‹ La France transatlantique [microforme]Chapitre 4 sur 24 · NT DU · texte numérisé non relu

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LE CANADA 49 stant, puis se hissent les uns sur les autres, formant une barrière infranchissable. Mais le fleuve s'est mis à monter, grondant sourdement de colère. Bientôt il pèse, il pousse avec un redoublement de rage contre l’obstacle, qui enfin cède et s'écroule, définitivement cette fois.

C'est surlout à partir de Québec que le Saint-Laurent devient imposant. Bien qu'à cent lieues encore de son embouchure, il prend, déjà là, ces allures d’Océan en miniature qu'il ne quittera plus désormais. A Québec, les marées se font sentir, parfois formidables, tout comme à Étretat ou à Trouville. C’est aussi là que le grand fleuve canadien revêt sa physionomie la plus caractéristique. Jusqu'au Golfe, il se meut, immensité azurée, entre une double ligne ininterrompre de paysages sévères, presque sauvages même ; bien différent en cela de ses deux rivaux d'Amérique, l’Amazone et le Mississipi, celui-ci roulant ses flots jaunes à travers des plaines uniformes et basses, et celui-là se riant en plein pays de soleil, sous l'É-

quateur, dans son cadre étincelant de forêts vierges.

C'est de même à Québec que la largeur du Saint-Laurent commence à devenir extraordinaire. Cette largeur, de douze kilomètres devant la ville, atteint vingt-cinq kilomètres au confluent du Saguenay, cinquante kilomètres à Rimouski, pour s’évaser brusquement, peu après avoir contourné la Pointe des Monts, en une immense nappe d'eau de cent cinquante kilomètres.

Du reste, les « gens d’en bas de Québec », comme on les appelle communément dans le pays, ont là-dessus un mot bien significatif, et qui en dit plus que tout un chapitre, sur cette grandeur si imposante du Saint-Laurent. Chaque fois qu’il leur arrivede parler de leurileuve, ils disent tout simplement : « La mer”. »

1 La longueur du Saint-Laurent est évaluée à 4,200 kilomètres, dont près de la moitié, c’est-à-dire jusqu'à Montréal qui est le terminus naturel de la navigation océanienne, est navigable même pour les énormes transatlantiques jaugeant 5,000 tonneaux.

Ce n’est pas tout, et il s’en faut de beaucoup que le reste du fleuve, en amont de Montréal, ne soit pas accessible.

Et c'est bien là, aussi, la profonde solitude

leue des Océans, avec des lointains aux longues ondulations d'une teinte gris-perle, qui sont les côtes, et qu’on prendrait, tant ils sont

“distants de nous, pour un vague amoncellefe

ent de nuages au ras de l’horizon.

… Nous sommes ici en plein royaume de léendes et d'histoires fantastiques. Les habitants

u bas Saint-Laurent n’auraient pour caractère

distinctif de leur origine que leur penchant

breprésentant collectivement une longueur de 445 kilomètres, “et qui n’a pas coûté à l’État moins de 465 millions de francs, des navires de 1,500 à 1,800 tonneaux peuvent remonter ujourd'hui jusqu’à Duluth, situé à la tête du lac Supéieur, c'est-à-dire que, en y comprenant la route des grands acs, la navigation du Saint-Laurent s’étend actuellement ur un parcours de 2,700 kilomètres, et constitue le plus Brand débouché de l'Amérique du Nord.

2 On voit tout de suite l'importance considérable que de vra tprendre, avant peu, cette voie de communication, pour “exportation en Europe des produits du grand Ouest améicain, En outre, il n’est peut-être pas inutile de faire observer ici que les steamers qui font le service des ports canadiens avec Liverpool parcourent la voie la plus courte entre d'ancien monde et le nouveau. Cette diminution de distance donne à Québec l'avantage d'une différence de 770 kiloêtres sur New-York.

rait enccre, ct au delà, pour faire reconnaître en eux, à première vue, des fils de la vieille Armorique. En effet, leurs ancêtres sont venus de la Bretagne, et plusieurs des sites canadiens, si mélancoliques qu’on ne peut les oublier, durent leur rappeler les landes sauvages et désolées, couvertes d’ajoncs et de genèêts, du pays natal, ces landes mêmes qui parlent à l’imagination des temps fabuleux de l'histoire, où les grands menhirs des druides montent la garde, tandis que, tout près, l’Atlantique laisse échapper les bruits majestueux des espaces infinis.…

Quel malheur que ces légendes canadiennes n'aient point toutes été soigneusement recueillies! Que de traits de lumière, pour l’éclaircissement de certains points des annales de la Nouvelle-France, restés jusqu'ici fort obscurs, et qu'on n’élucidera sans doute jamais! On le conçoit, en effet, aisément : là, comme partout ailleurs, les progrès du siècle ont accompli leur œuvre dévastatrice à travers le fouillis des vieilles choses, et les légendes d’un peuple sont de celles-là. Notre âge si positif a sonné

LE CANADA. a

le glas de mort du merveilleux, et ce qu’il en restait au Canada a dàù lui aussi, avant de tomber dans l'oubli, se renouveler et se déflorer entièrement.

Tels qu’ils sont, cependant, plusieurs de ces

contes d'autrefois ont conservé une saveur

| passablement remarquable. Le lecteur en pourra

juger du reste par celui dont je vais lui donner

plus loin l'analyse, et que j’ai pris dans le joli

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