QUÉBEC
Vue à vol d'oiseau. — Une ville paradoxale. — La calèche. — Hôteliers et cochers. — La Terrasse. — Les Québecquoises. — Par une belle soirée d'été.
De longtemps je n’oublierai l'impression profonde que je ressentis, il y a de cela plusieurs années déjà, lorsque j’eus l’occasion de voir Québec pour la première fois. Et de fait il est bien peu de touristes qui ne se soient laissé prendre comme moi au charme de cette vieille ville étrange, et qui n'aient consacré à faire son éloge maintes pages de leurs calepins de voyage.
Imaginez un roc abrupt et colossal, entouré de remparts à créneaux, et que domine une citadelle géante, une citadelle, cette chose si rare
en Amérique. Jetez sur ce roc, à profusion, les lourds et bizarres édifices, à pignons antédiluviens, particuliers à une place de garnison, avec, çà et là, la flèche scintillante d’une église ou les murs sévères et trapus de quelque monastère.
Faites grimper tout autour les maisons de la ville basse, des maisons d’un aspect de vétusté incroyable pour une ville du nouveau monde, des maisons branlantes, vermoulues et moussues, parfois hydropiques et ventrues, parfois maigres et efflanquées, et qui toutes se lézardent, se fendillent, se crevassent, s'effritent, s’émiettent peu à peu sous l’action lente du temps. Quelque chose comme la reproduction du célèbre quartier, aujourd'hui modernisé, des Tanneurs à Genève. Sur tout cela, un ciel presque toujours d’une pureté admirable, et à l'horizon, par delà le Saint-Laurent, des paysages montagneux, aux tons bleuàtres d’une exquise finesse. Voilà Québec.
O ma chère vieille cité canadienne! Ville éminemment fantasque, puisque, par ce temps de « progrès moderne » où tout s’embellit, se