‹ La France, tableau géographiqueChapitre 36 sur 275 · CHAPITRE IV Physionomie d'Ensemble de la France · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV Physionomie d'Ensemble de la France

genistées touffues tout illuminées de fleurs jaunes, indiquent une composition différente des éléments du climat. Ce que la rigueur accidentelle des froids, la violence des vents, l'intensité des sécheresses, le régime des cours d'eau mêlent de brusque et d'un peu âpre à la nature du Sud-Est de la France, s'atténue en ce Sud-Ouest dans une tonalité plus égale. Il y a pourtant des recrudescences et des sursauts. A l'abri des dunes de Soulac, au Sud de la Gironde, dans l'atmosphère surchauffée des sables, les eaux infdtrées communiquent à la végétation une vigueur et un éclat superbes. La végétation siliceuse des Landes, qui s'était montrée par intermittences sur les sables épars en Périgord, prend possession du sol ; le panache des pins maritimes se projette au-dessus des fourrés d'ajoncs et de bruyères ; le chêne occidental remplace le chcne-yeuse. Enfin, lorsqu'apparaissent les pics pyrénéens, dans l'angle où s'engouffrent les vapeurs des vents d'Ouest, les pluies reprennent avec intensité. Pluies interrompues de soleil, qui pourtant excluent la vigne, remplacée par le pommier sur les croupes verdoyantes et fourrées du pays basque. Les orages arrivent en quelques minutes ; ils courent avec une rapidité extraordinaire de pic en pic sur la côte ; mais un radieux soleil les a bientôt dissipés aux quatre coins du ciel. Ce ciel mobile et gai, plus doux dans les Charentes, plus ardent en Gascogne, plus capricieux dans le pays basque, a tout le brillant du Midi sans le sombre éclat de la Méditerranée.

Ce qui frappe d'abord dans l'ensemble de cette physionomie, c'est l'amplitude des différences. Sur une surface qui n'est que la dix-huitième partie de l'Europe, nous voyons des contrées telles que la Flandre ou Normandie d'une part, Béarn, Roussillon ou Provence de l'autre ; des contrées dont les affinités sont avec la Basse-xA.llemagne et l'Angleterre, ou avec les Asturies et la Grèce. Aucun autre pays d'égale étendue ne comprend de telles diversités. Comment donc se fait-il que ces contrastes n'aient pas été des foyers d'action centrifuge ? Il n'a pas manqué sur nos côtes d'immigrants saxons, Scandinaves ou auti'es ; on ne voit pourtant pas que ces groupes aient jamais réussi, s'ils l'ont même tenté, à se constituer en populations à part, tournant le dos à l'intérieur, comme il est arrivé pour certaines tribus maritimes, frisonnes ou bataves, de Basse-Allemagne.

C'est qu'entre ces pôles opposés la nature de la France ^' ^ développe une richesse de gammes qu'on ne trouve pas non plus ENTRE LE NORD ^iHeurs. Si le Nord et le Sud font saillie en vif rehef, il y a entre ET LE SUD eux toutc uuc séric de nuances intermédiaires. Par une interférence continuelle de causes, climatériques, géologiques, topographiques, le Midi et le Nord s'entre-croisent, disparaissent et réapparaissent. La France est placée de telle sorte par rapport aux influences continentales et océaniques qui s'y rencontrent dans un équilibre instable, que de différents côtés plantes et cultures ont voie libre pour se propager,

Personnalité Géographique de la France. première partie

pour profiter de toutes les occasions que multiplient les variétés de relief et de sol. Le mélange du Nord et du Sud est plus marqué dans certaines contrées de transition comme la Bourgogne et la Touraine, qui représentent, pour étendre l'expression de Michelet, « l'élément liant de la France ». Mais on peut dire que ce mélange est la France même. L'impression générale est celle d'une moyenne, dans laquelle les teintes qui paraissaient disparates se fondent en une série de nuances graduées.

Il en résulte la grande variété de produits auxquels le

'" sol français se prête ; variété qui est une garantie pour l'habi-

MODEs tant, le succès d'une culture pouvant, dans la même année,

D'EXISTENCES i ' ^ • j . , ^

compenser 1 echcc d une autre.

Le grand avantage, écrivait récemment un consul anglais, que le petit tenancier ou le petit propriétaire a en France, est dans les différences de climat qui favorisent la croissance des articles variés et de petits produits qui ne viennent pas bien dans notre pays. Ce sont ces petits produits qui rendent possible l'idéal qu'a longtemps caressé l'habitant de la vieille France, et qui reste encore enraciné çà et là, celui de réaliser et d'obtenir sur place tous les éléments et les commodités de la vie. C'était bien le désir que devaient suggérer « ces benoîts pays », répartis de tous côtés, dans lesquels il n'était pas chimérique de rêver une existence abondante, se suffisant largement à ellemême. Généralisez cette idée : elle ressemble assez à celle que la moyenne des Français se fait de la France. C'est l'abondance des « biens de la terre », suivant l'expression chère aux vieilles gens, qui pour eux s'identifie avec ce nom. L'Allemagne représente surtout pour l'Allemand une idée ethnique. Ce que le Français distingue dans la France, comme le prouvent ses regrets quand il s'en éloigne, c'est la bonté du sol, le plaisir d'y vivre. Elle est pour lui le pays par excellence, c'est-à-dire quelque chose d'intimement Hé à l'idéal instinctif qu'il se fait de la vie.

Il y a pourtant en France de mauvais comme de bons pays. Il en est qu'on décorait d'épithètes flatteuses, et qui, surtout jadis, s'opposaient dans l'esprit et le langage populaires aux terres plus déshéritées, réduites à remplacer par de mesquins expédients de subsistance, le blé, le vin et le reste. Le cultivateur des bons pays a du mépris pour la terre qui ne nourrit pas son homme. Un certain air de compassion tempérée de raillerie accueillait les habitants des ingrats terroirs voués au sarrasin ou à la châtaigne, ou des pays incapables de se suffire et obligés de se pourvoir chez le voisin. Les pauvres habitants de la Vdf/e excitaient ce sentiment quand ils paraissaient chez leurs riches voisins de la Comté, en quête de cendres de lessives pour amender leurs maigres terrains de grès. Il est probable que le joyeux habitant des vallées tourangelles éprouvait quelque chose de semblable pour ces pays de sable et de grès, où il vient plus d arbres que de blé. Rabelais ne trouve pas d'autre expression pour peindre quelque part le dénuement de Panurge, que

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