conditions plus difficiles que les plates-formes limoneuses de l'intérieur. On s'explique cependant les avantages qui attirèrent les hommes. Il est prouvé que les espaces découverts le long des

Personnalilc Géographique de la France. phemièue partie

côtes, à distance des exhalaisons et des dangers de la forêt, furent pour les habitants primitifs du Julland et des îles danoises les sites favoris d'établissements. De tels espaces ne manquaient pas le long de la mer du Nord. La forêt n'a jamais étendu ses masses impénétrables sur ce littoral : les arbres y ont trop à lutter contre la violence des vents d'Ouest. Pourvu qu'un monticule, créé artificiellement au besoin, pût protéger l'habitation de l'homme, son heim, contre les eaux, son existence était assurée, en attendant que commençât l'ère des grands endiguements ; ce qui n'eut lieu qu'au Moyen âge. En outre il trouvait un moyen de circulation facile dans le lacis des bras fluviaux. L'herbe, plus que les céréales, est ici le produit naturel ; aussi l'élevage se montra-t-il dès le début la vocation naturelle de ces futurs manufacturiers de lait, de viande et de bétail. Les peuples qui se groupèrent le long de la mer du Nord furent des éleveurs avant d'être des marins. Il y eut sans doute de bonne heure des groupes particuliers qui surent se hausser à un certain degré de réputation et de puissance jjar leur habileté nautique ; Tacite en connaît. Mais l'élevage resta le fond de l'existence. La nomenclature singulièrement imagée que les marins des mers du Nord appliquèrent aux îles et aux écueils à travers lesquels ils avaient à diriger leurs navires, emprunte la plupart de ses exjiressions métaphoriques au bétail et à la vie de pâturage.

Ces communautés grandirent longtemps à part, retranchées dans des conditions originales d'existence, contractées dans le sentiment de leur autonomie. Elles n'entrèrent que tard dans l'histoire, que quelques-unes devaient remplir de leur nom'. Leur fortune est liée au développement de l'Europe moderne. Assez tôt cependant ce littoral devint une pépinière de groupes transportant sur des rivages analogues leur mode d'existence. De là partirent des émigrations sur lesquelles l'histoire est muette, et qui précédèrent les invasions qu'elle connaît. Sur la côte opj^osée au vieux pays frison, celle du Fen britannique, entre Lincoln et Norfolk, les mêmes conditions de vie n'eurent pas de peine à s'installer. Mais c'est surtout dans le Nord- Ouest de l'Europe et notamment dans la basse plaine germanique qu'elles étaient destinées à faire fortune. Ces contrées font partie de la surface qu'avaient recouverte", dans leur dernier retour offensif, les grands glaciers Scandinaves. L'empreinte glaciaire y est encore sensible. Le dessèchement des innombrables marécages qu'y avait laissés le vagabondage torrentiel consécutif à la fusion des glaces fut une des grandes œuvres de la colonisation systématique du Moyen âge et des temps modernes. Grâce au travail de l'homme ce furent les prairies qui succédèrent aux dépressions marécageuses ; et l'on peut dire que nulle forme de culture, avec le genre de vie qu'elle implique, n'a gagné autant de terrain en Europe depuis les temps historiques.

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