INTRODUCTION
En 1863, la Société d'Emulation du Jura publiait une traduction de la Description de la Franche-Comté ^ de Gilbert Cousin. Cette traduction était Tceuvredu D"^ A. Chereau, qui devait donner ensuite dans nos Mémoires^ en 1865, l'intéressant Journal de Jean Grivel^ et, en 1866, Y Abrégé de l'histoire du prieuré conventuel de Notre-Dame de Vaux-sur-Poligny , Très digne de la reconnaissance des Franc-Comtois par le triple service qu'il avait voulu leur rendre, le D' Chereau ne méritait pas, comme traducteur, toute leur confiance : il a laissé échapper d'assez nombreuses inexactitudes, et même quelques grosses erreurs d'interprétation. D'autre part, s'il faisait précéder son travail d'une bonne préface et d'une bibliographie assez complète des teuvres de Cousin, il n y avait ajouté qu'un nombre insuffisant de notes. Il me déplaît beaucoup de faire ainsi la critique de mon prédécesseur et de me donner l'air d'un traducteur parfait: mais je suis bien obligé de justifier cette deuxième traduction, dont la Société d'Emulation du Jura a bien voulu faire les frais.
Je l'ai faite avec toute l'exactitude dont j'étais capable, conservant, autant que je pouvais, les effets de style et même les négligences. Quel que soit l'auteur, que ce soit un Tacite, ou, très modestement, un Gilbert Cousin, il me paraît que le devoir de l'interprète reste le même.
J'ai ajouté à mon travail des notes nombreuses, trop nombreuses peut-être, et il est possible que, comme Chereau, je sois tombé dans Texcès, mais dans un excès contraire au sien. Chereau disait (p. xliv) que, s'il donnait peu de notes, c'est que « les annales de la Franche-Comté sont aujourd'hui riches en documents historiques de toutes sortes ». Il est vrai; mais tous les lecteurs les ont-ils sous la main? Ont-ils, dans leurs bibliothèques, les manuscrits des dépôts publics franccomtois, les livres dont Cousin s'est servi, la collection des Mémoires des Sociétés savantes de notre province ? Ces documents, j'en ai voulu mettre une partie sous leurs yeux, pour éclairer cette traduction et lui donner un peu plus d'intérêt. Je ne les ai pas dépouillés tous, tant s'en faut; mais je puis bien dire toutefois que j'ai fait bien des recherches aux Archives du Doubs et du Jura, dans les manuscrits et les imprimés de la riche bibliothèque de Besançon et dans les collections de la bibliothèque de Lons-le-Saunier. J'ai sollicité bien des renseignements d'archivistes, de bibliothécaires, de collègues, d'amis, d'anciens élèves. Et, puisque l'occasion s'en présente, j'offre publiquement l'hommage de ma plus sincère reconnaissance à M. Gazier, conservateur de la bibliothèque de Besançon, qui a été pour moi la complaisance même, et à qui je suis singulièrement redevable ; à M. Libois, archiviste du Jura, qui s'est intéressé effectivement à mon travail ; à mon ami Lombard, conservateur de la bibliothèque de Lons-le- Saunier, dont je n'ai jamais lassé l'obligeance ; à M. le D' Coste, conservateur de la bibliothèque de Salins ; à M. le bibliothécaire de la ville de Vesoul ; à mes très savants confrères M. l'abbé Perrod, aumônier des lycées de Lons-le-Saunier, et M. l'abbé Brune, curé de Mont-sous- Vaudrey, qui ont mis à ma disposition, le premier, sa bibliothèque, et, tous deux, leur érudi-
tion exacte et sûre ; à M. Feuvrier, conservateur du musée de Dole, qui m'a donné sur sa ville de très utiles renseignements; à M. A. Pidoux, qui a bien voulu me confier sa précieuse édition de Cousin, et grâce à qui j'ai pu donner la reproduction des curieuses vues qui illustrent la Description (1); à M. Febvre, agrégé d'histoire et de géographie, qui prépare une thèse de doctorat sur la Franche-Comté au temps de Philippe 11^ et qui, ayant dépouillé toutes les archives du Parlement, m'a communiqué avec une infatigable complaisance les précieux renseignements qu'il a recueillis sur les parlementaires cités par notre auteur; à mon cousin M. l'abbé Monot, curé de Lombard, à qui je dois d'exactes indications sur Arbois et Nozeroy; à MM. Chevassus, inspecteur de l'enseignement primaire à Ornans, Pernin, Droux et Dufay, instituteurs à Saint- Lothain, à Cléron et à Montrond, qui sont les véritables auteurs de mes notes sur l'état actuel de ces quatre pays ; à mes chers amis de classe, MM. Barbaud, notaire à Vuillafans, et Louis Lautrey, de Cousance, l'érudit éditeur du Voyage de Montaigne ; enfin à mon excellent élève d'autrefois, le D"^ Arthur Jacquier, médecin à Mirebel. Le regretté Jules Gauthier s'était lui aussi, intéressé à mon travail ; son aide-archiviste, M. Dornier, a fort aimablement facilité mes recherches. C'est un devoir pour moi que de faire remonter à tous ces obligeants et bénévoles collaborateurs une bonne partie de l'intérêt que mes notes pourront offrir au lecteur.
Comme on le verra, j'ai voulu, dans ces notes, faire connaître un peu les nombreux personnages dont Cousin ne cite bien souvent que les noms, donner quelques
(1) Cette reproduction a été faite à Lons-le-Saunier, dans les ateliers de photogravure du Pavillon, que dirige avec beaucoup de goût et d'intelligence mon excellent confrère M. Vaucher.
renseignements géographiques sur les lieux qu'il décrit, faire brièvement Thistoire des divers établissements qu'on rencontre au cours de son ouvrage, et décrire Fétat actuel de ces établissements et de ces lieux.
Enfin, j'ai fait suivre ma traduction du texte latin. Cousin en a donné deux éditions, en 1552 (à Baie, chez Jean Oporin), et en 1562, dans ses Opéra multifavii argiimenti, La deuxième est plus complète que la première, et elle offre plusieurs remaniements. J'ai suivi la deuxième, que j'ai coUationnée sur l'exemplaire des Archives du Doubs, en donnant en note les variantes de la première, que possède la bibliothèque de Lons-le- Saunier, et en signalant les fautes d'impression du texte de Chereau.
On m'avait engagé à récrire la biographie de Cousin; mais je sais que M. Pidoux a ce travail sur le chantier. L'entreprendre en dehors de lui, c'était m'exposer à faire quelque chose d'inexact et d'incomplet; solliciter de lui des renseignements, c'était tomber dans l'indiscrétion. J'ai préféré m'abstenir. Que ^L Pidoux me permette du moins de lui rappeler que les amis de Cousin attendent impatiemment son étude.
Voici donc l'œuvre de Cousin. Le lecteur va y trouver bien du bavardage, une érudition ridiculement déplacée et des étymologies enfantines. Il sera peut-être agacé, comme je l'ai été plus d'une fois moi-même, par ces éternels superlatifs à la Cicéron, par ces « gentillesses » de style et ces fioritures, et par cette banalité dans l'éloge qui ne sait pas distinguer les degrés du mérite, et qui est telle que, lorsqu'un « fonctionnaire » cité dans la première édition, disparaît dans la seconde, l'éloge reste accolé, tel quel, au nom de son successeur. Mais quoi ! Si Cousin manquait de goût, il a fait une œuvre bien utile et qui reste fort intéressante. Et puis il aimait sa petite patrie, il en a dit la beauté et la
gloire d*un cœur pénétré, et il faut, pour ce motif, lui pardonner bien des elioses.
E. MONOT.
J'ai mis entre [], dans la traduction et dans le texte, les passages de la l»*» éd. qui oui disparu dans la 'i»-, et entre <>; les additions de la seconde.
Dans les notes du texte latin, m [cditio minov) désigne l'édilion de 1552, M (editio major) l'édition de 1562, et 67/ celle de Gliereau.