‹ La France, tableau géographiqueChapitre 57 sur 275 · LA YÎE SUR LES PLATEAUX LIMONEUX · texte numérisé non relu

LA YÎE SUR LES PLATEAUX LIMONEUX

PHYSIONOMIE DE L EXPLOITATION AtUUCOLE

ASPECT DE LA CAMPAGNE DU CAMBHÈS1S. — Une

couche épaisse de timon, dont les tranches sont plus foncées près de la surface, dissimule entièrement te sous-sol de craie.

La tranche supérieure, oxydée et décalcifiée, est exploitée comme terre à briques. Au loin, par delà les champs de betteraves, arbres et cheminées d'usine à sucre annoncent un village. Des bœufs, souvent importés du Charotais, font les charrois.

Pliot. comm. par M. Hîtîer, Laborat.

d'agrîo. comp. de l'Institut agronomique (Fig. 34).

TYPE DE GRANDE FERME ISOLÛE. — Vue de l'extérieur, c'est un rectangle muré, presque sans ouverture. Mats dans ta cour spacieuse qu'il encadre, grouille ta' vie de la ferme. Depuis la Hesbaye Jusqu'à ta Beauee, on retrouve avec quelques variantes de tels centres d'exploitation agricole.

Ils occupent les plateaux limoneux livrés à la grande culture.

Ils empruntent indifféremment les matériaux de construction fournis par le sol: ici la terre à fisc, le silex et la brique ; là, la pierre de taille.

Photograiiliie comiu.parM. Hitier (Fig. 35).

TYPE DE FERME dans un village exclusivement agricole ; Revetles {canton de Mottiens-Vidame ; Somme). Elle se compose de plusieurs éléments disposés dans un ordre géométrique : /» la grange sur la rue; 2" les étables, perpendiculaires à ta grange : 3° la maison d'habitation, parallèle à la grange au fond de la cour.

Une mare, un puits communal couvert, et enfin tes arbres du plaut, complètent l'ensemble.

Le village possède 5 puits de ce genre, profonds de 80 mètres.

Les mares, alimentées par les eaux de pluie, ne servent qu'au bétail; en cas de sécheresse, il faut aller Jusqu'à la rivière.

Photographie coaim. \y.\r M, Hitior Cl'Iï. 36)

ciiAPimF. PRPMiEn Partie Seplenirionale. La Picardie.

d àgc jurassique, sont demeurées en saillie, et forment, près de Boulogne, le mont Lambert ou les falaises calcaires du Griz-Nez. Mais au Nord, vers Marquise, l'intensité du bombement a été poussée à tel point que ce sont les roches primaires elles-mèrnes qui apparaissent : les mômes schistes, les mêmes marbres qui depuis l'Ardenne semblaient définitivement enfouis dans les profondeurs. On a dans une échappée subite, sur la croupe nue et battue des vents qui domine les carrières de Marquise, la brusque et courte vision des landes, palis et ajoncs. Instructive et fugitive réminiscence I Quelques pas de plus, et vers Landrelhun on atteint de nouveau la crête du bourrelet crayeux ; de là une vue immense se découvre. C'est le pays plat qui descend et fuit vers Calais et qui, par delà les forêts assombrissant les abords de Guines, se perd au loin jusqu'à la bande grise de la mer du Nord. Le spectacle n'est pas sans grandeur. On se sent au seuil de deux grandes régions : là confinent, et s'oppose visiblement près d'un coin d'Ardenne un instant ressuscitée, les Pays-Bas et le Bassin de Paris.

,^, Au Sud du Boulonnais, la craie prend décidément pos-

LA CRAIE session de la surface. Soit que du Boulonnais on entre dans

EN les plaines picardes, soit que des pays subardennais de la

PICARDIE Thiérache et du Porcien on débouche dans la Champagne,

l'impression première qui vous saisit est une impression de

vide. Sur ces croupes larges et molles où le relief n'est arrêté par aucune

tranche plus résistante, la rareté des formes en saillie, des arbres, de l'eau,

des maisons, supprime tout ce qui distrait et égaie l'œil. Ce relief et cet

aspect sont engendrés par la craie.

Les mers chargées d'organismes, dont les menus débris, profondément modifiés, constituent la craie blanche, ont couvert, à la fin des temps secondaires, une étendue bien supérieure à celle qu'occupe aujourd'hui la craie dans le Bassin parisien. Mais, après tout ce qui a disparu par démantellement ou dissolution, il reste en Champagne et en Picardie de grandes surfaces dont elle constitue le sol. En Champagne, où elle est à nu, elle se manifeste par ce tuf blanc, particulièrement étudié aux environs de Sens', dont les grumeaux gluants rendent les chemins difficiles. En Picardie le limon la recouvre. Elle apparaît çà et là sur certains versants de vallées par des écorchurcs blanches où croissent quelques genévriers ; elle se devine dans les champs à des teintes pâles qui font tache dans le limon roux. Toutefois, pour apprécier sa puissante épaisseur, il faut profiter des coupes naturelles que fournissent, du Tréport au Havre, les falaises de la côte. C'est là qu'on la voit étager ses assises tranchées par la mer. Elles sont interrompues par des rangées parallèles de silex roux ou noirs. La silice contenue dans les

l. D'où le nom de craie sénonienne.

La France du Nord. uvrf. puemier, ti

substances minérales et oi'ganiques de la craie s'est précipitée. Elle a formé en se combinant ces rognons dont les rangées régulières s'arrêtent aux assises plus dures qui leur ont servi de supports. Mais la masse dans son ensemble reste perméable : à la base seulement une couche marneuse arrête les infiltrations et produit des sources.

Pour être moins crûment visible qu'en Champagne, la craie n'est pas moins en Picardie la roche essentielle dont le caractère du pays dépend. Sa surface, quand on l'atteint sous le limon qui la recouvre, se montre rongée par des érosions ou des dissolvants chimiques. Elle est perforée, creusée de poches oij se sont amassés des sables et des argiles. Ces sables étaient depuis longtemps exploités pour ciments ; on a reconnu de nos jours de précieux éléments de fertilité dans les grains de phosphate de chaux dont parfois ils se composent. Par endroits s'intercalent des bancs assez durs pour fournir des moellons de construction. Dès les temps les plus anciens on savait ramener la craie du sous-sol à la surface pour y servir d'amendement calcaire. Quant aux silex, après avoir livré des outils aux hommes de l'époque paléolithique, ils n'ont pas cessé d'être exploités : ils fournissent un empierrement aux routes, et aux maisons en torchis, supplantées aujourd'hui par la maison de briques, un soubassement solide, dont la bigarrure ne manquait pas de pitlol'csque.

Des transgressions marines ont recouvert, du moins en partie, ces nappes de craie ; et les dépôts qu'elles ont superposés restent encore reconnaissables par lambeaux. Ces transgressions se sont produites surtout par une porte de communication qui s'ouvrit plusieurs fois entre Douai et Mons, sur les confins du Hainaut et de la Flandre. A diverses reprises, pendant l'époque tertiaire, les mers du Nord pénétrèrent par là jusqu'au centre du Bassin parisien. Cet ancien détroit est encore un seuil bas : car lorsque des formes aussi arrêtées ont persisté jusque dans les âges voisins du nôtre, il est bien rare qu'elles s'effacent entièrement dans la topographie actuelle. C'est lui qui donne le plus directement accès entre la Flandre et la partie centrale du bassin. Sur ce jiassage des anciennes mers, oii aujourd'hui les sources de l'Escaut et de la Somme se rapprochent, des plaques d'argile et de sables éocènes recouvrent la craie, associées à des couches de limon qui nulle part ne sont plus épaisses.

i Toutefois, il y a de vastes surfaces, surtout quand on a

ARGILE dépassé vers l'Ouest l'Amiénois, où ces dépôts ont manqué ; A SILEX en tout cas ils n'ont pas été abondants pour résister aux agents destructeurs. La superficie de la craie a subi alors une altération profonde. On voit dans la partie occidentale de l'auréole crétacée, dans le Vimeu, le Ponthieu, le Pays de Caux, affleurer une argile rouge qui contient de nombreux silex à divers états de décomposition. C'est le résidu de dissolution de la craie ; l'élément calcaire ayant disparu, il n'est

ciiM'iriiii putMiiiii Partie Seplenlrioiiale. La Picardie.

resté que les parties insolubles, argile et silex'. Celle substance de décomposition, partout où elle domine à la surface, en modiile l'aspect. Elle est assez imperméable pour maintenir des mares auprès des masures du Pays de Caux, pour imprimer même un régime accidentellement torrentiel qui étonne, à certains cours d'eau de la craie. Lorsque l'argile à silex est drainée, ameublie, amendée par la craie sous-jacente, elle fournit un bon sol agricole. Bien des forêts ont été défrichées ainsi, surtout au xif siècle et de nos jours. Mais il en reste assez, soit tapissant les flancs des vallées, soit étalées sur les plateaux, pour dénoncer lapparilion de ce sol rocailleux. Laforct d'Eu dans le Ponthieu, et sur la lisière du Pays de Caux celles d'Eauvy, de Lyons, la Forèt-^ crie sont les débris encore imposants de massifs forestiers, dont la conservation parait liée à la présence de l'argile à silex.

yi Mais quand ce terrain cesse de se montrer et que, d'autre

LIMON part, ont disparu aussi les marnes ou dièves ai-gileuses, pro- DEs pices aux herbages, c'est-à-dire à l'Est et au Sud d'une ligne

PLATEAUX passant environ par Amiens, Albert, Bapaume, Cambrai et le Cateau, la physionomie de la contrée limoneuse à soussol de craie atteint sa pleine expression. Dans le Cambrésis, le Vermandois, le Santerre surtout, l'épais manteau couvre et amortit toute saillie. On voit parfois des pans verticaux de limon se dresser de trois à quatre mètres entre les chemins creux qu'il encadre. Ce n'est souvent qu'à sept ou huit mètres en profondeur qu'on trouve la craie. Ce limon n'est pas argileux comme celui des Flandres : sa couche supérieure est généralement décalcifiée, mais au-dessous il présente une texture sableuse et friable à travers laquelle les eaux de surface trouvent un écoulement naturel. Par quel procès naturel, sous quelles influences mécaniques et climatériques ce puissant dépôt s'est-il formé.** Il n'est pas douteux qu'ici les apports sablonneux des mers éocènes n'aient largement contribué à lui fournir les matériaux. Mais, d'autre part, comme nous lavons vu dans un des précédents chapitres", ce limon des plateaux se lie à une série de sols analogues qui, par leur structure et surtout les restes organiques dont ils sont parsemés, semblent traduire aussi, à travers les diflérences locales qui les distinguent, l'iniluence de conditions de climat communes à une partie de l'Europe centrale. Dans la France du Nord, oîi ces sols couvrent une surface considérable, où ils tapissent non seulement la région picarde, mais le Vexin et la Beauce, ils n'atteignent nulle part autant de puissance que sur la zone qui va de Cambrai à Montdidier ; et nulle part ils n'impriment aussi fortement leur cachet sur l'existence des populations.

I. Il en est de même dans les régions à sol crayeux qui s'étendent au Sud de la Seine. Et là aussi des forêts couvrent ou parsèment l'argile à silex (^Forêts d'Evreux, de Conches, etc.). 3. Première partie, chap. m. p. 32.

La France du Nord. uvnz premier, u

VII Ce limon est essentiellement le sol d'éducation agricole

LA VIE où se sont formées les habitudes qui ont permis plus tard de

^^'^ conquérir sur la forêt les terres argileuses et froides, et d'étendre

LES PLATEAUX • • i i ■ • • il I 1 T? 1 1•U•

,,.,^„E.,,v amsi le domame nourricier dans lequel la iU'ance de 1 nis-

Page 1