BRÈVE ET CLAIRE
DEWII i Li mu Bi«l
connue sous le nom de COMTÉ
A Hujçues Babet, de Saint-Hippolyte (1).
Sur Besançon, florissante et calme cité impériale et métropole de notre Bourgogne, en dehors de ce
(1) Hugues Babet était né à Saint-Hippolyte (Doubs). Il parcourut la France et l'Allemagne, suivant les cours des plus célèbres Universités afin de se perfectionner dans le grec, le latin et l'hébreu, qu'il enseigna ensuite avec beaucoup de succès. Il fut d'abord professeur à Louvain, au collège des trois langues. Puis il passa en Angleterre, où il fut précepteur de quelques jeunes gens de grande famille, avec qui il voyagea en Italie. De retour à Louvain, il y demeura plusieurs années à enseigner et à écrire, se rendit à Bàle où il visita Erasme, Beatus Rhenanus et d'autres amis, puis, à la prière du cardinal de Granvelle, vint à Besançon comme précepteur de ses deux cousins d'Achey et de Grammont. Avec eux il instruisit plusieurs jeunes gens des plus illustres familles de cette ville, et c'est de cet enseignement que C. parlera plus loin. Il accompagna ensuite en Allemagne les deux cousins de Granvelle, qui y allaient apprendre la langue, et revint mourir à Louvain, dans un âge fort avancé. Il n'avait pas été marié (puisque Cousin le loue d'avoir imité l'Hippolyte d'Euripide) et lit héritier son neveu J.-J. Boissard, l'auteur de la précieuse iconographie intitulée Bibliotheca sive thésaurus virtutis et gloriœ. — On a de lui plusieurs pièces de vers en latin, Eglogue à G. Cousin sur la mort de G. de La Baume ; A Jean de la Baume ; A Claude de ta Rivière, etc. Elles ont été recueillies par C. dans ses Poematia aliquot insignia recentium poetarum, Bàle, in-8, 1557, et publiées de nouveau par lui au t. I, pp. 261, 430 et 433 de l'éd. de 1562.
qu'on trouve dans César, Marliano (1), Sabellicus (2),Volaterranus (3), Godefroy de Viterbe (4) et Rhe-
(1) Raymond de Marliano (1420-1475). Né en Italie, il vint très jeune en France, devint un des conseillers de Philippe le Bon, fut nommé professeur à l'Université de Louvain en 1451, et fut chanoine à Liège et à Besançon. Auteur d'une Veterum Galliœ locorum... descriptio (Milan, 1477), souvent imprimée à la suite de César.
(2) Marc Antoine Goccio, dit Sabellicus (1436-1506) étudia à Rome, professa l'éloquence à Udine, puis à Venise, où il devint bibliothécaire de St-Marc, et où il mourut. La Bibliothèque de Gesner, 1545, f« 493 et suiv., donne la liste de ses nombreux ouvrages. Celui dont parle ici Cousin est une Histoire générale publiée en 1503 sous ce titre : Rapsodiœ Instoriarum Enneadum M. Ant. Cocci Sabellici ab orbe condito. J'ai eu en mains une édit. in-fo de 1535 (Lyon) en deux parties.
(3) Raphaël MafTei, né à Volterra, d'où son surnom de Volaterranus (1452-1522). Erudit italien, dont le principal ouvrage est une sorte d'encyclopédie en 38 livres, intitulée Commentarii iirbani, et qui est dédiée au pape Jules II. Gesner, qui l'analyse (f" 578), en cite deux édit. données à Bâle par Froben, en 1530, et en 1544.
(4) Mort en 1191. Son principal ouvrage, en vers et en prose, a pour titre : Panthéon^ sive universitatiSy libri qui Chronici appellantur XX, omnes omnium seculorum et gentium tam sacras quam prophanas fiistorias complectentes. Il a été édité à Bâle par Basile Hérold en 1559 (et non en 1569, comme il est dit dans La Grande Encyclôp.) et dédié par l'éditeur à Claude de la Baume, archevêque de Besançon. De l'intéressante préface de Hérold, je tire les détails suivants. Elève des écoles de Babenberg (ou Bamberg, en Bavière), G. de Viterbe devint vite un philosophe, un poète et un historien remarquable. Il porta, mieux qu'aucun autre de ses prédécesseurs, la lumière dans l'histoire du monde, et surtout dans celle de la Germanie, ce qui lui fut très facile, puisqu'il fut aumônier et secrétaire des empereurs Conrad III, Frédéric I et Henri VI. Il connaissait le latin, le grec, l'hébreu, le chaldéen, et beaucoup d'autres langues étrangères. En outre, il voyagea beaucoup et put fouiller un grand nombre de bibliothèques. — Chifflet (Vesontio, éd. de 1618, l''^ p., p. 130) a reproduit quelques-unes de ces indications. — La Chronique de G. de V. a été réimprimée au t. XXII des Monumenta de Pertz.
n'anus(l),je ne crois pas, mon cher Babet, qu^il reste beaucoup de renseignements dans les livres. Car ses origines, ces souvenirs qui font la gloire des villes, tout a disparu par l'injure des temps et Fincurie des anciens habitants, qui se préoccupaient bien plutôt d'entasser et d'accumuler de l'argent, qu'ils ne s'inquiétaient de la culture de l'esprit et de ces monuments éternels de l'étude qui ont toujours rendu et rendront toujours florissants les Etats pourvus de bonnes institutions.
Et personne après César n'a mieux que lui parlé de Besançon. Elle demeurera donc comme un monument solide et respecté la description qu'il en a donnée au livre I des Commentaires (2), où il a raconté dans un excellent style ce qu'il a fait en Gaule. Il y appelle le roi des Suèves, par une évidente altération de son nom, Arioviste au lieu d^Ernest (ce mot signifie sérieux^ actif, réfléchi). Cette faute provient, je pense, de son ignorance de la langue germanique (3).
(1) Né en 1485, à Schlestadl, de parents originaires de Rheinach, petite ville dont il prit le nom (son père se nommait Bilde) ; mourut le 20 mai 1547. Un des philologues qui ont le plus contribué au progrès des lettres en Allemagne ; édita Tacite, Tite-Live, Quinte-Gurce, etc. L'ouvrage de Rhenanus auquel G. fait ici allusion doit être le Rerum germanicarum Ub. III, Bâle, 1531.
(2) Voici le passage de César (I, 38) : « Vesontio est la place « forte la plus importante des Séquanes... Fortifiée par la K nature même de sa situation, elle offrait une grande facilité « pour conduire sans hâte des opérations militaires, car le « Doubs, dessinant autour d'elle un cercle qui semble tracé au « compas^ l'enferme presque tout entière ; le reste du terrain, « où le fleuve ne coule pas, et qui n'a pas plus de six cents « pieds, est occupé par une montagne élevée dont le pied, à « droite et à gauche, touche les rives du fleuve. » — La phrase de Cousin est empruntée mot pour mot à Sleidan, Galliae descriptio (Strasbourg, 1545), p. 366.
(3) Gollut (Recherches et mémoires du pays des Séquanois, chap. XI) donne aussi à Arioviste le nom de Hernest,
Cependant, comme Sabellicus a, après César, très élégamment décrit cette cité et le Doubs qui l'arrose, j'ajouterai ici ses propres paroles, tirées du livre V de YEnnéade VI, vers la fin (1). « On annonça à César, « dit-il, que Ernest se hâtait avec toutes ses troupes « pour s'emparer de Vesontio. C'était la place forte la « plus importante des Séquanes. Elle est dans une « situation très favorable pour la guerre, étant « entourée de toutes parts par la rivière Alduasius, « aujourd'hui le Doubs. On ne peut entrer dans la « ville que d'un seul côté, où s'élève une montagne « escarpée dont le pied touche presque la rivière, et « dont le sommet porte une forteresse. César ayant « appris l'heureuse situation du lieu, marcha jour et « nuit et fit tant de chemin qu'il put s'emparer de cette « place avant l'arrivée d'Ernest, etc. ».
Je joindrai encore ici une citation du livre III de la Géographie de Volaterranus, auteur très savant à mon avis, qui a écrit trente-huit livres de Commentaires sur les villes. C'est un ouvrage très sérieux, plein d'érudition, et où l'on peut voir quelle sagesse antique il y avait dans cet homme, quelle connaissance des lieux, quel art de présenter la suite des dates et des faits. « Les Burgundions, dit-il, sont situés au milieu « de la Séquanie, entre la Saône et le Jura. Orose (2), « dans son dernier livre, les fait venir de la Germanie. « Parmi leurs villes est Visuntium, aujourd'hui Bisun- « tium, ville métropolitaine, où l'on voit plusieurs ves- « tiges d'édifices anciens, et siège de Claude, évêque
(1) Pa^e 59, col. 1, 2* partie de l'éd. de Lyon 1535. Le texte de Sabellicus porte partout Arioviste, comme celui de César : Ernest est une correction de Cousin.
(2) Paul Orose, prêtre chrétien et historien espagnol du 5« siècle. Son principal ouvrage est intitulé : Hiêtoriarum libri VII adversus paganos.
« et professeur (1). L'an 626, Claude, confiant à « un autre radrainistration de son église, se retira « dans le monastère de St-Oyend, pour y mener une (( vie plus dure, se contentant de légumes pour sa « nourriture. Il fut inhumé aussi dans ce couvent, qui « aujourd'hui s'appelle Saint-Claude. »
Commines, racontant, au livre VI (2) de son histoire de Louis XI, roi de France, la conquête de la Haute- Bourgogne par le sire de Craon, lieutenant du roi, et par Charles d'Amboise, homme sage et courageux, que le roi avait mis sous les ordres de Craon, Commines écrit : « Ainsi ne resta plus rien à prendre en « Bourgogne, que trois ou quatre chasteaux-rochers « (comme leu (3) et autres) et avoir l'obéissance de « Bezançon^ qui est ville impériale, et ne doibt rien au « Comte de Bourgongne, ou peu ; mais pour ce qu'elle (c est enclavée audict païs, elle complaisoit au Prince « dudict païs. Ledict gouverneur y entra pour le Roy, « et puis en saillit... »
De son côté, Godefroy de Viterbe, dans la neuvième partie de sa Chronique^ a laissé un témoignage de l'antiquité vénérable de Vesontio en attestant qu'elle était le siège des rois de la Gaule, 400 ans déjà avant César (4). Il ajoute que Seguin, roi de ce pays, était
(1) Il enseigna l'Ecriture sainte à Besançon, probablement dans l'école des clercs fondée par saint Donat, alors archevêque de Besançon, et il acquit bientôt une réputation brillante. [Vie des Saints de Fr.-C, Besançon 1854, t. I, p. 262).
(2) Les Jeux édit. de Cousin, et Ghéreau donnent IX. Mais il faut lire VI ichap. 4).
(3) Ghéreau a fait ici une faute de lecture. Il a lu, dans le texte français de Commines (que Cousin avait traduit en latin), Leu au lieu de leu. Jeu (var. lou), c'est Joujc^ dans le Doubs.
(4) Dans cette 9* p., je relève les vers suivants :
Sede Bisuntinus fuerat tune rex Seguinus...
Uxor erat Brenni Seguini filia régis...
le beau-père de ce Brennus qui montra que les Romains n'étaient pas invincibles, en prenant d'assaut, démolissant et brûlant la ville de Rome, capitale de Funivers. Le chroniqueur dit encore que ce même Brennus, avant d'aller ravager et piller la Grèce, avait succédé à son beau-père dans son commandement (1).
Antonin Augustin (sic) a nommé deux fois Vesontio dans son Itinéraire (2).
Au livre II de la 2® Décade de VHistoire de Hongrie (3),
Defuncto socero, fit regni Brennius haeres, Qui modo Romanum regnum confisus hahere Intrat in Italias, agmina multa ferens.
(A l'avant-dernier vers, le texte porte habet, inexplicable. J'avais lu hahere, peu correct, sans doute, mais qui du moins rend le vers juste et intelligible : c'est aussi la leçon de Pertz). Gollut [op. cit.) cite quelques-uns de ces vers (p. 5). Chifïlet (op. cit., 1" p., chap. 33) reproduit ces détails pseudo-historiques.
(1) Ces deux dernières phrases ont été prises textuellement par G. dans la préface de Basile Hérold à son édition de Godefroy de Viterbe.
(2) Cet Itinéraire porte le nom d'un des Antonins ; mais le texte que nous en avons paraît être de l'époque de Dioclétien. Il est intitulé Itinerarium provinciarum Antonini Augusti (et non Augustini, comme dit G. Gette erreur de G. a amené Ghéreau, p. 4, n. 2, à confondre cet Antonin Auguste avec Antoine Augustin, un grand savant du XVI® s., dont le nom revient plus d'une fois dans les œuvres de G.). J'ai eu en main une édition donnée au XVI« siècle, à Lyon, chez les héritiers de Simon Vincent, et j'y ai relevé en effet deux mentions de Besançon, pp. 62 et 121. D'ailleurs le nom seul de la ville est cité, car ces Itinéraires ne sont que des livrets de poste.
(3) J'ai consulté une réédition de ce livre, donnée à Francfort chez André Wechel, 1581, par Jean Sambuc, conseiller et historiographe de l'empereur Maximilien II, et qui porte pour titre Antonii Bonfini rerum ungaricarum décades quatuor cum dimidia. Le passage cité par G. est à la p. 191, deux pages après le début du livre. Le voici au complet: « Donc l'ennemi... se retira en Allemagne et vint à Bysantium, qui est la place forte
par Bonfini, un peu après le début, cette ville est appelée « Bizantium^ place forte de la Burgondie. »
Au livre II de ses Éléments de Géographie ^Honier (1), dont les œuvres méritent d'être feuilletées nuit et jour par ceux qui étudient, écrit à propos de la même ville : « De ce côté du Rhône se trouvent Avignon, Vienne « des Allobroges, Arles, le lac dé Genève, Visuntion « et Marseille, jadis fondée par des colons venus de « l'étranger. »
Coccinus (2), dans ses Guerres d'Italie^ mentionne
de la Burgondie. » Il s'agit de Pierre, successeur du grand roi de HoDgrie saint Etienne, qui, trois ans après avoir été détrôné par l'usurpateur Aba, envahit ce pays avec une troupe nombreuse d'Allemands que l'empereur Henri III avait mis à sa disposition, et dont Aba obtint la retraite à force de présents.
Cet ouvrage de Bonfini (éd. citée, pp. 636 et 704) renferme d'intéressants détails sur l'auteur lui-même, né à Ascoli, et qui, en 1486, appelé par Mathias Gorvin, devint le lecteur de la reine Béatrice. Dans les mêmes pages, il est aussi question d'autres ouvrages de Bonfini, traductions d'Hermogène, d'Hérodien et de Philostrate (ce dernier traduit en trois mois dans le tumulte des camps), histoire d'Ascoli, etc.
(1) Jean Honter, de Kronstadt en Transylvanie, a publié plusieurs ouvrages de géographie. Gesner (éd. de 1545, f» 426) en cite quatre. Voici le titre exact de celui dont parle Cousin ; Rudimentorum cosmograpincorum Joan, Honteri Coronensis libri IV, cum tabellis geographicis elegantissimis. Cet ouvrage avait paru à Kronstadt et à Zurich, chez Froschover (1548, in-8), qui l'annonce dans le Catalogue de ses éditions en tête du tome II de la Biblioth. univers, de Gesner. J'ai consulté une réédition donnée par Froschover en 1564: la citation de C. est exacte.
(2) Ce Coccinus (ou Coccinius) est Michel Kôchlin, professeur à Tubingue, puis secrétaire du duc de Modène. Le livre dont parle C. est intitulé: De belLo Majcimiliani Imp, cum Venetis gesto an. 1511. Il a paru à Bâle en 1544, chez Robert Winter (Gesner, f» 512) et a été réédité par Freher au t. II de ses Ger» manicarum rerum scviptores, Francfort, in-f®, 1637. C'est cette réédition que j'ai consultée. (Le passage dont par le C. est p. 273-4).
la cité bisontine parmi celles qui furent offertes au pape Jules quand il eut jeté l'interdit sur le Concile de Pise (1).
Il est fait aussi mention de cette ville dans la Description de la Gaule ^ de Vadianus (2), qui de mon temps était mis au nombre des plus grands savants : « A rintérieur de la Séquanie, dit-il, est l'ancienne « VisontiuiTij qu'on appelle dMjour (Vhui Bizantium ».
Paradin (3), dans son opuscule Des Antiquités de la
(1) Je résume ici le passage de Coccinus auquel C. fait allusion. Les cardinaux s'étaient réunis à Milan et allaient remplacer Jules II qu'on disait mort, quand le pape se rétablit. Il convoque alors un Concile œcuménique au Latran et ordonne aux cardinaux de rentrer dans l'obéissance. Les cardinaux refusent et partent pour Pise (oct. 1512). Ils s'y établissent et élisent comme président du Concile Bernard, évêque de Sienne. Puis ils choisissent dix villes (Constance, Turin, Besançon, Gênes, Metz, Casai, Verceil, Avignon, Lyon et Vérone) qu'ils offrent à Jules II pour qu'il y ouvre son concile.
(2) Joachim Watt ou Vadianus, docteur en médecine, recteur de l'Académie devienne, était originaire de St-Gall. La Biblioth. univers, de Gesner (1545, T 377 et suiv.) donne une longue liste des ouvrages de cet érudit. Celui dont parle C. doit se trouver soit dans Epitome trium terrœ partium, Zurich, Froschover, 1534, in-8, soit dans Commentaria in lihros II] Pomponii Melœ de orbis situ, Vienne 1518 et Paris 1530. Je n'ai pu trouver aucun de ces deux ouvrages. Son portrait, gravé sur cuivre, accompagné de sa biographie, est à la p. 112 de la 3« part, de la Bibliotheca de J.-J. Boissard (éd. de 1598).
(3) Guillaume Paradin, de Cuiseaux (1510-1590), historien français. L'œuvre dont il est ici question a été publiée en 1542, à Lyon, par Etienne Dolet, sous le titre De antiquo statu Burgundiœ liber, per Gulielmum Paradinum virum eruditionis multse atque judicii non vulgaris. J'ai trouvé, à la p. 23 de cette édit., la mention suivante de Vesontio : « Maximae Sequanorum « caput erat Vesontio, sive Bisuntium, quœ et hodie, quod ad <c ecclesi» imperium attinet, Basiliensibus et Songanis jus « dicit. » En outre, pp. 48-49, j'ai trouvé aussi cités les vers du Li^urinus, qu'on va lire plus loin dans Cousin. Le texte offre
Bourgogne^ n'apporte rien sur cette ville qu'il n'ait pris dans la Germanie de mon très savant ami Rhenanus. Il est fait mention de Vesontio, dans cet ouvrage de Rhenanus, au livre P'", chap. De la Grande Séquanaise (1) ; au liv. II, chap. De la guerre des Francs et des Burgundions; enfin au liv. VIII, chap. Des diocèses épiscopaux. De même au chap. intitulé Bâle (2). Le Ligurin [sic) (3), éminent et célèbre poète, dans son Barberousse^ appelle Vesontio Chrysopolis à cause de
les mêmes différences que celui de Cousin avec le texte original, ce qui me laisse supposer que Cousin a pris sa citation dans Paradin.
(1) C'était, sous l'Empire, une des subdivisions de l'ancienne Lyonnaise. Chéreau imprime ici, dans sa trad., où il garde les titres en latin : De antiquitate Sequanorum^ comme s'il n'eût pas compris son texte : De Maxima Sequanorurriy et qu'il eût cru à l'ellipse d'un substantif.
(2) Il faut souligner Basilea, dans le texte de Chéreau : c'est un titre de chapitre, et non, comme le croit Ch.,une désignation de lieu. Que dirait le vieux Lhomond, avec sa règle « Habitat Romœ » ?
(3) Il y aici une étrange confusion. Cousin prend le Pirée pour un nom d'homme ! Il donne à l'auteur le nom de son œuvre. Ligurinus est le titre d'un poème du moine Gunther, et ce poème est ainsi intitulé parce qu'il a surtout pour sujet la prise de Milan, ville principale de l'ancienne Ligurie, par Frédéric Barberousse, en 1158. — Chéreau voit dans ce « Ligurin, éminent et célèbre poète », Otton de Freisingen ! Cet Otton, qui était l'oncle de Barberousse, écrivit en effet l'histoire de son neveu, mais en prose, dans une Chronique. Ce qui me paraît avoir causé l'erreur de Ch., c'est que ce Ligurinus est suivi de la Chronique d'O. de Freisingen dans l'édition in-f" de Bâle 1569; dans cette édit., le titre de ce poème est Guntheri poetse Ligurini libri X. — Sur ce Ligurinus, il y a quelques pages intéressantes dans Wattenbach, Deutschlands Geschichtsquellen im Mittelalter, Berlin 1886, t. II, p. 256 et suiv.
Ces vers senties v. 277-282 du livre V. Ils viennent après une longue digression sur le royaume d'Arles et de Bourgogne. L'accusatif du premier vers ne me paraît explicable que comme complément du verbe reliquit, qui précède cette digression.
son élégance (1). Voici ses vers : « [Il laissa] là ces « métropoles et ces villes d'un illustre renom, la calme « Chrysopolis ^ Lyon, Vienne, et cette ville d'Arles qui « termine ton territoire, ô Provence à la mer écumante, « Arles exposée à tous les vents (2). Chrysopolis est « arrosée par le Doubs, les autres villes par le plus « grand fleuve du pays des Allobroges, le Rhône, roi « des eaux. »
Mais à quel moment a-t-on commencé à l'appeler Ghrysopolis, cela du moins je l'ignore (3). Et je n'ai rien à dire non plus de Fopinion de ceux qui veulent qu'elle ait tiré son nom d'un bison qu'on aurait trouvé en ces lieux (4).
(1) L'explication et les termes mêmes sont empruntés à Paradin [op. cit., p. 156).
(2) J'explique le féminin quae en lui donnant pour antécédent urbem, que je tire de urbes. Le poète fait une énumération de villes, et on ne peut faire rapporter quœ à Provincia.
(3) M. B. Hauréau (Gallia christiana, t. XV, p. 2) n'est pas mieux renseigné. « Unde Vesuntionensis archipraesul Vesuntionem Clirysopolim et semet Chrysopclitanum archiepiscopum a nono saeculo usque ad duodecimum,... appellare consueverit, Berthodius ceterique incompertum habuere. » (Berthodius, c'est le savant Dom Berthod, archiviste de rarchevéché de Besançon au XVIII« s.). Gastan a proposé successivement deux explications. Selon la première (Mémoires de la Société d'Emulation du Doubs, 1864, p. 104), ce surnom, qu'on trouve pour la première fois en 821, s'expliquerait par le don que fit Louis le Débonnaire à l'église Saint- Jean d'une table d'or venant de Charlemagne. Plus tard (id,. 1889), reprenant l'hypothèse ingénieuse d'un érudit du XVII* s., Gastan a expliqué ce mot par la décomposition de Besançon en deux éléments par le procédé du calembour (besant sum, je suis besant, monnaie byzantine d'or), et leur traduction fantaisiste en grec {Chrysopolis, ville d'or).
(4) Ghifïlet [op. cit., l'^ p., chap. XI) examine longuement cette opinion, qui était assez répandue au temps de G. Des mss. du 16e s., conservés à la bibl. de Besançon, et où sont recueillies les « Antiquités » de cette ville, portent en tête un bison dessiné à la plume. Le ms. 1017 fait suivre ce dessin de la mention suivante : « Le pourtraict icy est d'une beste de
Solin, en son chap. 23 (1) {De la Germanie)^ écrit que les bisons sont des bœufs à forme de cerfs, qu'on trouve surtout en Prusse (2). En Suisse aussi on chasse les bisons, que, dans la langue du pays, on appelle elg^ c'est-à-dire ânes sauvages, et qui sont si grands que le sommet de leur dos est à la hauteur d'un homme qu aurait les bras allongés et élevés au-dessus de la téte.i L'an 44 de la décadence de l'Empire romain (3) (455 ap. J.-G.)i Rome perdit (4) toute la Germanie, la Dacie,
laquelle la cité de BesançoD, qui s'appelait auparavant Crisopolis, a prins sa moderne dénomination. >
(l)Et non 32 (leçon de 1552 et 1562). Le livre de Solin, recueil d'extraits de Pline l'Ancien, a été imprimé sous le titre de Polyhistor.
(2) Solin ne dit pas cela. Voici ses paroles, que je traduis d'après le texte de mon édition de Paris, 1536, p. 313. « Dans ces parages^ et dans tout le Nord, on trouve en abondance des bisons. Ils ressemblent à des bœufs sauvages [Je lis bubus, non bo^es], sont velus, ont le cou hérissé d'une crinière, et surpassent les taureaux en rapidité et en vigueur. Pris, ils ne peuvent s'apprivoiser. On trouve encore là des aurochs, que le vulgaire ignorant appelle bubali, bien que le bubalus (buflle), qui offre à peu près l'aspect d'un cerf, naisse en Afrique. » Ce passage de S. a sa source dans Pline l'Ane, VIII, 15. — Les savants modernes ne font aucune différence entre ce bison d'Europe et \urus de César, ou aurochs.
(3) Cousin, d'après Blondus qu'il suit ici, fait commencer cette décadence à la prise de Rome par Alaric. Cassiodore (Opéra, Genève, 1650, p. 698) place cet événement sous le consulat de « Flavius Varari (?) etTertullus », lequel correspond à l'an 410 ap. J.-G. [Cf. les Fastes consulaires delà Grande Encyclop., t. XII, p. 758]. Cousin le place ici en 411 (=455— 44^ et il reproduit plus bas cette petite erreur lorsqu'il dit que les Burgundions s'installèrent en Gaule deux ans après cet événement [D'après Cassiodore, que C. devait suivre, c'est bien en effet sous les consuls qui correspondent à l'an 4i5 que les Burgundions passèrent le Rhin et s'établirent en Gaule]. Lenain de Tillemont (Histoire des Empereurs, 2« édit. Paris, 1720, t. V, p. 592) donne la date exacte de la prise de Rome, 24 août 410.
(4) Je supprime intra id ternpus, qui n'est explicable que dans le texte de Blondus, que C. a recopié maladroitement.
la Sarmatie et toutes les autres provinces situées du côté du Danube et du Rhin (1). L'Espagne ultérieure, r Aquitaine, le pays des Vascons et cette partie de la Gaule éduenne et bisontine que les Burgundions prirent deux ans après la prise de Rome (2), furent aussi perdues. Et aucune de ces provinces ne rentra désormais dans l'Empire romain. Je rapporte tous ces détails d'après Blondus (3), auteur de quelque mérite (1*"® Décade^ liv. II).
(1) Après la bataille de la Nétad en Pannonie (454), où les Barbares jadis conquis par Attila et révoltés battirent son fils Ella, il y eut comme une nouvelle répartition de peuples dans l'Empire. Les Gépides demeurèrent maîtres de toute la Dacie ancienne au N. du Danube. Les Ostrogoths s'établirent en Pannonie. Les Squires, les Satagaires et les autres nations des Alains s'établirent dans la petite Scythie et la basse Mésie. « Tous ces Barbares reconnaissaient sans doute l'Empire d'Orient, mais en sorte qu'ils ne laissaient pas d'être comme souverains. » (Lenain de Tillemont, op. cit., t. VI, pp. 176 et 298).
(2) « En 411, ils s'associent à la fortune de l'usurpateur Jovinus, passent le Rhin et occupent une partie de la rive gauche de ce fleuve. Là, Constance, vainqueur de Jovinus, consolide leur installation (413). Tel fut leur premier établissement en Gaule. Ils étaient fixés dans la province de Germanie supérieure, autour de Worms. » (Lavisse et Rambaud, t. !«••, p. 98). En tenant compte de la petite erreur de date faite par Cousin et signalée plus haut en note, les dates concordent, mais non pas les pays occupés par les Burgundions. C'est en 45ô ou 457 que les Burgundions s'installèrent aux lieux dont parle Cousin.
(3) Biondo (Flavio), ou Flavius Blondus (1388-1463), savant archéologue et historien, fut secrétaire de quatre papes et écrivit plusieurs ouvrages que ses fils publièrent. Celui dont parle ici C, et au titre duquel il emprunte môme son expression « inclinantis imperii », a pour titre Historiaruni ab inclinatione romani imperii ad anniim i440 décades III ^ libri XXXI (Venise 1483, in f»). La bibl. municip. de Besançon possédait un exemplaire imprimé de cet ouvrage, qui a disparu. Mais dans son riche fonds de mss., sous le n© 855, elle en a une belle copie partielle datant du XV° siècle. C'est cette copie que j'ai
Dans les registres de comptes pontificaux on lit que l'archevêque de Besançon a trois suffragants, savoir l'évêque de Bâle, celui de Lausanne et celui de Belley (1), et que, pour Farchevêché de Besançon, quand il est vacant, on compte au siège apostolique, pour droits de réserve — comme on dit — ou d'annate, ou de provision (2), mille florins.
Dans un vieux manuscrit d*Annales bourguignonnes, écrit en français, j'ai trouvé que, sous les rois de Burgondie, le siège de Besançon avait été occupé par lesSS. Antide, Nicet, Claude,* Désiré et Donat, qui tous passent pour avoir tiré leur origine de la maison royale de Burgondie. Quant aux prélats qui administrèrent cet archevêché avant eux et après eux jusqu'à notre époque, malgré les recherches les plus laborieuses, je n'en ai pas encore découvert d'autres que les suivants (3).
consultée. Je donne plus loin, dans les notes du texte latin de C, le passage de Blondus, transcrit presque textuellement par notre auteur.
(1) Cf. Ghifïlet, 1" p., chap.6.
(2) On trouvera dans Dunod (Hist. de l'Eglise de Besançon^ 1750, t. II, p. 245 et suiv.) beaucoup de détails sur l'origine de ces droits. Vannate est le revenu d'une année d'un bénéfice vacant. La provision est l'acte par lequel celui à qui appartient le droit de collation confère un bénéfice vacant. Enfin le droit de réserve est le droit que les papes s'attribuaient de disposer de certains bénéfices. Le Concordat de 1516, entre François !••• et Léon X, donna au roi de France le droit de nommer aux évêchés et archevêchés vacants, et ne conserva au pape que les annates. Mais le diocèse de Besançon, ville impériale, était soumis au Concordat germanique de 1448, qui laissait au pape le droit de provision, réserve et annate. Ces droits s'élevaientils à mille florins, comme le dit Cousin ? Je n'ai pas pu vérifier cette affirmation.
(3) Ghifïlet (2« p., préface) apprécie cette liste avec une sévérité justifiée. « Le premier, que je sache, G. Cousin... a publié quelques détails là-dessus ; mais ils sont tellement incomplets,
Désiré eut pour successeur, sur son siège et dans son ministère, Germain, dont le zèle ardent exhorta le» hommes de son temps au christianisme et au repentir et condamna les péchés des impies. Germain fut un adversaire acharné de Thérésie arienne. Aussi les Ariens le massacrèrent-ils enfin dans la ville de Grandfontaine, qui se trouvait alors à 4 milles de Besançon et dont il ne reste plus aujourd'hui la njoindre trace. Germain reçut ainsi la couronne du martyre vers Tan 350 de Tère chrétienne, sous le règne de Constance, fils de Constantin le Grand (1).
AiGNAN est établi archevêque de Besançon vers Tan 373 de Fère chrétienne (2), sous les empereurs Valentinien et Valentin {sic) (3). A un demi-mille de la ville, en un lieu où avaient été enterrés les deux frères Ferréolet Ferjeux, ces courageux athlètes du Christ, il fit construire une chapelle (4) qui, dans la suite, s'agrandit
si erronés, si indignes du jour que j'aurais honte de faire mention de cet homme d'ailleurs souillé de la tache d'hérésie », s'il n'avait induit en erreur plusieurs autres historiens, même Baronius.
(1) Les auteurs de la Vie des saints de Franche- Comté (Besançon 1854, t. I, p. 41) le font mourir en 259. — Dom Ferron (Mém. et doc. inédits sur la F.-C, t. II, p. 112 à 126) en fait le successeur immédiat de saint Lin et le fait vivre au 3« siècle : il aurait ainsi vécu avant l'hérésie arienne (puisqu'il n'y eut point d'Ariens dans notre province avant l'arrivée des Burgondions en 456), et serait mort victime des infidèles, donc avant Constantin. — La Gallia christ, y t. XV, col. 7-8, en fait le successeur de Désiré.
(2) Dunod (ouvr. cité, t. I, p. 40) dit qu'il mourut en 374. Les auteurs de la Vie des saints de F.^C. (t. I, p. 80 et 83) le font monter sur le trône vers l'an 366 et mourir vers 374. Dom Ferron (p. 142) écrit : « G. Cousin {i^lq le commencement de son pontificat à l'an 373, mais sans y être autorisé par aucun de nos mss. »
(3) Lisez Valens.
(4) Ce passage de Cousin est cité dans Longnon, Géographie de la Gaule au F/* siècle, p. 221, n® 1. — Dans le texte, Longnon dit qu'il faut accepter la tradition bisontine représentée par
jusqu'à devenir un monastère (1) important, que, peu de temps après, l'injure des temps détruisit de fond en comble. Il est parlé avec plus de détail de ces faits dans l'Histoire des mêmes Ferréol et Fer jeux (2).
GHELiDOiifK (3) administra le siège de l'archevêché de Besançon sous l'empereur Honorius, vers l'an 418.
Cousin, et ainsi reconnaître, dans l'église du village de St-Ferjeux, à un peu plus de 2 km. à TO. de Besançon, la basilique d'Aignan (Cousin dit chapelle) dont parle Grégoire de Tours dans son De gloria martyrum, ch. LXXI.
(1) Les auteurs de la Vie des saints de F.-C, (t. I, p. 22) disent que ce ne fut pas un monastère proprement dit (la vie monastique n'ayant été introduite en Bourgogne que vers l'an 425), mais une maison où fut logée une communauté de clercs soumis aux règles de la vie religieuse et chargés de veiller à la garde des saintes reliques. Cette communauté, après une période de relâchement (au VIII» siècle probablement), fut remplacée par un monastère de Bénédictins.
(2) C'est dans les Leçons de son Bréviaire que C. avait dû trouver l'intéressante légende de l'invention des saints martyrs et voir les honneurs qu'Aignan leur avait fait rendre. Il avait certainement en main (Voir plus loin) un des Bréviaires de Charles de Neufchâtel ; dans l'édit. donnée en 1496 à Paris, par Jean des Prés, je lis (Propre des Saints. K. 1, col. 2) : « Horum vero sanctissima corpora cristicole ab urbemiliario ac semis quodam in secessu.... sépulture tradiderunt.... Fides autem rei geste Aniano episcopo intimante nobis comperta et cognita est : per quem edes martyrum fundata est et condita.... (Lectio VIII) Beato denique Aniano.... intimante sanctorum martyrum miracula.... manifeste revelata sunt et ostensa (Lectio IX). > Vient ensuite la légende de l'invention des deux corps par un tribun militaire, légende qu'on peut lire dans le Vesontio de Chifflet (2« part., p. 47-49) et dans la Vie des Saints de Fr.-C, t. I^r.
(3) Dunod (t. I, p. 44) l'appelle Célidoine et dit qu'il fut évéque de Besançon au plus tard en 443. Il fut déposé en 444 et réintégré dans son siège par saint Léon en 445. Il dut mourir en 451 lors de la destruction de Besançon par Attila. — Les auteurs de la Vie des saints de F.-C. (t. I, p. 122) donnent 443 comme date de son élection et s'accordent avec Dunod sur les autres dates ; mais ils sont moins affirmatifs que lui sur la
Prothadk (1), après la mort de Ghelidoine, est donné comme archevêque à Besançon au temps de Clotaire, roi des Francs, en 502 après J.-G.
Il y eut, parmi les archevêques de Besançon, un certain FÉLIX, sur les conseils de qui, dit-on, Sigebert, roi d'Angleterre, introduisit dans ce pays les rudiments des belles-lettres et éleva à Cambridge une Académie publique, en 630 après J.-G. (2).
Hugues < de Ghalon > fut désigné comme archevêque de Besançon vers Tan 1050, sous Tempereur Henri 11(3). < Il eut pour successeur et héritier d'une si grande charge Jean de Ghalon, son neveu, fils de Jean de Ghalon, son frère, et de Marguerite, fille de Hugues, duc de Bourgogne (4). Il apporta beaucoup de changements aux institutions de ses prédécesseurs > .
date et sur la cause de sa mort. De môme Dom Ferron (p. 162), lequel, d'autre part, met en 440 son élection (p. 160).
(1) Dunod (t. I, p. 53) nous dit qu'il était aimé et estimé de Clotaire H et qu'il était mort avant 625. Sa mémoire était vénérée encore à Besançon au 17® et au 18° siècle. — D. Ferron rapporte l'opinion de Mabillon, que Prothade serait mort en 624, le 10 février ; mais il ajoute que c'est une simple conjecture, et que la date de cette mort est incertaine. — La Gallia christ, t. XV, col. 13, le fait régner après 610.
(2) Dunod (t. I, p. 69) en fait le successeur de saint Claude, et il montre que Cousin a confondu Félix archevêque de Besançon avec un autre Félix qui vivait auparavant et qui avait été évéque en Angleterre, où il était mort saintement. — La Vie des saints de F.-C. (t. I, p. 322) suit Dunod et fait en outre du Félix archevêque de B. un prêtre prévaricateur. De même la G. christ. (t. XV, col. 18).
(3) Dunod (t. I, p. 92) l'appelle Hugues de Salins. Il le fait monter sur le trône épiscopal en 1031, et nous apprend qu'il fut, par son mérite et ses vertus, l'un des plus grands archevêques de B. — Mêmes indications dans Gallia christ. ^ t. XV, col. 30 à 36^ (4) Jean, fils de Jean de Ghalon-Arlay et de Marguerite de Bourgogne, fut, non pas archevêque de Besançon, mais êvéque de Bâle et de Langres, et il mourut en 1336, près de trois siècles après Hugues l'archevêque.
Un certain duc de Souabe, fils de l'empereur Frédéric P' surnommé Barberousse^ fut archevêque de Besançon sous les papes Urbain III et Grégoire VIII (1). Il mourut sous Saint-Jean-d'Acre pendant que les Turcs tenaient la ville bloquée, en 1190 (2). Il reste sur lui deux ft rythmes » (3) du Moine de Florence, archevêque de St-Jean-d'Acre, dans son ouvrage Ptolémaïs recouvrée (4) ; ils renferment ses louanges et tout ce qu'il a fait ou souffert sous St-Jean-d'Acre. J'ai voulu en donner ci-dessous quelques vers, car il serait trop long de joindre ici les pièces tout entières :
« Que dire de l'archevêque de Besançon ? C'est un homme tout adonné à une œuvre divine : il prie pour les fidèles avec le cœur de la colombe, mais lutte contre les perfides avec la ruse du serpent. Jl a inventé un bélier, qu'il a recouvert de fer, et qui a relevé bien haut le courage des nôtres».
(1) Cousin fait ici une confusion grossière, que n'a pas relevée Ghéreau. Il y eut un archevêque de Besançon qui mourut devant St-Jean-d'Acre ainsi que ce duc de Souabe fils de Barberousse. Mais l'un n'était pas l'autre. Cet archevêque s'appelait Thierri (Cf. Dunod, ouvr. cité, t. I, p. 162-3). — La G, christ, (t. XV, col. 53-55) l'appelle Thierri II de Montfaucon et cite sur lui les mêmes vers du Moine de Florence. — Cousin a dû être induit en erreur par le obiit du texte, qui ne s'accorde qu'avec un de ses sujets.
(2) En réalité Saladin était venu débloquer la ville, alors investie par Philippe- Auguste, Richard Gœur-de-Lion et les débris de l'armée de Barberousse mort en Cilicie.
(3) Il faut entendre parla une pièce de vers fondée sur l'accent et qui pouvait admettre la rime. L'exemple le plus connu qu'on puisse citer est la prose Dies irse.
(4) Cet ouvrage venait d'être publié (1549) à Bâle, chez Jean Hérold, par les soins de Philibert Poissenot, que nous retrouverons plus loin.
Suivent quelques détails. Puis :
€ Ainsi moururent Tarchevêque de Besançon, la perle des clercs, et le duc de Souabe. Ah ! si la destinée ne lui eût été contraire, il eût abattu les armées innombrables des Turcs... ».
< Eudes deRougemont fut archevêque de Besançon, et, sous son administration, fut réuni un concile provincial, Tan du Seigneur 1281 (1) >.
Thiébaud était à la tête de l'Eglise de Besançon vers Tan 1395 ; mais combien de temps la dirigea-t-il et à quel moment est-il mort, ce sont deux choses que j'ignore (2). Il a accordé des privilèges à notre chapitre de Nozeroy (3).
Quentin était archevêque de Besançon sous le pontificat de Eugène IV,ran du Christ 1442 (4), <au temps de Louis de Chalon, prince d'Orange .>
Jean, cardinal de Rouen, fut aussi archevêque de Besançon (5).
(1) C'est en 1291 que fut réuni ce Concile, à la suite d'un siège qu'Eudes eut à soutenir, en son château de Rougemont, contre les Bisontins qui redoutaient la menace de ce château (Dunod, t, I, p. 211-212).
(2) Dunod (t. I, p. 230 suiv.) cite un Thiébaud de Rougemont, archevêque de B. dans les premières années du 15* siècle, et qui, à la suite d'émeutes populaires, quitta sa ville et se fixa à Gy, puis passa en Palestine en 1410 et mourut à Rome où il fut inhumé en 1429 (Cf. Gallia christ., t. XV. col. 88-91).
(3) On retrouvera plus loin ce détail dans la description de Nozeroy. Chéreau, qui a bien interprété le second passage, n'a pas compris celui-ci, où se trouvent cependant presque les mêmes expressions.
(4) Quentin Ménart fît son entrée solennelle à Besançon le 1er août 1440, et mourut à Gy le 18 déc. 1462.
(5) Cousin parle ici de Jean delaRochetaillée, qui était archevêque de Rouen et cardinal quand il fut choisi, le 11 oct. 1429, par le chapitre pour succéder à Thiébaud de Rougemont. A la suite de difficultés avec les gouverneurs de Besançon, il ne fît
11 ne tarda pas à avoir pour successeur dans l'administration de rarchevêché Charles de NEUFCHATEL,vers Tan 1477. Charles donna de nombreuses prescriptions relatives à Thonorabilité des clercs, aux mœurs et aux rites qui conviennent à TEglise du Christ ; toutes ces prescriptions, qui étaient nécessaires, subsistent et témoignent d'une véritable noblesse et d'une réelle érudition (1). Il fait mention de Prothade, de Félix et de Jean, cardinal de Rouen, dans une lettre qui a été mise en tête de notre Bréviaire (2).
De notre temps, Tarchevôché de Besançon a eu à sa tête JÉRÔME DE BusLEiDEN (3), qui avait été en Flandre
son entrée solennelle que le 8 avril 1433. Il mourut en 1437. (G. christ,, t. XV, col. 91-94).
(1) Charles de Neufchatel succéda non à Jean de la Rochetaillée, mais à Quentin Ménart, en 1462. Il mourut en 1498 (G. christ., t. XV, col. 98-100). — Charles de N. avait donné une édition revue et modifiée des Statuts Synodaux, qui accompagne généralement Y Ordinaire qu'il avait publié. — Le premier chapitre porte pour titre De cita et honestate clericorum in generali. Je l'ai lu dans Tédit. de 1495 (Bibl. de Besançon, Incunables, n* 733) : il a cinq pages et renferme en effet les meilleurs conseils à l'usage des clercs (abstinence, chasteté, fréquentations) : il leur interdit aussi de jouer et de donner des représentations (ludos théâtrales seu alios forenses) dans les églises.
(2) Dans l'édition de ce Bréviaire que j'ai citée p. 17, n» 2, est en effet une Bulle donnée par Charles de Neufchatel le 13 juillet 1480, et où je lis les passages suivants : « Sane, cum a sancte memorie beato -Pro//mrf«o et a Felice, reverendis.... predecessoribus nostris Archiepiscopis Bisuntinensibus, tam provide quam diserte et sollicite pro divin! cultus et offîcii débita observatione... plures régule... ordinate fuerint » ; et plus loin : € Scituri quod per easdem présentes régulas non intendimus derogare regulis per bone memorie reverendum patrem dominum Joannem Cardinalem Rothomagensem archiepiscopum Bisuntinensem predecessorem nostrum dudum factis... »
(3) Il s'appelait, non Jérôme, mais François de Busleiden. Il fut élu archevêque le 12 octobre 1498 (Arch. du Doubs, G. 189), et mourut en 1502, le 23 août (Inscriptions de St-Etienne de Be-
précepteur de Philippe, né de Marie de Bourgogne et fils de Tempereur Maximilien. Honoré des dignités les plus éclatantes, Jérôme deBusleiden fut pour les bonnes lettres un incomparable Mécène (1). En leur honneur il fit construire à Louvain un édifice public et y fonda un nouveau collège, qui est un des plus florissants de notre temps, et où les maîtres enseignent publiquement et gratuitement trois langues, Thébreu, le grec et le latin, moyennant un traitement passablement somptueux.
Il eut bientôt pour successeur Antoine de Vergy, vers Tan du Christ 1515 (2).
Après sa mort, on le remplaça par Pierre de la Baume (3), cardinal de Bourgogne. Pierre de la Baume
sançon compilées par J. Chifflet, dans les Mémoires de l'Âcad. de Besançon, année 1880).
(1) Le maître de Cousin, Erasme, faisait, nous dit Dunod (t. I, p. 278) « un cas particulier de l'érudition de notre archevêque, et disoit que l'Eglise avait perdu, par sa mort, une de ses lumières ».
(2) Antoine de Vergy fut bien le successeur de François de Busleiden, mais il ne fut sacré archevêque de B. qu'en 1513. Il mourut en 1541, le 29 déc. (Arch. du Doubs, G. 194). Il avait pour coadjuteur Pierre de la Baume depuis l'an 1532 (Dunod, t. I, pp. 285 et 293).
(3) Pierre de la Baume appartenait à la grande famille des La Baume-Montrevel, installée en Fr.-C. depuis le 14® s. Reçu docteur en théologie en 1502 après une soutenance où l'archiduc Philippe le Beau argumenta contre lui, il devint successivement évêque de Tarbes, puis de Genève, d'où il fut chassé deux fois par les réformés. Choisi comme coadjuteur par Antoine de Verg'y, il lui succéda, et mourut en 1544. Il avait été créé cardinal le 13 janvier 1540 (Arch. du Doubs, G. 230). Prieur de Saint-Just d'Arbois, il fît faire dans l'église des remaniements considérables, et il y fut inhumé le 7 mai 1544. D'ailleurs généreux et libéral, il usait noblement de sa fortune, et il favorisait les lettres et les arts (Il y a sur Pierre de la Baume quelques pages intéressantes dans E. Girard, Chroniques arboisiennes, Arbois, 1906, p. 35 et suiv.).
se substitua Glaude de la Baume (1), son neveu du côté de son frère, qui est encore, au moment où nous écrivons (2), un jeune homme d'une nature chaste, aussi admirable par sa grande beauté physique que remarquable par l'éclat et la vivacité de son esprit. Il a pour maître à Dole Antoine Lulle, docteur en théologie, qui donne une éducation libérale à ce jeune homme réservé aux plus hautes vertus (3).
(1) Claude de la Baume avait été, dans sa douzième année, nommé coadjuteur de son oncle, en 1543. Celui-ci étant mort en 1544, l'archevêché fut administré par François Bonvalot jusqu'à ce que Claude de la Baume eût atteint sa 25<^ année, en 1556. Claude de la Baume mourut en 1584, à Arbois, le 12 juin (Arch. du Doubs, G. 198). Deux ouvrages de Cousin lui sont dédiés, sa traduction dun Traité àQ St Basile le Grand (Ed. de 1562, t. II, p. 1 et suiv . ) et ses Vitse aliquot christianorum (id., ib., p. 228, et suiv. — Dédicace datée de Nozeroy, le 5 janvier 1552).
(2) Il avait alors 20 ans environ et ne méritait guère les éloges que lui donne Cousin. Ce jeune prélat s'habillait comme les laïques, allait au bal, menait grand train et avait des dettes. Sans vocation ecclésiastique, il assista peut-être à des prêches huguenots, à Lyon (Mém. de Gram^elle, t. X, pp. 57 et 177).
(3) Le texte a insiituit, qui doit être un présent et non un passé. Claude de la Baume devait être encore étudiant.
Antoine Lulle était né dans l'île de Mayorque. Il se peut qu'il ait été un descendant du fameux Raimond Lulle, le docteur illuminé, qui était né au même lieu. Il fut professeur à l'Université de Dole, fut choisi comme vicaire général dès qu'il eut pris possession de sa chaire, et « s'attacha particulièrement, « nous dit Dunod (t. I, p. 299), à recueillir les anciens statuts « des synodes de Besançon, à les expliquer, et à leur donner < encore plus de poids par ses doctes commentaires ». Il était vicaire général en 1566, fut nommé archidiacre de Luxeuil le 22 août 1571, mourut le 12 janvier 1582, et fut enterré à Saint- Etienne de Besançon. Son oraison funèbre fut prononcée par M. Petremand, docteur es droits [Arch, du Doubs, G. 197, 198, 246). — Inscriptions de Saint-Etienne , compilées par J. Chifflet, 110 155, dans Mém. Acad. de Besançon, 1880).
Dans la préface de Basile Hérold à son édition de Godefroy de Viterbe (Voy. p. 4, n« 4), laquelle est dédiée à Claude de la
Pendant ce temps, F administration de Farchevêché a été confiée par Tempereur Charles-Quint à Téminent François Bonvalot, abbé de Luxeuil (1).
En outre, dans les mêmes annales populaires de notre race, on voit que Jeanne, fille du comte de Bourgogne Othon, premier du nom, fut enterrée dans Téglise Saint- Etienne (2). < Cette église, construite par le roi
Baume, je trouve ce passage: « Pierre de la Baume, votre oncle « et votre prédécesseur dans cette dignité, confia le soin de € cultiver ces grandes qualités de votre âme au philosophe Ana toine Lulle, le premier savant de ce temps dans la littérature « sacrée et dans la profane ». Cette même préface nous apprend aussi que, dans un voyage en Italie, Claude de la Baume eut pour compagnon et gouverneur notre Gilbert Cousin, que, à ce titre, Hérold met au-dessus d'Aristote lui-même !
(1) En réalité, F. Bonvalot fut élu par le chapitre, qui ne voulait pas accepter Claude de la Baume. L'Empereur favorisant ce dernier, il y eut une transaction en vertu de laquelle Bonvalot fut chargé à' administrer Tarchevêché jusqu'à ce que Claude de la Baume eût atteint sa 25« année (Cf. Dunod, t. I, p. 293, qui donne à cette occasion de curieux détails sur l'élection des archevêques à Besançon). — Jules Chifflet a recueilli toutes les pièces relatives à ces démêlés (Mss. delà Bibl. de Besançon, CoUect. Granvelle, vol. 35).— François Bonvalot était l'oncle maternel du cardinal de Granvelle.
(2) Sur cette fille, je n'ai rien trouvé dans un opuscule publié à Besançon en 1693 sous le titre De lapide sepulchrali antiquis Burgundo-Sequanorum comitibus Vesontione in S. Johannis Evang. Basilica recens posito diatriba analytica. L'auteur y décrit le monument que le chapitre de Saint-Jean fit élever aux comtes de Bourgogne dans le chœur de la Basilique en 1692, et où l'on inhuma leurs restes déposés auparavant dans la vieille église de Saint-Etienne. Le monument portait bien l'épi taphe et les armes de € Othon, comte palatin de Bourgogne, fils de l'empereur Frédéric, mort en 1200 », mais on n'y voit nulle mention de sa fille Jeanne. — M. L. Besson, Découverte de la Sépulture et des restes des Comtes souverains de la Haute - Bourgogne (Annales franc -comtoises, 1864, t. I^', p. 68 et suiv.), cite, parmi les grands personnages de la maison de Bourgogne inhumés dans l'église de St-Etienne, une fille d'empereur, filia
Etienne^ fut ensuite restaurée par Gharlemagne>. Il y avait alors à Besançon plusieurs établissements très célèbres d'instruction, où beaucoup de maîtres éloquents et doctes enseignaient les lettres et en un mot toutes les connaissances libérales. Ces écoles tombèrent longtemps (1) après, au milieu des ravages des barbares. Mais, en 1540, la bonté et la libéralité d'ANToiNE Perrenot, évêque d'Arras (2), conseiller d'Etat et prér sident du Conseil de S. M. l'Empereur, les ont rendues à Besançon. Il y a adjoint un collège pour des études
imperatoris, et il ajoute : « Mais cette simple désignation indique assez qu'il ne s'agit que d'une enfant morte en très bas âge, avant même d'avoir un nom, et déposée sans inscription dans le tombeau de sa famille ». Si cette fille d'empereur est l'enfant dont parle Cousin, elle était sœur et non pas fille d'Othon.
(1) Ne faudrait-il pas lire plutôt « /m^c^multo post tempo re », K peu de temps après »? Chéreau semble avoir eu raison de lire ainsi. — Dans Les Universités de Bourgogne, p. GLXXVIII, je trouve ce passage : € Il est certain., d'après saint Jérôme, que « les écoles bisontines se distinguaient par leur ancienneté et « leurs succès. Les barbares les avaient fermées pour un temps, € mais ne les avaient pas détruites. Elles se rouvrirent aussitôt « qu'il y eut un bras assez fort pour les défendre ».
(2) Ce serait le célèbre cardinal de Granvelle, archevêque de Besançon après Claude de la Baume, de 1585 à la fin de 1586. Mais Cousin a confondu ici le père et le fils. Dunod nous apprend (t. I, p. 321) que c'est par Perrenot le père (Nicolas et non Antoiney comme il imprime par inadvertance, suivi par les auteurs des Universités de Bourgogne, p. GLXXXIX) et Nicole Bonvalot sa femme, que fut fondé, par codicille du 5 janvier 1549, « un « collège à Besançon pour un professeur en théologie, deux « professeurs des lettres humaines [c.-à-d. de belles lettres] et « huit boursiers ». Les revenus n'étant pas en rapport avec les charges, le collège n'eut jamais un fonctionnement régulier. Il était depuis bien des années absolument désert lorsqu'en 1630, les héritiers des Granvelle cédèrent le local et les rentes à la congrégation enseignante de l'Oratoire (Cf. Castan, Monographie du palais Granvelle, dahs Mém. Soc. d'Emul. du Doubs, 1866»
de toute sorte et pour des élèves, en leur donnant des professeurs bien payés et largement gratifiés. Ces institutions furent confirmées dans la suite par l'empereur Charles-Quint et par le pontife romain Jules III, de qui elles ont reçu leurs privilèges et leurs immunités. Pour inaugurer cette fondation, il fit venir de toutes parts les traducteurs et les commentateurs les plus savants. Parmi eux est François Richardot, qui a si bien su allier la piété et la science qu'on ne sait dans laquelle des deux il se distingue le plus des autres hommes, et dont je ne veux pas vanter davantage la gloire et les vertus, dans la crainte de les rendre odieuses et suspectes, puisque je suis son client et son ami (1). Je nommerai encore Etienne Dupré, mon vieil ami, qui, pendant de nombreuses années, a enseigné glorieusement les lettres et la morale et formé ainsi la jeunesse de la ville. Sous vous aussi, mon cher Babet, le plus savant et le plus modeste des hommes, beaucoup de jeunes gentilshommes reçoivent la culture de Fesprit.
(1) Les Richardot étaient originaires de Morey-le- Vignoble (Hte-Saône), ainsi que Cousin nous l'apprendra lui-mémo à la fin de cette Description. François avait été d'abord augustin à Champlitte, puis il avait obtenu dispense de ses vœux et s'était mis à enseigner la théologie. Nommé le 4 septembre 1546 chanoine de l'Église Métropolitaine de Besançon, il était, au moment où ces lignes étaient écrites, professeur d'Ecriture Sainte au Collège Granvelle. Le 12 septembre 1554, il fut^nommé évêque sufîragant sous le titre de Nicopolis, et, en 1559, fut fait évêque d'Arras grâce à la bienveillante protection du cardinal de Granvelle. Sa science et sa piété sont louées aussi par Philib. Poissenot dans l'intéressante préface de son Guillaume de Tyr (Bâle, in-fo, 1549). — Sa sœur Marguerite eut de Guillaume Grusset un fils, Jean, qui fut créé chevalier en 1582 sous le nom de Richardot [Arch. du Doubs, G. 194 et 195. — Dunod, t. I*»-^ p. 199 et t. III, p. \11-\1^. — Gastan, Les évéques auxiliaires de Besançon, dans Mém, Soc, d'EmuL du Doubs, 5« s., 1"^ vol., p. 473. — De Lurioii, Nobiliaire, pp. 497-498).
Mais ce qui aujourd'hui recommande surtout cette cité, c'est qu'elle a un Magistrat (1) composé de jurisconsultes éminents, en qui brillent également la noblesse des mœurs et les vertus les plus éclatantes, et surtout la justice. Parmi eux est Guy de Vers, seigneur de They (2), mon oncle maternel, en qualité de co-gouverneur (3).
Car ce sénat (4), pieux, sage et vénérable tout ensemble, par de justes lois et une religion sévère, maintient le peuple dans le devoir ; aussi juste à châtier les coupables (5) qu'à élever les honnêtes gens aux honneurs qu'ils méritent.
Outre cette magistrature, il y en a une autre, épiscopale, à la tête de laquelle sont deux juges (6). L'un
(1) On sait que le Magistrat est ce que nous appelons maintenant le Conseil municipal.
(2) Guy de Vers, seigneur de They, docteur en droit, figure dans deux actes passés à Besançon le 21 déc. 1538 et le 18 déc. 1549 (Arch, du Doubs, G. 194 et 195). Il devait être de la famille des Vers-en-Montagne, sans doute fils de Hugues, receveur général de la maison de Ghalon. Voici comment il était oncle maternel de Cousin. Une des filles, Marie de Hugues, avait épousé Guillaume Cousin de Nozeroy, et, de ce mariage, était né Claude, père de Gilbert. Nicole de Vers, fille du même Hugues et de Marguerite de Nozeroy, et femme de Henri Colin, viceprésident du parlement de Dole, était aussi une tante de noire auteur. Plus loin, C. citera Louis de Vers, abbé de Mont-Ste- Marie, mais sans indiquer, quoi qu'en dise Chéreau dans son Introduction (p. IX), que ce personnage était aussi un de ses oncles.
(3) Le Conseil communal de Besançon était composé de 14 gouverneurs et de 28 notables.
(4) Ce passage est la traduction de quatre vers dont je n'ai pu retrouver l'auteur. Ils doivent être de Cousin lui-même.
(5) Chéreau, qui ne traduit pas les citations, imprime ici un inexplicable fontibus^ au lieu de sontibus, trompé par la ressemblance de Ysàe Tancienne typographie avec un /*.
(6) Chéreau a reproduit et traduit au petit bonheur le texte de 1552, qu'une transposition rend à peu près inintelligible. J'ai suivi le texte de 1562, qui est très clair.
est un officier de Tarchevéque, qu'on appelle VOfifi" cial (1). A côté de la cathédrale de St-Jean, il a un superbe palais où il rend ses jugements, écoute et règle les procès et controverses ecclésiastiques soulevés entre curés et paroissiens dans tout le Comté de Bourgogne. Dans ces fonctions il a pour collaborateurs, en dehors de la cité, les doyens ruraux (Sexte, La Montagne, Salins, Varesco, Lons-le-Saunier, Dole, Traves, Gray, Faverney, Neublans, Granges, Rougemont, Luxeuil, Baume et Ajoye). Dans la ville même il a le grandvicaire de l'archevêque et le juge canonique de l'archidiacre, lequel statue sur les procès moins importants. S'il s'en présente de plus graves, il les soumet à l'Official de l'archevêque, comme au juge prononçant en dernier ressort. Il lui est adjoint des notaires, des assesseurs et des avocats qui intentent les procédures et font office de défenseurs. Il a aussi un appariteur qui appelle les parties, et des courriers qui portent les citations. 11 entend et juge aussi les causes matrimoniales et les crimes commis par des ecclésiastiques, et dans toutes ces matières il tient la place de son maître l'archevêque de Besançon. Ces fonctions sont actuellement confiées à Jacques Perrot (2) de Dole, chanoine
(1) Sur \ Officiai, cf. un article important de Jules Gauthier, « Les sceaux de rOffîcialité de Besançon ». dans les Mémoires de l'Académie de Besançon, 1887.
(2) Jacques Perrot, docteur en droit, fut reçu prébendier de Ghambornay en 1542, démissionna de son canonicat le 3 mai 1544, était vicaire général en 1546, et mourut archidiacre de Luxeuil le 15 mai 1556 {Arch. du Doubs, G. 194, 19 et 196. Inscriptions de St-Etienne de Besançon, dans Mém. de l'Acad. de Besançon, 1880). Il fut destitué en 1554, par Fr. Bonvalot, de ses fonctions de vicaire général et d'offîcial. Il s'ensuivit une querelle scandaleuse, que les protestants de la région exploitèrent, et où paraît le nom du célèbre musicien bisontin Claude Goudimel. Jules Ghifflet a recueilli en deux volumes qui sont à la biblioth. de Besançon (Gollect. Ghifflet, 7 et 8), toutes les pièces relatives à cette affaire.
de Saint- Jean de Besançon, grand-vicaire de Tarchevêque, homme excellent et très versé d^ns le droit.
L*autre juge, chargé des affaires criminelles, relève à la fois, je crois, de la magistrature civile ou profane et de la magistrature archiépiscopale ou canonique. On rappelle le juge de la Régalie (1). Cet office est exercé par HuMBERT Jantet (2), très versé dans le droit et dans la pratique judiciaire, homme sage et réfléchi.
Ce qui me plaît beaucoup dans cette ville, c'est qu'on y trouve, en dedans des murailles, de vastes jardins, des vignes et des vergers, et qu'elle possède bien des retraites favorables à la méditation et à l'étude.
Mais bien des gens désapprouvent ces maisons dites des Sept Fourneaux ei des Etui^es {3)^ où des jeunes
(1) La Régalie était un tribunal d'appel, qui jugeait des sentences rendues à la mairie et à la vicomte (où les citoyens portaient leurs différends en première instance). Le dernier siège de la Régalie a été une maison qui faisait le coin de la rue des Granges et de la rue de la Bouteille (aujourd'hui débaptisée, avec tant d'autres). Elle fut construite quelques années après C. (en 1582), et on en peut voir un dessin dans les Mém. et doc. inéd. publiés par l'Acad. de Besançon, t. III, p. 110).
(2) HuMBERT Jantet, docteur en droit, figure, dans les actes conservés aux Arch. du Doubs, dès l'année 1534, et on trouve encore son nom dans une pièce datée de 1563 (Mss. de la Bibl. publ. de Besançon, n» 1015). Dans un compte du palais archiépiscopal (1547), il est appelé « juge et officiai de la régalie et de la mairie de Bregille », et reçoit 50 livres de gages (G. 12 et 22).
(3) « Dans le voisinage de la rue des Béguines était une maison de débauche appelée Les Etuves de la Téte-Noire ». (Perreciot, Les dénominations des rues de Besançon, dans Mém, et docum. inéd. publiés par l'Acad. de Besançon, 1844, t. III, p. 75). — Les maisons de bains, qu'on appelait jadis études, étaient très souvent des lieux mal famés. La police en avait été réglée, à Besançon, par des ordonnances détaillées et fort curieuses, qui seraient un intéressant commentaire de ce passage de G., mais qu'il est bien difHcile de citer. Je puis dire toutefois qu'une de ces étuves avait été désignée expressément comme
filles, prostituant honteusement leur corps, se prêtent aiix passions des débauchés de la ville et aussi des étrangers qui, sitôt arrivés, s'en vont là comme à une école de corruption et de perdition Dour la jeunesse.
< Tout ce que j'ai remarqué sur cette cité dans les meilleurs historiens, je l'ai transcrit et exposé sommairement et plus brièvement que ne l'eût demandé une telle cité. Je joindrais ici bien d'autres détails sur l'origine et l'antiquité de cette ville, la raison d'être et l'étymologie de son nom, sa noblesse, ses vieilles franchises, ses armoiries, ses magistrats, et les périls auxquels elle a été en butte par les guerres ou les incendies, sur ses remparts et ses châteaux bien fortifiés, sur les bâtiments, tant publics que privés, dont on la voit aujourd'hui parée, enfin sur ses familles illustres ; je dirais aussi la piété et la fermeté de plusieurs enfants de cette cité, par exemple de nombreux archevêques de cette ville et d'une foule de bienheureux martyrs reçus au ciel; j'ajouterais enfin ici les temples magnifiques construits par les circoncis et les observateurs du sabbat, que les chrétiens transformèrent ensuite en temples de leur religion, et je parlerais des tombeaux fameux qu'ils renferment. Mais j'ai appris avec le plus grand plaisir de Paris Favernier (1), ton élève et mon cousin, que avec ta vaste érudition et ta haute intelligence, avec cette activité de fureteur que tu apportes aux questions de ce genre, tu t'occupes à mettre par écrit tous ces
maison de bains, pour les honnêtes femmes pendant le jour, et pour les hommes depuis la tombée de la nuit (On trouvera ces ordonnances de police dans le ms. 1038 de la Bibl. de Besançon, f» 371 et suiv.).
(1) Paris Favernier, prêtre, était né à Poligny. Il était liis de RoLLiN Favernier, licencié es lois et maire de Poligny en 1533- Il avait un frère, Jean, et un neveu, Pierre, chanoine, dont nous
trouverons les noms plus loin (Chevalier, t. II, p. 358-359. De
Lurion, p. 236).
renseignements. D'autre part, la longueur de cette lettre m'empêche de donner tous ces détails, que j'aurais eu bien du plaisir à ajouter ici.
Quoique cette ville soit déjà par elle-même assez illustre et assez digne d'admiration, — ce qui lui donne encore de l'éclat, c'est la naissance du révérendissime et illustrissime François Bonvalot, abbé de Luxeuil, que chacun doit honorer et louer dans ses paroles et dans ses écrits; c'est aussi la famille fameuse des Granvellk, et leur palais construit en pierres de taille avec une singulière connaissance de l'art (1). >
De là partons directement vers le Doubs, qui fait presque tout le tour de la cité: j'en dirai quelques mots, car je ne me souviens pas d'en avoir vu mention ailleurs que chez les auteurs cités plus haut, sauf chez Sleidanus (2) et chez Roccace (3), dans son traité Des cours dCeau^ où se trouve cette leçon défectueuse : « La rivière Alduas dulis fait le tour de la ville de Volsontio ». Je m'étonne que cette erreur n'ait pas été vue par Micyllus (4) qui a corrigé chez cet auteur, pour notre ami
(1) Le palais Granvelle est encore un des plus beaux monuments de Besançon. On en trouvera la monographie détaillée dans une étude de Gastan, Mém. delà Soc. d*Emul. du Doubs,
(2) Jean Philippson, surnommé Sleidanus du nom de sa patrie, Schleiden, vécut de 1506 a 1556. Il traduisit en latin Gommines (Strasbourg, 1545), Glaude de Seyssel, et Froissart, qu'il abrégea. Il écrivit aussi vingt-six livres de commentaires De statu religionis et reipubUcœ, Carolo V Cœsare, qui forment une impartiale histoire de la Réforme. — On trouvera son portrait, gravé sur cuivre, à la p. 130 de la 2° partie de la Bibliotheca de J.-J. Boissard (Francfort, in-4, éd. de 1630).
(3) G'est le célèbre auteur des Contes. Au f» GXVII de l'édit. de son De casibus illustrium virorum donnée en 1535 par Jehan Petit, est le Catalogue de ses œuvres. J'y ai trouvé en effet un De fluminibus lib. I; mais je n'ai pu consulter cet opuscule.
(4) * Jacques Micyllus, de Strasbourg, savant humaniste, « latiniste et helléniste distingué, que j'ai vu il y a deux ans à la
Hervagius (1), tant de fautes et de défectuosités. Il faut lire : « La rivière Arduus Dubis fait le tour de la ville de Vesontio », conformément au texte de César. — Sleidanus, le plus grand savant de notre temps ^ écrit, dans sa Description de la France (2) : « Le Dubis, « que César appelle Arduus Dubis, ne doit pas être « nommé ici : il prend naissance au-dessus de Besan- « çon et se joint à la Saône près de Verdun ».
Je m'étonne aussi que Paradin ait écrit que cette rivière prenait sa source non loin de la Saône (3), alors qu'il est évident et certain — je Tai vu moi-même bien
« foire de Francfort, pendant la durée de laquelle il fait des « cours rétribués parla ville, a écrit... Annotationes in J. Boccatii « Genealogiam deorum. » (Gesner, fo 358).
(1) Ou Herwagen. Célèbre imprimeur suisse, qui avait épousé la veuve de Froben. Il était Tami d*Ërasme comme tant d'autres savants imprimeurs de cette époque. Il mourut de la peste à Bâle, en 1564.
(2) La Descriptio Galliœ de Sleidan se trouve à la fin de la traduction latine de Commines qu'il a donnée à Strasbourg, en 1545, sous le titre De rébus gestis Ludovici... et CarolL... Cominœi commentarii ex Gallico facU Latini a J. Sleidano, La phrase citée par Cousin est à la p. 372. Elle est très obscure dans le texte de Cousin, mais elle est très claire dans celui de Sleidan, parce qu'on peut alors la rapprocher de ce qui précède. Sleidan énumère les rivières et les fleuves proprement français, puis il écarte la Meuse, la Moselle, l'Escaut et le Doubs, parce qu'ils naissent ou coulent en dehors du territoire français. « Le Dubis aussij que César, etc. ».
Ces diverses manières de désigner le Doubs peuvent paraître bizarres. Mais les mss. de César présentent en effet, au lieu de DubiSy les formes Alduabis, Alduadubis, Alduadusius, Aldiiasdubis, etc. (Cf. l'édit. d'Oberlin, Leipzig, 1805, p. 44, note. — Desjardins, Géogr. de la Gaule romaine, t. I, p. 163). — Gollut en donne (p. 79) une singulière explication.
(3) Paradin écrit en effet : « La rivière, qui décrit presque
autour de la ville un cercle qui semble tracé au compas
prend sa source à peu de distance de la Saône » (Paradin, De antiquo statu Burgundise, i5^2y p. 157).
— aides fois — que le Doubs tire son origiiie de la < haute > chaîne du Jura, connue par les écrits des anciens, et qu*il jaillit près de Mouthe (village agréable et assez renommé, qu'il arrose), à un ou deux milles de Nozeroy ma patrie, place forte remarquable par sa situation, la beauté de ses édifices et la politesse de ses mœurs, et le marché le plus fréquenté qu'il y ait dans toute la Bourgogne. Mais, puisque j'en suis venu à parler de cette ville, je veux aussi la décrire en quelques mots et la mettre sous vos yeux.
Si ce que je vais dire de Nozeroy est bien connu de soi et manifeste, et si j'en parle même plus longuement peut-être que je n'ai fait de Besançon, vous n'aurez pas de peine à me pardonner, mon savant ami Babet. Car il n'y a rien pour moi de plus charmant et de plus illustre que ma patrie. Vous n'avez guère vu de situation plus remarquable et plus agréable que celle de cette ville. Posée sur une colline élevée et aérienne, on peut reconnaître en elle comme le « nombril » de la Haute- Bourgogne : car toute son enceinte forme un plateau ; le reste s'abaisse en vallées de tous les côtés. Elle n'est pas bien grande, mais elle est telle cependant qu'avec son territoire resserré elle l'emporte sur les plus grandes villes de la Bourgogne. Jadis, et avant d'être ceinte de murailles, elle s'appelaitiVwc^7Zw/w < eiNuceria > , des noisettes qu'elle produit en abondance : le pays était en effet planté d'une grande quantité de noisetiers, et la ville elle-même s'étendait entre des bois de noisetiers. Mais le prince Louis de Ghalon, premier du nom, de retour en Bourgogne après l'expédition de Jérusalem, < mu de respect par le mystère de l'Incarnation du Verbe de Dieu, restaura la ville, et, l'agrandissant et l'entourant de murailles, il > l'appela Nazareth (qui signifie « fleuri » ou « couvert de buissons »), de Nazareth,