‹ La Franche-Comté au milieu du XVIe siècle: ou, Description de la HauteChapitre 4 sur 10 · OPPIDUM NOZERET AB ORIENTE · texte numérisé non relu

OPPIDUM NOZERET AB ORIENTE

LÉGENDE. — Portella, la Portelle ou Poterne. — Bibliot/icca..., bibliothèque de G. Cousin. — Sta^num, étang. — Serpentiniis /*., la rivière de la Serpentine. — Molœ, moulins.

nourricier de Jésus (c'est d'elle aussi que le Christ a été surnommé le Nazaréen) (1). Il en a été de même pour bien d'autres cités, qui, situées en des lieux bien éloignés les uns des autres, ont été désignées parles mêmes

(1) Il est à peine besoin de dire que nous sommes ici en pleine fantaisie. On trouve anciennement les formes Nuzeroi, Nosereth, Nozeretli, Nozeray, Nuzerey (KoMSSQi, Dict. géogr. du Jura, t. IV, p. 497) et Noseroy (CartuL. de Hugues de Clialon). La ressemblance d'une de ces formes avec Nazareth est toute fortuite. Le mot paraît bien venir d'un dérivé de nux, nncis, et, comme i] n'y a guère à tenir compte de lorthographe, si variable jadis dans

noms : ainsi Verceil (1) en Lombardie et Vercel (2) en Franche-Comté, Amantium (3) près de Namur et Amance (4) sur la Saône, La Rivière (5), patrie de notre

ami Claude Frontin (6) et (7) proche de

Mantoue, Ruffey (8) en Franche-Comté et Rouffach (9) dans la Haute- Alsace. Ces exemples suffiront, suivant le mot de Virgile :

et crimine ab une Disce omnes (10).

les noms propres, Nozeroy, de quelque manière qu'on l'ait écrit, serait formé comme Franois (Fraxinetum, lieu planté de frênes). — Trois ans après la 1''° édit. de l'ouvrage dQ C, un géographe allemand qui était son ami et dont nous retrouverons le nom tout à la fin, Sébastien Munster, donnait une 2® édit. de sa Cosmographia et empruntait ces détails à notre auteur. Une traduction française, faite sur cette 2^ édit, était donnée à Bâle en 1565, et j'en extrais les lignes suivantes, qui se trouvent être ainsi une traduction de Cousin contemporaine de l'auteur même ; à ce titre, j'ai cru intéressant de les citer ; « Loys, prince de Ghalon, estant esmeu de reuerence envers l'incarnation du verbe céleste, quand il faisoit enuironner ceste ville de murailles, la nomma Nozereth, du nom de Nozereth cité de Galilée. » (La Cosmographie universelle par Sebastien Monstère, Bâle, 1565, fo 102).

(1) Chef-lieu d'arrondissement delà province de Novare.

(2) On retrouvera plus loin ce Vercel, qui est actuellement un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Baume-les-Dames.

(3) Je ne sais quelle est la ville que Cousin désigne par ce nom latin .

(4) En réalité, Amance, qui est aujourd'hui un chef-lieu de canton de la Hte-Saône, est sur un petit afïluent de la Saône, à quelques km. de cette rivière.

(5) Canton de Pontarlier. On retrouvera aussi ce nom plus loin.

(6) Sur Claude Frontin, cf. p. 80, n. 3, la description de La Rivière.

(7) Je n'ai pas pu davantage assimiler ce nom à un nom moderne de ville voisine de Mantoue.

(8) Canton de Bletterans, arrondissement de Lons-le-Saunier. Cousin y reviendra dans la suite.

(9) Arrondissement de Guebwiller.

(10) Enéide, II, 65.

Ce nom hébreu de notre ville, que notre prince y avait comme transplanté, le peuple le pvononçdi Nozereth en changeant Va en o et en e, pour le distinguer, je crois, du nom de la ville de Galilée, ou plutôt, comme on a rhabitude de faire quand on ne comprend pas .

Quant à notre Nozeroy, il offre maintenant la figure d'un triangle, et il est partout si bien bâti qu'on jurerait que les maisons n'appartiennent pas à de simples particuliers, mais que chacune d'elles est une demeure seigneuriale. Les maisons en effet sont généralement construites en pierres, et elles sont communément très bien alignées. La première place y revient à celle que l'intendant du prince, Léon, dit de Nozeroy, a fait bâtir à grands frais, et dont la belle exposition frappe continuellement les regards des habitants de Nozeroy (1).

A l'extrémité ouest, dans la plus belle partie de la ville, est le château du prince, construction immense, magnifique, bâtie en pierres de taille bien alignées et parfaitement jointes (2), enfermée dans un mur qui est commun au château et à la ville, fortifiée enfin et défendue par huit tours très élevées. La plus grande, qui est magnifique et élégante, est couverte de .plomb, d'où lui vient son nom de La Tour de Plomb ; les autres sont couvertes de laves. Les toits des bâtiments sont faits de tuiles assemblées. Ony entre au Nord par une cour qu'on rencontretoutd'abord,avantle château, et qui est entourée

(1) On l'aperçoit sur une des deux vues de Nozeroy que j'ai fait reproduire ici d'après l'édit. de 1562. — Ce Léon de Nozeroy doit être le Léon Alexandre de Nozeroy. que G. nomme plus loin dans sa liste des familles éteintes.

(2) « Il a deux étages, sans y comprendre les voûtes et l'appartement sous le toit, qui prend jour par des mansardes. Ces voûtes sont spacieuses et belles, formées comme des chambres, avec de grandes cheminées ». (Description du 18® s., dans les Mss. de la Bibl. municip. de Besançon, collection Dunand, vol. 22, f° 241).

— aède tous côtés par des constructions et des murs ; c'est là que sont les écuries, les granges, la maréchallerie et la halle. Puis on trouve un parapet et des fossés à pic, qui entourent de toutes parts le château ; des ponts les traversent et conduisent à une double porte, après laquelle vient un porche ou vestibule magnifique. A Tintérieur des murs du château, au milieu, est un espace carré et vide, qu'on appelle aussi « cour », et où sont quatre tours d*angle ou colimaçons, dont la construction imite la forme d'une vrille ou d'une spirale, etparoù l'on monte des salles basses aux chambres du haut ; on n'arrive au-dessus qu'après avoir franchi ceYit marches : ce nombre atteint, on est au bout de l'escalier. Au milieu de la cour est une citerne, et une fontaine coule près du premier vestibule. Au couchant est un autre vestibule après lequel on trouve un escalier profond par où l'on descend dans le mail, les jardins et les vergers (1) : on y voit des portiques, des cours magnifiques, des viviers, des ruchers et des piscines, et l'on y retrouve l'enceinte des remparts avec des tours. A l'extrémité des appartements qui regardent le levant est la chapelle où un chœur de musiciens exécute les chants sacrés de l'oflice divin (2). A côté et tout de suite après est un escalier en colimaçon, construit avec infiniment d'art et

(7) « Le château avait un pont-Ievis qu'on a rendu massif; il est entouré d'un large fossé au-dessous duquel paraissent les vestiges d'un grand parc qui descendait Jusqu'en bas de la colline ». (Id., ibid.).

(8) « La chapelle du château occupe à l'Orient tout l'apparte- « ment du rez-de-chaussée : elle avait un plafond peint avec un a art merveilleux. La nef a cent pieds de longueur sur 40 de « largeur. Le sanctuaire est d'une largeur égale, sur 20 pieds « de long. Il a trois voûtes, qui couvrent chacune un autel orné « de peintures dont les attitudes et le coloris sont très beaux : « mais les règles de la perspective et du dessin n'y sont pas « observées. » (Id., ib.).

de soin, et qui mène à une tour d'angle quadrangulaire de la façade extérieure : au sommet de ce colimaçon est suspendue la petite cloche de la chapelle (1).

Il y a à l'intérieur, pour défendre non seulement le château, mais aussi la ville, des machines de guerre, qu'on appelle « bombardes » , du bruit qu'elles font : il y en a de grandes, de moyennes et de légères, qui sont des pièces de campagne ; d'autres, montées sur chevalet, sont de forme allongée ; d'autres enfin se tiennent à la main. Parmi les grandes, la plus considérable, qui est d'un travail merveilleux, a dix-huit pieds de long, et les boulets de pierre qu'elle lance pèsent trois cent trente livres (2).

Pour décorer les murs, il y a des tapisseries et des tentures admirables, tissées en or et en fils de couleurs variées : les plus remarquables sont celles qui renferment des sujets de l'Ancien et du Nouveau Testament (3).

(1) Il s'agit sans doute de la chapelle de la princesse, qui était « dressée dans une espèce de guérite suspendue » fid., ib.). Au 18* s., on y voyait encore, intactes, les peintures du 16*.

(2) D. Monnier a publié, dans V Annuaire du Jura pour 1857 des extraits de cinq inventaires du 15« et du 16» s., où l'on retrouve plusieurs des objets énumérés par G. « En la chambre « de l'armurerye, il y avait six grosses couleuvrines de fer, « montées sur chevalets; deux autres semblables, non montées; « ....huit harquebutes à main sans manche; ...une grosse « bombarde de fer qu'est en la salle basse, à laquelle bombarde « doit être mis un pau qu'estoit foit pour le moule de la bom- « barde, pesant 200 livres » (p. 174-5). — En 1638, la ville de Gray avait dans son artillerie deux pièces de campagne portant les armes de Ghalon et de Nozeroy, et qui avaient dû être amenées du château de Nozeroy (J. Gauthier, L'artillerie de la place de Gray pendant les ^^u erres du 11^ siècle^ dans le Bul-

. letin de la Société d'agriculture... de la Hte-Saône, 1892, pp. 10, et 15).

(3) « On remarquait principalement, dit D. Monnier (p. 173) « les sept grands pans de la belle ancienne tapisserie delà mai-

Ce château, à cause de son agréable situation, de la salubrité du pays et de Pabondance du gibier, a été jusqu'ici la résidence des princes d'Orange (1).

Mais revenons maintenant à la ville. Elle a un collège de chanoines et un de Gordeliers, qui possèdent tous deux des bâtiments vastes et superbes, et des églises magnifiques où resplendissent le marbre, les statues, les tableaux, les peintures, et toutes sortes de beautés. On y trouve aussi un hospice pour les pauvres (2) . Quatorze cents ans environ après

son de Chalon, que l'on nomme le Vieux et le Nouveau Testament m. Puis venaient « la tapisserie de volerie, qu'estoit en la salle de pierre ; la tapisserie des fontaines, qu'estoit en la chambre du prince ; la tapisserie des bûcherons ; puis enfin la tapisserie de verdure à feuillage ». Il y avait aussi les tapisseries de la bergerie, avec des écriteaux: elles étaient « à grands pans semés de fleurs et de violettes ; et y sont les personnaiges bergiers avec moutons, de mesme grandeur et largeur ».

(1) Des traductions isolées de cette description du château ont été données par le président Clerc dans son Essai sur l'histoire de la Franche-Comté (t. II, p. 441-2) et par M. Sandret dans son Philibert de Chalon, 1889, p. 5-6. Celle du président Clerc ne brille pas par la fidélité, quoi qu'en dise Rousset qui l'a reproduite. — On a conservé deux descriptions du 18® s. qui permettent de faire une intéressante comparaison avec celle de C. Ce sont, outre la descr. manuscr. de la Bibl. de Besançon (voy. p. 35, n« 2), celle que le P. Romain Joly a donnée dans ses Lettres à Mlle d'Udressier (1779, p. 52-54). — Le château de Nozeroy fut entièrement démoli et les pierres furent mises en vente lors de la Révolution ; une tour était restée en partie debout, elle fut renversée par la foudre en 1868. Le prince d'Arenberg, propriétaire actuel, « a fait dépouiller de leur enveloppe de terre et de décombres les vastes substructions, encore intactes, de ce magnifique château, et, à la place des fossés qui l'entouraient, a fait ouvrir une promenade publique qui permet d'admirer la masse des fondations mises à découvert » (Sandret, op. cit., p. 6^

(2) C'est évidemment celui qui était situé près de la porte de Nods, et dontC. parlera plus loin.

J.-C, Jean de Ghalon, prince d'Orange, et Marie de Baux, sa femme, firent élever < et bâtir à grands frais > , dans un hôpital (1) qui tombait presque en ruines, une nouvelle église dédiée à saint Antoine. Ils y ajoutèrent un petit chapitre formé d'un doyen et de six chanoines, et fondèrent des prières perpétuelles en constituant une rente annuelle (2). Cette église fut enrichie, dans la

(1) C.se sert ici d'un mot grec qui signifie proprement « hôtellerie ». Il s'agit du plus ancien hôpital de Nozeroy, qui avait été fondé en 1362 par Hugues de Ghalon, avec la participation des habitants du bourg. On trouvera l'acte de fondation dans un travail de M. Pidoux, intitulé Notice.., sur l'hôpital royal de Sainte-Barbe de Nozeroy (Mém. de la Soc. d'Emul. du Jura^

(2) L'acte de fondation, qui est du 27 mai 1411, est au Manuel des titres du chapitre de Nozeroy, f <> 1 à 6 (Arch. dép. du Jura, fonds non classé de l'église collégiale deN.).Il commence ainsi ;« En l'honneur de la Sainte-Trinité..., nous Jehan de « Ghalon, seigneur d'Arlay et prince d'Oranges, voulons et « ordonnorfs estre faict ung collège de chanoines séculiers, en « notre ville de Nozeroy, au lieu où l'on dict en VHospital, et en « la chappelle et église d'iceluy, pour y faire le sainct service de « Dieu, etc. ».

Ainsi, G. a tort de dire que Jean de Ghalon « éleva > une «t nouvelle » église. Voici quelle fut son œuvre. Il y avait à son époque un hôpital fondé 50 ans auparavant, par son père, sous le vocable de saint Antoine, et doté, par le fondateur, d'une chapelle qui était probablement la vieille église paroissiale (Pidoux, Notice sur l'Eglise collégiale de Saint- Antoine, p. 5). Dans cette chapelle, Jean de Ghalon institua, en 1411, le chapitre dont parle Gousin. L'église fut agrandie entre 1415 et 1450 (Pidoux, id., p. 23).

Outre le doyen et les six chanoines, Jean de Ghalon institue deux « choriaux » ou chantres. Le maître d'école, « s'il est suffisant à gramatique et en musique », recevra cinq deniers estevenants par jour pour aider de sa science les deux chantres. Le prince assigne pour tout ce service cent florins d'annuelle et perpétuelle renie sur sa part de revenu aux sauneries de Salins, et transporte au nouveau chapitre toutes les rentes qui avaient été constituées au profit de l'hôpital Saint-Antoine. Mais on

suite, tant par Louis, leur premier enfant, que par Guy d'ETERNoz, chevalier, et curé de Coulans (1), et, vers Tannée 1424, elle reçut plusieurs prérogatives qui en assurèrent la durée (2). Une exemption du droit commun et un privilège lui furent accordés par Thiébaud, archevêque de Besançon, en 1422 (3). A cette église sont annexés le prieuré et la cure de

prélèvera dix florins par an « pour accomplir l'hospitalité et réfection des pauvres de Thospital » .

Par son testament, en date du 3 octobre 1418, Jean de Ghalon confirma cette rente, et il y ajouta toutes les vignes, terres et rentes qu'il avait en la châtellenie d'Arbois (Manuel des titres, f« 6, vo).

(1) Guy d'Eternoz, curé de Coulans (Eternoz et Coulans sont dans l'arrondissement de Besançon), avait fondé, vers l'an 1412, à Eternoz, une église collégiale à laquelle il avait donné le fief qu'il possédait dans cette terre et une partie considérable de ses autres droits patrimoniaux (Guillaume, Nobiliaire de la ville de Salins, p. 119-120). Louis de Ghalon attribua à la nouvelle collégiale une rente de vingt florins d'or à prendre sur sa part de rentes sur la saunerie de Salins (Manuel des titres, fo6). Puis, avec le consentement de Guy d'Eternoz, il fit prononcer l'union de ce chapitre à celui de Nozeroy. Enfin, par son testament, daté du 7 septembre 1462, il légua au chapitre de Nozeroy une rente de 500 francs. A son tour, le 7 octobre 1481, Hugues de Ghalon donnait, pour la fondation d'une grand-messe de Requiem chantée avec diacre et sous-diacre, une rente annuelle de 20 florins. — Toutes ces rentes furent confirmées, le 5 janvier 1718, par un arrêt du Conseil d'Etat qui ordonna de les faire figurer à l'avenir dans les états des charges assignées sur les domaines et salines du comté de Bourgogne. Dans cet arrêt, chaque rente est évaluée désormais en monnaie de France ; le total s'élève à 455 livres 10 sols 4 deniers [Manuel des titres, passim).

(2) G. doit faire allusion ici à la bulle de Martin V qui, en 1424, confirma tous les privilèges du chapitre de Nozeroy (Rousset, Dictionnaire des communes du Jura, t. IV, p. 514).

(3) G. veut parler d'une exemption de visite de l'ordinaire, qui fut en eff'et accordée par l'archevêque Thiébaud, le jeudi après la Saint-Luc, en 1422 [Manuel des titres, f» 8).

Mièges (^Ij, avec toutes les églises des divers écarts, dont les principales sont celles de Mignovillard et de Fraroz. En Téglise qu'il venait d'élever, le même prince Jean institua IIu(;les Bardoillier comme doyen du chapitre, et Aimé Constantin, Humbert Visin, Pierre Sordet, Guillaume Buchin, Jean Noiron et Jacques Vuillemin comme chanoines (2).

Après Hugues Bardoillier, on institue doyen Etienne ViGNiER, qui mourut en 1505. Il eut pour successeur Pierre Nicod, qui mourut le 3 juillet 1507 (3). On lui substitua Alexandre Ravergnier, déjà chanoine, qui mourut le 25 janvier 1517. On mit à sa place Jean Clerc, déjà chanoine ; il mourut le 4 avant les calendes de septembre (29 août) (4), Tan du Christ 1525. Il eut

(1) C'est encore à rintervention de Louis de Chalon qu'est due cette annexion. Les familiers de l'église de Mièges y consentirent par acte daté du lundi après la fête de l'Invention de Saint -Etienne, en 1437 (5 août). Quatre jours après, vendredi avant la fête de saint Laurent martyr, l'official do Besançon , chargé de l'enquête par le pape Eugène IV, prononçait l'annexion. Quant à la bulle d'union, on en ignore la date (Rousset, t. IV, p. 172, se trompe en proposant 1432, puisque la décision de rOfficial est de 1437); mais on a une bulle de Léon X, de septembre 1516, qui confirme cette union (Manuel des titres, fo* 14, 18 et suiv., 105 et suiv.).

(2) Constantin est prénommé par Cousin Erasnius : c'est une transposition de Aimé, aimer se disant en grec erân. On retrouve plusieurs fois cette forme dans la suite. — Le deuxième chanoine que nomme Cousin est appelé Visin, Visain ou Visun dans divers actes qui sont au Manuel des titres (f»» 6, 15 et 67).

(3) Il fut inhumé dans l'église Saint-Antoine. « Une dalle gothique y recouvre le tombeau des membres de la famille Nicod, dont Pierre Nicod, chanoine » (A. Pidoux, Notice... sur l'église collégiale de Saint-Antoine de Nozeroy, 1901, p. 34).

(4) II y a ici une erreur de Cousin, puisque le testament de Jean Clerc est daté du 29 novembre 1525 (et non du 30, comme dit Chéreau). Par ce testament, Jean Clerc instituait héritier de ses biens le chapitre de Saint-Antoine, à charge de dire à son

pour successeur Jean Tornond, docteur en droit civil et en droit canon et chanoine, qui était officiai de Besançon lorsque, le 2 août 1547, il fut enlevé prématurément par l'injustice du destin. Il fut enterré dans l'église Saint-Etienne (l). De son vivant, il avait été remplacé comme doyen par Etienne Tornond, son frère, maitre es arts et très habile en latin et en grec (2).

intention deux messes anniversaires, l'une à Mièges. l'autre à la Collégiale (Manuel des titres^ f» 67).

On remarquera que C. désigne les dates, tantôt suivant le procédé moderne, tantôt suivant le procédé romain. Dans ce cas, quand le jour est désigné par calendes, nones ou ides, il faut toujours compter, comme on faisait chez les Romains, avant les calendes, les nones ou les ides. S'il pouvait y avoir le moindre doute sur ^e point, il serait levé par les explications que donne C. lui-même sur sa manière de compter, dans son Calendarium (Edit. de 1562, t. II, p. 261),

(1) Il avait été reçu chanoine de Saint-Jean de Besançon le 5 janvier 1546 (Arch. du Doubs, G. 194). Quant au lieu de sa sépulture, je ne sais si le renseignement donné par G. est exact. En tout cas je n'ai pas rencontré son nom parmi ceux des personnages enterrés à Saint- Etienne, dont les noms ont été relevés par J. Chifflet, abbé de Balerne, en 1659, et publiés en 1880, dans les Mémoires de l'Académie de Besançon, par M. J. Gauthier. Mais cette liste renferme d'autres personnages cités par notre auteur et que nous avons déjà rencontrés ou que nous rencontrerons plus loin.

J'ai trouvé sur Jean Tornond, dans une lettre sans date de Cousin à Erasme (Edit. de 1562, t. I, p. 299) un bien intéressant passage que je traduis ici: « Presque partout nos maîtres ensei- « gnent le grec à leurs élèves. Le doyen de notre chapitre, Jean « Tornond,... consacre à étudier cette langue tout le temps qu'il « peut prendre (exactement : rogner) sur ses occupations indis- « pensables; et rien ne le rebute, ni la difliculté du travail, ni « le poids de l'âge : il aime mieux apprendre tard que jamais, K et, quand il s'agit d'apprendre, peut-il être tard ? ».

(2) Etienne Tornond fut un des amis de Cousin. Celui-ci lui dédia son livre De tropis scripturœ sacrœ (Ed. de 1562, t. II, p. 3etsuiv.). De son côté, Tornond fit, sur la Description de la Haute- Bourgogne, une petite pièce de vers (éd. de 1552, p. 146-7 ;

Après les six premiers chanoines, on institua ceux qui suivent : Alexandre Sohdet,Jean Sage, Hugues Chaperon, Hugues Bardoillier, neveu de Hugues Bardoillier le doyen ; Pierre Gordier, qui fit construire Thospice à la porte de Nods, le 27 avril (1) ; Pierre Guynet, < docteur es droits, qui mourut le 13 septembre 1494 et fut inhumé dans la même église, au Midi > (2) ; Etienne Gallier, musicien; Jean Basivette (3), mort le 8 juillet 1526; Aimé Gauthier, mort le 4 janvier 1535; Pierre Morond, mort le 17 avant les calendes de juin (16 mai) 1531 ; Etienne Fournier <né en 1479 et ins-

1562, t. I, p, 433) où il dit que G. « est illustre dans le monde par les doctes ouvrages qu'il écrit dès longtemps, d'une plume si élégante qu'on a raison de l'appeler l'honneur de notre Nozeroy ». — Il mourut en 1571, après avoir fondé par testament une pension pour l'entretien de deux enfants de chœur à la Collégiale de Nozeroy (Manuel des titres, P 209).

(1) Je ne sais à quoi se rapporte cette date, si vague et si incomplète.

Pierre Cordier l'aîné, prêtre et chanoine de Nozeroy, acheta le 25 juillet 1482, de Aimé de Louverot, écuyer, une maison de pierre et de bois avec un curtil, assise en la ville de Nozeroy, touchant de « sannoise » (ouest) la muraille delà ville, et ce pour le prix de 300 francs. Il s'engageait, en faisant cet achat, à fonder dans cette maison un hôpital et à « l'arrentir » (Manuel des titres, fo8 36 et 37). C'est l'hospice dont C. parle ici, et qu'il a déjà nommé plus haut. — Je retrouve encore le nom de Pierre Cordier dans un acte du 12 mars 1487 (Id., fo m).

(2) Sa tombe existe encore, mais « elle est presque complètetement effacée ; on en aperçoit à peine le dessin, et de l'inscription on ne peut plus lirequeMRE PIERRE CVYNET... AMEN ». (Pidoux, ouvr. cité, p. 33).

(3) Peu de temps avant sa mort, le 31 mai 1526, Jean Basivette avait fondé trois messes annuelles à dire en l'église Saint- Antoine, à la chapelle de la Trinité. Il donnait, pour le service de cette fondation et de quelques autres encore, diverses terres et une rente de six livres estevenantes, qu'il assignait sur une maison qu'il avait à Nozeroy (Manuel des titres, fo 67).

titué chanoine Tan I500,le7 juillet >; Claude Gordier(I), neveu de Pierre Gordier le chanoine, mort le 5 avant les ides d'août (le 9 août) 1524. Il eut pour successeur Pierre Garnier, aumônier de Philibert, prince d'Orange, qui mourut le 9 novembre 1531.

Lorsque Jean Glerc eut été appelé au décanat, il fut remplacé dans son canonicat par Jacques Dehe- NAULD (2), docteur < es lois >.

A la mort d'Etienne Fournier, Jean Tornond le remplaça comme chanoine ; et, quand lui-même eut été nommé doyen, il eut pour successeur dans son canonicat François Bardoillier, clerc musicien.

Après le décès de Jean Basivette, on constitua chanoine Jean Sauvien , conseiller de Philiberte de Luxembourg et précepteur des enfants du frère de cette princesse.

Pierre Garnier mort, on mit à sa place Alexandre Sombarde, le 20 novembre 1531.

A Pierre Morond succéda Aimé Jacques (3), le 3 octobn» 1534.

Gilbert Cousin (4), de Nozeroy, né de Claude

(1) Le 4 décembre 1523, Claude Gordieu fondait quatre messes à l'hôpital. De plus, chaque chanoine devait aller à son tour visiter l'hôpital et voir comment il était administré. Pour ces divers services, Claude Cordier assignait une rente de vingtcinq francs sur ses propriétés {Manuel des titres, f« 60).

(2) Ce Jacques Dehe>auld doit être le même que Jacques D., prêtre de Nozeroy, qui fut parrain, le 6 oct. 1563, d'une fille de Jean Dehenauld et de Jeanne Cuynet (Cette lille, Charla ou Charlotte, épousa Gilbert Cousin, filleul de notre auteur, et lils de son frère Hugues le Vieux. Cf. Mém. Soc. d'Emul. du Jura. 1899, p. 273-274).

(3) Aimé Jacques était chapelain de la chapelle de Mignovillard au moment où cette chapelle fut réunie à la mense capitulaire de Nozeroy, par le pape Léon X {Manuel des titres, fo 108).

(4) Sur la famille de G. Cousin, on trouvera une étude très documentée dans les Mémoires de la Société d'Emulation du

Cousin et de Jeanne Daguet, le mercredi 21 janvier 1506 (1), vers six heures du matin, sous le règne, en Allemagne, de Maximilien, fds de l'empereur Frédéric III^ et vingt-huitième empereur d'Allemagne, — en France, de Louis XII, — à Rome, du pape Jules II, — G. Cousin, disciple et secrétaire de Didier Erasme de Rotterdam, et auteur de cette Description géographiquey fut établi premier chanoine par René de Nassau, prince d'Orange et successeur (2) de Philibert de Chalon, et il succéda à Aimé Gauthier dans son canonicat, le lendemain de son décès.

< Dans cette église, un monument en marbre de la plus grande magnificence a été élevé près du grand autel en Thonneur de Claude, fils de Jean de Chalon prince d'Orange, et de Philiberte de Luxembourg, lequel mourut le 8 novembre 1500 (3). Voici l'inscription de ce tombeau, gravée sur une table fixée au mur :

Jura, 1899, pp. 251 et suiv. On pourra la compléter par J. Mathez, Un Coni'entionnel pontissalien, Michaud de Doubs, Pontarlier, 1883, p. 9-10.

(1) Au tome II, p. 250 et suiv., de l'éd. de 1562, G. Cousin a donné, sous le titre de Calendarium^ des éphémérides empruntées à l'histoire sacrée et à l'histoire profane ; il y a, fort gra-r vement, inséré la date de sa propre naissance! « Januar. 21, Natalis Gilberti Cognati Nozereni, anno 1506 » .

(2) René de Nassau était fils de Claude, sœur de Philibert de Chalon et femme de Henri de Nassau. Institué héritier par Philibert, il fut proclamé son successeur le jour de ses funérailles (Cf. Ulysse Robert, Philibert de Chalon, pp. 42 et 454). — Le texte de C. a ici un adverbe grec, ivreXû?, qui signifie complètement, et qui indique que le nom, les titres, les armes des Chalon, tout devint la propriété de René de Nassau. Dans la Généalogie des comtes de iVassaw, par G. Cousin (éd. de 1552, p. 157), je lis un mot qui exprime à peu près la même idée : « Renatus Nassovius... Philiberto a Chalon... ipsum représenta ns in haereditate successit >.

(3) « En l'entrant du mois de mai (1500), la reine fut en voyage à Saint-Claude, et de là à Lion-le-Saulnier... tenir un fils du

Ci gît, enlevé dans son enfance, Claude, objet d*amour et de douleur pour un héros, son père. Anne, reine de France et héritière de Bretagne, l'avait tenu, suivant l'usage, sur les fonts sacrés. Dix fois seulement Phébé avait accompli sa course mensuelle quand ses membres glacés furent portés sous la terre humide (1).

Aimé Jacques mort, son successeur fut, le 15 novembre 1552, JÉRÔME LuDET, qui transféra son canonicat à FRA.NÇOIS TouRNiER, le 4 août 1556, moyennant une pension.

Après la mort de François Bardoillier, son successeur fut Jean Masson (2), le 1" août 1558.

Jacques Dehenauld transféra lui aussi son canonicat à Louis RoYET, l'an du Seigneur 1561, le douzième jour de mars, moyennant un échange et une pension.

Jean Sauvien, après la mort de son oncle Jean Sauvien, obtient son canonicat Tan du Seigneur 1561, au mois de juillet. >

prince d'Orange... Des danses, banquets, ébats et joyeux passetemps qui à ce voyage furent faits, ne ferai autre compte, si n'est que peu durèrent les jours à ceux qui là se trouvèrent ». Chronique de Jean d'Auton, publiée par R. de Maulde pour la Société d'Hist. de France, en 1889 ; 1. 1, p. 284 et suiv.).

(1) Ses restes furent transférés plus tard à Lons-le-Saunier, dans l'église des Cordeliers. Sa mère lui fît faire alors une épitaphe, qu'on peut lire maintenant sur le mur de droite de la grande chapelle de la Vierge, et dont voici la transcription exacte : C^ gtt Cloubr It Cljaloit, | sHsnrttr ^'i^lrguel, (tU ht \ messirr 3r^an ht Ctjalon | ti ht h^mt yt^Utbmc ht Jfuiam | bourg, qui tresfitftsa ou | m0t0 ht noombrr mtl | nnq cens. Btru lu^ face | tnerc^.

(2) Dans un acte du 13 février 1525, je trouve un Jean Masson, apothicaire, fils de Pierre Masson, d'Arbois, lequel doit être le père du chanoine Jean Masson (Manuel des titres, f® 80). Le chanoine figure lui-même dans un acte du 10 mai 1563 (iW.,f<»70). Il avait été séchai du chapitre de 1560 à 1561 (Arch. du Jura, fonds non classé, le"" carton).

D'autre part, à cette église, les citoyens les plus haut placés et les plus puissants ont ajouté, en 1515, une chapelle d'un grand travail, consacrée à la Trinité (1). Ils l'ont enrichie de grands présents, et, au moment de mourir, ils lui laissent journellement de nombreux legs. Plusieurs en effet sont déjà délivrés des affaires de la terre ; voici leurs noms : Jean Clerc, doyen, Jean Basivette, Claude Cordier, Aimé Gauthier, Pierre Morond, tous chanoines de cette église ; les frères Bernard et JoACHiM DE Chalon, de noble naissance (2). Claude DE Montrichard(3), maître d'hôtel du prince, est mort le 18 août 1529. Claude Cousin, mon père, est décédé à Tâge de 70 ans, le 14 mars 1548. Jean Surrin < et Jean Herold (4) > lui ont fait poser les épitaphes suivantes :

Ci gisent les ossements et la cendre du père d'une nombreuse famille. Sa vie pieuse lui donne le bonhour au séjour céleste. Quittant la masse du corps déposée au tombeau. Pâme est partie d'ici-bas pour le ciel, mais la terre, riche du corps, se

(1) Ils formaient une confrérie ou Calende (Y oy. p. 51, n. 2), dite de la Trinité ou encore du Saint' Sacrement. — La date de 1515 doit être inexacte, puisque le traité passé entre Philiberte de Luxembourg et les habitants de Nozeroy pour la construction de cette chapelle est du 2 mars 1519 (Inventaire de la maison de Gha. Ion. dans les Mss.de la Bibl. de Besançon, coll. Droz,vol. 18,fo63).

(2) C'étaient deux bâtards de Chalon. Voir plus loin. p. 56, et la n. 2.

(3) Son épitaphe se lit encore en partie dans l'église Saint- Antoine ; elle est en lettres gothiques : ... Claubr ht JRoatric^or^..., matstrr b*l)ostei bt JKadamr la frinasse b'<&ron9c,.., qm trèsf asM U Î8 ifffmbre Tûti... » (Pidoux, p. 34). On remarquera que le mois du décès n'est pas le même que dans C. ; mais il s'agit certainement du même personnage.

(4) Basile Jean Herold, né à Hochstedt en 1511, s'établit à Bàle vers 1546, y publia de nombreux ouvrages sur des sujets fort divers, et y mourut vers 1580, Son fils Emmanuel eut Cousin pour précepteur.

réjouit. O passant, félicite celui qui est revenu au ciel sa patrie, et puisse-t-il t'y conduire toi-même ; prie Dieu pour le fléchir.

Pour le tombeau de Claude Cousin de Nozeroy.

Consacre a Dieu hôte des Saints.

Les hommes qui ont connu Claude Cousin, qu'avec des larmes afïectueuses, au mitteu du deuil de Jeanne Daguet, sa compagne féconde, cette femme d'une chasteté insigne, une nombreuse postérité a enjermé sous cette tombe, — ceuxlà attestent qu'à l'égard des étrangers, il était aussi le modèle de l'hospitalité et de cette bonté qui aime à rendre service à tous. Et ce qui montre bien avec quelle fidélité il a servi ses princes, c'est qu'ils lui donnèrent dans sa patrie les fonctions de gouverneur, dont . il s'acquitta à son éloge, et où il mérita la gloire d'un bon citoyen et le surnoni d'Ami de la patrie. Il reste de sa piété, de son honnêteté et de sa modération un témoignage considérable, cette belle famille qui, à la gloire du nom bourguignon, élevée aux plus hauts degrés de dignité et d'honneur, agréable aux rois et aux grands, augmente encore la renommée de la race des Cousin. Comme le soleil éclaire les autres astres, son fils Gilbert illumine la Séquanie entière de l'éclat des belles-lettres. Et ainsi, que (comme le Phénix) il ait seulement changé son existence terrestre contre une postérité sans fin, il y a autant de piété à le croire, qu'il est certain que, dans le sein d'Abraham, père de toute hospitalité, dans ce sein qui recueille toutes choses, il attend de son côté, dans le calme, la voix et la trompette des anges appelant les âmes au céleste festin. — Telle fut la récompense d'une vie honorable, tel fut le fruit d'une pieuse institution : tu dois y attacher ton esprit, ô toi qui lis ces lignes. Tel est l'avis qu'a voulu te donner le vieillard qui gît sous cette tombe, lorsqu'il mourut, à l'âge de 70 ans, l'an 1548 après la naissance du Christ, le 14 mars (1).

(1) Le texte est grossièrement altéré, et inexplicable en cet état. Je lis inercedes au lieu de nierces. traditionis au lieu du baroque traducis, admoncri à la place de adnioncre , et clisccderet au lieu de discideret.

Basile Jean Héroid, reconnaissant à son patron, a fait placer cette pierre à ses frais.

Girard Malpertuis (1) ; Jean Dehen auld le jeune (2), receveur du prince, mort le 15 avril 1548 ; Pierre Cuynet; Hugues Guynet, Guillaume Grand; Claude Glanne, président d'Orange (3k Marcel Revergnier ; Adrien Farod; Laurent Rémond (4) ; Antoine Cat (5), docteur en droit ; Pierre Montenet(6); Guillaume Ver-

(1) Je trouve sod nom au f® 66 du Manuel des titres,,., dans un acte du 31 mai 1526 qui nous le montre propriétaire de terrains et d'une maison à Nozeroy, à côté de Claude Cousin, de Claude Belot et de Jean Basivette le chanoine.

(2) L'éd. de 1552, p. 137, renferme une épig^ramme de 6 vers, assez insignifiante, adressée par Cousin à ce personnage.

(3) On donnait ce titre à un officier de la maison de Chalon, dont les fonctions sont mal connues. Son traitement, vers le temps de C, était de 60 fr. par an (Compte général de la maison de Chalon pour 1537, Arch. du Doubs, E. 1290). — Claude Glanne, docteur en droit, figure avec ce titre de président d'Orange dans un acte de 1520, et avec celui de bailli de la maison de Chalon dans des pièces de 1522 et de 1523 (Invent, de la maison de Chalon^ Bibl. de Besançon, coll. Droz, vol. 18, f«« 63, 65 et 66).Un acte de 1523 (Arch. du Doubs, B. 2611) le qualifie bailli de Jougne ; un de 1526, bailli de Châtelneuf (Id., C. 81).

(4) Laurent Rémond figure dans un acte de 1497 en compagnie de Jacques Bouvard comme « conseiller du prince d'Orange et receveur d'iceiuien sa seigneurie de Nozeroy ». (Bibl. de Bes., coll. Droz, vol. 18, fo 38).

(5) Conseiller de Philibert de Chalon en 1523 (Arch. du Doubs, B. 2611). Vers 1526, il est « procureur général de Philiberte de Luxembourg» (Id., B. 2650). Au mois d'août 1530. on le voit chargé par Philiberte d'instructions à remettre à l'empereur au sujet des obsèques du prince d'Orange (U. Robert, Philibert de Chalon^ n. 2 de la p. 7). Je retrouve encore son nom dans un acte du 11 décembre 1533 (Coll. Droz, 18, f<» 84). — Sa veuve, Charlotte Belot, fit des fondations pieuses en l'église Saint- Autoine (Pidoux, op. cit., p. 19).

(6) Pierre Montenet, ou Montanet, s' du Nant, avait été, avec Pierre du Ploisy, argentier de la maison de Chalon (U. Robert, , Philibert de Chalon, p. 23, n. 1).

MOD,mort le 6 mars 1526. Sa mort a inspiré à Guillaume Vermod, son petit-fils (1), Tépitaphe suivante:

Celui qu'un prince très honoré, le défenseur, la gloire de la Bourgogne, Philibert, s'associait jadis comme conseiller et comme ministre, le voici, hélas! caché dans ce tombeau. Et, quoique rien ne puisse briser la volonté des Parques, ni la religion, ni la piété, nrta justice, ni la loyauté, pourtant il n'est point mort, puisque sa renommée vole ainsi à travers le monde, impérissable. Mais, pour tous les services qu'elle a reçus de lui, la Bourgogne dira: Puissent reposer en paix les restes de Vermod !

Balthazar Belot (2) est mort le 15 novembre 1541; Jacques ToRNOND,le5 décembre 1550; J. Ratte (3), le 5 février 1546; Antoine Sombarde ; Junot Parcent (4) ;

(1) L'éd. de 1552, p. 142-143, renferme 3 pièces devers de ce G. Vermod sur le présent ouvrage de G. Cousin. Elles sont sans intérêt et affirment seulement la supériorité de Cousin sur Paradin.

(2) Frère de Claude, dont il va être question plus loin. — On rencontre, dans les titres de la Collégiale de Nozeroy, de nombreux Belot. Mais il est difficile et, en somme, peu intéressant, de retrouver les liens de parenté qui les unissent. Je me contenterai de dire que Claude et Balthazar furent anoblis par Charles- Quint en 1531 et que d'eux sortirent plusieurs branches, entre autres celle des Belot de Villette, qui s éteignit la dernière, au 18« siècle.

(3) Il y avait eu un Jean Ratte, qui avait été secrétaire de S. M., et qui avait eu deux enfants, François et Jean. Ce dernier Jean étant mort le 30 déc. 1564 (Bibl. de Besançon, Mss., coll. Durand, vol, 11, f« 373, vo), et C. écrivant vers 1550, c'est du premier, c'est-à-dire du père, qu'il veut parler. D'ailleurs, un peu plus bas, François nous est donné comme héritier et successeur de Jean dans ses droits de confrère de la Trinité : le fils avait succédé au père.

(4) JuNOT Parcent possédait une maison et une grange à Nozeroy « en la grand rue près les halles ». Il les vendit à Jean Masson antérieurement au mois de février 1525 (Manuel deê titres, f» 80).

Roger de Vers ; Hugues Bardoillier, mort le 14 septembre 1528 ; Nicolas Bovot.

Presque tous ces hommes (1) sont enterrés dans cette même église, sous des tables carrées en marbre, sur lesquelles on lit Tannée et le jour de leur mort, gravés en capitales. — Il ne reste plus aujourd'hui que Pierre Nicod et Claude Belot, frère de Balthazar. Mais quelques-uns des morts ont été remplacés par leurs fils et par leurs héritiers, parmi lesquels je citerai François Ratte, les frères Belot, — Philibert, docteur en droit canon et en droit civil, et Antoine fils de Balthazar, — et Claude Cuynet. Cette chapelle se nomme la chapelle de la Calende parce qu'on s'y réunissait jadis aux calendes de chaque mois (2) pour assister au saint sacrifice de la messe ; après quoi on faisait un gai festin. Aujourd'hui on ne se réunit plus que quatre fois par an pour le saint sacrifice et pour le banquet.

(1) Parmi les confrères de la Trinité qui n'étaient pas enterrés dans leur chapelle, je peux citer les Ratte : ils avaient un mausolée dans une chapelle qui portait leur nom, en l'église de Mièges. Cette chapelle renfermait un triptyque sur bois qu'il serait bien intéressant de retrouver (Coll. Dunand, vol. 11, fo374). Il représentait, au milieu, la Résurrection ; sur l'aile de droite étaient cinq personnages « peints à vives couleurs ayant au devant d'eux deux écussons » ; sur Taile de gauche était € la ville de Nozeroy en petit, avec sept personnages tous en vive couleur, à côté desquels il y a deux écussons en losange. >

(4) La chapelle des confrères de la Trinité s'appelait non pas . Chapelle des Ca/enrfes (Chéreau), mais Chapelle de la Calende, et, par déformation populaire, de la Calandre (Manuel,,, fo» 35 et 80). — On appelait Calendes des confréries de clercs et de laïques associés pour pourvoir aux obsèques de leurs membres et leur assurer des messes. Les confrères se réunissaient une fois par mois, probablement le 1*' (les Calendes des Romains) ; ces conférences se terminaient par des banquets. Il s'était formé une de ces calendes à Poligny au XVP siècle. Chevalier en parle, et M. l'abbé Brune en possède les statuts. Sur celle de Nozeroy, je n'ai que les renseignements que donne ici C.

Quant aux portes delà ville, — outre la Portelle (1), il y en a deux. L'une s'appelle la porte de l'Horloge (2) ; elle est tournée au Nord et possède, outre une défense avancée, une tour haute et magnifique, de forme carrée, mais qui n'a guère d'autre usage que de renfermer l'horloge. L'autre est la porte de la Fontaine de Nods (3) ; elle regarde le couchant et elle possède, elle aussi, avec une défense avancée, une tour haute et carrée, près de laquelle il y a un hospice (4) < où l'on reçoit les pauvres qui se présentent, > et une école.

De plus, outre des rues très propres et pavées de pierres que fournit en abondance le village voisin de Trébief , cette ville a une vaste place publique et un grand marché où se vendent des denrées de toute sorte et tout ce qui est nécessaire aux besoins de chaque jour. A côté est l'hôtel du bailliage. Nozeroy a encore quatre citernes très profondes et très élégantes et trois fontaines fort jolies entourées de margelles en pierres de taille si bien assemblées qu'elles ne. peuvent se disjoindre ; des murailles très élégantes, aussi en pierres de taille, avec un chemin de ronde tout autour; de nombreuses tours construites à égale distance les unes des autres ; des fossés, des bastions, des faubourgs, des jardins

— La chapelle était située dans la nef du Levant, et elle était séparée de l'église par un grillage en fer (Coll. Dunand, vol. 11, f® 373),

(1) La Portelle n'existe plus, et elle n'a pas laissé de vestiges.

(2) La Tour de l'Horloge existe encore, et elle mérite toujours son nom puisqu'elle a encore une horloge. C'est une tour élevée, avec des mâchicoulis, mais qui est massive et sans élégance. Au-dessous est un passage voûté par où l'on entre dans la ville.

(3) La Porte de Nods a perdu les ouvrages qui flanquaient la tour, mais la tour existe encore. Elle a conservé la feuillure de la herse qui fermait l'accès de la ville.

(4) Il s'agit de l'hospice construit par Pierre Gordier vers 1482, et dont Cousin a déjà plus haut parlé deux fois.

cultivés, fort agréables, ensoleillés, et qui ont en abondance des arbres fruitiers, des légumes, des plantes médicinales, des herbes parfumées, et tout ce qiii peut exciter agréablement Tappétit. Mais comme elles sont trop nombreuses pour pouvoir être énumérées en quelques lignes, je les passerai sous silence.

Les habitants de ce lieu sont polis ; ils ont la parole caressante, un langage tout particulièrement choisi, harmonieux et distingué; ils sont de mœurs douces et pratiquent la vraie piété; belliqueux d*ailleurs, quand les circonstances l'exigent, et très fidèles à leurs princes. Ils ne négligent pas non plus Tétude, surtout celle des belles-lettres, qu'ils apprennent avec un peu plus de bonheur que les autres, pourvu qu'ils soient confiés dès le bas âge à des maîtres instruits : en effet renseignement littéraire y a toujours été florissant.

Le bailli est Jean Chappuis : c'est un homme expérimenté dans la discussion des procès, dont la décision est prompte et la parole facile, et qui est bien posé dans le pays. Antoine de Montrichard est gouverneur du château et de la ville (1).

Cette ville a donné naissance à un héros illustre, Philibert de Ghalon, prince d'Orange (2), qui, par

(1) Dans un acte du 10 mai 1563 (Manuel..., P 70), où figure Gilbert Cousin comme prêtre et chanoine de St-Antoine, Antoine DE Montrichard est qualifié « escuyer, capitaine et chastellain à Nozeroy ».I1 avait été nommé à cette charge par Henri, comte de Nassau, le 4 novembre 1533 (Inventaire de la maison de Chalon. Biblioth. de Besançon, coll. Droz, vol. 18, f® 83). C'était encore un Montrichard qui commandait la place de Nozeroy au moment de la guerre de Dévolution, en 1668, et qui refusa fièrement de se laisser corrompre par Watteville.

(2) Le président Clerc et U. Robert (Philibert de Chalon, p. 6, n. 3 et 4) ont clairement démontré que le prince d'Orange était né, non pas à Nozeroy, mais à Lons-le-Saunier, dans le château construit au XIV« s. sur l'emplacement de l'Hôtel de ville actuel. En 1903, sur l'initiative d'Ulysse Robert, la Société

l'activité et la grandeur de son intelligence, laissait loin derrière lui les outres princes de son âge. J'ai publié il y a quelques années une histoire de ses hauts faits (1) ; mais, par les malheurs des guerres et l'injustice des destins, cette noble famille est aujourd'hui éteinte (2).

< Nozeroy est encore la patrie de Jean Dufour, homme intelligent et cultivé, secrétaire du révérendissime et illustrissime archevêque de Besançon. Son grandpère était Bernard Dufour, garde du corps de Jean de Ghalon, qui assista à la bataille de Dournon (3), et dont le cheval, voyant son maître tomber en combattant courageusement, revint seul tout harnaché à Nozeroy, dans la maison de son maître, à l'étonnement et à l'admiration de tous. Son père était, comme peintre et comme sculpteur, un autre Parrhasios. >

D'autres familles encore, des plus puissantes et des plus illustres, se sont éteintes. En voici la liste :

d'Emulation du Jura a fait placer sur un des murs extérieurs de ce bâtiment, une plaque commémorative (Cf. Quatrième congrès de l'Association franc-comtoise tenu à Lons-le- Saunier le 5 août 1903, Lons-ie-Saunier, Declume, 1903, p. 24 suiv.).

(1) Cette histoire n'était pas de G. L'auteur était Dominique Melguitius ou Melgua, médecin de Philibert de Ghalon, qui l'avait écrite pour René de Nassau, son neveu. Gousin l'édita après avoir corrigé la copie défectueuse qui lui était tombée entre les mains, et il la dédia à Guillaume de Poupet, archidiacre de Besançon, abbé de Baume et de Goailles. On la trouvera, avec l'épître dédicatoire, au t. I de l'éd. de 1562, p. 363 et suiv.

(2) Des trois enfants nés du deuxième mariage de Jean de Ghalon (de son premier mariage, avec Jeanne de Bourbon, il n'avait pas eu d'enfants), Glaude était mort en bas âge, comme nous l'avons vu plus haut ; Glaude avait été mariée à Henri de Nassau, et Philibert avait été tué en 1530. Quant à Philiberte de Luxembourg, leur mère, elle était morte en 1539.

(3) Gh. traduit bellum Durnense par « la bataille de Dtiren ». Or DUren est près d'Aix-la-Ghapelle ! Il s'agit certainement de Dournon près de Salins, où les Gomtois remportèrent en 1492 (v. st.) une victoire célèbre dont il sera question plus loin. — Ge Jean de Ghalon est le père de Philibert.

Les Beauregard. — On dit que cette famille habitait à l'endroit où est maintenant le jardin des Franciscains.

Les Elyon. — Ils possédaient sur le marché au bétail la maison d'angle qui appartient maintenant aux VuiLLKMiN. Cette famille existe encore à Pontarlier. Il en est sorti deux frères, bien connus tous deux, attachés à la cour de l'empereur Charles-Quint, Denis, premier maître d'hôtel, et Guyon, grand échanson (1).

Les Parret. — Leur maison appartient aujourd'hui à Girard Bardoillier.

Les Beaurepaire. — llsavaientune demeure seigneuriale là où est maintenant le terrain des franciscains.

Guillaume d'Espenoy (2).

Pierre de Jougne(3). — Sa fille, qui a épousé Claude

(1) C. désigne les fondions de Denis Elyon par une périphrase : « qui marche avec un bâton devant les mets et les plats ». C'était en effet la fonction du grand maître d'hôtel. « En banquet solennel, il marchait devant la viande, haiant le baston levé en hault. » (Gollut, p. 887). « Il avait rang parmi les grands officiers, et servait dans les occasions solennelles, où il faisait les essais de ce qu'on mangeait, et marchait devant les viandes, le bâton à la main » (Bibl. de Besançon, Mss., coll. Dunand, vol. 18, fo 245). — Dans un acte d'accensement de 1545 (Arch. du Doubs, B. 2013), Guyon Lyon (évidemment le même personnage que Guyon Elyon) était qualifié « sommelier de cave de l'Empereur » ; on voit que, depuis, il avait monté en grade.

(2) G. : Guill.deDepinet. - Guillaume Depinoy, écuyer, seigneur de Maillot, figure dans un acte du 26 janvier 1494 (Manuel des titres... ï^ 100 et 101). Ailleurs (Inventaire de la maison de Chalon, Mss. de la Bibl. de Bes., coll. Droz, vol. 18, fo 36), il est appelé d'EsPENOY et qualifié « maître d'hôtel du prince d'Orange ». Il était aux côtés de Jean de Chalon, à Lons-le-Saunier, au moment de sa dernière maladie et fut un des témoins de son testament. Il annonça par lettre aux habitants de Nozeroy la naissance de Philibert, puis la mort du prince Jean, leur mandant € que l'on fîst dans cette ville chanter pour luy. » (Ed. Clerc, Philibert de Chalon, dans^l/iw. du Jura pour 1861 , p. 54).

(3) Rousset (IV, p. 511) traduit a Juniis par Lejeune. Mais Juniis vient de Juniœ, qui, comme on le verra plus loin, est.

-SO- DE MoNTRiCHARD, est encore vivante. On voit ses armoiries sur une fenêtre de Téglise Saint- Antoine : parti, au premier, d'argent à la clef de gueules ; au deuxième^ de gueules à Vépée d'argent.

Les Bâtards de Ghalon (1). — J'ai connu de mon temps Jean, ses deux fils Bernard et Joaghim, et sa fille Philiberte, qui épousa Philippe de Bade, mort le 1*"^ août 1548, et qui eut de lui Bernard de Bade et une fille, Catherine (2). On voit encore leur magnifique demeure dans la rue qui descend à la porte de Nods.

Philippe Busguet (3). — Il fit construire chez les Franciscains une chapelle qui est à peu près ce que j'ai vu de plus beau et de plus élégant. On y vient voir de beaux monuments, et, entre autres, un tableau d'autel de la plus merveilleuse élégance, où le prince Jean de Ghalon et le fondateur, assis à table avec d'autres perchez Cousin, le nom latin de Jougne. Nous rencontrerons bien ici un nom propre latin que nous pourrons traduire par Lejeune: mais c'est Junius (Cf. Descript. de Poligny, plus loin).

(1) Chez G.: Nothorum, gén. plur. de Nothus, bâtard. Rousset (/. cit.) a bien compris le mot ; Ghéreau Ta traduit d'une étrange manière.

(2) On a conservé les noms de plusieurs de ces Bâtards de Ghalon. Une note du Philibert de Chalon d'Ulysse Robert(p. 465, n, 2) nous apprend qu'il y eut en effet des alliances entre des descendants illégitimes des Ghalon et la famille de Bade, mais il y a discordance pour les noms du père et de la fille qui paraissent avoir été intervertis par C: « Philibert avait eu une fille naturelle, nommée Jeanne, qui est mentionnée dans le testament de René de Nassau... Elle épousa Philippe, fils de Bernard II, marquis de Bade ». Duvernoy, dans sa réédition de GoUut (coll. 1614), ajoute que, de ce mariage, naquirent Bernard et Gatherine. Si ce détail, que je n'ai pu vérifier, est exact, les noms des enfants tout au moins concordent.

(3) Il était maître d'hôtel de Jean de Chalon, et figure à ce titre dans un acte de ce prince, du 17 mai 1492 (Bibl. de Besançon, Mss, coll. Droz, vol. 18, fo 35).

sonnages aux côtés du Christ, sont peints avec tant d'art, d'habileté. et de soin, qu'à les regarder on croirait voir non une image, mais le prince et Philippe Busguet en personne (1). Un tel chef-d'œuvre est un vrai régal pour les yeux. Il y a là aussi des statues taillées dans un marbre magnifique, ainsi que des sarcophages, où Philippe et sa famille ont été placés.

LÉON Alexandre de Nozeroy. — Sa demeure était fort importante (2). Il fit construire une chapelle dans l'église Saint- Antoine, et ce grand homme y est enfermé dans un petit tombeau. Il est mort le 17 janvier, l'an du Christ 1426.

Alexandre de Billecul, receveur général du prince (3), mourut le 20 juillet lv426. Le dernier de la famille fut

(1) D. Monnier a donné, dans V Annuaire du Jura pour 1858 (pp. 125-127) une description d'un tableau qu'il croit être celui-là même dont parle C, et qui, trouvé de son temps dans le Val de Mièges, fut recueilli par le vicaire général de St-Claude, l'abbé Girod. Le président Clerc, lisant devant l'Académie de Besançon, le 26 janvier 1866, son Mémoire sur Philibert de Chalon, mettait sous les yeux de ses confrères un croquis de ce « tableau si précieux. » M. l'abbé Brune, qui l'a vu à l'évôché de St-Claude et à qui j'ai demandé son sentiment, m'a répondu que, pour lui, ce tableau était une œuvre du XVI® siècle, non duXV«, etqu'il n'était pas exactement conforme à la description de C.

(2) Je n'ai pas de détails précis sur cette famille de Nozeroy, à laquelle appartenait Léon Alexandre (ou Léon, dont nous avons rencontré le nom plus haut, si, comme je le crois, les deux personnages n'en font qu'un). Je trouve un Alexandre de Nozeroy, prêtre familier de l'église de Mièges en 1437 (Manuel..., f° 15), Un autre Alexandre de Nozeroy, qui vivait à la même époque, était écuyer et trésorier de la maison de Chalon. Il fut la souche d'une famille qui s'établit ensuite à Salins et s'y éteignit au 17" s. ; c'est probablement de cette famille que sortait la mère de l'historien Girardotde Nozeroy (Dunod, t. III, p. 283. — Guillaume, t. Il, pp. 188-189).

(3) Vers le temps de G., le receveur général de la maison de Chalon recevait un traitement de 300 fr. par an. Les Archives du Doubs possèdent plusieurs comptes généraux de cette époque.

Jean. — On voit leurs tombeaux derrière les grilles de notre église, près du petit autel.

Les Magin. — A cette famille appartenaient Jean, Nicolas et Alexandre (1). (J'ai lu que le dernier fut curé de Mièges). Ils fondèrent une chapelle à Saint- Antoine, Téglise de leur paroisse.

Les DE Beauchamp. — On lit que cette famille a fourni un procureur général, Jean.

Les DE Porc (?). — Dans cette famille on trouve Etienne.

Les GoHARD. — Parmi lesquels on trouve Huet, Ferjeux et Jean. De même Etienne, sacristain de Téglise Saint- Antoine.

Les Bouvard. — De cette famille était Jacques, conseiller du prince et bailli (2).

Les Rosier. — Le dernier fut Lazare, fils de Jean Rosier, qui dévora en peu de temps tout son bien.

Les GoMiN. — Dans cette famille on trouve Gilbert, attaché à la cour du prince d'Orange, qui < était mon parrain. Il > mourut sans laisser de descendant.

Les DE Vers. — Pierre mourut le 24 juillet 1547. Roger fut le dernier, car il ne laissa que des filles.

Les DE Ploisy. — Pierre de Ploisy était argentier

(1) C'est dans la maison de Nicolas Magin que, le 3 août 1437» les familiers de Mièges donnèrent leur consentement à l'annexion de la cure et du prieuré de Mièges à la collégiale de Nozeroy. Quant à Alexandre, qui fut en effet curé de Mièges, on lit son nom dans la liste des personnes pieuses qui firent des fondations à St-Anloine de Nozeroy (Pidoux, op. cit., p. 18).

(2) Les Bouvard avaient été anoblis dans la personne de Jean, qui vivait en l'i61 et qui était procureur général au Parlement de Dole. Jacques, dont parle C, était un de ses fils (De Lurion, p. 104). Il figure dans un acte de 1497 avec le titre de « conseiller du prince d'Orange et receveur d'icelui en sa seigneurie de Nozeroy » {Inventaire de la maison de Chalon, Bibl. de Besançon, Mss., Coll. Droz, vol. 18, f» 38).

de Philibert de Chalon, prince d'Orange (1). Il mourut le 7 janvier 1531.

Les RÉMOND. — De cette famille était Laurent, qui fonda une chapelle à Téglise Saint- Antoine, sous le clocher (2).

Les Vermod. — Dont Guillaume, secrétaire et comptable du prince Philibert (3). Pierre son fils mourut le 8 août 1539. Voici son épitaphe, par Guillaume Vermod (4) :

Vermod, qui eût mérité de vivre la longue vie de Nestor, n'est plus que corruption et pâture des vers.

Les Vermod ont une maison magnifique à peu de distance de la place.

Jean de Goult. — Je n'ai trouvé, de cette famille, que celui qui porte ce prénom (5) ; il fit bâtir une chapelle dans l'église Saint- Antoine.

Les Escuyer. — De ce nom et de cette famille, Aimé, Jean et Guillaume, ce dernier chanoine à Saint- Anatoile de Salins.

Mais, puisque j'en suis venu à parler de ceux qui ont quitté la vie, je veux ajouter ici < mon grand-père Guillaume Cousin, qui mourut au mois d'avril, l'an 1519 (6), et > mes deux frères, Etienne et Louis. Le

(1) Son nom se rencontre souvent dans les titres de la maison de Chalon. — A la même époque, il y avait un autre argentier, Pierre MoNTENET, sieur du Nant (cf. plus haut, p. 49, n. 6).

(2) J'ai donné p. 49 une petite note sur ce personnage.

(3) C. a donné ci-dessus la date de sa mort et rapporté l'épitaphe qu'avait composée pour lui son petit-fils.

(4) Fils de Pierre et auteur de l'épitaphe dont je viens de parler.

(5) Ily a bien une famille franc -comtoise de Goux, de laquelle Jean, qui fut armé chevalier par le duc de Bourgogne en 1468 (Dunod, t. II, p. 357; III, p. 156. —De Lurion,p. 369).Maisje ne sais si c'est de ce personnage que C. veut parler.

(6) D'après une généalogie manuscrite de Chifflet, Guillaume Cousin était bourgeois de Nozeroy et chambrier de Hugues de

premier, maréchal de camp à Conroy en Brabant, près de Namur, après avoir été longtemps bloqué et assiégé par des ennemis Gueldres commandés par Martin Van RossEN, n'ayant plus à compter que sur ses forces, puisqu'il ne recevait pas de secours, perdit en même temps cette place et la vie en 1542, au mois d'août : c'était un homme assurément digne d'un meilleur sort (1). L'autre mourut dans une expédition anglaise contre la France, en 1546(2).

D'autre part, Nozeroy a des foires très fréquentées, qui se tiennent à des dates réglées, quatre fois par an. savoir: immédiatement après la Pentecôte, la Toussaint et la Purification, et pendant la première semaine du Carême (3).

Chalon. Sa femme se nommait Jeanne Roline; elle était nièce des sires de Vauferans (ou Vauxferrand?). Il avait une sœur, Marie, qui avait épousé un bourgeois de Salins, et qui mourut avant 1513 (Cf. Mémoires de la Soc. d'Emul. du Jura 1899,

(1) C'est ici un épisode de la longue lutte de François I*»" et de Charies-Quint. Ce Martin van Rossen, maréchal de Gueldres, commandait une des cinq armées que le roi avait mises en campagne en 1541 et qui attaquèrent les états de l'empereur par le Roussillon, le Milanais, le Luxembourg et le Brabant. Martin van Rossen mit le siège devant Conroy, où commandait Etienne Cousin et emporta la ville avant que Charles-Quint, surpris par cette attaque générale et soudaine, eût pu lui envoyer du secours.

(2) Louis Cousin mourut, comme l'indiquent les lettres d'anobîissement de la famille Cousin, « contre les François à Boulogne » (Mém. Soc. d'Emul. du Jura, 1899, p. 263), c'est-à-dire ail début de l'expédition dirigée contre la Picardie par le roi d Angleterre Henri VIII, avec qui l'empereur s'était hâté de s'allier pour résister à François h^. La date que donne ici Gilbert Cousin (1546) est donc erronée, et il faut lire 1544.

|3) « Il y a quatre foires l'année, assavoir le lundy après la Trinité, le lundy après la Toussaint, le lundy après la Chandeleur et le lundy après le dymanche des Brandons. » (Déclarailon et reconnaissance générale faite par les bourgeois du Val

En outre, le jour de la Saint- Antoine, fête du saint à qui est consacrée notre église, une vieille tradition païenne amène , de tous les environs , une grande affluence dans notre ville. On y vient tant à cause de saint Antoine que pour y voir une assemblée d'élégantes jeunes filles, la plus célèbre de toute la Bourgogne. Tout le jour se passe en jeux, en divertissements, en ganses : on s'amuse, < on boit, > on festine < on se querelle et on se bat : c'est bien ainsi qu'autrefois les païens fêtaient leur Bacchus (1) >.

Toutes ces commodités qu'offre notre ville s'accompagnent de certains agréments. A l'Est et au Midi, elle a une place contiguë aux remparts, appelée vulgairement La Portelle (2), et très ombragée par les arbres qui y ont poussé et par leurs vastes rameaux ; c'est là que les habitants se retirent quand ils veulent jouer et reposer leurs corps fatigués par la chaleur et la sueur:

Là les uns apprennent à parer avec le bouclier les coups de Fennemi, ou, au contraire, à reconnaître où Ton peut le

de Mièges le 2 juin 15^3. Arch. dép. du Jura, Chapitre de No^ zeroy, 2* carton). Il y a, comme on le voit, désaccord entre ce document et le texte de C. sur la première de ces foires. Rousset (IV, p. 498, col. 2) a reproduit les indications de C.

(1) D. Monnier (Annuaire du Jura pour 1852, p. 216), suivi par Rousset (IV, p. 174) partage l'avis de C. sur l'origine païenne de cette fête, et il s'appuie sur ce fait que Paul Mérula [géographe du 17« siècle] et le P. Joly (op. cit., p. 54) ont tous deux signalé cette « vogue » en y insistant. L'argument n'a aucune valeur, Cousin étant la « source » de Mérula, et Cousin et Mérula ensemble étant celles du P. Joly. A mon avis, il n'y a point de paganisme là-dedans, et cette fête, célébrée le jour où l'on honorait le saint auquel était dédiée l'église principale de Nozeroy, était tout simplement la fête patronale du pays, la Saint-Antoine, comme nous dirions.

(2) La place existe encore, avec des arbres magnifiques. Elle donne accès aux ruines du vieux château.

frapper. Un autre, sans relâckey courbe et bande Tare, pour lancer d'une main sûre le trait qui blesse.

Les petits oiseaux, épars de tous côtés sur cette promenade, réjouissent les voisins par leurs chants mélodieux ; mais surtout, ceux qui sont meilleurs chanteurs que le^ autres, caressent si bien Toreille que, sous le charme d'une telle musique, on oublie tout travail et tout souci. Engager là une douce et longue conversation avec un ami, y jouer avec lui, c'est le plus haut degré de la joie. On peut dire, mon cher Babet, qu'un tel lieu est digne de l'étude, qu'il est digne des Muses. De quelque côté qu'on regarde du haut de cette promenade, tout semble briller d'une beauté naturelle et répandre une sorte de joie, tellement ces jolies fermes, ces plaines fertiles, ces bois et ces prés verdoyants ont un éclat qui rayonne de toutes parts.

Ajoutez que le climat, agréable et d'une douceur rare, amène des villes voisines à Nozeroy un grand nombre de personnes qu'a rendues malades une atmosphère viciée et qui viennent y chercher le rétablissement, comme dans l'asile même de la santé.

Les armes de notre ville sont : de gueules à la bande d'or y et un sapin de sinople embrassé par un ours au naturel brochant sur le tout.

Descendons maintenant dans la campagne.

Nozeroy a, en outre, des bourgs et des villages étendus qui, pour la beauté des maisons, ne le cèdent à aucune ville ; on en compte plus de trente-six. Dans le nombre est Mièges, métropole du pays, le plus célèbre de tous ces bourgs. Mièges possède une grande basilique sous le vocable de saint Germain, que sa beauté et sa magnificence extraordinaire ont fait connaî-

tre en tous lieux (1), donnant une gloire éclatante à notre pays: car c'est de Mièges qu'il a tiré son nom (2). Les autres bourgs et villages s'appellent Mignovillard, Fraroz, Guvier, Bief-du-Fourg> Froidefontaine, Moumans, Gharency, Doye, Gharbonny, Onglières, Plénise, Plénisette, Esserval-Tartre , Esserval-Gombe , Genseau , Grangettes, Boucherans, Gommunailles, Petite Villard, Essavilly, Longooohon, Molpré, Trébief, Rix, Billeoul, La Favière, La Latette, ainsi appelée quod lateat, parce qu'elle se cache, Gemiébaud, Arsure-Arsurette, Gardebois, La Vessoye, Bief-des-Maisons, Palet,

(1) Elle avait été rebâtie presque totalement un siècle environ avant Cousin, par Louis de Chalon-Arlay.

*(2) Un excellent juge, M. Tabbé Brune, correspondant du Ministère de l'instruction publique et de la Commission des monuments historiques, a écrit sur l'état actuel de cette église les lignes suivantes : « Ce monument a perdu aujourd'hui une grande partie de sa valeur ; la tour et les nefs, incendiées au cours des guerres contre la France, ont été réédifiées dans le style classique. Mais le portail et les nombreuses chapelles qui bordent les bas-côtés subsistent encore. Le portail se distingue par une élégante simplicité. Sa haute arcade, aux proportions heureuses, est surmontée d'une archivolte ornée de choux délicatement ciselés. Entre ses moulures, des ceps de vigne serpentent, chargés d'oiseaux et de fruits ; on y voit des vendangeurs occupés à cueillir le raisin avec la serpette traditionnelle. Le tympan est orné de la statue de saint Germain, patron de l'église, et dans la partie supérieure, au-dessus d'une frise originale, se dresse celle du patron de Nozeroy, saint Antoine. Six autres statues complétaient la décoration. La chapelle seigneuriale, très élégant édicule, présente une entrée toute semblable. La voûte est ornée de hardis pendentifs auxquels sont fixés des quatrefeuilles remplis parle Christ bénissant et parles emblèmes des quatre évangélistes. » (Statues de l'école dijonnaise, dans Mém, de la Soc. d'EmuLdu Jura, 1900, p. 91-92). Cette chapelle est ornée de deux belles statues représentant la scène de l'An-

ainsi nommé quod pateaty parce qu'il est à découvert, Bonnet (1). Trois ont leurs églises en commun avec les villages qui en dépendent, savoir : Mignovillard, Fraroz, Cuvier. Trois ont de même leurs chapelles particulières: Bief-du-Fourg, Froidefontaine et Billecul.

Le sol, qui est tout particulièrement fertile, est propre à Télevage du bétail et à la culture. Il produit du froment commun, du blé blanc, de Porge, de Tavoine, des fèves, des pois, des lentilles, des vesces et autres légumes (2). Les chevaux, < qui sont renommés >, les bétes de somme, le bétail (3), y sont d'une fécondité qui n'est pas médiocrement utile à la nourriture des habitants. Les arbres y abondent, pommiers, poiriers, noisetiers et pruniers, cultivés ou sauvages (4). Des montagnes élevées et boisées forment de toutes parts une ligne de défense. Le pays a trois milles de long e( deux de large. 11 est arrosé par trois jolies rivières poissonneuses : deux baignent à l'ouest le pied de la colline; la troisième, qui sort de la Combe vieille ei

nonciation. M. l'abbé Brune, qui les a étudiées et fait reproduire dans le Mémoire dont je viens de citer un passage, les attribue avec beaucoup de vraisemblance à l'atelier de La Huerta, célèbre sculpteur de l'école bourguignonne.

(1) Tous ces villages ou hameaux font actuellement partie du canton de Nozeroy, sauf Gardebois, la Vessoye (Ghampagnole), et Bief-des-Maisons (Les Planches). Tous sont des communes, excepté Gharbonny (Mournans), Grangettes (Genseau), Boucherans (Communailles), Trébief (Rix), Patet (Essavilly), Bonnet (Froidefontaine), Gardebois (Chapois) et La Vessoye (Supt).

(2) Rousset (IV, p. 498) : « Le sol produit du blé, de l'orge, de Tavoine, beaucoup d'orgée, des légumes secs, de la navette, des pommes de terre, du lin, beaucoup de foin, des fourrages artificiels. »

(3) Rousset, /. cit, : « On élève dans la commune des bêtes à cornes... Aux foires,... on vend beaucoup de chevaux. »

(4) C. exagère, comme souvent, ou bien la culture de ces arbres a cessé. Rousset, /. cit. : « Le sol produit... peu de fruits. »

s'élargit en un étaugaux portes de la ville (1), la baigne à Test ; on l'appelle Le Serpentin parce qu'elle s'avance à la manière d'un serpent qui glisse en allongeant de nombreux anneaux (2). De toutes parts il y a des viviers très poissonneux. Ces trois rivières, à une portée de trait, arrivent à une pente, et là font mouvoir les roues de sept moulins qui ont reçu leur nom de ce Saut (3). En effet les eaux se précipitent en cascade du haut de la montagne avec une grande impétuosité et un grand fracas, roulant plutôt qu'elles ne coulent. Il y a aussi une grande quantité de ruisseaux qui coulent à travers les vallées, et beaucoup de sources jaillissantes dont les eaux sont bonnes et très fraîches. On trouve enfin quelques beaux étangs poissonneux ; celui qui touche au faubourg est le meilleur, parce qu'il renferme des .... et des brochets (?) d'une saveur recherchée (4).

(1) Cet étang existe encore au-dessous des fossés Est de la ville : c'est l'étang de la Septière, Traversé par le Serpentin, il sert d'écluse à un© taillerie de diamant, qui a remplacé un moulin. — Quant à la Combe vieille, bien que les deux éditions écrivent le mot latin comba avec un petit c, c'est un nom de lieu qui subsiste, et qui désigne une combe entre Longcochon d'une part, Rix et La Latette de l'autre. Le Serpentin en sort en effet.

(2) Les trois cours d'eau qui baignent le pied de la colline de Nozeroy s'appellent aujourd'hui : celui qui est à l'Orient, le Serpentin-, les deux autres, qui sont au couchant, l'un/e ruisseau du gouffre de VOule, l'autre la Serpentine. La Serpentine est la plus importante des trois rivières ; elle va se jeter dans l'Ain, à 2 km. 1/2 de Nozeroy, au lieudit Le Moulin du Saut.

(3) Dans une charte de 1261 (Cartulaire, n» 346), on voit déjà, figurer « un moulin sis au-dessous de la place-forte de Nozeroy » (in molendino sito subtus castrum de Noseroy). C'était probablement le Moulin du Saut, qu'on retrouve dans un titre de 1290 (Cartulaire..., n*» 410), et qui a conservé son nom en devenant une usine d'électricité. La Serpentine fait en effet à cet endroit, avant de se jeter dans l'Ain, un saut d'une vingtaine de mètres.

(4) Le texte latin a ici deux mots dont l'un, carpio, n'existe pas

Il y avait autrefois dans le pays des châteaux- forts, que les malheurs de la guerre ont complètement dévastés et dont on ne voit plus que des ruines. Tel est celui de Molpré, dit château de Bar{i), A Touest, près du ' village de Gharency, on trouve journellement en creusant le sol une grande quantité de médailles romaines; j'en ai vu quelques-unes (2).

Si Ton aime les bois, on a, de quelque côté qu'on se tourne, des montagnes couvertes de forêts, qui forment au pays, ainsi que je Tai dit, une ligne de défense, et où Ton peut entendre les chants variés des oiseaux. On y trouve aussi des cerfs et des lièvres timides et fuyards, enfin toute sorte d'animaux sauvages. Le pays offre encore bien d'autres ressources, des bois de construction fort beaux et très longs. On y récolte aussi de la résine.

Mais sur Nozeroy et son territoire je pense en avoir dit assez.

Au midi est une montagne élevée (3), qui domine le bourg étendu et très peuplé de Sirpd, et qui, à deux

et dont l'autre, lupus, n'a pas un sens bien certain. Chéreau traduit le premier par carpe, le deuxième par brochet.

(1) Rousset (IV, p. 243) : « Dans le lieudit Aux champs du château, à l'est du village [de Molpré], on trouve des murs de fondation construits en très belle pierre, et d'autres débris. Là était le château de Molpré, appelé du temps de G. Cousin, au XVI« siècle, le Château de Bar, »

(2) Le président Clerc [La Franche-Comté à l'époque romaine, p. 149) et D. ^QïimQT (Annuaire du Jura pour 1867, p. 65-6) parlent aussi de médailles romaines recueillies à Charency, mais ils se réfèrent tous deux à ce passage de C. , et ils ne disent pas

- qu'on en ait découvert plus récemment. Cependant l'affirmation • de C. n'est pas suspecte ; d'ailleurs une route ancienne qui passe à côté de Charency s'appelle le Chemin des Romains.

(3) Le point le plus élevé est à 250 m. environ au-dessus de Sirod; C. agrandit tout. Il est vrai que le P. Joly (op. cit.,^. 50) parle, lui aussi, des « hautes montagnes » où naît la rivière d'Ain.

portées de trait, sépare notre territoire de celui de Sirod. Cette montagne présente des enfoncements sinueux parmi lesquels s'échappe la rivière du Dain (1) de la manière suivante. Après une descente, on trouve un creux escarpé et profond, au-dedans duquel est une source d'une profondeur insondable, large peut-être d'environ dix pas. Des rochers épouvantables surplombent, jetant l'épouvante dans le cœur de ceux qui les contemplent, et, à travers le gouffre profond sort en bouillonnant une telle masse d'eau que, dès l'origine même, chose incroyable, la rivière serait navigable si les pierres et les rochers à travers lesquels elle coule ne s'y opposaient pas (2). .l'ose affirmer qu'il sort plus

(1) Le Dain, tel est en effet le nom que C. donne ici à la rivière que nous appelons Y Ain et que plus bas, chose bizarre, il appellera la rivière d'Ain. Le P. Joly (op. cit., p. 50) la nomme de même, et Ton retrouve la même orthographe dans les cartes anciennes. Mais les cinq chartes du Cartulaire de Clialon où il est question de ce cours d'eau, et qui sont du V6^ s., ont toutes la forme Ain (rivière d'Ain, val d'Ain). D. Monnier (Annuaire du Jura pour 1850, p. 379) cite, entre 820 et 1278, six dénominations latines de cette rivière, et aucune ne commence par un D. On pourrait croire d'abord que C. a été induit en erreur par ce fait qu'on disait presque toujours, non pas VAin, mais la rivière d'Ain (Quatre fois sur quatre dans le Cartul. de Chaloa), et que le souvenir du latin, où l'on dit, par exemple, la rivière Saône, l'a fait alors croire à une forme Dain: le texte de 1552 porte en effet, plus loin, rivière dain. Mais celui de 1562 a rivière d'ain, et la double orthographe de C. reste inexplicable. Gollut a une orth. plus bizarre encore, puisqu'il écrit /e d'Ain (p. 87).

(2) Le P. Joly (p. 50) : « Sa source est distante d'un quart « d'heure de Nozeroy, dans un cul-de-sac formé par de hautes < montagnes, dont les côtés sont couverts de bois. Le fond est « un roc escarpé, au bas duquel, et tout autour, règne une ban- « quette qui tient lieu de rivage. Un gouffre large et profond

.« produit la rivière... Elle ne m'a point paru aussi considérable ^ que G. Cousin l'a supposée, ni capable de porter des bateaux, « quand môme on briserait les rochers qui en embarrassent le « cours : elle tarit presque entièrement dans les grandes sèche-

d*eau de ce gouffre que le Lech (1) n'en verse dans le Danube, ou TAar dans le Rhin (2). Nous l'appelons dans le pays la rivière d'Ain. Elle reçoit divers cours d'eau : près de sa source, trois, qui naissent sur notre territoire; puis la Saine (3), rivière grande de réputation et de nature, qui sort du village de Foncixie auquel elle donne son nom (4), et qui coule à travers une vallée rocheuse en passant par Les Planches et Syam pour se jeter dans la rivière d'Ain près de Bourg-de-Sirod ; une autre encore, que les habitants appellent l'id/ig-f/fo/î, et qui se jette un peu en amont de Pon1>du-Navoy. Se grossissant ainsi de soixante autres cours d'eau, la rivière d'Ain descend et coule à travers la partie méridionale de la Haute -Bourgogne appelée la Comté et à travers la Bresse (5) qui s'étend

€ resses. Alors on voit son canal à découvert, large de dix pas, « où l'on descend sur un plan incliné. Je n'ai pas tenté d'y péné- € trer. »

D. Monnier (/. cit,, p. 379 et 380): « La Doye-d'Ain est le lieu « de sa source... Là, au fond d'un ravin boisé qui commence à « des bancs de rocher ouverts en fer à cheval, le volume d'eau « sort d'un gouffre de dix pas de diamètre, et blanchit parmi des «c blocs de pierres moussues dont la sombre couleur contraste «c avec l'écume... A la faveur d'une sécheresse, nous avons pu «( descendre un jour dans la ténébreuse et froide excavation de « la Doye-d'Ain, jusqu'à 40 pas environ, avant de rencontrer « l'eau. »

(1) Le Lech, affluent de droite du Danube.

(2) Comme l'Aar roule, à son confluent avec le Rhin, plus d'eau que le Rhin lui-même, il y a là de quoi donner une idée de l'imagination grossissante de notre auteur.

(3) C'est l'orthographe de la carte au I/IOOOOO». On écrit aussi Sene et Senne.

(4) Fbnt'Saine, source de la Saine.

(5) La Segusia, dans le texte; la Ségusie, dans Chéreau. Les limites données par G. ne laissent aucun doute sur l'assimilation de la Segusia et de la Bresse. Mais les Segusiavi de César (anc. éd. : Segusiani) n'habitaient pas le pays où les place C. :

entre le Doubs et le Rhône, et se jette enfin dans le Rhône, à quelques milles en aval de Genève, et en amont de Lyon. C'est d'elle, je crois, qu*est venu, par composition, le nom de Rhône (Rho-danus) (1). Elle nourrit des poissons excellents et dont la saveur est recherchée» truites ordinaires et saumonées. On y trouve aussi une foule d'autres poissons, surtout du fretin (2).

Mais puisque me voici arrivé dans le pays voisin du mien, je crois que je ne ferai pas mal de décrire, selon les ressources dont je dispose, quelques-unes des nombreuses localités de la Haute-Bourgogne dont Nozeroy est entouré, pour m'attirer la reconnaissance non seulement de mes contemporains, mais encore de la postérité, presque tous les auteurs, tant grecs que latins, par je ne sais quelle fatalité, n'ayant pas abordé ce sujet.

Je vais suivre un itinéraire bien arrêté, qui partira de l'Eurus (3), c'est-à-dire du Levant pour se détourner vers le Midi et, en passant parle Couchant, revenir au Nord. En suivant cet ordre que je me suis fixé, j'aurai plus de facilité à décrire le Comté de Bourgogne.

leur territoire correspondait à peu près à nos départements de la Loire et du Rhône ; leur centre fut à une certaine époque Forus ou Forum Segusianorum^ aujourd'hui Feurs. Plus loin (descripl. d'Orgelet), C. se servira de ce terme de Forum Segusianorum pour désigner la ville de Bourg-en-Bresse : c'est une conséquence de l'erreur géographique que je viens de signaler (Sur les Segusiaffi, cf. Desjardins, Géogr. de la Gaule romaine, t. II, p. 465).

(1) GoUut (p. 79) cite et accepte cette baroque étymologie du mot Rhodanus : « Le Rhosne est appelé Rhosdanus depuis que notre rivière d'Ain est entrée en icelny, comme diotM*" Cousin.»

(2)11 m'est encore impossible d'identifier le poisson que C. appelle mugU. Le mot est bien latin, mais, chez Pline, il désigne un poisson de mer.

(3) On donnait ce nom, chez les Romains, tantôt à un vent de S.- B., tantôt à un vent d'E.

A TEst et à main droite, vers la Savoie (1) et à deux milles environ, on trouve Mouthe, bourg semblable à une place fortifiée, et célèbre par la source du Doubs (2), lequel arrose doucement la ville en passant. < Mouthe reconnaît pour gouverneur Louis de Givria (3), personnage illustre au loin tant par sa noblesse que par sa piété >. De là, le Doubs coule directement vers Rochejean, qui conserve le nom de son fondateur (4),

(1) Pour ue pas accuser G. d'erreur dans l'orientation, il faut se rappeler que le pays de Vaud appartenait alors à la Savoie, et qu'ainsi c'était bien la Savoie qu'on trouvait en allant vers l'Est.

(2) Mouthe est actuellement un chef-lieu de canton du département du Doubs, arrondissement de Pontarlier. Le Doubs prend sa source à une très petite distance.

(3) Cousin écrit Syvriach, mais il faut lire certainement Civria. Civria est une dépendance de la commune de Bourcia, arrondissement de Lons-le-Saunier. Cousin a dédié ses Commentaires d'Arnobe sur les Psaumes de David « à l'illustrissime et magnifique Louis DE Syvriach, gouverneur et sire de Mouthe, protonotaire apostolique... » (Ed. de 1562, t. 1»^, p. 306). Ni D. Monnier (Ann, du Jura pour 185 k, p. 200-1), ni Rousset (art. Bourcia) ne citent ce personnage dans le bref historique qu'ils font de la famille de Civria; mais on ne peut douter qu'il n'ait été de cette maison.

(4) Rochejean est aujourd'hui une commune'du canton de Mouthe. C'est vers le commencement de 1267 que fut fondé, à l'extrémité de la plaine qui est au pied du Mont d'Or et qui est arrosée par le Doubs, le bourg de Rochejean. Jean de Ghalon l'Antique avait déjà commencé à y construire le château dont parle C. Sous les auspices de son fils et successeur JeandeChalon-Arlay, des colons furent attirés dans le pays pour le défricher. En 1270, on trouve déjà des bourgeois de Rochejean. En 1313, Jean de Chalon donnait au nouveau bourg des chartes de franchise sur le modèle de celles d'Arlay. Le château était voisin du bourg, lequel occupait alors un emplacement bien plus étendu que le village actuel. Il était assis sur un rocher, en face du centre du village moderne, sur la rive gauche du Doubs. Il souffrit pendant les guerres des Suisses, mais ne fut pas détruit à cette époque, malgré ce qu'on lit dans un ms. de la Bibl. de Besançon (Coll. Baverel, vol. 33). puisque C. nous dit qu'il était

comme il est arrivé souvent à d'autres cités. C'est la patrie de nos Vermod, jeunes gens très savants et très cultivés, et hommes d'un grand avenir. Il y a un château encore intact < et une fabrique de fer (1) > .

Puis le Doubs passe à, côté du monastère de Mont- Sainte-Marie, de Tordre de Citeaux (2), traverse le lac de Saint-Point^ arrose Pontarlier, Morteau, Vaulrey et St-Hippolyte, se détourne vers le Nord et arrive à Montbéliard ; puis il revient dans notre Bourgogne et baigne L'Isle, Glerval, Besançon, et Dole. Prenant ainsi naissance entre le Midi et l'Est, puis se jetant dans la Saône entre le Nord et l'Ouest, il enveloppe la Haute-Bourgogne de deux côtés, à l'Est et au Nord.

encore entier de son temps. En tout cas, il fut démoli complètement par les troupes du duc de Saxe-Weimar. Hugues II de Chalon en avait fait don à l'abbaye de Mont-Ste-Marie (Bourgon, Hist, de Pontarlier, t. I, p. 139, 152, 179. — Loye, Souvenirs Idstor. suivis d'Annales sur Rochejean ; Pontarlier, Laithier, 1835, p. 32-34).

(1) Ce sont les abbés de Mont-Ste-Marie qui, pour tirer parti des vastes forêts qui avaient été données au monastère par Jean de Ghalon-Arlay et dont ils transformaient le bois en charbon, installèrent les forges de Rochejean. Ils avaient le droit d'exploiter les mines de fer dans tout le territoire de Saint- Antoine (J. Gauthier et chan. Suchet, L'Abbaye de Mont-Ste-Marie, dans Mém. de l'Acad. de Besançon, 1883, p. 241. — Loye, Annales de Rochejean).

(2) Un humble ermitage, appelé V ermitage du Mont-du-Fourg, qui était habité depuis le début du 12« siècle par des moines agriculteurs, fut l'origine de la grande abbaye de Mont-Sainte- Marie. La transformation fut faite en l'an 1199 par Gaucher IV, sire de Salins, et approuvée en 1201 par Innocent III, et le nouveau monastère fut bâti à quelque distance de l'ermitage, dans le vallon qui s'étend entre le lac de Saint-Point et celui de Remoray. Les bâtiments furent complètement démolis sous la Révolution (J. Gauthier et le chanoine Suchet, /. cit., p. 233. — La charte de fondation est dans Y Histoire des sires de Salins, t. I«'» dMT.PreuveSy p. 92).

Mais voilà assez de détails sur le Doubs.

Dans l'église du monastère de Mont- Sainte- Marie, il y a plusieurs monuments des temps anciens. Il y reste surtout celui des princes d*Orange, comtes de Chalon, et de leurs enfants (1) . Fait d'une sorte de marbre , il est élevé, orné de grandes statues, et j'aurais peine à dire que j'ai jamais vu quelque chose de plus beau, de plus élégant et de plus grand. Ce monument renferme (2) :

Jean, comte de Chalon, mort le 28 sept. 1266 (3).

Dame Laure, sa mère(^^*c), morte le 27 sept. 1276(4).

Un autre Jean de Chalon, mort le 13 février 1300 (5).

(1) Ce monument funéraire était élevé dans la grande chapelle des Chalon, à FO. de Féglise de Tabbaye. Il est ainsi décrit dans un procès-verbal de visite (1768), qui est aux Archives du Doubs (série B) : « C'est dans la face méridionale de ladite cha- « pelle que se trouvent les mausolées des comtes de Chalon, « sur lesquels sont étendues quatre figures principales de gran- « deur naturelle qui, comme tout ce qui compose ledit mausolée, « paraissent être en pierres blanches du pays ; et, dans tous les « côtés qui ne sont pas appuyés contre ledit mur, on y voit tout «c à Tentour, des petites figures d'environ un pied de hauteur, € et au-dessus dudit mausolée on a place un tableau contenant « la description des noms de la plus grande partie des comtes tt de ladite famille morts depuis 1267. »

(2) La Biblioth. municip. de Besançon possède (Fonds Chîfflet, vol.I,p. 254-255) une copie du XVlI« s. de ce nécrologe des Chalon. J'ai relevé, entre cette copie (que je désignerai par Ms) et la transcription deC, quelques différences qu'on trouvera ci-après.

(3)Ms; 1267; Cartulaire de Hugues de Chalon, préface, p. XV et XXV : 30 septembre. — Ce Jean est Jean de Chalon LE Sage.

(4) Ms : 3 octobre. — Cette dame Laure est Laure de Com- MERCY, troisième femme et non pas mère de Jean de Chalon TAn tique. C. commet donc ici une erreur : l'inscription portait, d'après le Ms : ... Domina Lora, Mater Dni Joannis de Cabilone ; il n'a pas compris que ce Jean de Chalon est le suivant.

(5)Ms:13 févrierl314.Il s'agit ici de Jean de Chalon- ARLAY,fils des deux précédents.

Hugues de Chalon, mort le 4 décembre 1322 (1).

Un autre Jean de Chalon, évêque de Langres, mort 1(|;23 mai 1330 (2).

. Dame Beatrix de Vienne, morte le 10 juin 1347 (3).

Marguerite de Mello, morte le 24 décembre 1349(4).

Jean de Chalon, seigneur d*Arlay et de Cuiseaux, mort le 5 mars 1361 (5).

Louis de Chalon, mort outre mer, le 6 décembre 1367 (6).

Hugues de Chalon, mort le 30 novembre 1388 (7).

Henri de Chalon, seigneur d*Arguel, mort à Parmée du roi de Hongrie dans une guerre contre les Sarrasins, le deuxième jour de septembre, Tan 1397 (8).

(1) Cartulaire^ préface, p. XXI: 2 décembre. — Hugues I®»" de Chalon était le fils aîné de Jean de Chalon-Arlay. C'est lui qui fit compiler de 1317 à 1319, ce précieux Cartulaire que la Société d'Emulation du Jura a publié en 1904 (Sur sa vie, cf. la préface, p. XIX-XXI).

(2) Ce Jean qui fut évêque de Bâle, puis de Langres, était le deuxième fils de Jean de Chalon-Arlay.

(3) BÉATRix, fille d'Humbert, dauphin de Viennois, était lafemme de Hugues I**" de Chalon, qu'elle avait épousé en 1303 (Cartulaire, n» 516).

(4) Marguerite de Mello (dans le Beauvaisis), fille de Dreux IV de Mello, était veuve d'Amaury, sire de Craon, lorsqu'elle épousa Jean II de Chalon-Arlay, fils aîné de Hugues I•^

(5) Jean II, fils aîné de Hugues Io^ né en 1305, épousa successivement Marguerite de Mello et Marie de Genève. Ce fut un des illustres personnages de cette grande famille. Ses funérailles eurent le caractère d'un deuil public (J. Gauthier et chan. Suchet, op. cit., p. 237).

(6) Louis de Chalon, deuxième fils de Jean II de Chalon et de Marie de Genève, mourut en Grèce. Il avait épousé Marguerite de Vienne, fille de Philippe, sieur de Pymont.

(7) Hugues II de Chalon, fils aîné de Jean II et de Marie de Genève, mourut sans enfant.

(8) Henri de Chalon, sgr d'Arguel et de Cuiseaux, était le 2* fils de Louis de Chalon et de Marguerite de Vienne. L'expédition où il mourut est la croisade contre les Turcs, que comman-

Hugues de Chalon, fils de Jean, seigneur de Saint- Laurent, mort après (?) son père, le 25 juillet 1400. Sa succession fit naître un grand procès (1).

Jean de Chalon, prince d'Orange, seigneur d'Arlay, mort à Paris le 2 septembre 1418 (2).

Eléonore, princesse d'Orange, dame d'x\rlay, fille du wmte d'Armagnac et d'Isabelle, fille du roi de Navarre. Elle mourut à Nozeroy le 11 décembre 1456 (3).

Louis DE Chalon, prince d'Orange et seigneur d'Arlay. Il mourut à Nozeroy le 13 décembre 1463 (4).

dait le roi Sigismond de Hongrie, et qui se termina par la bataille de Nicopolis (2*5 sept. 1396), oii les croisés furent battus par Bajazet.

(l)Le Ms donne la même date et la môme indication sur la succession de ce prince, que Dunod appelle Huguenin dans sa 6'i« table généalogique. Mais son père étant mort en 1418 (Cf. la note suivante), il est probable qu'il faut lire avant au lieu de après, bien que le Ms ait aussi après (post). D'ailleurs ces difficultés nées de la succession de Hugues ne s'expliquent bien qu'ainsi.

(2) Il s'agit ici de Jean III, qui épousa en 1389 Marie de Baux, héritière de la principauté d'Orange. Sa femme mourut en 1417, lui laissant par testament cette principauté : Jean III fut ainsi le premier prince d'Orange de la maison de Chalon. « Chambrier » de France en 1415, il mourut de la peste à Paris en 1418.

(3) Eléonore, fille de Jean IV d'Armagnac et d'Isabelle de Navarre, épousa en 1446 Louis de Chalon (Cf. la n. suiv.).

(4) Louis de Chalon, dit le Bon, fils aîné de Jean II ï et de Marie de Baux, né en 1390, épousa Jeanne de Montbéliard, Eléonore d'Armagnac et Blanche de Gamaches,qui lui survécut. « Il dépensa pour ses seuls châteaux plus de trois millions de (( notre monnaie. Retiré à 40 ans dans son château de Nozeroy, « véritable palais qu'il avait entièrament rebàtj, sa cour riva- « lisait de splendeuravec celle deDijon... En 1437, il commanda « à Jean de la Huerta un tombeau analogue à celui du duc Phi- « lippe le Hardi... Ce monument, qui n'était pas encore terminé « en 14'*7, était couvert de « six statues gisantes, entouré de « lions, d'anges tenant des armoiries, et de seize pleureurs ou

Hugues de Chalon, seigneur de Ghatelguyon. II mourut à Nozeroy le 3 juillet 1469 (1).

Louis de Chalon, seigneur de Nozeroy et de Ghatelguyon. II mourut à Tarmée du prince Charles, duc de Bourgogne, au siège de Granson, le 2 mars 1475 (2).

Jean de Chalon, prince d'Orange (3), eut deux femmes : la première, Jeanne de Bourbon (4), qui mourut le 15 juillet 1493; la deuxième, Philiberte de Luxembourg (5), de laquelle il eut Claude (femme de Henri de Nassau, comte de Vienne, et mère de René), Claude et Philibert, princes de Chalon. Il mourut le 15 avril 1502 (6), Claude le 8 novembre 1500, et Philibert le 3 août 1539 ; Philiberte elle-même mourut en 1540 (7).

Le noble et illustre Guillaume de Vautravers quitte labbaye de Baume, où il était infirmier (8), et il est mis

« pleureuses debout entre les colonnettes du socle. » (Abbé Brune, Statues de V école dijonnaise^ dans Mém. de la Soc. d'Emul. du Jura, 1900, p. 91).

(1) Il y a ici une erreur de date. Le Ms et Dunod font mourir Hugues de Chalon, sgr de Ghatelguyon, le 3 juillet ii90, après son frère Louis, dont il est question dans la n. suiv. Tous deux étuient fils de Louis, dit le Bon.

(2) Ms : 3 mars 1475 (1476, n. st.). — Le Ms s'arrête ici. 13) Fils de Guillaume, et petit-fils de Louis le Bon.

(4) Fille de Charles I«^ duc de Bourbon.

(5) Fille d'Antoine, comte de Brienne, et de Marguerite de Bauffremont.

(6) Entre le 6 et le 12 avril (U. Robert, op. cit., p. 7 et n. 2).

(7) Le 20 mai 1539 (id., ibid., p. 465).

(8) rinftrmîer était un des douze officiers claustraux de l'abbaye de Baume (On trouvera l'énumération de ces douze dignitaires dans le Manaale administrationis publié par B. Prost dans les Mém. de la Soc. d'Emul. du Jura, 1871-72, p. 243 el suiv. .. Cf., du môme : Le.s dalles funéraires de V abbaye de Baume, id., 1877, p. 505, n» 4). — Guillaume de Vautravers était « enfermier » à Baume en 1544 (Inventaire de Baume (175 ê). Arch. du Jura, fonds non classé). Il fut abbé de Mont-Ste-Marie depuis 1555, et aussi abbé du Miroir. On le voit assister en 1568 et 1574 aux Etats de Franche-Comté, et faire en 1580, avec son frère

à la tête de celle de Mont-Ste-Marie le 13 décembre 1555, après la mort de l'abbé Louis de Vers (1), qu'on enterre dans la même église et dans une chapelle particulière le 5 décembre 1553.

De Rochejean on va en droite ligne, en suivant la direction du mont Jura, à Jougne(2), place forte très ancienne, construite sur une colline élevée et escarpée à la frontière de la Savoie (3), et écrasée sous les neiges

Claude, doyen de Poligny, une donation à l'église Saint-Just d'Arbois. Il eut deux coadjuteurs à Mont-Ste-Marie: en 1583, Simon Froissard, et, depuis 1588, Philibert, dit Charreton, qui fut son successeur. Il mourut le 22.avril 1589 (Gallia christ., t. XV, p. 306 C. — J. Gauthier, Inscriptions cisterciennes du diocèse de Besançon, dans Mém. de l'Acad. de Besançon, 1882, p. 335. — Id., L'Abbaye de Mont-Ste-Marie, dans Mém, Acad, Besançon, 1883, p. 258. — Annuaire du Jura, 1881, p. 80).

(1) Louis DE Vers fut abbé de Mont-Ste-Marie de 1509 à 1553 (Il était aussi abbé de la Charité depuis 1525 ou 1526).

Son véritable successeur à Mont-Ste-Marie fut, non pas Guillaume de Vautravers, mais Guillaume de Mat>îdre (1553 à 1565). C'est seulement en 1565 que Guillaume de Vautpavers monta sur le siège abbatial (J. Gauthier etchan. Suchet, op. cit., p. 258). Louis de Vers était mort, comme le dit G., le 5 déc. 1553 Sa tombe existe encore à Granges -Ste-Marie (J. Gauthier, Inscriptions cisterciennes..., p. 335). — C. dédia à Louis de Vers son Oixlrr^ç, sive de officio famulorum (L'épître dédicatoire, où il l'appelle son Mécène, est datée de Fribourg-en-Brisgau, le 16 mars 1535. Elle est au t. \^^ de l'éd. de 1562, p. 218).

(2) Jougne est actuellement une commune du canton de Mouthe, département du Doubs. — Le bourg de Jougne avait été d'abord une station romaine ; puis il était devenu un fief de la maison de Chalon. Deux châteaux le protégeaient alors: l'un était bàli sur une des cimes du Mont-d'Or, l'autre sur les bords de la vieille voie romaine d'Orbe à Pontarlier; ce dernier fermait l'entrée du bourg du côté franc-comtois. En outre, une enceinte fortifiée entourait les maisons. Cet ensemble redoutable de fortifications avait beaucoup souffert au cours des âges, et, en particulier, pendant les invasions suisses de la fin du XV» siècle.

(3) Pour le sens géographique qu'il faut donner au mot à cett« époque, voir plus haut.

et sous d'épaisses forêts. J*y ai deux sœurs, l'une Jeanne, mariée à Jean Gaffoz (1), gouverneur de la place, Tautre, Marguerite, à Etienne Grasset (2), premier greffier. C'est là qu'on traverse le Jura et que l'impôt est perçu sur les objets exportés (3). Le faubourg situé à rO. de la ville s'appelle Les Hôpitaux, et ce nom a été donné aussi à un bourg voisin (4). J'ai voulu, en l'honneur de Jougne, ajouter ici cette pièce commémorative (5) :

(1) Jean Cafpoz (ou Cafpod) fui déclaré amodiateur dei setgneuries de Jougne, Rochejean et Ghàtelblanc, »n 1570, moyennant la somme de 1405 fr. (Arch. du Doubs, B. 1824). « Sa famille s'est éteinte seulement de nos jours. » (Bourgon, op. cit. t. !•', p. 250).

(2) C'est dans la bouche d' Etienne Grasset que C. met l'explication du Pater, sous forme d'une exposition faite devant CafToz et à sa prière (Precationum liber, dans l'éd. de 1562, t. II, p. 264-5)

(3) Le péage de Jougne remontait à une époque lointaine. Au XII» siècle déjà, on le trouve établi au bord de l'antique route, par où passaient les marchands italiens qui, à travers la Lomhardie et la Suisse romande, venaient vendre leurs tissus et faire commerce de leur or dans notre Comté. Ses produits enrichissaient alors quatre ou cinq familles féodales, ou franc-comtoises comme les Bannans, ou helvétiques comme les Vaumarcus. Vers la fin du XIII» siècle, grâce à des acquisitions successives faites par Jean de Ghalon l'Antique et son fils Jean de Chalon- Arlay, le territoire de Jougne était devenu la propriété exclusive des princes de Chalon, sous la suzeraineté de l'empire, et les produits du péage étaient perçus à leur profit (Cartul. de Chalon, n»« 17, 340, 437. — Loye, Souvenirs sur Rochejean, n. de la p. 154. — Ann. du Doubs, 1846, p. 162-163. — J. Gauthier Charte des coutumes de Jougne, dans Mém, Soc. Emul, du Doubs, 1872, p. 123-124). — Par sa position même, Jougne devait être et rester un bourg à péage, et en effet les douanes françaises y ont encore un bureau.

(4) Il y a actuellement deux communes du canton de Pontai^ lier qui portent ce nom, Les Hôpitaux-Neufs et Les Hôpitaux-Vieux.

(5) Elle est citée par Gollut (p. 79) qui ajoute qu'elle est € in-»

La montagne était inculte, et tout le pays restait abandonné, en proie aux brigands. Enfin César y élève dies tours et des murailles, et la ville prend de lui son nom de Junia, Un peuple nombreux l'habite, • aujourd'hui nourrisson de Mars, et soumis à l'empire du magnanime César.

Dans le pays, il y a un grand nombre de fourneaux où Ton fabrique le fer.

En tirant à gauche depuis Nozeroy, on passe rapidement au village de Frasne (l),qui ressemble à une ville, et qui tire son nom du frêne^ l'arbre bien connu. Puis vient La Rivière (2) (ou Rive), patrie de notre ami Claude Frontin (3). On l'appelle ainsi parce • qu'elle est située sur la rive d'un lac très peuplé de .gros brochets (?)et d'autres poissons, et que de l'autre

cisée en une pierre de l'Eglise. ». 11 est probable qu'elle est l'œuvre de Cousin.

(1) Commune du canton de Levier, arrondissement de Pontarlier.

(2) Commune du canton de Pontarlier.

(3) Claude Frontin était un ami de Cousin et de Basile Herold. Il figure, ainsi que C, comme interlocuteur, dans les deux dialogues, Scipio et Nero, que Herold publia chez Oporin à Baie en 1558. Dans une lettre datée de Sirod, le 21 juillet 1546 [et non 15 ^9 , comme le porte le texte], C. l'appelle « sacellanus meus », mon chapelain. Enfin il y a de lui, dans les œuvres de C, plusieurs pièces de vers; l'une à Hugues Babet pour lui dire combien la Comté doit lui être reconnaissante d'avoir excité l'émulation de C. et de l'avoir ainsi amené à décrire son pays (éd. de 1562, t. le»*, p. 432); une autre à son village de La Rivière pour lui montrer tout ce qu'il doit àC. qui, en citant son nom dans sa Description, l'a rendu immortel (id., p. 433); une

' autre encore à C, sur la mort de G. de la Baume, avec l'épitaphe de l'enfant. (Ces poèmes furent réunis par lui, avec ses œuvres en prose, dans un volume qui parut à Bâle en 1556 : Claudii Frontini Ripariensis poematia et epigrammata et alia qiiaedani prosa oratione excusa. Cf. Biblioth. de Gesner-Frisius, éd. de 1583, p. 151). — Claude Frontin avait un neveu, Anatoile, dont le nom revient souvent dans les œuvres de C. (Anatholius Frontinus nepos tuus).

coté une rivière qui sort de ce lac entoure le village. Le /? a été changé en v par les gens de notre pays, chez qui rive^ correspond à « ripa » et rivière à « rivus ».

LA RIVIÈRE (DOUBS) au XVIe Siècle.

La campagne est très fertile et couverte de nombreux villages. On y trouve un autre lac, qui est souterrain, et qui est un jeu merveilleux dç la nature. En effet il se produit à la surface de Teau un limon qui durcit à ce point qu'il parait former un terrain ferme ; pourtant on ne pourrait s'y aventurer sans danger ni à cheval ni en voiture, mais seulement à pied. Si le ciel est pluvieux et nuageux, le lac n'apparaît pas, sauf au moment où le temps va se remettre au beau. Alors par des fissures de la croûte il monte rapidement et inonde toute la plaine de Sainte-Colombe (1). Il est dominé à l'Est par une

(1) Ste-Golombe est un village voisin de La Rivière. — Le pays est couvert de marécages et de tourbières, et l'imagination de C. a compliqué et modifié un effet naturel pour le transformer en un phénomène merveilleux. Il a voulu désigner ici en parti-

montagne élevée d'où sortent des sources abondantes qui s'y jettent de toutes parts (1).

Entre Nozeroy et La Rivière, sur le territoire de Bonnevaux, il y a un autre lac (2), peuplé de brochets (?), de perches et d'autres poissons, qui, tous les sept ans, se retire et disparaît pour quelques semaines, puis apparaît de nouveau. Ce phénomène est merveilleux et s'impose à la croyance.

De là nous arrivons sous les murailles élevées d'une ville magnifique qu'on a appelée Pontarlier, c'est-àdire « le pont près de la hauteur « (3) (j)ons prope arcem)^

culierle Gouttereau [Goutarot sur la carte du Service vicinal)* Le Gouttereau, écrit Girod-Chantrans (Essai sur la géagraphie..., du Doubsy Paris 1810, 1. 1®"*, p. 27-28), « est une sorte de prairie « portée sur environ deux pieds d'eau. Son sol, composé de € végétaux en putréfaction, lui assigne une origine semblable « à celle de plusieurs autres îles également flottantes, que Von « a observées dans différents pays aquatiques... Il me paraît « d'ailleurs que l'explication de ce phénomène tient essentielle- «( ment à celle de la formation des tourbières. » L'Annuaire du Doubs pour 1848 (p. 117), rappelant ce passage de 0., parle aussi du Gouttereau, c lac souterrain entre La Rivière et Bannans». J'ai trouvé encore, dans les Mss. de laBibl. de Besançon (coll. Baverel, vol. 32), quelques mots sur ce phénomène, mais l'auteur ne fait guère que reprendre, en la résumant, la description de Cousin. GoUut n'en dit rien.

(1) Cette montagne est le Laveron, qui domine la plaine d'environ 250 mètres.

(2) Bonnevauz est une commune du canton de Mouthe . Quant à ce lac dont parle C, c'est simplement l'étang que les cartes appellent V étang de Frasne.

(3) Je n'ai pas besoin de dire ce que vaut encore cette étymolegie. — Droz (Hist. de Pontarlier, 1760, chap. 1) donne tous les anciens noms de la ville et de la plaine ou Chaux d'Arlier depuis 942 ; il discute les nombreuses étymologies qu'on a proposées et s'arrête à une origine celtique : pont et chaux (ou chaumes) des marais. — Gollut (p. 88) donne une prononciation locale du moi, pont Elie, et il part de là pour donner des étymologies encore plus fantaisistes que celle de C. : la ville aurait été nommée

parce que la ville est construite en plaine, au 'pied de deux montagnes, sur les rives duDoubs. G^est la patrie et le pays natal d'un homme aussi savant qu'éloquent, qui est un Mécène pour tous les travailleurs, Henri Colin, conseiller de l'empereur Charles-Quint et viceprésident à Dole (1). Pontarlier est la patrie d'un autre jurisconsulte aussi savant et expérimenté, Baptiste Colin. Cette ville a trois paroisses et un couvent d'Augustin s.

PONTARLIER au XVI« Siècle.

ainsi « pour cause du pont que -^lius Adrianus, 15® empereur « des Romains, y bastit, comme les doctes pensent..., combien « que les vielles gens songent au Prophète Elie et à un Htrmite « de ce nom. »

(1) Henri Colin, seigneur de Valloreille, était originaire de Pontarlier et fils de Pierre, marié en 1449 à Pétronille de Clervaux. Lui-même avait épousé en 1526 Nicole de Vers, tante de C. Docteur en droit et échevin de Pontarlier, il fut ensuite conseiller au Parlement de Dole — Nicolas Perrenot ayant résigné sa charge en sa faveur — puis vice-président. Après la mort du président Desbarres en 1565, il intrigua pour le remplacer. 11 cultivait l'amitié du cardinal de Granvelle et implorait en secret son

Près de Pontarlier est le château de Joux, citadelle très fortifiée et inexpugnable, placée au sommet d'une colline, dans une position très élevée, et dont les pentes escarpées sont si difficiles à escalader qu'il paraît impossible de remporter d'assaut (1). Sous ses murs, bien des armées suisses ont été écrasées du temps de nos ancêtres et du nôtre (2). Elle est aujourd'hui commandée

appui ; mais il lui inspirait une profonde défiance, et il semble bien en effet qu'il n'était pas hostile au protestantisme, ni étranger aux menées de la Ligue des Gueux en Fr.-C. (Clerc, Hist. des Etats généraux...^ dans Mém. Soc. d'Emul. du Jura, 1878, p. 202). Il échoua. — Il eut deux fils, Louis et Jérôme, dont C. fut le précepteur et pour lesquels il écrivit ses Syntaxeos tabulée . — C. l'aimait beaucoup. Jouant sur son nom et faisant allusion à ses mérites, il l'appelait, non plus CoUnœus, mais Callineus (de To 7LQà\ùç, la beauté). Après la mort de sa mère, il lui envoya une Conso/aa*o« d'une longueur effrayante. Colin vivait encore en 1569, puisque le 28 février de cette année, il était commissaire du roi aux Etats de Fr.-C. tenus à Dole (Ed. de 1562, t. I, p. 172, 196, 218, 232 et suiv., 302-304. — Bibl. de Besançon, Mss., Recueils Boisot, 1206, f» 448. — Clerc, id., p. 214. — Droz» Hist, de Pontarlier, p. 106).

(1) Le château de Joux existait depuis le X« siècle, et la France a encore un fort en ce lieu, très important au point de vue stratégique, puisqu'il commande un défilé où se confondent les deux routes venant de Neuchâtel et de Lausanne en France. GoUut, après C, signale sa forte position: c Ce chasteau est sur la « pointe d'un roc (semblant de loing une pyramide), coupé à « l'entour, fors a une advenue bien tranchée et remparée > (p. 79-80). — Le château de Joux avait été le manoir d'une puissante famille féodale de même nom, qui dominait sur une partit des hautes sommités du Jura. Possédé ensuite par les familles de Blonay, de Vienne, puis de Neuchâtel, il avait passé, par voie d'acquisition, vers 1455, aux mains du duc Philippe le Bon, père de Charles le Téméraire (Cf. J.-L. d'Estavayer, Histoire généalog. de la maison de Joux, dans Mém. et documents inédits sur la Fr.-C, t. III, p. 191 et n. 1). Livré à Louis XI, il avait été repris en septembre 1507 par Louis de Vaudrey, pour le compte de l'empereur Maximilien.

(2) C. veut certainement parler ici des incursions suisses en

par Antoine de Laubespin, homme de grande noblesse, chevalier, seigneur de File (1).

A gauche de Pontarlier est la petite place d'Usier, avec un château et quatre villages dont les habitants sont spirituels et facétieux: on cite souvent leurs bons tours et leurs bons mots (2).

Comté, à répoque de Charles le Téméraire ; la forteresse de Joux résista, tandis que « tous les pays à l'entour furent destruicts et bnislés. > (Arch. du Doubs, /npenf . de laCh. des comptes, J. 72. Cf. J.-L. d'Estavayer, op. cit., p. 195, n. 1, et, aux Preuves, le n* XVII). Pour les temps plus anciens, je ne sais à quels faits de guerre Cousin fait allusion, et je n'ai rien trouvé dans GoUut sur ce sujet. J'y relève seulement cette erreur que c'est au-dessous du château de Joux que « les Sequanois outroïèrent libre passage aux Helvétiensvoulans changer de demeurances et pays, au temps de Cœsar » (p. 79).

(ij Antoine de Laubespin, sgr de l'Ile, l'Aigle, Publy, etc., était le fils d'Aimé et d'Anne de Gaignaire (dont la tombe se voit encore dans l'église de Chilly-le- Vignoble). Gentilhomme de la maison de S. M., il fut capitaine du château de Joux de 1537 à 1557 et mourut en 1558. Il avait été reçu chevalier de St-Georges en 1549. — On trouvera de nombreux détails sur les Laubespin et une ample bibliographie dans B. Prost, Notice sur sept dalles funéraires franc- comtoises (Mém. de la Soc. d'Em. du Jura, 1878, p. 552-556).

(2) Le château d'Usier (ou Usîe) existait bien avant 1199 (Les Sires d'Usie, dans Mém. et doc. inéd., t. III, p. 230-231). Il s'élevait en plaine dans ce qu'on appelait le val d'Usie, d'Usier om des Usiers (canton de Levier). Quatre villages y étaient bâtis à peu de distance l'un de l'autre, Sombacourt, Bians, Gouz et Eglise (les trois premiers sont devenus des communes). Un marché important s'y tenait au moyen âge, et les sires d'Usier tenaient le tout en fief des comtes de Chalon (Le Cartulaire fait souvent mention du val, des sires et du marché). — Au temps de C, le château avait pour gouverneur Simon d'Eternoz, nommé à ce poste par Charles-Quint, le 4 juillet 1549 (Mss. de la Bibl. de Besançon, coll. Baverel, vol. 33, art. Goux), et, depuis le 31 oct. 1559, Gérard de Watte ville avait la jouissance viagère du château et de la seigneurie, qu'il avait reçue de Philippe II {Les Sires d'Usie, p. 245).

De là, on va en droite ligne à Vercel (1), dont les murailles sont maintenant en ruines (On trouve une ville du même nom en Italie, sur les bords de la Sesia) (2). Là est né Gérard Burnel de Vercel, homme d'une hoiinéteté et d'une érudition également admirables, qui est mort à Paris en 1544 (3).

Puis on arrive en peu de temps à Morteau (4), grande ville, mais qui, elle aussi, n'a pas de remparts. On lui a donné ce nom parce qu'avec ses villages et ses divers écarts elle est tombée en servitude de mainmorte. En effet, le droit de mainmorte sur ces terres a été accordé par les seigneurs du lieu au prieur, et ainsi les habitants lui doivent de leur vivant obéissance comme bénéficiaire, et, à leur mort, ils lui apportent un bénéfice qui vient augmenter la fortune du prieuré (5).

Le P. Joly (op, cit., p. 71) prend à C. le détail qu'il donne sur l'humeur caustique des gens d'Usier, mais il interprète fort mal son « quatuor vicis », car il parle des quatre rues d'Usier, tandis qu'il faut entendre quatre villages.

(1) Département du Doubs, arrondissement de Baume-les- Dames.

(2) Chef-lieu d'arrondissement de la province de Novare.

(3) GÉRARD DE Vercel était né vers 1480 à Vercel : il en prit le nom, et c'est le seul sous lequel il soit connu (ce nom de Burnel n'est donné que par G.). Venu jeune à Paris pour y perfectionner ses connaissances, il s'acquit l'estime des savants par les qualités de son esprit et de son cœur. Il est probable qu'il enseigna les lettres latines dans quelque collège ; mais il exerçait en même temps les fonctions de prote et de correcteur dans l'imprimerie de Badius. Il était lié d'une amitié très étroite avec Geoffroy Tory. On lui doit plusieurs bonnes éditions de classiques latins, entre autres un. Tite-Live in-fo (Cf. un art. de Weiss dans la Biogr. univers, de Michaud, 1838, Supplément, t. 65, p. 283). — L'éd. de 1552 donne de cet érudit une pièce de ver^ Super jucundo in urbem Lutetiam introitu Caroli V Csesaris semper Augusti.

(4) Aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Poïitarlier.

(5) Les détails que donne G. sont exacts. Un monastère et

Son territoire est traversé par le cours tranquille du Doubs. < On y trouve plus de dix*huit villages >.

De là rendons-nous directement à Saint*Hip* polyte (1), votre pays natal, que la nature a entouré d'une ceinture de montagnes qu'on croirait artificielle ; c'est une ville ancienne qui tire son nom, je crois, d'Hippolyte, jeune patricien romain, chrétien fervent et martyr, qui, dans sa jeunesse, par haine du sexe féminin, se voua tout entier aux travaux de Diane, méprisant la divinité de Vénus (2). Vous l'imitez, mon cher Babet, et

Vous dites adieu à Cypris.

une église furent bâtis au début du XII* siècle au lieu qui devait devenir Morteau. Des moines de Cluny y furent appelés, et l'église et les terres furent donnés en 1110 par Rodolphe de Neuchàtel à son frère Hugues, religieux de Cluny, institué prieur du nouveau monastère. L'endroit venait de prendre, sans doute du cours tranquille du Doubs, le nom de Morte-Eau (prioratus de Mortua aqua, dans CartuL de C/ialon, n* 400). L'appellation fut adoptée, et un boui^ naquit autour du monastère ainsi fondé. On vint en foule dresser des cabanes auprès de cette église : tous recevaient des terres à cultiver et devenaient les serfs du prieuré. D'ailleurs cette servitude n'était point absolue: dès la fin du XII» s., un prieur accordait aux habitants quelques franchises, et l'on voit ces habitants faire souvent dans la suite une opiniâtre résistance à leurs maîtres. L'affranchis* sèment définitif et officiel des personnes et des biens fut octroyé le 30 sept. 1600 par Jean Richardot, évéque d'Arras et prieur commendataire de Morteau depuis 1594 (E. et Ch. Willemin, Le Prieuré de Morteau, 1838. p. 95 et suiv. — Annuaire du Doubs pour i8k6, p. 277-282. — Abbé Narbey, Les Hautes montagnes du Doubs, 1868, p. 84-85 et 120-123).

(1) Aujourd'hui chef-lieu de canton du département du Doubs, arrondissement de Montbéliard. — St-Hippolyte a encore une usine métallurgique importante.

(2) La légende d'Hippolyte et de Phèdre est trop connue, tout au moins par la tragédie de Racine, pour que j'aie à souligner ici l'étrange déformation, plutôt digne du Moyen- Age que de la

Ce territoire était primitivement boisé, mais, comme il était riche en fer, les forêts ont été coupées pour l'entretien des fourneaux et le travail du métal, et on a mis ainsi à découvert des plaines labourables. Les habitants, d'un tempérament très solide (1), vivent jusqu'à un âge très avancé ; et, malgré le poids des ans, ils ne renoncent au travail que lorsqu'ils atteignent la décrépitude. Us sont plus grands que les autres Bourguignons, et ils sont vaillants à la guerre. Les habitants de la campagne sont bien doués pour les ouvrages manuels et pour l'agriculture. Ils fabriquent avec habileté des instruments et des ustensiles en bois pour l'usage domestique, et ils les exportent dans le voisinage.

Passons maintenant de l'Est au Midi (2), en suivant Tordre que nous avons arrêté.

A un mille de Nozeroy, sur une hauteur, est Bourgde-Sirod (3). L'Ain passe au pied, plus calme que partout ailleurs, et il atteint bientôt le territoire de Ghampagnole. Bourg-de-Sirod est à moitié détruit, ses murailles ayant été jetées à bas par d'Amboise, et son marché a été transporté au village de Sirod (4), qui offre l'aspect d'une petite ville. Bourg est la seule ville de la Haute-Bourgogne qui ait conservé son nom ancien. En effet, dans les premiers temps, les Burgondes

Renaissance, que lui fait subir G. en transformant ce Grec païen en un Romain chrétien.

(1) Paul Merula, cité parle P. Joly (p. 31), donnait le même détail ; il l'avait certainement pris, comme bien d'autres que je n'ai pas jugé utile de rapporter, à notre auteur.

(2) C. dit exactement « au Midi et àl'Auster ». L'Auster étant chez les Romains, le vent du Midi, je n'ai pas cru nécessaire de conserver cette redondance.

(3) Commune du canton de Ghampagnole.

(4) Autre commune du canton de Ghampagnole, toute proche do Bourg-de-Sirod.

avaient leurs places fortes sur les hauteurs, et ils avaient bâti sur des collines élevées un grand nombre de villes que, dans la langue germanique qu'ils parlaient alors, ils appelaient Burg (ce mot vient évidemment du grec irûpyof, qui désigne une tour, une forteresse et un ouvrage avancé. Les Romains aussi appelaient Burgum un château- fort, au témoignage de Végèce) (1). Quant aux autres forteresses, ou plutôt aux autres villes (car, dans les temps anciens, forteresses et places fortes étaient comptées pour des villes), elles ont été détruites par les fréquentes invasions des ennemis, ou bien, après avoir pris un rapide développement, elles ont reçu un nom nouveau tout en conservant Tancien : ainsi Salins, Nozeroy, Arlay et d'autres aussi, qui maintenant encore sont divisées en Bourg dessus et Bourg dessous. C'est de là aussi, je pense, que les habitants des cités, des places et des lieux ainsi fortifiés d'une enceinte munie de tours, ont été appelés par les Allemands et par nous Bûrger ou Bourgeois d'après la prononciation française. D'autre part, la ville même est souvent appelée le Bourg par les habitants des quartiers suburbains, et c'est encore de là que nos ancêtres ont tiré leur nom de Bourguignons.

Près de cette ville, sur une colline un peu plus élevée, sont deux châteaux voisins, qui s'appellent tous deux ensemble Château- Vilain, et dont l'un appartient à Jean de Poupet, l'autre à Adrien de Joux, seigneur de Falon, illustre par l'éclat de sa naissance et les qualités de son esprit (2).

(1) tf Castellum parvulum, quem burgum vocant.» (Mil., 4, 10).

(2) La forteresse de Ghftteau- Vilain fut fondée en 1186 par Simon de Commercy. Au XIV» siècle, un de ses descendants, Gaucher III, ayant laissé deux filles, ses gendres, Jacques du Quart et Gérard de Chauvirey, entrèrent en procès pour le partage de sa sucoession. La possession de Château- Vilain étant

A lin mille de Sirod, sur la gauche (1), est Ghaux, forteresse célèbre, admirablement située sur une montagne très élevée, et fortifiée à la fois par la nature et la main des hommes. Au pied de cette montagne est

un sujet de discordes continuelles entre eux, il y eut un arbitrage, et l'arbitre, pour concilier les deux beaux-frères, les engagea à ne plus vivre sous le même toit. C'est à ce moment que fut construit un deuxième corps de bâtiment, que G. Cousin donne par erreur comme une seconde forteresse. — Plus tard, la partie de la seigneurie de Château- Vilain qui venait de la maison du Quart passa dans la maison de Joux, par le mariage de Claude, fille de Anne du Quart et de Jacques d'Arbon, et héritière de son frère Jacques II, avec Jean de Joux : et c'est ainsi qu'au temps de Cousin elle était possédée par Adrien de Grammont, sire de Joux. Il semble que l'autre partie de la même seigneurie, restée dans la maison de Chauvirey, se soit divisée à son tour. Une part passa aux mains de Charles de Poupet, sgr de la Chaux, qui est déjà dit sgr de Château-Vilain ; l'autre part vint à son fils Jean, époux d'Antoinette de Montmartin, laquelle reçut par voie d'échange, de Pierre de Chauvirey, en 1539, les droits de cettemaisonsurChâteau-V. C'est ainsi qu'au temps où C. écrivait, Jean de Poupet possédait une moitié de la seigneurie. Dans la suite, le tout entra dans la maison de Watteville (Droz, Hist. de Pontarlier, p. 75 et 87. — Guillaume, Hist. de Salins, t. I, p. 152 et suiv. ; t. II, p. 213-215.— Rousset, t. I, Bourg-de- Sirod \ t. II, Chaux -des- Crotenay).

La forteresse de Château -V. fut démolie seulement de 1808 à 1810, pour reconstruire les forges de Bourg-de-Sirod, incendiées en 1803. Il en reste des débris encore assez importants (Il y a une vue de ces ruines dansB. Prost et Guillermet, Champagnole et ses environs. Dessins de L. Clos. Mém. Soc. d'Em. du Jura, 1879).

(1) Ghaux, actuellement Ghaux-des- Crotenay, est « sur la gauche > du voyageur qui, venu de Nozeroy à Sirod en suivant l'itinéraire de C, voudrait continuer dans la même direcfion.

Le village est aujourd'hui une commune du canton des Planches. Quant au château, il est absolument détruit. Il existait encore en 1639 : « Guébriant, écrit Girardot de Nozeroy, assiégea < aussi le château de La Chaux, belle place dont le feu sgr de

an village du même nom. Ce château nous a donné, de l'illustre et grande famille des Poupet, le révérendissime et magnifique Guillaume de Poupet, abbé de Baume, Goailles et Balerne (1). Je n'éclaterai pas ici en louanges sur lui, puisque sa bonté, sa piété, sa vertu

« La Chaux, de la maison de Baume, portoit le nom, et l'em- « perla par composition. » (Ed. J. Crestin, p 227). — Il avait reçu plusieurs fois des souverains, entre autres Maximilien d'Autriche, et devait être d'une certaine étendue, puisqu'une tradition du pays, rapportée par D. Monnier (Annuaires du Jura pour 18H, 1814 et 1854), lui attribuait trois cents cheminées ! « Le château était flanqué de trois tours rondes, bâties sur le bord d'un rocher perpendiculaire. Un double fossé régnait à l'opposé. » (Ann. du Jura, 1854, p. 187). Charles de Poupet, le père des deux frères dont parle C, y avait formé une bibliothèque importante, d'où l'on a tiré les Mémoires d'Olivier de la Marche et la Chronique anonyme de Flandre (Guillaume, Hist. de Salins, t. II, p. 214. — Mss de la Bibl. de Besançon, n» 1187, Nobiliaire de Th. Varin, p. 467. — Annuaire du Jura, 1854, p. 186).

(1) Guillaume de Poupet était fils de Charles de Poupet, sgr de La Chaux, et de Philiberte de la Baume. Il fut archidiacre de Besançon, protonotaire apostolique, et abbé commendataire de Baume pendant 63 ans (Nous verrons plus loin quelles restaurations l'église reçut sous son administration). Il mourut en 1583 et fut inhumé dans l'église de son abbaye. L'histoire manuscrite de l'abbaye de Baume, qui est en tête de \ Histoire de Lons-le- Saunier par le président Lecourbe (Bibl. de Lons-le Saunier, Mss., n» 7), dit que le mausolée de G. de Poupet était « très beau » ; cela n'est pas exact : le mausolée existe encore ; il est « très simple et sans aucun ornement. La statue d'albâtre du défunt reposait autrefois sur sa table de marbre noir tout unie. » (Abbé Brune, Le mobilier et les œuvres d'art de l'église de Baume- leS'Messieurs, 1894, p. 16 du tirage à part. — Cf. aussi Ann. du Jura, 1844, p. 70).

C'est à G. de P. que C. dédia son édition de la Vie de Philibert de Chalon par Dominique Melguitius (éd. de 1562, t. I, p. 363). 11 lui envoie aussi, en plusieurs lettres datées de mai à octobre 1558, sa fort intéressante Topographia italicarum aliquot civitatum (id., ibîd., p. 380).

singulière et sa clémence le font connaître en tous lieux et n'ont pas besoin d'un héraut (Il est né à Bruxelles le samedi 30 mai 1506). Ce lieu nous a encore donné Jean DE PouPET son frère (1), brillant chevalier, commandeur de l'ordre d'Alcantara, gentilhomme de la chambre de Charles-Quint notre empereur, ce prince si bon et si doux, — et fort en faveur auprès de lui.

Près de ce château-fort est Foncine, bourg très étendu et composé d'un grand nombre de maisons. On l'appelle ainsi [Fonssena] parce que c'est là que la Senne prend sa source [fons) (2). Sur ses bords et tout le long du village ily a vingt-sept roues, tant de moulins que de scieries. On y fabrique des vases en bois, propres au service et à l'usage de l'homme (3).

Puis vient le Grandvaux (4), rempli de villages si

(1) Jean de Poupet, chevalier, sgr de La Chaux, Château- Vilain, etc., grand bailli d'Aval, frère du précédent, fut gentilhomme de la chambre de Gharles-Quint pendant trente ans. On le trouve aux côtés de l'Empereur, parmi les compagnons fidèles, quand Charles-Quint se vit brusquement assailli à Innsbruck, en 1552, par la coalition dirigée par Maurice de Saxe {Mém. Soc. Emul. du Jura, 1878, p. 170). Il le suivit encore en 1556 jusqu'aux portes du monastère de Yuste, où il se retirait. Il avait épousé une femme remarquable, Antoinette de Montmartin, qui lui donna une fille, Anne, mariée à Jean de Bauffr§mont [Nobiliaire de Th. Varin. — Guillaume, II, p. 215. — Dunod, III, p. 159. — Rousset, II, Chaux-des-Crotenay).

(2) Il s'agit de Foncine-le-Haut, , qui est bien à la source de la Senne (Sène, Saine). — D. Monnier, [Ann. du Jura, 1848, p. 276 et suiv.), après avoir rappelé cette étymologie et cité un assez bizarre passage de Chifflet (Vesontio, p. 11), donne sur Foncine, ses lieux-dits, ses légendes et ses coutumes, quelques curieux détails. — Ajoutons que le Cartulaire de C/mZow(p.ll2) désigne le village par Fontcenne, et que les habitants se nomment les Fonceniers.

(3) On fabrique encore à Foncine des seaux et des cuviers en sapin.

(4) Le Grandvaux est une grande vallée d'environ une lieue

nombreux qu'on en rencontre un presque à chaque stade. On y trouve trois lacs poissonneux. L'un tire son nom de la vallée même (1) ; le deuxième s'appelle le lac des RougeS'TruiteSy comme le village voisin (2) ; le troisième tire son nom de V abbaye qui est la métropole de tout le Grandvaux (3).

et demie de large et de4 à 5 lieues de long, orientée du N. auS. C'est à peu près le canton actuel de Saint-Laurent.

(1) Outre le lac des Rouges-Truites et le lac de l'Abbaye, dont il va être question , le Grandvaux a encore les lacs appelés aujourd'hui rfe /a Grange-à'la-Dame (ou de Foncine), desPerrets, des Poncets et de Fort-du-Plasne. Je ne sais duquel de ces derniers lacs C. veut parler. La € vallée » ne peut être que le Grandvaux, mais la dénomination de lac du Grandvaux n'existe pas dans les temps modernes.

(2) Cette dénomination subsiste, et le Lao des Rouges- Truites est une commune du canton de Saint-Laurent.— La table des matières du Cartulaire de Chalon identifîe un lac de Marchuet désigné dans un acte d'avril 1304/5 avec le lac des Rouges- Truites ; mais c'est par erreur, il me semble : la position géographique et le nom de ce lac de Marchuet indiquent bien plutôt un des Maclus.

(3) Le lac de VAbbaye-du- Grandvaux a gardé son nom. Un premier monastère y fut fondé au début du Vl« siècle par des moines de Condat. Ils s'établirent d'abord à Za AfoWe, àunkilom. environ du lac, puis ils se transportèrent dans l'île voisine, à la partie méridionale du lac. Mais ce n'est pas cet établissement qui a donné son nom au lac et au village voisin : ce fut un prieuré fondéau Xll«s. parles chanoines réguliers d'Abondance, appelés dans le Grandvaux par Gérard de Vienne. Dotés par lui et par les sires de Montmoret, ils s'établirent à l'extrémité septentrionale du lac. La décadence de ce prieuré fut rapide, et, en 1388, il fut uni à l'abbaVe de St-Claude. « Entre les mains des « chanoines réguliers ou entre celles des moines de St-Claude, « ce monastère et son église furent le centre spirituel de cette « région, le chef-lieu d'une paroisse qui n'a cessé de s'appeler « l'Abbaye et qui, jusqu'à la fin du XVII» s., a compris tout le « Grandvaux. » (Dom Benoît, Hist. de l'abb. de St-Claude. t. ler^ p. 493. Voir aussi les pp. 185, où est une vue du lac, et 610 à 613. — Rousset, t. III, p. 268 et^suiv.).

A côté du second est un village qui s'appelle Le Voisinal.Pichon(?) (1).

Ces hommes sont des serfs, et leur sol est asservi.

On estime partout les chevaux de pas de ce pays (2). Les chiens y sont féroces.

Un peu plus bas que le château- fort de Ghaux-des- Grotenay, les Chartreux ont bâti une abbaye que Ton appelle Bonlieu (3). Le curé de Téglise paroissiale est notre ami Etienne Tornond.

Non loin de là est Glairvaux, place située près de la rivière d'Ain (4). On y prépare la laine, on la peigne et on la façonne à la main, puis on la tisse pour en faire des draps (5). Il y a là un couvent de Gar-

(1) Si Vicinia Pichonis désigne vraiment Le Voisinai (comm. du Lac-des-Rouges-Truites;, le lac près duquel est ce village ne peut pas être celui de V Abbaye, comme le croit Chéreau, et il faut donner à illi (voir le texte latin) le sens, d'ailleurs classique, de « celiii-lù », c'est-à-dire le deuxième lac, celui des Rouges- Truites.

(2) Gollut consacreun chapitre (le 19« du l.II) aux chevaux de Franche-Comté, qui sont « de bon pas >.

(3) La chartreuse de Bonlieu avait été fondée vers la fm du Xlle s. par ce Thibert de Montmoret qui fut aussi un des premiers bienfaiteurs de l'abbaye du Grandvaux. On en trouvera rhistoire dans Rousset, t. II, p. 119 et suiv., art. Petites- C/Uetles (Cf. aussi Ann. du Jura, 1854, p. 151-154). — Vendus comme biens nationaux, les bâtiments ont été démolis en partie.

(4) Clairvaux s'est appelé pour cette raison Glairvaux-les- Vaux-d'Ain. — C'est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Lons-le- Saunier.

(5) Dans une description du 18« s. qui est à la Bibl. de Besançon (Mss., coll. Dunand, vol. 20, f® 495), je lis ces mots : « Il y avoit autrefois une manufacture en draps de laine qui étoit considérable. > Vers 1855, il y avait encore à Clairvaux deux foules à draps et une filature de laine occupant deux ou trois ouvriers (Rousset, t, II, p, 166).

mes (1). Glairvaux est la patrie de Jean Bondieu et d'ANToiNE Favkrnier, hautement estimés en tous lieux pour leurs travaux.

Dans cette région, non loin de l'abbaye des Chartreux, il y a de grands lacs et toutes sortes de vastes étangs et de cours d'eau où abondent d'excellents poissons. Près du premier lac (2) est Tabbaye même. Le lac voisin (3) est célèbre par son île et par le sanctuaire élevé sur un rocher et dédié à saint Vincent, et que Ton appelle le prieuré de la Motte (4) : ce lac n'a pas plus de deux mille pas de tour. Auprès sont deux

(1) Ce couvent de Carmes chaussés existait depuis un siècle environ. Il avait été fondé en 1434 par Guillaume de Villersexel, sire de Clairvaux (Rousset, t. II, p. 181). « Les seigneurs rési- « dant dans leur baronnie se faisoient inhumer dans l'église de « ce couvent, et les religieux étoient leurs aumôniers nés. > (Coll. Dunand, vol. 20, f» 493). (On trouvera un extrait de la charte de fondation dans Y Annuaire de 1862, p. 56-57).

(2) Le lac de Bonlleu a gardé son nom. C'est un des plus jolis lacs du Jura.

(3) Lac de la Motte {sur la carte du service vicinal), de la Motte-d'Ilay, à'Ilay ou du Franois,

(4) La phrase de C. est bizarre : on ne peut traduire le mot delU" hrum autrement que par église, sanctuaire, et C. reconnait luimême qu'il y avait là un prieuré, et non pas seulement une église.

Le prieuré d'Ilay, fondé, selon Rousset, au VI« siècle, par des moines de St-Claude, dépendait, à l'époque de C. et depuis de longues années, de l'abbaye de Gigny (^/i/i. du Jura, 1842, p. 86- 88. — Rousset, t. II, p. 76-77. — Gaspard, Hist, de Gigny, p, 468 et suiv.). Placé sous l'invocation de saint Vincent, il occupait une partie de l'île ou motte rocheuse située vers le bord oriental du lac de la Motte. On y arrivait par une chaussée dont on suit encore, paraît-il, la direction sous l'eau du lac. « Actuel- « lement l'île est envahie par des broussailles, du bois et deux « noirs sapins d'un aspect assez pittoresque ; on y voit encore « les ruines du prieuré, ses fondations, et même des pans de « murs, avec des pruniers et autres arbres fruitiers de l'ancien « jardin des moines > (Gaspard, op, cit., p. 469).

lacs plus petits, mais qui ne sont pas moins agréables en eux-mêmes et dans leurs environs; on les appelle les Maclus (1) : Tun des deux, à cause de sa largeur, est surnommé le grand. Puis on en trouve un autre, celui de Narlay^ qui est d'une profondeur incroyable, dont les eaux sont comme brillantes de clarté et qui donne des poissons de toute sorte (2). Non loin de là il y en a un autre, celui du Vernois (3). Vers FO, eniîn, on en trouve encore cinq ; deux sont les lacs de Chamhly (4), le troisième est celui de Fioget (5), le quatrième est près de Glairvaux (6) ; le cinquième est celui de Ronchaux (7).

A trois heures de marche du Grandvaux, on arrive à Saint-Claude. Cette ville tire son nom de Claude, qui était sorti d'une famille de Salins et qui fut archevêque de Besançon (8). Il mena en ce lieu une vie soh-

(1) Les deux éditions du texte de G. les nomment Maleteux Cousin semble avoir mal lu une indication que lui aura envoyée un correspondant, et avoir altéré une forme comme Malcleus, Malclas. Ces deux lacs sont, comme ceux de Narlay, du Vernois et d'Ilay, sur le territoire du Frasnois, commune du canton de Glairvaux.

(2) « Petit lac très poissonneux. » [DLct. général du Jura, dans Y Annuaire de 1867, p. 108).

(3) Petit lac sur le territoire de la commune du Frasnois, au milieu des forêts.

(4) On réserve généralement au lac occidental le nom de lac de Chamblyy et on appelle l'autre lac du Val.

(5) Fioget est une toute petite section de la commune de Chatelneuf (canton de Ghampagnole).

(6) Sur le territoire et tout près de Glairvaux, il y a deux lacs, qui portent le nom de la petite ville voisine.

(7) Ronchaux (ou Ronchaud), section de la commune d'Etival, canton de Moirans. 11 y a deux lacs, qu'on appelle plus généralement les lacs à'Etwal.

(8) « Saint Glaude naquit à Salins : tous les historiens en « conviennent. Il vint au monde au château de Bracon ; c'est ce € qu'atteste la tradition constante de cette ville » (Dom Benoit,

taire, dans une abstinence qui tient du prodige et dans les macérations corporelles. Son tombeau, fameux et partout vénéré, est un lieu de pèlerinage très fréquenté (1). Cet ermitage avait été habité auparavant par quelques solitaires chrétiens, et, dans les premiers, par Oyend et Lupicin, prédicateurs de TEvangile (2). En leur honneur, Ghilpéric P', roi de Bourgogne, fit construire en ce lieu une abbaye célèbre dans tout

op. cit. ^ t. !•«•, p. 232. Le même auteur a consacré vingt pages de son l«r vol. à la vie de saint Claude et à la discussion de deux points douteux dans la chronologie ; on trouvera tous ces détails p. 232-252). Saint Claude fut, comme le dit C, archevêque de Besançon ; il fut aussi abbé de Condat et donna l'exemple de toutes les vertus. Il vécut probablement au VII« siècle.

(1) Le corps de saint Claude fut, vers 1160, trouvé dans son tombeau «entier et sans corruption... Ce prodige excita aussitôt « une singulière confiance dans les fidèles. Les miracles répon- « dirent à cette dévotion. La nouvelle de cette conservation « séculaire, le bruit des premières guérisons furent prompte- « ment portés au loin... Alors commença, devant le glorieux « tombeau du saint, cette longue procession des peuples qui « durera jusqu'à la Révolution française et à la destruction sa- « crilège de son vénérable corps » (Dom Benoit, op. cit., t. !«*•, p. 519. — Sur le culte de saint Claude et les pèlerins illustres qui vinrent vénérer son corps, cf. le même ouvrage, t. II, p. 89- 93 et 244-249. On sait qu'un des plus célèbres fut le roi Louis XI).

(2) Le premier ermite de Condat fut, au 4» s., saint Romain, originaire d'Izernore ou de Cessiat, dans l'Ain. Son frère Lupicin vint plus tard le rejoindre dans sa solitude, et bientôt, attirée par le renom de leurs vertus, d'autres compagnons s'associèrent à leur existence. Grégoire de Tours et un anonyme du 6* s. ont raconté la vie de ces premiers religieux (Cf. Dom Benoit, t. I^r, p. 48 et suiv.). — Saint Oyend ne paraît qu'après la mort de saint Lupicin. Né lui aussi à Izernore, il vint tout jeune partager la vie des solitaires de Condat, fut choisi comme coadjuteur par le successeur de saint Lupicin, et exerça ensuite, pendant de longues années, le gouvernement abbatial. Il serait mort vers 510 (Id., ibid., p, 123 à 158).

l'univers, et où sont les tombeaux de quelques rois (!)• L'abbé actuel est Philibert i?k Rye, évêque de Genève, illustre par sa naissance, plus illustre par son érudition, très illustre enfin par sa vertu et ses hautes qualités (2).

(1) Emprunté àParadin, De antiquo statu..., p. 76. € Caserait une impiété que de passer sous silence le roi Chilpérlc, qui, dans les précipices du Jura, sur des rochers inaccessibles, fit commencer et achever une abbaye célèbre dans tout l'univers^ en l'honneur d'Oyend et de Lupicin, prédicateurs de l'Evangile ».

En réalité, Chilpéric ne fit nullement construire l'abbaye. D'après Grégoire de Tours [Vitœ Patrum, I), il fit seulement don à Lupicin, pour ses moines, d'un revenu annuel de « 300 boisseaux de froment, autant de mesures de vin, et cent pièces d'or pour acheter des vêtements aux frères » (Cf. Dom Benoit, op. cit., t. I, p. 101). Les moines de Condat reçurent ensuite d'autres importantes donations, en particulier de grandes possessions dans le Haut-Jura, qui leur auraient été confirmées par Charlemagne, si l'authenticité de sa fameuse charte était vraiment établie.

Quant à la construction même de l'abbaye, on ne peut pas l'attribuer à un personnage bien déterminé. Les premières cellules, incendiées par les Alemans, furent remplacées par un bâtiment construit au tempsdesaintOyend, réparé et augmenté par saint Claude, et qui fut agrandi et modifié au cours des siècles.

(2) Philibert de Rye était fils de Simon de Rye et de Jeanne de la Baume-Montre vel. D'abord coadjuteur de son frère Louis dans le gouvernement de Genève, il lui succéda en 1550 sur le siège de cette ville, en même temps que dans la dignité d'abbé de St-Glaude. Théologien distingué et ami des gens de lettres, il mourut âgé d'environ 40 ans, le 17 juin 1556, au château de La Tour-du-Meix, et fut inhumé dans l'église voisine de St-Ghristophe (et non pas à Genève, comme dit Chéreau, n. de la p. 51). Son inscription funéraire se lit encore dans cette église (Dunod , III, p. 82. — Ann. du Jura, 1858, p. 151. — Dom Benoît, t. II, p. 300). — Gousin lui avait dédié son Observaiionum... liber iinus et son Explication des ps. 13 et 53, qui est datée de Nozeroy, le l^rjanv. 1555 (éd. de 1562, t. Il, p. 9-10 et p. 88). — Quand il donna, en 1562,1a 2« édit. de l'ouvrage que je traduis ici, il oublia

Quant aux habitants, ils font des bénéfices qui ne sont point méprisables avec le buis et d'autres racines, dont ils fabriquent des cuillers, des flageolets, des trompettes, des chapelets et d'autres objets qu'ils exportent ensuite à l'étranger (1).

Non loin de là est Moirans, ainsi nommé, je pense, parce que ces saints personnages y demeuraient (/nor^rî) quelque temps (2). On y trouve aujourd'hui des hommes très intelligents et très vigoureux.

A droite (3) et à un demi-mille de Nozeroy, est le village de Vers (4), sur TAngillon. Vers possède un château (5) célèbre entre tous, avec un parc à gibier,

de modifier le nom de l'abbé de St-Glaude : c'était niors Marc DE Rye, le neveu de Philibert (L'abbaye de St-Claude était en commende depuis 1510).

(1) Il est probable que les premiers objets en buis fabriqués à Saint-Claude furent des objets de piété destinés aux pèlerins : crucifix, chapelets, etc. L'industrie se développa très vite sur ce sol oîi le buis pousse en abondance et où la terre ne se prête guère à la culture. Aujourd'hui encore les articles de Saint- Claude sont connus un peu partout. Mais, à ceuxqu énumére G. il en faut joindre un qu'il ne pouvait guère connaître, la pipe, la fameuse pipe de bruyère.

(2) Les historiens modernes, Dunod, D. Monnier, le président Clerc, Rousset, tirent le nom de Moirans de Mauriana, qui aurait été une colonie de soldats maures ou africains établie par Auguste dans la vallée d'Héria.

(3) « A droite » en se tournant vers le Sud.

(4) Vers-en-Montagne, aujourd'hui commune du canton de Ghampagnole.

(5) Le château de Vers appartenait alors aux héritiers des sires de Chalon. Il était situé « dans une île formée par l'An- « gillon...; il était flanqué de quatre tours et enceint de fossés « pleins d'eau. Il avait son pont-levis du côté du village. Cette « résidence joignait un parc dont le pourtour était d'une démise heure, et qui offrait aux chasseurs un vaste espace à par- « courir... On y avait réuni toute espèce de gibier. Il y avait < même un joli quartier à l'un des angles de cette enceinte, le-

boisé et clos de murs, où il y a des daims et des cerfs aux cornes massives (1) et élevées, avec une grande quantité de lièvres et de lapins qui y sont parqués. Le territoire de ce village, grâce à la rivière et à des étangs, est bien arrosé; il est aussi propre à la chasse: heureux pays qui, par sa température printanière et la fertilité exubérante de ses pâturages, l'emporte facilement sur les autres villages de la région ! Aussi ne manquet-il pas de personnes qui croient que Vers tire son nom du latin verna [temperies], [température] printanière, A côté est le château de Montrivel. Il est bâti sur une montagne élevée et célèbre par les sources qui jaillissent en bouillonnant à son sommet (2). Ce château,

« quel était appelé la Vénerie » [Ann. du Jura, 1859, p. 176- 177). u Ledit parc, dit un terrier de 1586, est peuplé des plus « beauxbois de chêne de haute futaie que l'onsauroit trouver ». — Les bâtiments avaient été reconstruits et luxueusement meublés, un siècle auparavant, par Louis de Chalon. (Un inventaire de 1511, analysé dans Y Annuaire de 1859, p. 177, permet de se faire une idée de cet ameublement). Louis de Chalon aimait à y résider, ainsi que plus tard Philiberte de Luxembourg. En 1634, le château était encore en bon état; il fut détruit entièrement en 1639 (Guerres de la Fr.^C, en ce qui concerne le baron d'Amans, p. 14).

(1) Je supprime la virgule après solidi, que je fais rapporter à cervi,Qi\Q donne à cet adj. le sens de « aux cornes pleines, massives », d'après ce passage de Pline l'Ancien (Hist. Nat., XI, 37, 45) : « Omnibus [cornua] cava, cervis tota solida ».

(2; Mon savant collègue et confrère M. Girardot ne peut admettre ces sources « qui jaillissent en bouillonnant au sommet » de Montrivel, et il traduit: « les sources bouillonnantes qui sourdent du sommet et s'écoulent en cascatelles sur ses pentes » (Recherches géolog, dans les environs de Chatelneuf, 1888, p. 21, n. 1). Mais si la géologie du plateau de Montrivel ne permet pas d'ajouter foi à C, il est bien difficile de ne pas donner aux mots latins leur sens habituel. La vérité, c'est que C. exagère, amplifie ce qu'il a vu et brode souvent sur les renseignements qu'il pouvait recevoir. — D. Monnier semble avoir vu avec les yeux deC, : «Le plateau triangulaire de M. est remarquable

abattu pendant les guerres, n'est plus qu'une ruine qu'on remarque en passant, et dont on admire encore la construction parfaite en pierres de taille formant arc de cercle. Un escalier en colimaçon permettait de monter à rintérieur (1).

parla naissance de plusieurs ïonihines qui jaillissent du sommet même > (Ann. du Jura, 1842, p. 137). Plus discrets, les auteurs de Champagnolc et ses environs parlent de « fontaines aux eaux fraîches et cristallines » qui « sourdent au sommet et sur les flancs. » (B. Prost et Guiilermet,o/?. cit., dans Mém. Soc. d'EmuL du Jura, 1879, p. 203).

(1) Le château de M. dut être bâti, comme celui de Château- Vilain, par Simon de Commercy. On voit, en 1236, le duc de Bourgogne Hugues IV recevoir l'hommage de Gaucher de Commercy et de ses fils Simon et Guillaume, pour les fiefs de Montrivel et de Château- Vilain. Plus tard, à la suite d'un échange entre le duc de Bourgogne et son oncle Jean de Chalon, l'hommage est rendu à Jean de Chalon par un autre Gaucher de Commercy, puis, en 1301, par son gendre Guillaume de Sainte-Croix^ époux de sa fille Guilïemette, et, en 1 308, par sa veuve Marguerite de Belle vesvre. En 1315, celle-ci céda pour2.200 fiorins la terre de Montrivel à Hugues de Chalon (Cf. Cartulaire de Chalon, Préf., p. XIII; n*»» 40, 117 et 145. — Annuaire du Jura, 1842, p. 138-139. Dans ce dernier article, il y a quelques erreurs: p. 138, au lieu de 1199, lisez \30i; p. 139, au lieu de dame Guilïemette, lisez Marguerite de Bellevesvre).

On voit que le château était déjà ruiné au temps de G. Il l'avait été pendant les guerres de Louis XI. Dans un dénombrement des seigneuries de la maison de Chalon qui est contemporain de notre auteur, je lis : « En icelle seigneurie y soulloit avoir ung fort chas teau auquel les subiectz de lad. seigneurie estoient retrahantz; et maintenant, à cause de la ruyne dudit chasteau, ils sont tenus d'aller faire le debvoir au chasteau de Nozeroy ou à celui de Vers selon qu'il a esté practicqué. » (Arch. du Doubs, Fonds de Chalon, E 1355). Aujourd'hui, « quelques pans de mur « grisâtres, couverts de lierre, des fondations et des voûtes au « ciment indestructible, un pittoresque fouillis de décombres, de « mousses, dé ronces et d'arbrisseaux, voilà tout ce qui reste « de cette grandeur détruite. » (B. Prost et Guillermet, op. cit.,

Digitiz|dtjjÇ^90Qle

Montrivel a au-dessous de lui, vers le Sud, la ville de Ghampagnole (1), que la nature a fortifiée de toutes parts, et près de laquelle coule la rivière d'Ain. C'est le pays de Grandjean dit Proby, ingénieur (?) militaire des plus remarquables (2).

A TEst de Montrivel est le village d'Equevillon (3).

Au Nord est celui de Vannoz (4) .

Près de là est un monastère de Tordre de Citeaux, partout entouré de montagnes, sauf du côté de l'Ouest: c'est celui de Balerne (5).

(1) Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Poligny.

(2) Comme je trouve en 1549, à Champagnole, un Henri Prouj)H0N, dit Proby (Arch. du Doubs, B. 1822), je pense que Prohy était un surnom que portait aussi ce Grandjean. Je n'ai trouvé aucun renseignement sur ce personnage, et je ne sais pas au juste ce que veut dire la qualification que C. lui applique, ductor rei militaris. Chéreau traduit par « ingénieur militaire ».

(3) Petite commune du canton de Champagnole. — La transcription latine que C. donne de ce mot est singulière : Ouisquiliae (balayures) n'a aucun rapport étymologique avec Equevillon (anc. forme : Escuvillon),

(4) Autre petite commune du canton de Champagnole.

(5) Le vallon de Balerne est ouvert, non pas à l'Ouest, mais au Nord. Il est arrosé par un ruisseau qui va se jeter dans l'Ain presque à l'issue du vallon même.

L'abbaye dont parle C, fondée au débutdu 12« s. par des sgrs de Monnet, avait été peuplée d'abord de religieux bénédictins. C'est en 1136 que les moines de Balerne revêtirent la coule de Citeaux. En 1456, l'abbaye fut mise en commende, et, au moment où C. écrivait ces lignes, l'abbé était (depuis 1536) Guillaume DE PoupET, dont il a parlé plus haut, et qui était en même temps abbé de Baume et deGoailles. L'abbaye, vendue nationalement en 1791, a été démolie, et il n'en reste rien [Annuaire du Jura, 1844, p. 54-61. — Rousset, IV, p. 385-396). Les Archives du Jura ont recueilli le chartrier de Balerne, avec un inventaire dressé en 1782. — Une des vieilles rues de Lons-le-Saunier a, dans le nom de Balerne, conservé probablement le souvenir d'une obédience établie par l'abbaye (Rousset, IV, p. 387. —

— loi —

Puis, sur le sommet d'une montagne, vers l'Ouest, on rencontre un château des plus élégants, qu'on appelle Montsaugeon. Jadis il était moins grand que maintenant, comme nous l'apprennent les anciens murs, mais il a été relevé et agrandi par les soins de Hugues de Montbardon (1). Le pied de cette montagne est baigné au Nord, à l'Est et au Midi par la rivière d'Ain (2). A l'Ouest, elle a à ses pieds le grand village de Grotenay (3).

Non loin de là est Monnet, petite ville ancienne, bâtie aussi sur un mont élevé, mais qui est bien délabrée, et que le temps a presque toute ruinée (4) ; au

Annuaire du Jura, Damelet, 1865, p. 39). Poligny en avait une autre qui s'appelait de même Balerne (Chevalier, II, p. 133).

(1) Le fief de Montsaugeon était situé sur le territoire de la commune actuelle de Crotenay. C'était un démembrement de celui de Monnet, dont il va être question . Le premier sgr connu de Montsau^'^eon est Guy, sire de Monnet, qui vivait en 1184, et qui fut un des principaux fondateurs de l'abbaye de Balerne. — Le château de M. était bâti à l'angle S.-O. du plateau qui termine la montagne du même nom. Démantelé par d'Amboise,ilfut rétabli et embelli par Hugues de Villelume, sgr de Montbardon, qui l'avait acquis des héritiers deChalon,et c'est sous ce nouvel aspect que C. put le voir. Il fut pris et repris pendant la guerre de Dix Ans, et brûlé en 1639. Il en reste quelques ruines au milieu des broussailles (Cartul. de Clialon, n°s 75 et 89. — Guerres de Fv.-C, p. 14. — Rousset, t. II, art. Crotenay. — Annuaire du Jura, 1844, p. 104-107. Dans la n. 1 de la p. 106 de ce dernier travail, il y a nécessairement une erreur de date ; c'est apan/ 155^k que H. de Villelume dut faire l'acquisition de la terre de M., puisque C. parle déjà dans l'éd. de 1552 des embellissements que le nouveau propriétaire apporta au château).

(2) L'Ain ne baigne pas Montsaugeon au Nord : il décrit autour de la montagne un arc de cercle tourné vers le Midi.

(3) Grotenay, commune du canton de Champagnole.

(4) Ce nom de Monnet se retrouve dans Monnet- le- Château, Monnet-le- Vieujc-Bourg, Monnet-le-Bourg, Monnet-la- Ville, Mont-sur- Monnet, qui, avec Montigny et Pont-du-Navoy, formaient la seigneurie de Monnet, fort importante au Moyen-Age

pied sont quatre villages, parmi lesquels Pont-du- Navoy, sur TAin (1). Puis vient en droite ligne le château de Ghalain, bâti près du lac de Marigny (2), et qu^entourent au Nord, à TEst et au Sud de hautes montagnes, et, à TOuest, le lac lui-même. Auprès est le village de Marigny (3). Toute la région est arrosée par les eaux claires de la rivière d*Ain, dont elle tire son nom (4). Une chaîne élevée (5) la ferme du côté de

et qui appartenait alors aux héritiers des Chalon. (Nombreux détails dans Rousset, t. IV, art. Monnet-la-Ville et Montignysur-VAin). Il est probable que C. veut parler ici du Bourg et du Vieux-Bourg, qui en effet étaient ruinés de son temps. « Le Vieux-Bourg, dit Rousset (t. IV, p. 250) était un lieu considérable aux 14« et 15* s. On y comptait alors plusieurs familles nobles, des familles bourgeoises et des marchands. Sa population suivit dès lors une progression décroissante ». Quant au Bourg, « sa ruine peut être attribuée aux Grandes Compagnies, dans « le cours du 14e s., ou à Louis XI, dans le siècle suivant » (id., ibid., p. 314). En 1532, le château de M. n'avait plus qu'une tour « ja caduque, « en laquelle le receveur tient aulcunefois les « graines de sa recepte. Lequel receveur en a la clef et la tou- « jours ainsy garde depuis que Madame [Philiberte de Luxem- « bourg] retira et racheta la seigneurie dudit Montnet » (Arch. « duDoubs, E. 1311).

(1) Pont-du-Navoy, commune du canton de Ghampagnole.

(2) On l'appelle maintenant le lac de Chalain. C'est un des plus jolis lacs du Jura, malgré les progrès de l'industrie, qui en a fait une « source de force » .

Le château de Chalain avait été bâti au 13« s. (Rousset, t. III, p. 132). Il existe encore, mais il a subi de nombreux remaniements. Il appartient depuis le début du 18« s. à la famille Blandin de Chalain, ainsi que le lac, qui fut donné en 1530 par Philibert de Chalon à Jean de Genevois, sgr de Chalain, son premier maître d'hôtel (Rousset, t. III, art. Fontenu. — Ann. du Jura pour 1858, p. 98-101),

(3) Marigny, commune du canton de Clairvaux.

(4) Le Val d*Ain, nom que l'on retrouve souvent dans les anciens titres.

(5) La chaîne de VEuthe ou de Leutte.

roccident. On y trouve quatre petites places ou châteaux, dont les murs sont peu éloignés les uns des autres. Deux de ces châteaux, savoir Valempoulières ;l; en face de Vers, et Montrond \2) en face de Montrivel, sont maintenant si misérables, si complètement ruinés par les guerres, qu'ils ne sont plus aujourd'hui que ruines et décombres. Tous deux ont à leur pied des villages du même nom. La troisième forteresse est Mirebel, aujourd'hui réduite à son bourg, avec quelques restes du château (3). Nulle autre place,

(1) La seigneurie de Valempouliéres apparaît pour la première fois dans le testament de Jean de Chalon TAntique (2 janvier 1260, V. st.). Le village existait certainement auparavant, puisque son église fil partie de la dotation du prieuré de Chàteau-sur-Salins. Quant au château, construit sur une montagne au N.-O.du village, il fut rasé en 1480, par ordre de Louis X II CrtrttiL de Chalov, n»» 530 et 532. — Ann. du Jura pour 18'i4, p. 145- 146. — Rousset, t. VI, p. 111 et 113). — Aujourd'hui Valempouliéres, village absolument isolé parmi les forêts, est une commune du canton de Ghampagnole.

(2) Le château de Montrond avait été construit au début du 13« s. par Otton de Méranie (Chevalier, 1. 1«''. fscas. Preuves, n» 30) Il fut pris et ruiné par les troupes de Louis XI, et il n'en reste qu'une tour carrée, qu'on aperçoit de loin. La terre de Montrond passa aux Chalon par lettres patentes de Louis XI (Rousset, t. IV, p. 813, 374-375. — ^nn. du Jnra^OMV 1876, p. 87-91).

(3) La première mention de la seigneurie de Mirebel se rencontre au début du 12« s. L'époque de la construction du château n'est pas connue. Merveilleusement placé sur une montagne à pic, d'où l'on jouit d'une vue admirable et fort étendue, il était un des plus considérables de toute la Franche-Comté et dominait la route la plus facile entre la montagne et la plaine. Comme les autres châteaux de la chaîne de l'Euthe, il fut ruiné par les armées de Louis XI. En 1532, il est dit qu'il était c sans garde ni capitaine depuis 40 ou 50 ans, même du temps des guerres » (Arch. du Doubs, E. 1311). En 1558, à peu près au moment où C. écrivait, il en restait* une belle et haute tour sise au milieu du château, couverte de laves ». Les prisons étaient au bas, et les habitants étaient tenus d*y faire guet et garde et de contribuer

dans toute la Bourgogne, ne montre des ruines aussi mémorables,

tant la fortune puissante, devenue hostile, change souvent les palais des rois en misérables cabanes.

Mais mon âme est épouvantée de passer ainsi en revue les ruines de mon pays (1).

Le quatrième château s'appelle Ghâtillon (2). Il est bien fortifié. On compte quatre places ou châteaux de ce nom dans le pays. Pour distinguer celui-ci des autres, on l'appelle encore Gurtine-sur-rAin (3).

aux menues réparations. Elle fut ruinée à son tour par les troupes de Henri IV. Aujourd'hui, il ne reste plus du château de M. que des ruines envahies par les broussailles. Quelques pans de murs fort épais, mais à demi écroulés, s'aperçoivent encore, mais ils ne permettent pas de se rendre compte de la disposition générale du château (Ann. du Jura, Javel, 1850, p. 458-468. — Rousset, t. IV, p. 185 et suiv.).

(1) Le président Clerc a raconté cette terrible guerre de montagnes, suivie de la démolition des forteresses (Mém. de l'Acad. de Besançon, 1881, p. 117 et suiv., et en partie, p. 124). Les Etats de Fr.-C, assemblés à Salins le 24 août 1480, adressaient aux lieutenants de Louis XI une humble requête où je lis ces lignes : « Plaise audit seigneur [le Roi] de faire cesser la démo- « lition des places estant audit comté de Bourgogne, attendu le « serment de fidélité, et logis très utile et nécessaire audit pays « que les sgrs desdites places ont fait. » (Aux Arch. nation. — Publié par le président Clerc dans son Hist. des Etats généraïux et des libertés publ. en Fr.-C), Sur un inventaire daté de 1532, qui est aux Arch. du Doubs, fonds de Ghalon, E. 1311, je lis, à propos des châteaux de Monnet, Mirebel, Montrivel, Montrond, Valempoulières, Châtelbelin et Vers : « Tous lesquels chasteaulx cy dessus, par le temps des guerres des François que furent sont envyron 50 ans, furent ruynez, et ny a eu depuis demeurance, capitaines ny gardes ». Tel était le spectacle qui, 18 ans plus tard, s'offrait aux yeux de C.

(2) Ghfttillon-sur-rAin, commune du canton de Conliège.

(3) Il ne me semble pas qu'on puisse expliquer autrement le texte : « hxc [arx\ super Cortina ad Danum dicitur ». Si on

Tout près, au midi, est Salnt-Sorlin (1), la première, et de beaucoup, de toutes ces petites places, et qui est situé aussi sur une montagne que baigne la rivière d*Ain. Son château est vieux, mais la vieillesse même en fait la beauté.

fait ^ Cortlna le complément de super pris comme préposition, on retrouve bien un des noms du village, Ghfttillonsur-Gurtine, (ce nom figure encore sur le plan cadastral), mais Cortina est alors incorrect. De plus, ces deux désignations ajoutées ainsi Tune à l'autre « sur-Curtine-près-l'Ain » sont inacceptables. Il vaut donc mieux considérer super comme un adverbe équivalent à supra.

D'ailleurs Gurtine-sur-l'Ain existait, proche de Chàtillon et G., mal renseigné, ou trompé par ses souvenirs, aura confondu deux lieux voisins. Gurtine était un village bâti avant 1130, sur les bords du ruisseau qui en a gardé le nom et qui se jette dans l'Ain. Le château était probablement plus ancien, et, à côté était un petit bourg (le Bourg-Dessus). Les trois lieux sont bien distingués dans l'acte de la vente faite le 15 avril 1299 (n. st.) à Jean de Chalon par Jean de Vienne : « le cliestel de Chestoillon en montaigne, près de la rivière de Ilayn, et les apartenances d'ycelui, c'est à savoir le bourc doudit chesteal, Curtene, etc. » [Cartulaire de Chalon,^. 292). En 1341 fut fondé un nouveau bourg, le Bourg-Dessous, qui est le village actuel de Chàtillon. Le Bourg-Dessus et Curtine ont disparu. Quant au château, réparé et embelli par Louis de Chalon vers 1437, il avait échappé à la ruine générale qui suivit la conquête de Louis XI, puisque G. nous le montre « intact et bien fortifié ». Il dut être démoli en 1639 par les troupes de Weymar. Aujourd'hui, il n'en reste absolument rien. Il y a quelques années, on apercevait encore quelques vestiges de murs, surtout des fondations. Les pierres ont été enlevées depuis lors, et l'on cultive sur l'emplacement du château.

(1) La montagne de Saint-Sorlin (anc. St-Saturnin, St- SoUin) s'élève, sur le territoire de la commune de Gharézier, à 150 m. environ au-dessus de l'Ain, et au bord de cette rivière. — La seigneurie de St-Sorlin, fort importante, relevait de la baronnie d'Arlay. A l'époque de C, elle était, depuis plus de deux siècles (1340), la propriété des La Baume, qui aimaient cette résidence. Au 18« s., elle passa dans la maison de Bauf-

Après, on trouve La Tour-du-Meix (1), où les ateliers pour le travail de lalaine sont nombreux encore. Ce village a des murs peu épais, qui touchent presque de toutes parts aux maisons et qui s'y enchevêtrent, de telle sorte qu'il n'y a point de passage libre le long des murs pour en faire le tour. C'est là un usage fréquent dans les places de la Bresse, mais c'est celui qui convient le moins aux cités, et, en temps de siège, il est fort préjudiciable aux habitants. — La Tour-du- Meix dépend de l'abbé de Saint-Claude, qui a là un château (2).

fremont, et tout le domaine utile fut acquis, au début du 19* s. ' par M. Lemire.

Le château dont parle C. fut construit après 1301, puisque, dans un acte du 29 septembre 1301 (Cartulaire de C/ialon, n" 161), Humbertde Glairvaux-en-Montagne parle des « château, forteresse et bâtiments qu'il a l'intention de construire » sur le mont St-Saturnin. « Il était isolé du reste de la montagne par un fossé profond, d'une largeur de 20 m. au moins, creusé dans le roc vif. Une tour énorme s'élevait sur les bords du fossé et se reliait par une épaisse muraille aux autres constructions... La forteresse était défendue de tous les autres côtés par le rocher à pic et par d'énormes murs d'enceinte. » (Rousset, t. I, art. Charézier).^\\Q fut détruite par les arméesde Louis XI. Autemps de D. Monnier, un ermite habitait les ruines (^««.û^m Jura, J867,

(1) La Tour-du-Meix, commune du canton d'Orgelet.

(2) La seigneurie de La Tour-du-Meix était en effet propriété de l'abbaye de Saint-Claude. L'abbé y exerçait le droit de haute, moyenne et basse justice. — Le château, qui avait été construit au milieu du 12*8. par un sire de Revigny à qui l'abbé Adon avait inféodé la terre, fut rebâti parles abbés de Saint-Claude pour leur servir de palais. Il était situé sur un monticule au N. du bourg, et se composait d'un donjon carré, isolé, d'une maison forte et d'une basse-cour comprenant les grangeages. Des extrémités du château proprement dit partaient deux murailles qui descendaient jusqu'au bourgdont elles dessinaient l'enceinte : c'est évidemment à cette disposition que fait allusion C. Le château fut brûlé pendant la guerre de dix ans. 11 en reste des ruines encore importantes

A gauche viennent ensuite les places d'Arinthod (1) et de Fétigny (2), où il y a un grand nombre de fabricants de drap et d'ouvriers qui font des chapeaux, des cachenez et autres articles de ce genre.

Le monastère de Gigny est très célèbre. Il a été fondé à grands frais par Brunon, fils de Chilpéric, et les princes suivants, en y mettant la dernière main,

(Roussel, t. VI. —^n/i. du Jura pour 18W,y>. 77-79.— Dom Benoit, t. !•'•. On trouvera dans ce dernier volume, p. 401, une vue des ruines du château).

(1) Arinthod, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Lons-le-Saunier. — Roussel (t. I, p. 70) dit que Charles Achille Mouchet de Battefort y installa au 17* s. des fabriques de draps et de chapeaux. Il y a là une erreur, car ce passage de C. nous montre que ces fabriques existaient déjà au milieu du 16* s. Nous savons aussi, par un ms. d'Abry d'Arcier, que la ville d'Arinthod demanda à Philibert de la Baume, baron de Saint- Amour depuis 1548 (f 1572), et en obtint quelques-uns des ouvriers chapeliers qu'il avait ramenés d'Italie et installés à St- Amour(M. Perrod, Philibert de la Baume, dans Mém. Acad. de Besançon, 1906). — L'expression de C, pileatexere, signifie proprement « tisser àe^ bonnets ». Mais il me semble que le ms. d'Abry d'Arcier m'autorise à traduire par « fabriquer des chapeaux », d'autant plus que texere ^e trouve souvent avec le sens très général de v faire ». D'ailleurs le pileum {on pileus) des anciens était ordinairement une coilfe de feutre, non pas un tissu de laine.

(2) Fétigny est aujourd'hui une commune du canton d'Arinthod. L'industrie y fut très active pendant la période féodale. Rousset (t. III, p. 109) rapporte à ce sujet l'indication donnée par C, et il ajoute ; « Les compagnons drapiers, au nombre de « près de trois cents, portaient tous l'épée au côté... Les pro- « duits des fabriques de Fétigny jouissaient d'une lointaine ré- « putation et s'exportaient non seulement dans le Comté, mais « encore en Suisse et dans le midi delà France ». En 1583, Humbert le Vieux, de St-Amour, obtenait de Philippe II la permission de faire des draps de soie à Fétigny (Arch. du Doubs, B. 2013. Cité par M. l'abbé Perrod, op. cit.).

lui ont donné des revenus et des présents extraordinaires (1).

A droite est Orgelet, ville très commerçante (2) et dont les habitants, qui travaillent la laine, sont indus-

(1) C. emprunte textuellement sa phrase à Paradin. Voici la traduction du passage de P. : « Brunon, fils de Chilpéric, fonda « à grands frais Baume et Gigny (ce sont les noms des plus « grands monastères delà Séquanie), et les princes suivants, « en y mettant la dernière main, leur ont donné des revenus et € des présents extraordinaires » (Paradin, op. cit., p. 76).

Gaspard, au chap. III de son excellente Histoire de Gigny, dit que c'est vers 893 ou 894 au plus tard que Bernon (appelé à tort Brunon par Paradin, puis par G.) fonda l'abbaye de Gigny. Ce Bernon n'était nullement un fils de Chilpéric. Tout ce qu'on sait de lui, par une chronique écrite deux siècles après lui, c'est qu'il était comte avant de devenir abbé de Gigny (Gaspard, aux Preuves, no 26). Il fonda aussi le célèbre monastère de Gluny, qui fut d'abord un prieuré dépendant de Gigny avant de se l'annexer à son tour en 1076.

Quant aux donations dont parle Paradin, et, à sa suite, Cousin, il est probable que ce sont celles que firent à l'abbaye : vers 904, Rodolphe I'î'", roi de la Bourgogne transjurane (abbaye de Baume, prieuré de Saint-Lothain, etc.); en 974, Manassès de Goligny (la moitié des paroisses du Revermont avec toutes leurs dîmes et dépendances) ; vers H69, Etienne I^r, comte de Bourgogne, etc.

Au temps où G. écrivait ces hgnes, le prieur de G. était Philibert de Rye, évéque de Genève, dont j'ai dit quelques mots à la p. 96 il propos de St-Claude.

(2) Orgelet, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Lonsle-Saunier. — O. étaitalors, comme le dit C., une des villes les plus industrieuses de la province. « Ses tanneries, ses mégis- <( séries, favorisées par d'excellentes eaux, sa cordonnerie, ses « chapelleries, jouissaient d'une réputation lointaine. Ses fabri- « ques de droguet, en laines du pays, avaient une telle imporr^ tance, que l'aune employée par les marchands était gravée « sur la façade de l'hôtel-de-ville de Lyon, etqu'il était ordonné « aux moines de Gigny, par leurs constitutions, de se servir de 1* ce drap. Les juifs étaient nombreux dans cette ville au 14« s., ^1 et ils y avaient une table pour le change... Tous les cours

trieux et fins(l). Une partie de la ville, ainsi que le château (2), est sur une hauteur ; l'autre est au pied de cette colline, en plaine. Toutes deux regardent le soleil levant (3). C'est là qu'est née ma mère Jeanne Daguet. Là sont nés encore des hommes intelligents et qui possèdent toutes sortes de connaissances : Etienne RoDET, Claude Maillet, principal à Bourg-en-Bresse, < Guillaume Laurencin >, les frères Antoine et Claude Michel. Ce dernier, qui étudiait le droit à Orléans, et qui était destiné à devenir un grand savant, a été enlevé cette année même (1550) par la cruauté des

« d'eau étaient utilisés pour mettre en mouvement des moulins, « des foules à drap, des battoirs d'écorce, des forges^et des « huileries... Les calamités qui fondirent sur notre province au « !?• s. anéantirent toute cette prospérité. » (Rousset, t. IV, p. 569-570). (Cf. aussi Mss. delà Bibl. de Besançon, Fonds de l'Acad.,voi. 30, fo 233 etsuiv. : Mémoire sur la (fille d'Orgelet),

(1) Fins est le texte de 1562; celui de 1552 est fort occupés.

(2) Ancienne propriété des Ghalon. Un terrier de 1455 en donne une description qu'on pourra lire dans Rousset (t. IV, p. 565). Le P. Joly (p. 61) prétend qu'au temps de C, ce château « subsistoit dans l'état d'une bonne citadelle. » G. ne dit rien de semblable, et il est certain au contraire qu'il avait été démantelé pendant les guerres de Louis XI. Dans l'inventaire de 1532 que j'ai déjà cité (Arch. du Doubs. Fonds de Ghalon), je lis en effet cette indication : « Le chasteal questoit en la ville d'Or- « gelet fut dez pieça en ruyne, et n'y entretient l'on capitaine ny « garde. » 11 était donc bien ruiné au temps où G. écrivait. Aujourd'hui il n'en reste que quelques débris, qui sont la propriété du prince d'Arenberg, successeur lointain des Ghalon.

(3) Gette description de la ville est insignifiante. GoUut va y ajouter des détails d'une naïveté charmante : « Entre les quar- « tiers plus gaillards du païs, l'on compte ordinairement l'air... « d'Orgelet... L'air d'Orgelet, dicts-ie, spécialement en une « place publique, sur le soleil couchant [la place des Ormes], « est tant bon que si vous sortes d'un bon banquet et vous alliés « à la pourmenade sur ce quartier, lappetit vous sera revenu « dans demie heure. » (Gollut, p. 93).

destins : il n'avait pas encore atteint sa vingt-cinquième année. Les principaux habitants de cette ville sont aujourd'hui Pierre Morel, s' de Virechâtel ; Adrien Morel, s"^ de Thoissia, et Humbert Morel (1). Le territoire^ [peu fertile comme étant] tout en collines et en vallées^ est inégal et en pente; il est même tout hérissé de pierres et de rochers, et [aussi] l'on dit du pays en commun proverbe : rivières sans poissons, [prés sans herbe] montagnes sans bois ni forêts (2). [On fait différentes autres additions au proverbe.]

Saint- Julien, qui a pour patron saint Julien d'Antioche, héros chrétien et martyr, est à peu près à michemin entre Bourg-en-Bresse et Orgelet (3).

Montfleur est sur une hauteur fortifiée par la nature: sa vallée est fertile et jolie (4).

(1) Ces Morel étaient fixés à Orgelet depuis une cinquantaine d'années. Adrien, sgr de Thoissia, avait épousé Anne Ratte, de Nozeroy. Deux de leurs enfants, Jacques et Anne, moururent « du danger de peste régnant à Nozeroy », le 9 et le 11 juin 1581, et furent enterrés dans la chapelle des Ratte, en l'église de Mièges ; leur père était mort avant cette date (Mss. de la Bibl. de Besançon, Coll. Dunand,vol. 11, f» 374. -'De Lurion, p. 412).

(2) Rousset cite la phrase latine (t. IV, p. 572) et ajoute : « Cet adage, dénaturé par les villes voisines, fut ainsi traduit : ville sans argent, fontaine sans eau, prairie sans foin, montagnes sans bois. »

(3) On voit que G. ne donne aucun détail sur Saint- Julien (auj. chef-lieu de canton de l'arrondissement de Lons-le-Saunier). Mais nous pouvons compléter notre auteur et nous faire une idée de l'état du château et du bourg au temps où il écrivait, en lisant dans ï Annuaire du Jura pour 1878, p. 102-105, un extrait d'une Reconnaissance du 28 oct. 1535. Cet extrait est trop long pour prendre place ici. — On peut lire aussi Rousset, t. III, p. 336-337.

(4) Montfleur, commune du canton de St- Julien. Le château, jadis propriété des Ghalon, elle Bourg-dessus étaient seuls sur la hauteur dont il est parlé ici. Le Bourg-dessous, qui est le village actuel, fut bâti à la base de la montagne. — La vallée,

- lu —

Chavannes est une place toute délabrée et que le ^emps a fait tomber presque entièrement en ruines (l).

Maintenant je me tournerai vers Toccident, suivant l'itinéraire que je me suis tracé.

Un peu plus bas que Valempoulières est une place bâtie sur un rocher élevé, sans murailles, et qu'on appelle communément La Châtelaine. Son antique noblesse se manifeste par ses ruines et son église encore en partie debout. Maintenant, elle se trouve à peu près réduite à Pétat de village ; bien plus, sur la hauteur même, on cultive des jardins. Dans le rocher on voit une grotte peu profonde. Du même rocher sort en bouillonnant une rivière très riche on truites, qui coule de là dans la vallée d'Arbois. Le lieu est très sec : il manque tellement d'eau qu'on n'y trouve ni puits ni fontaines (2)

qui mérite l'éloge qu'en faitC, est celle duSuran, lequel passe à St-Julien, à Montfleur, à Chavannes, et va ensuite se jeter dans l'Ain.

(1) Chavannes était autrefois le bourg le plus méridional de la Fr.-C. En 1532, le château avait encore un capitaine (Arch. du Doubs, Fonds de Chalon, E. 1311), mais on voit qu'il était, comme le bourg, en mauvais état. En 1636, Girardot de Nozeroy nous montre « les murailles esbréchées en plusieurs endroits et les portes simples et sans deffenses», et la petite ville incapable de faire une longue résistance (p. 154).

(2) Aujourd'hui La Châtelaine est une commune du canton d'Arbois. « Au fond de la poétique et gracieuse vallée des Plan- « ches s'élève, àla hauteur de 242 m., un colossal amphithéâtre, « formé d'une roche vive et perpendiculaire. De la base de ce « rocher s'échappe en bouillonnant la double source de la Cui- « sance, et, au sommet, dominent les ruines d'un vieux châ- « teau... Ce château s'élève sur un pic et domine le vallon des € Planches. Vu à distance, il paraît n'être que la continuation « du rocher sauvage sur lequel il est assis, et semble être sus- « pendu sur un abîme. » (Rousset, 1. 11). Il existait déjà en 1053, et il fut souvent habité au début du 14* s. par Mahaut d'Artois et sa fille Jeanne, reine de France. Des jardins l'entouraient

Descendons directement de là à Arbois, qu*on peut compter parmi les petites villes qui sortent du commun. Bâtie dans un site des plus agréables, et riche en produits de toute sorte, et surtout en vins excellents et de longue garde, elle est florissante et célèbre. Elle est entourée de tous côtés par de grands faubourgs et ceinte de fossés, mais qu'on cultive en jardins. Aux alentours sont des montagnes auxquelles les sources, les vignes et une quantité d'arbres donnent Taspect le plus agréable : on appelle même la ville Arbois parce qu'elle est plantée A' arbres, La vallée est plantée de tant d'arbres fruitiers qu'on peut la considérer tout entière comme un verger :

Les troupeaux aiment ce pays, qui produit pour leur nourriture une herbe verdoyante. Là s'élève un vaste temple dédié à la mère de Dieu ; son image est là, taillée jadis dans le marbre, et son visage de marbre semble respirer. Dirai-je la pureté de ce ciel, cet air léger et salubre qu*en-

déjà. Il fut démantelé par l'ordre de Louis XI, et on n'y aperçoit plus aujourd'hui que des ruines peu importantes. Si, à l'époque de G., il n'y avait réellement là « ni puits ni fontaines >, je l'ignore ; mais il y a actuellement des puits.

Quant à l'église, elle avait été à l'origine la chapelle de ce •hàteau et avait fait partie de son enceinte. Erigée en église paroissiale au 13« s., elle dut souffrir aussi des guerres de Louis XI, puisqu'elle était toute délabrée à l'époque de Cousin : elle fut reconstruite seulement à la fin du 17® s.

La rivière qui sort du rocher de La Châtelaine est la Cuisance, affluent de la Loue. Elle y prend naissance par deux sources: l'une sort dune caverne profonde de 5 à 600 m., où Ton peut entrer en temps de sécheresse. Cette caverne est certainement celle dont parle C, puisque le rocher n'en renferme pas d'autre ; mais on voit que lui ou son correspondant n'y avaient pas pénétré, car ils ne l'auraient pas appelée une « grotte peu profonde. » En tout cas, la Cuisance est restée « riche en truites. » « Les eaux de cette rivière, nous dit Bousson de Mairet, « sont poissonneuses, et nourrissent surtout la truite, qui y est « d'une excellente qualité. » (Annales... (T Arbois^ p. 7).

voient vers la ville des montagnes qui atteignent les astres ? (1).

Trois hommes, en particulier, illustrent aujourd'hui cotte ville, Claude et Mercurin Jaillon (2) et Alexandre Glanne, chanoine dans Téglise Notre-Dame (3).

(1) Arbois est aujourd'hui un très important chef-lieu de canton de l'arrondissement dePoligny. Bâti sur les bords de la Cuisance, Arbois est assis entre deux montagnes, et c'est à tort que C.le dit entoure de montagnes. Mais sa situation et ses vins si renommés méritent l'éloge qu'en fait notre auteur. De même, la forme latine qu'il donne, Arbosium, est bien celle qu'on trouve dans les plus anciennes chartes, mais l'étymologie qu'il propose me semble aussi peu certaine que les autres. — Quelques années après G., GoUut, louant à son tour le vignoble d' Arbois, appelle la ville « la meilleure cave deBourgougne » (p. 81).

Les murailles qui entouraient la ville depuis 1270 et qui subsistaient au temps de G., ont été démolies, et il n'en reste plus que quelques traces. Quant aux fossés, on voit qu'ils avaient été— en partie du moins — transformés au 16« s. en jardins.

(2) G'est à Glaude Jaillon (ou de Jaillon) que C. dédie sa IIa|8ot/[*twv o-uX^oyn (Six centuries d'Adages non recueillis par Erasme). Delà dédicace, qui est sans lieu ni date, je tire l'énigmatique phrase suivante : « Je te serai éternellement reconnais- « sant, à toi qui m'as fait sortir des ténèbres de Terreur pour « m'amener à la lumière de la vérité » (t. I^r de 1562, p. 85). J'y vois aussi qu'à ce moment Glaude était « à la cour du duc de « Lorraine, où tout lui réussissait au gré de ses désirs », et il paraît avoir eu alors à côté de lui son frère Mercurin, « homme ^ de bien et doué de toutes les vertus. »

Quant à Mercurin, il avait été chanoine prébende du chapitre de Poligny. Il résigna en 1532 sa prébende, qui fut conférée le 16 mars à Guillaume Doroz (Arch. du Doubs, B. 1080).

D'après Bousson de Mairet (p. 84), le nom complet des deux frères était Fauche de Jaillon.

« L^^famille Fauche, depuis longtemps éteinte, se divisait en « deux branches, Jaillon et Nancray, qui toutes deux, la der- « nière surtout, fournirent à la ville [d' Arbois] des mayeurs au « 17« s. »

(3) Chanoine de N.-D. d'Arl)ois au moment où G. écrivait ces

Au débouché de cette vallée, qui se dirige vers l'Occident, on trouve des prairies riantes, qui se continuent jusqu'aux murailles du château de Vadans(l) [Vada). On ne saurait imaginer le charme, la fertilité de ces deux territoires d'Arbois et de Vadans, et leur richesse en production de toute espèce (2). Vadans lui-même est situé sur un coteau planté de vignes. Tacite, au livre XXI de ses Annales (3), donne ce même nom de Vada à une ville de Batavie située sur le Rhin, entre Cologne

lignes, Alexandre Glanne en était doj^en en 1562. Le vol. 3 du fonds Ghifflet, à la Bibl. municip. de Besançon, renferme une requête de lui, datée de juillet 1562, pour obtenir comme côadjuteur Pierre de la Baume. Bousson de Mairet (p. 199) date du 20 janvier 1562 les lettres patentes de Philippe II qui firent droit à la requête d'Alexandre Glanne. Il y a erreur sur Tune des deux dates, à moins que la deuxième ne soit donnée dans le vieux style.

(1) Vadans est une commune du canton d'Arbois, près de la Guisance. — Son château « occupait la pointe d'un rocher « coupé à pic de deux côtés et séparé du reste de la montagne € par de larges fossés creusés dans le roc vif. Il était entouré « par une ceinture de murailles percées d'une porte que flan- « quaient deux tours circulaires. Cette enceinte renfermait un « donjon isolé, en forme de tour circulaire... Les murs en « avaient 3 m. 30 d'épaisseur. » Ce donjon resta seul debout après l'incendie qu'allumèrent les Français de Longueville, le 14 juillet 1638 ; il existe encore.

(2) Toute cette description d'Arbois et de la vallée jusqu'à Vadans a été reproduite (avec quelques fautes d'impression) et traduite par Bousson de M. dans l'Introduction de son livre. Il a supprimé le 4« et le 5® vers de la citation. Quant au dernier vers, qu'il traduit ainsi ; « Que dirai-je... de la légèreté de l'air res- € pire sur ces montagnes etc. ? », il en a mal interprété le sens.

(3) Il y a ici une erreur. Il serait déjà bien difficile que G. eût trouvé Vada au 21« livre des Annales de Tacite, puisque les Annales n'en.comprennent que 16. C'est dans les Histoires, aux chap. 20 et 21 du livre V, qu'on rencontre ce Vada, qui d'ailleurs n'était qu'un camp retranché, et dont la position est même mal déterminée (Desjardins, Geo^r.rfc la Gaule romaine^i. III, p. 406).

et Utrecht, et en amont de laquelle le Rhin se divise eu Lech et YsboI (on l'appelle maintenant Wageningen ou Vaganum) (1).

Dans ce pays, on trouve des cuves à vendange tellement grandes qu'elles semblent aussi hautes que des maisons.

A deux milles, ou un peu plus, d'Arbois, vers Dole, sont deux châteaux contigus, qui ne sont pas à plus d'un mille de celui de Vadans et des monastères de Rosières (2), de Tordre de Cîteaux, et d'Ounans (3). Ils sont situés au milieu de la vallée de la Loue,

(1) Wageningen est sur le Rhin inférieur, que C. confond avec le Lech. — D'ailleurs nous venons de voir que cette assimilation est toute de fantaisie.

(2) L'abbaye de Rosières était un monastère d'hommes de l'ordre de Citeaux, qui avait été fondé au début du 12e g^ par un sire de Salins. Située au milieu d'une grande plaine, sur la rive droite de la Cuisance, à neuf km. au N.-E.d'Arbois, elle occupait une vaste étendue de terrain (On en peut lire la description dans Rousset, t. III, p. 103). Une trentaine de religieux y habitaient sous la direction d'un abbé qui , au temps de G . , était soit Guillaume de Poligny, soit Gérard de Rye (Annuaire du Jura, pour 1852, p. 246-247). Un siècle plus tard, l'abbaye était mise en commende, et, au 18e s^ elle était en complète décadence et ne comptait plus que deux ou trois religieux. En 1813, D. Monnier écrivait : « Elle a été démolie depuis peu, en presque totalité. » (Annuaire de 1813, p. 149). — Actuellement Rosières, section de la commune de La Ferté, au canton d'Arbois, ne se compose plus que de quelques maisons de culture.

(3) L'abbaye d'Ounans était un monastère de Bernardines qui avait été fondé au 12« s., peu de temps après Rosières, sur la rive gauche de la Loue . Mais les ravages de cette rivière obligèrent les religieuses, à plusieurs reprises, à se retirer plus au Sud. Il y avait précisément une vingtaine d'années qu'elles avaient reconstruit leur monastère lorsque G. écrivait son ouvrage. Mais les bâtiments, relevés avec peu de soin, furent bientôt en mauvais état ; les revenus étaient mal payés : puis on eut à craindre les violences des soldats, les brutalités des hérétiques, et les Bernardines d'Ounans finirent par se réfugier en 1595 à

de telle sorte qu'ils ont une vue très étendue dans tous les sens. On les appelle tous deux les châteaux de Vaudrey, des héros de ce nom, que Tancienneté de leur famille et leurs exploits ont mis dans les premiers rangs (1).

Dole, d'où elles ne sortirent plus (Cf. dans l'Annuaire du Jura pour 18H un article écrit dans un style fleuri qui est fort amusant. — Cf. 3i\is&i Annuaire pour 1858, p. 130-138. — Rousset, t. V, p. 7 etsuiv. — Marquiset, t. I, p. 266-267).

(1) Vaudrey est aujourd'hui une commune du canton de Montbarrey, dans l'arrondissement de Dole. — Vaudrey est sur la Guisance, à peu de distance de la Loue. Il forme, avec Ounans et Rosières, un triangle équilatéral ; mais il est éloigné d'environ 3 km. 1/2 de chacun de ces deux points, et il est aune huitaine de km. de Vadans: les indications que donne ici G. sont donc erronées. Il est plus exact sur l'étendue du panorama qu'on apercevait de Vaudrey. Le village, dit Rousset (t. IV, p. 133-134) «se déploie sur le penchant d'un coteau qui s'incline « sur la rive gauche de la Guisance et domine le beau Val « d'Amour. La superbe forêt de Ghaux, des plaines couvertes « d'épis, des nappes de verdures, des rivières sinueuses, de € nombreux villages, de vieilles tours en ruines, des montagnes « se perdant dans un lointain nébuleux, tout offre à ce village « de merveilleuses perspectives. »

Sur les châteaux de V. , les historiens ne sont pas bien d'accord. Marquiset ne parle que d'un seul château, sur lequel a été « enté» le château moderne (t. II, p. 200). D. Monnier, après avoir parlé de ce dernier ensemble et d'un ancien manoir, situé dans une espèce d'île, et dont on avait vu naguère les fondations, ajoute : « Il est bien possible qu'il y ait eu deux châteaux, dont le premier aurait été abandonné à cause de sa situation par trop marécageuse. » (Ann. du Jura pour 1857, p. 186-187). Enfin, Rousset, écrit (t. VI, p. 138): « Lorsque Gilbert Cousin visita Vaudrey « vers l'an 1540 [l'a-t-il réellement visité?], il vit encore dans « ce village plusieurs châteaux [R. exagère, puisque G. ne parle « que de deux]. L'un d'eux occupait, sur la rive droite de la (c Guisance, le sommet d'une motte artificielle à base circulaire « ayant 80 m. de diam., avec des fossés alimentés d'eau par la « rivière. Au sud du château actuel est une autre éminence artin ficiellede 60 m. de diam., aussi entourée de fossés, qui était

De ces châteaux, on passe rapidement è Belmont (1) {Bergmund) et à La Loye (2), vastes villages voisins de la Loue, sur la route de Dole. C'est de Dole que je vais parler tout à Theure, puisque nous n'en sommes plus qu'à deux lieues. Mais je veux indiquer d'abord que Bergmund est un mot allemand, dérivé de deux mots signifiant montagne et bord^ et qu'il a le sens de montagne voisine du bord. Car Berg signifie montagne, et Mund^àxTYi ou bord (latin : ora). C'est le mot que Pline emploie presque toujours pour désigner le littoral, et cette façon de parler est pour ainsi dire spéciale à cet auteur: « In ora sunt civitates...». « OppidaorcC proxima...») (3).

« surmontée par un château dont les ruines ont disparu sous une <' épaisse forêt... Le château moderne a été construit sur les « fondations d'un plus ancien, dont il ne reste qu'une des quatre « tours. » — M. l'abbé Brune, curé de Mont-sous-Vaudrey, que j'ai prié de me guider parmi ces renseignements divers, m'a fait savoir que c'était R. qui avait raison, et qu'il y avait eu trois châteaux de Vaudrey, bâtis sur les emplacements dont parle l'auteur du Dictionnaire des communes du Jura.

Mais, sur l'illustration et la vaillance des Vaudrey, les historiens sont d'accord avec C, et chacun reconnaît la vérité de leur hère devise: « J'ai valu, vaux, et vaudrai. » C. ne citant aucun des V. en particulier, je n'ai pas à donner ici des détails sur la famille, qui remonte au XI® s. On en trouvera la généalogie dans Dunod. t. III, p. 221-230, et on la rectifiera, pour le 15'' s., par un travail de B. Prost qui a paru en 1875 dans les Mémoires de la Soc. d'Eniul. du Jura, et qui est intitulé Notice sur trois dalles funéraires franc-comtoises. B. Prost y décrit la belle tombe de Guillaume de Vaudrey et de sa femme, qui est dans l'église de Courlaoux.

(1) Belmont, sur la rive droite de la Loue, commune du canton de Montbarrey, arrondissement de Dole.

(2) La Loye, dans la vallée de la Loue, rive droite ; autre commune du canton de Montbarrey, à une petite distance de Belmont.

(3) Que d'érudition inutile ! Parce qu'on trouve parfois Belmont écrit Bermond (Cf. Roussel, t. I, p. 203), G. a cru que le mot venait de l'allemand. Mais la vraie forme est Belmont, jadis

Quant à la ville de Dole, c'est la plus célèbre de toutes les cités du pays de Bourgogne, la ville des bienfaisantes études, et la nourrice du droit. Elle est bâtie sur le Doubs, qui s'y partage en deux branches, dans un site très beau et qui se présente tout à coup aux yeux. Ce serait une honte pour moi que de la passer sous silence. C'est là que j'ai jeté les premières bases de mes études, sous Pierre Phénix (1), aujourd'hui vieillard très avancé en âge, et conseiller vénérable au Parlement, et sous Jacques Lesthée, deux maîtres remarquables par les connaissances les plus variées.

Non loin de Dole est la petite place de Rochefort (2), qui, en 1479, Louis XI étant roi de France, fut investie par le duc d'Amboise et se rendit à lui le 17 mai (3). De

Biaumont (Cf. Cartulalre de Clialon, no 530, p. 388), et il n'y a pas besoin de beaucoup d'ingéniosité pour en découvrir Tétymologie. — Le Pline dont parle ici G. est Pline l'Ancien, aux livres III-VI de son Histoire Naturelle, qui sont consacrés à ia géographie.

(1) Pierre Phénix était originaire de Dole, suivant Dunod (t. III, p. 645) ; de Lure, suivant M. de Lurion (p. 457). Choisi en 1514 comme principal du Collège de Dole bien qu'il fût encore, étudiant àTUniversité, il devint ensuite professeur à cette Université, et il en fut recteur en 1524 (Annales rectorum Universitatis Dolanœ ab a. 1^98 ad a. 1525. Mss. de la Bibl. de Besançon, n® 982). C'est là qu'il eut notre auteur pour élève. Il fut nommé ensuite conseiller au Parlement de la même ville, et l'on voit qu'il exerçait encore ces fonctions au temps où son ancien disciple écrivait son livre. J'ignore la date de son décès, mais nous savons qu'il mourut avant 1553 (Feuvrier, Un collège franc-comtois au XVI^ s., p. 64-65). — Il avait épousé Julianne Heberling, certainement apparentée à Auribald Heberling, dont nous trouverons plus loin le nom, et il en eut une fille, qui épousa Pierre Lampinet, d»* ès-droits(Dè Guiseuil, p. 126).

(2) Rochefort, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Dole.

(3) Claude de Vaudrey commandait alors la place pour Marie de Bourgogne. D'Amboise, qui s'était mis en campagne au mois

là il se dirigea sur Dole, Tenleva de vive force, et, le 27 mai, la détruisit par un incendie qui y apporta la ruine (1). Mais

elle est maintenant presque partout défendue par des fossés profonds, et ses retranchements sont inaccessibles aux vaillants.

Des ponts, dos murailles, de merveilleux bastions, des maisons particulières des plus luxueuses furent rebâtis, et Dole se releva presque aussi grande, mais plus magnifique et désormais invincible (2). Un cheva-

de mai 1479, et qui avait déjà pris quelques places aux environs de Dole, fit battre la forteresse de Rochefort par toute son artillerie et obligea la garnison à capituler. D'après Rousset (t. V, p. 446), cette capitulation aurait eu lieu non le 17 mai, comme dit G., mais le 15 juillet. GoUut ne donne pas de date: il signale simplement (p, 924) « la prinse de R., que l'ennemy print à composition. »

(1) On trouvera d'intéressants détails sur la prise et la ruine de Dole dans Gollut (liv. XI, chap. 13). Et je crois qu'on préférera la narration, grave et sincère, du vieil historien bourguignon, à la narration pompeusement banale de Fr. Wey, que Marquiset a jugé bon de reproduire tout au long (t. 1er, p, io7 et suiv.).

La ruine de Dole fut aussi complète que le dit G. L'ennemi

< pillât et saccageât tout, par deux iours entiers ; puis meit le « feu en tous endrois: de manière qu'il ne restât après le feu « aucune chose publique ou particulière, sauf une demie mai-

< son de lean Vurry...; et oultre ladicte demie maison, encor « fut celle qui est d'elle couuerte... Et ne furent sauuées ces « portions de maisons, sauf pource que le général Amboise « logeoit chez Vurry, et ne vouloit perdre la commodité de son « logis. » (Gollut, p. 926).

(2) € Par ce mariage [il s'agit du projet de mariage du futur Charles VIII avec la fille de Maximilien et de Marie de Bourgogne], les habitans de Dole commencèrent de sortir des caues (que le roy Loys leur avoit permis pour toute habitation, se méfiant de leur volonté) et se remirent à bastirquelques paoures

lier illustre, qui est en inéme temps habile dans l'art militaire et célèbre par ses exploits et sa valeur guerrière [Jean d'Andelot] (1), a été chargé par l'Empereur Gharles-Quint de la garde de la ville. Il ne manque rien

cabanes, ainsi qu'ils voulurent, sans se soucier beaucoup de dresser les rues. C'est pourquoy nous y remarquons en la rue des Arènes (où ils s'accommodèrent premièrement, soubs espoir que le chasteau ruiné se rebastiroit), des maisons paoures (qui monstrent encore l'indigence souffreteuse des premiers maistres) et des ruettes estroictes et courtes : et les autres quartiers de la ville, iusques à l'Ecclise, en situation sinueuse et inequale.

« Mais, puis après, la ville se releuant de ces misères passées, feit ses bastimens, et ses rues plus ouuertes, equaîes, et commodes... : se donans au surplus vn meilleur trauail, a faire rebastir l'Ecclise Nostre Dame, la Court, i'Vniuersité, auec les murailles desià commencées par les François, et profondans [approfondissant] les fossés, qui estoient à l'entour. » (GoUut, p. 933).

(1) Jean d'Andelot était d'une famille originaire d'Andelot-en- Montagne. (^ Premier escuyer d'escuyerie » de Charles-Quint, il fut, comme tant d'autres Comtois, un fidèle serviteur de l'Empereur. A Pavie, il combattit vaillamment et « fut longtemps aux prinses », dit GoUut, avec François !<"• lui-même, qui le blessa à la joue. Aussi, lorsqu'en 1530, les Etats eurent obtenu quele^ fortifications de la ville de Dole seraient relevées entièrement, Jean d'Andelot fut nommé gouverneur de la ville par l'Empereur. On le voit, l'année suivante, prendre part à l'expédition de Charles-Quint contre les Turcs de Soliman. En 1549, il reçoit la seigneurie de Jonvelle. En 1552, il est encore, avec Jean de Poupet, aux côtés de l'Empereur quand celui-ci se voit brusquement assailli et qu'il s'enfuit d'InnsbrUck au milieu de la nuit, par des sentiers perdus (Jean d'Andelot fit alors son testament: il est daté du 4 avril, et nous l'avons encore). Il était désigné enfin pour accompagner Charles-Quint dans sa retraite, après l'abdication; mais il mourut le 20 déc. 1556, avant le départ. — Il avait épousé Philippote de Houes en Hainaut, et Guillemette d'Igny, veuve de Claude de la Baume, maréchal de Bourgogne, laquelle mourut le 10 septembre 1549 ; par ce dernier mariage, il se trouvait beau-père de Claude de la Baume, archevêque de Besançon. Parmi ses enfants, un cadet s'établit

à Dole de ce qui sert à donner de Téclat à une cité. D'abord on est émerveillé devant cette rivière du Doubs, aux eaux si transparentes, et qui la baigne à gauche. On aime aussi à contempler les monuments et les églises, immenses et luxueux, et Ton n'est pas moins charmé de cette Université fameuse que le monde entier a célébrée. < Fondée il y a 132 ans, elle a reçu de riches privilèges du pape Martin V et de Philippe, duc et comte de Bourgogne (1) >. On y explique avec beauen Belgique et fut la souche d'une famille qui s'est éteinte il y a quelques années seulement. — Il avait un frère, Pierre, qui fut prieur de Jouhe, abbé de Bellevaux, et doyen du chapitre de Dole. — Les deux frères furent enterrés dans l'église de Pesmes, dans la chapelle dite d'Andelot ou de Résie. Leur monument funéraire subsiste, œuvre remarquable, où l'on admire, sculptée en ronde-bosse, la figure énergique du chevalier (Arch. du Jura, G. 233. — Mss. de la Bibl. de Besançon; coll. Dunand, t. 18, p. 162 ; fonds Chifflet, vol. 54, fo 42 et vol. 39, fo 193. — Dom Poissenot, préface de son Guillaume de Tyr. — Gollut, p. 214, 1033 et 1056. — R. de Lurion, p. 13.— Le président Clerc, Histoire des Etats généraux...^ dans Mém. Soc. d'Emul. du Jura, 1878, p. 170, avec la note. — E. Perchet, Le Culte à Pesmes. Gray, 1892, p. 178 et suiv. A la p. 181, une vue de la chapelle d'Andelot).

(1) Ecrite pour l'édition de 1562, cette phrase reporte la fondation de l'Université de Dole à l'année 1430, ce qui n'est pas absolument exact. La bulle que Philippe le Bon obtint de Mai^ tin V est datée du 12 octobre 1421. Le pape y autorisait l'archevêque de Besançon à établir une Université soit à Dole, soit à Gray. Dole eut la préférence, et l'Université s'ouvrit au mois de juillet 1424. Elle eut bien vite un grand nombre d'élèves. Détruits pendant le sac et l'incendie de la ville en 1479, les bâtiments en furent relevés sur l'ordre de Charles VIII, fiancé de Marguerite d'Autriche, et les cours recommencèrent en 1490. L'Université commença à déchoir dans la deuxième moitié du 16e s., et l'on sait qu'après la conquête définitive de la Fr.-G., elle fut transportée k Besançon.

Si l'on veut compléter la brève indication que donne C, on trouvera, dansBeaune et d'Arbaumont, d'abord (p. 3 et suiv.) la

coup de soin et de netteté les sciences et les arts libéraux (1). L'Université a en effet des professeurs remarquables. Je citerai Antoine Lulle (2), docteur en théologie, que Thonnéteté de sa vie, sa merveilleuse sagesse, sa rare et incomparable érudition m'ont rendu si cher, que je ne crois pas avoir d'ami que j'aime davantage; Philibert Poissenot (3), principal du Collège Saintbulle de Martin V, puis (p. 7 et suiv.) les privilèges accordés par Philippe le Bon, et qui furent augmentés un siècle plus tard par Charles -Quint.

(1) Au temps de G., l'Université de Dole possédait deux chaires de théologie, deux de droitcanon, neuf de droit civil et deux de médecine ; quatre lecteurs titulaires composaient la « faculté des arts >, où l'on enseignait la dialectique et la géométrie. Les chaires de littérature latine et de littérature grecque ne furent fondées qu'après le temps où G. écrivait cet ouvrage, en 1570 et 1571 (Beaune et d'Arbaumont, chap. VI).

(2) Nous avons rencontré plus haut le nom de ce savant personnage, et j'ai donné à cette occasion une note sur lui, p. 21, no3.

(3) Voici une intéressante figure de Gomtois. Philibert Poissenot était né à Jouhe près de Dole. Il entra dans la congrégation de Gluny, au prieuré de St-Vivant-les-Vergy, et fut envoyé de là au collège Saint-Jérôme (dont je parlerai plus loin, à propos d'Ant. de la Roche) pour y suivre les cours de l'Université de Dole. 11 y fut reçu d"^ en droit canon. Le grand-prieur Christophe Goquille, qui avait apprécié ses hautes qualités, se l'adjoignit pour la visite des monastères de l'ordre, et lui permit de voyager en Allemagne et en Italie. Dans ces voyages, non seulement Dom Poissenot étendit ses connaissances, mais il acquit des mss. et des livres précieux. De retour à Dole, il fut nommé principal du collège (1538). Dans ces fonctions, qu'il exerça jusqu'à sa mort, non content de diriger avec sollicitude les jeunes moines boursiers, on le voit secourir les. étudiants pauvres de l'Université, et s'employer à développer le goût des lettres à Dole et dans le Gomté. Aussi fut-il nommé vice-chancelier de l'Université. Gollaborateurde Dom Goquille pour la publication des livres liturgiques de l'ordre, il donna lui-môme à Baie, en 1549, V Histoire de la Croisade de Guillaume de Tyr, avec une préface des plus intéressantes, à laquelle j'ai fait plus d'un emprunt pour ces notes, et qui est importante pour l'histoire des

Jérôme, aussi docteur en théologie, d'une science et d'une piété absolument incontestables, et que j'aime encore particulièrement; René Perrot (1), médecin remarquable, savant latiniste et helléniste ; Jean

DOLE au XVI« Siècle.

lettres dans le comté de Bourgogne au 16» s. Il mourut le 12 août 1556 à Dole, et fut enterré dans la chapelle du Collège, à côté de son prédécesseur Dom Gauvain (Arch. du Jura, D. 68, mais, à l'Inventaire, D 75; f» 51, vo. — Mss. de la Bibl. de Besançon, Fonds de l'Académie, vol. 6, p. 408, Biographie d'Ant. delà Roche par M. de Frasne. — Revue Mabillon, 1906, p. 278- 280 : Mélanges d'histoire monastique, par Dom Besse).

(I) Le médecin René Perrot était originaire de Dole, d'après Gollut (p. 164) et Beauneetd'Arbaumont(p. 202), qui ne donnent pas d'autres détails sur lui. Il vivait encore à la fin de 1565, puisque, dans la collection Granvelle de la Bibl. de Besançon, il y a une lettre adressée par lui au cardinal le 30 décembre 1565 (vol. 21). — Le fonds Ghifflet de la même Bibl. renferme une consultation du D"^ Gornillede Baersdorp. médecin deCharles-Quint, sur les crachements de sang, rédigée pour son confrère René Perrot, qui souffrait de cette maladie (vol. 156).

MoRisoT (1), très savant médecin, dont l'éloquence et Térudition sont bien connues, je crois, par les monuments de son intelligence ; Pierre Vauchard (2), Pierre Petit (3), Louis Mongeot de Boisset (4) et Claude

(1) Jean Morisot était né à Dole. Il était fils de Pierre Morisot, qui avait été recteur magnifique en 1473, et il épousa Claude de Marenches. Il fut l'un des professeurs de grec et de latin les plus distingués de son temps. Mais on ne sait pas au juste s'il enseignait au Collège ou à l'Université. Il avait écrit un grand nombre d'ouvrages, dont il donna le catalogue à la fin de ses Colloques, et dont on peut trouver l'énumération dans VEpitome deGesner-Simler (p. 475, et non pas f® 475 v®, comme dit Chéreau à la p. 60, n. 2, de sa trad.). — La bibliothèque de la ville de Lons-le-Saunier possède un exemplaire dé sa traduction latine des Aphoj'ismes d'Hippocrate, qui porte sa signature. Cette trad. est suivie des Paradoxes de Cicéron, publiés pour la première fois par lui avec une trad. grecque, et précédés d'une préfcice datée de Dole, le 27 juillet 1546 (Sur ses Colloques, cf. J. Feuvrier, op. cit., p. 118-119).

(2) Pierre Vauchard était arrière petit-fils de Perrin Vauchard de Salins, qui, ayant eu dix-huit fils, vint s'établir à Dole pour les élever. Pierre était d''ès-droits. Il fut professeur à l'Université, puis conseiller au Parlement. Il mourut en 1570 et fut enterré àN.-D. de Dole. Il avait eu plusieurs enfants, parmi lesquels Pierre, qui était professeur à l'Université en 1598, et qui épousa Elisabeth Boutechoux, fille de Claude Boutechoux de Gray, — et plusieurs filles, dont une épousa un Hugon de Gray, et deux autres, André et Claude Belot, de Nozeroy. La famille s'éteignit vers 1700 (Bibl. de Besançon, Mss., Recueils Boisot, 1280, f° 221. — Dunod, III, p. 646. — Labbey de Billy, I, p. 296. — De Lurion, p. 559).

(3) Je ne sais rien de ce Pierre Petit.

(4) La famille de Boisset était originaire de Poligny. Il y eut au 16e s, deux Louis Mongeot de Boisset qui furent également professeurs de droit civil à l'Université et conseillers au Parlement : c'étaient le père et le fils. Il est assez difficile de savoir duquel des deux C. veut parler ici. — Il reste, conservés dans la coll. Chifflet(vol. 143), des extraits d'un commentaire De acquirenda et retinenda possessione, professé en 1562, sans doute par le fils. — Tous deux furent enterrés dans la chapelle

MusY (1), jurisconsultes qu'une érudition rare et une grande sagesse dans les affaires civiles ont rendus dignes des plus grands éloges ; Laurent Privé (2), helléniste et grand ami de Tétude, qui donne à la jeunesse une éducation morale et une instruction littéraire très soignées. Mais pendant que je prépare cet ouvrage, voici qu'on vient m'apporter la nouvelle qu'au milieu même de ses travaux — ô douleur ! — ce savant a été enlevé de ce monde, le 12 février 1550. Sa mort a été pleurée par notre ami Morisot dans des vers pleins d'élégance :

Laurent Privé, gloire du pays des Lingons, tu reposes ici, enlevé à Dole par la Parque cruelle. Lulle pleure sur toi, sur toi Morisot se lamente, tes autres amis soupirent, et tes disciples versent des larmes.

fondée par leurs aïeux en l'église collégiale de Dole, et qui existe encore sous un autre vocable. Le dernier des Boisset mourut en 1674, devant Orgelet (Dunod, III, p. 643 et 646. — Chevalier, t. II, p. 284-286. — De Lurion, p, 83. — De Guiseuil, p. 73).

(1) Claude Musi ou Musy était d'une famille originaire de Morteau. Professeur de droit à l'Université de Dole, il fut anobli en 1573 par une charge de conseiller au Parlement. Il exerçait encore cette charge en 1583. Son nom s'éteignit avec lui (Dunod, t. III, p. 648. — Beaune et d'Arbaumont, p. 193. — De Lurion, p. 419).

(2) Laurent Privé (ou Privey, Pryné) était de Langres. Il était principal à Salins quand il fut appelé à Dole, en 1548, pour y exercer les mêmes fonctions. — Dom Poissenot, dans la préface de son Guillaume de Tyr, l'appelle « optimus soUertissimusque ludimagister Dolanus ». Il publia à Bâle, en 1549, avec une dédicace à Claude de la Baume, des Institutiones absolutissimse in grarnmaticam latinam. Dans les œuvres de C. (éd. de 1552, p. 140), on trouve une pièce devers, entortillée et prétentieuse, adressée par Laurent Privé à notre auteur, et, dans l'édit. de 1562 (t. I"»", p. 407), dix vers de G. sur sa mort. Il mourut le 12 février 1550 (anc. st.) (Cf. J. Feuvrier, op, cit., p. 24 et 147-8).

Mais que dire de ce tribunal (1) suprême, si considérable, si saint et en même temps si sage < qu'on appelle le Parlement (2) et qui est le siège le plus élevé de la justice dans le Comté de Bourgogne > ? Vraiment je crois qu'il vaut mieux me taire que d'en dire peu de chose. Pourtant je ne puis m'empécher d'ajouter ici quelques mots. Je n'ai vu nulle part les mœurs aussi sévèrement redressées, ni la justice aussi honnêtement rendue. Dans ce Parlement, on trouve des hommes éminents dans chaque genre de connaissances, et remarquables par toute sorte de mérites. Parmi eux, je citerai Pierre Desbarres (3), sieur du Perret, président ; deux chevaliers d'honneur (4), aussi célèbres

(1) Ed. de 1552 : de ce Sénat.

(2) Il y avait alors plus de 200 ans que le Parlement de Dole existait : il avait été fondé le 9 février 1332 (v. st.) par le duc de Bourgogne Eudes TV. Je n'ai pas à en faire ici l'histoire; on la trouvera tout au long dans Dunod (t. III, p. 582 et suiv.) et dans Rousset (t. II, art. Dole).

(3) Pierre Desbarres ou Des Barres, fils de Charles et de Jeanne de Falletans, était d'une famille originaire du duché de Bourgogne, dont une branche était venue se fixer en Fr.-C. au milieu du 15* s. (elle devait disparaître au 17®). Il était conseiller en 1530, et fut installé comme président le 12 nov. 1550. Aux Etats de Fr.-C, tenus à Dole le 10 juin et le 16 nov. 1556, il était, en cette qualité, commissaire du roi. Il mourut le 8 juin 1565, laissant trois fils qu'il avait eus de Guyed'Albon (ou d'Arbon). Deux de ces fils, Anatoile et Louis, furent étudiants à l'Université de Ferrare et reçus docteurs ès-droits, le premier en 1553, l'autre en 1552. Celui-ci devint chanoine à Besançon (Mss. de la Bibl. de Besançon, n^ 93, Evangéliaire à l'usage du Parlement de Dole, note marginale. — Dunod, t. III, p. 625. — Président Clerc, Histoire des Etats généraux..., dans Méni. Soc. d'EmuL du Jura, 1878, p. 184-188. — De Lurion, p. 45 et 46.— Picot, \J Université de Ferrare, dRUS Joujmol des Savants, 1902, p. 94)'.

(4) Illustres équités, dit le texte latin. Ce n'est pas là, comme on pourrait le supposer et comme Chéreau l'a cru en effet, le titre nobiliaire" connu, avec un qualificatif élogieux : c'est la

dans la vie publique qu'admirables à leur foyer, Claude DE MoNTFORT (1) et Jean d'Achey, seigueur de Thoraise (2), tous deux grands esprits; [Rémi d'Occors,

transcription latine d'un litre officiel, cZ/et^aZ/e/'s d'honneur. Les chevaliers d'iionneur étaient des officiers qui assistaient le président du Parlement. Il y avait un premier et un second chevalier d'honneur. < Le chevalier, dit GoUut (p. 155) est reveslu de « sa longue escarlate, fourrée d'hermines, et reiectée sur l'es- « paule, parla main gauche, soubs laquelle l'espée est pendue: « et est .assis, tout au ioingnant de M. le Président, et l'autre « bras demeurant libre, passe au trauers d'vne fente, qui est en « la robe : comme pour monstrer que la main et l'espée sont « prestes, pour conseruer le debuoir dehu au Prince, et a la « luslice. Mais (a l'antique) il porte sur l'espaule, vn bourrelet « de Gheualier, duquel les antciens se seruoient, pour se « couurir. »

(1) Claude de Taillant, baron de Montfort, descendait de la famille de Taillant, en Savoie, qui était venue se fixer en Fr.-C. à l'époque des comtes-ducs. Il était premier chevalier d'honneur au Parlement (Dunod, t. III, p. 278). Il mourut en 1560, laissant quatre fils et cinq filles qu'il avait eus de sa femme Anne de CoOe.

(2) Jean d'Achey se qualifie lui-même dans son testament « premier chevalier au Parlement, superintendant aux affaires « d'Etat du pays, colonel de dix enseignes de gens de pied, « capitaine de 300 arquebusiers à cheval, capitaine et gouver- « neur de la ville de Dole, sgr de Thoraise, Avilley, etc. » Fils de Jean et de Françoise Mouchet, dame d' Avilley, il était, au temps de C, second chevalier d'honneur au Parlement. Il mourut en 1570. — Il avait épousé Marguerite Perrenot de Granvelle, fille aînée du chancelier, veuve de Léonard de Grammont (qu'il ne faut pas confondre avec sa sœur Marguerite, plus jeune de neuf ans, qui épousa Ant. de Laubespin, puis Ferd. deLannoy), et il était devenu ainsi le beau-frère du cardinal, qui l'appelle quelque part « affectionné à l'Eglise, vertueux chevalier et bon catholique ». — La Bibl. municip. de Besançon possède (Mss., no 127) des Heures calligraphiées pour lui à Besançon en 1540 (Arch. du Doubs, Fonds du Parlement. — Dunod, t. III, p. 209. — Correspond, de Granvelle, publiée par l'Acad. roy. de Belgique, t. I«', p. 532. — E. de Beauséjour, Quelques documents relatifs.,, à Granvelle, Vesoul, 1899, p. 15-16).

seigneur de Vorges] (1) ; < le très noble Guy DE PoLiGNY, chanoine à la cathédrale de Besancon, et seigneur de Gomerans (2) > ; Jean de la Tour (3) ; Henri Colin , vice-président (4) ; [Quentin Le- YEAU] (5) ; < Etienne Le Clerc > (6) ; Jean

(1) La famille d'Occors était une famille bourguignonne installée en Fr.-C. au début du 15® siècle. Remy d'Occors (et non DoccoRS, comme écrit G.), fils de Claude et d'Anne Mouchet, abbé des Trois-Rois, était conseiller clerc au Parlement (Gollut, p. 151. — Dunod, t. ni, p. 283 et 638).

(2) Guy de Poligny appartenait à une vieille famille franccomtoise. Il avait étudié à Louvain, à Pavie et à Bologne, et avait été reçu docteur ès-droits à l'Université de Ferrare le 23 juin 1551.11 était encore protonotaire du St-Siège et prieur du Moutherot, et siégeait au Parlement en qualité de conseillerclerc, depuis la rentrée de novembre 1556. Il mourut le 15 septembre 1557 et fut enterré à Saint-Etienne de Besançon (Dunod, t. III, p, 285 et 638. — Mémoires de l'Acad. de Besancon, 1880, art. cité. — Picot, art. cité, p. 152).

(3) Jean de la Tour (Saint-Quentin), chanoine du chapitre métropolitain de Besançon depuis 1528, fut successivement archidiacre de Salins et grand-trésorier du chapitre. En 1553, il exerça la charge de vicaire général de Pierre de la Baume. Le 14 août 1562, il se démit de son canonicat en faveur de son neveu Antoine. Il mourut le 19 avril 1571. — Prébendier de Saligney depuis 1552, c'est sous le nom de M. de Saligney qu'il figure le plus souvent dans les registres du Parlement, où il était conseiller clerc.

(4) Sur Henri Colin, voir p. 81, n« 1.

(5) Quentin Leveau était fils de Jean Leveau (ou Le Veau), sgr de Landon, mort en 1502. Il fut avocat général, puis conseiller (Gollut, p. 152. — Dunod, t. III, p. 644.— De Lurion, p. 574).

(6) Etienne Le Clerc, fils de Remy, procureur postulant en la cour archiépiscopale, et citoyen de Besançon, appartenait au Parlement depuis 1541. Conseiller en 1559, il fut l'un des cinq conseillers qui, en 1571, furent suspendus comme suspects d'indulgence pour la Réforme, à la suite d'une enquête du conseiller flamand Blasere. Réintégré quelque temps après, il mourut en 1578. Il avait épousé Etiennette d'Orchamps, puis Guillemette Thomassin (Arch. du Doubs, Fonds du Parlement. — Dunod, t. m, p. 645. — De Lurion, p. 574).

CouRvoisiER (1) ; [PiERiiK Phbnix] (2) ; Etienne Fauche (3) ; Luc Ghaillot (4) ; Nicolas Chup-

(1) Jean Gourvoisier était originaire de Lons-le-Saunier. Conseiller laïque au Parlement, il composa un amusant quatrain qu'on trouve transcrit sur un feuillet de garde de VEvangéliaire èa Parlement que possède la Bibl. municip. de Besançon (Mss., •n^93):

Qui n'a secourt que de son gendre,

Et n'a beste que chièvre à vendre,

Voisin rivière et advocatz,

Il n'en a pas fort grand soûlas.

11 mQur,ut en .1560.

(2)'J'ai donné, p^' lift, n. 1 quelques indications sur Pierre Phénix,

(3) Il y ay^ait eu trois frères Fauche, fils de Guillaume Fauche et 4e .Jeanne Musy, de Morteau, qui étaient venus se fixer k Dole : Etienne, conseiller au Parlement, docteur ès-droits et conseiller de l'Empereur, qui mourut en 1561 ; Nicolas, professeur de droit civil, qui était mort en 1549 et qui avait été remplacé par Claude Musy; enfin Jean, qui fut avocat à Dole et dont la Bibl. de Besançon possède des consultations de droit (Mss., n» 341). Tous trois étaient savants et amis des gens de lettres, et Cousin appelle Nicolas « nostri sœculi Sca^vola, inter jurisconsultos doçtores undequaqué doctissimus. » Etienne épousa Claudine Michel, de Dole, et en eut deux fils et trois filles, dont l'une épousa Simon Bourrelier de Malpas. Il y eut un autre Etienne Fauclie, sieur de Dompré, qui était capitaine de Joux ep 1598, et qui. fut la souche des Fauche de Dompré (Arch. du DÔubs, B. 1096. — Bibl. de Besançon, coll. Dunand, 16, f« 353-354. — Dom Poissenot, préface citée. — Cousin, éd. de 1562, t. I«r, pi 196. -r- Dunod, t. III, p. 258 et 645. — De Lurion^ p. 233).

(4) Luc Ghaillot était un des fils de Christophe Ghaillot, du Briançonpais, qui avait été appelé à Dole en 1492 pour y occuper une chaire. de professeur extraordinaire à l'Université, et qui était mort en 1535 après avoir été pourvu en 1524 d'un office de conseiller au t*arlement. Sa mère, Jeanne Broguet, avait épousé en premières; noces noble Guillaume de Chassey. Luc avait été étudiant à l'Université de Ferrare entre 1546 et 1550. En 1556, il était conseiller au Parlement de Dole. 11 épousa en premières noces Louise de St-Moris, puis Alonze Thierry, sur laquelle je lis, dans une généalogie manuscrite de la collection Chifflet,

PIN (1) ; < Pierre Sachet (2) ; Charles Grandjean (3) ;

qu'elle avait « l'usage de la langue' latine », et qu'elle était « savante en l'histoire » ; « les louanges de laquelle, ajoute l'auteur de la généalogie, se lisent dans les œuvres du sieur Molinet [lisez Du Moulin, lat. Molinœus] en ses leçons dolanoises. > (Bibl. de Besançon, Mss., coll. Ghifllet, vol. 50, f« 123. — Dunod, t. III, p. 646. — Labbey de Billy, t. II, p. 291 et suiv. — Beaune et d'Arbaumont, p. 191 et 197. — Picot, article cité, p. 92-93).

(1) Nicolas Ghuppin (ou Ghupin) était conseiller au Parlement. Il était aussi professeur de droit civil à l'Université. Il fut le second mari de Louise de Baptefort, dame de Dramelay et d'Arinthod, et lui-même est qualifié sieur d'Arinthod dans un acte du 8 avril 1566. Tous deux fondèrent dans l'église N.-D. de Dole une chapelle qu'ils donnèrent au Parlement. Il mourut en 1574, et leur postérité finit au 17® s. (Arch. du Doubs, B. 638. — Dunod, t. III, p. 645. — De Lurion, p. 164. — R. de Guiseuil, p. 233). — Une curieuse anecdote rapportée par Dunod nous montre la dame de Baptefort plaidant avec grand succès sa cause devant Charles-Quint.

(2) Pierre Sachet, sieur de Fontain, était originaire de Salins. Son frère Jean, chanoine de Salins, fut précepteur des enfants de Granvelle le chancelier. Lui-même fut fait conseiller au Parlement le 21 sept. 1552. Il mourut le 29 sept. 1565 et fut enterré aux Cordeliers de Dole. De son mariage avec Jeanne Boudier,il eut un fils, Aymon, et une fille, Claudine, qui épousa Pierre Froissard, sieur de Broissia, lequel devint président au Parlement de Dole. La famille s'éteignit au 17^ s. (Mss. de la Bibl. de Besançon, n® 1215, p. 303-305. — Dom Poissenot, préface citée. — Labbey de Billy, t. I»»", p. 288. — Mém. de la Soc. d'Emuldn Jura, 1878, p. 232). — On trouve dans les œuvres de G. (éd. de 1562, t. I", p. 263) une Oratio contra rhetoricam atque eloquendam, dédiée à Pierre Sachet.

(3) Charles Grandjean, sgr de Romain, était né à Dole. Avocat fiscal en 1545 et cité comme tel dansl'édit. de 1552, il fut ensuite nommé conseiller. Choisi le 12 juillet 1550 comme garde du trésor des chartes (ou archiviste) de Grimont, il contribua à faire transférer à Dole les titres du domaine, qu'on voulait mettre à la disposition de la Chambre des Comptes (On songeait alors à la rétablir). Nommé la même année conseiller du privé Conseil des Pays-Bas, il fut envoyé en ambassade à la cour de France pour le mariage de Philippe II avec Isabelle de Valois. En 1564,

PiiRHE Vauchard (1) ; Jean Golard (2) ; Pierre PoLY (3) >. J'essaierais bien de les louer suivant leurs mérites, mais je crains, comme dit Horace, «d'affaiblir, faute de génie, l'éclat de telles gloires. » (4). Les avocats fiscaux (ou royaux) (5) sont [François

Il assistait comme commissaire du roi aux Etats de Fr.-G. tenus à Dole et, l'année suivante, sollicitait sans succès l'état de président du Parlement. Il était oncle de l'historien Gollut. Epoux de Claudine Mairot. il eut un fîls qui fut aussi conseiller à pôle, etqui mourut sans postérité. (Gollut, p. 153. — Dunod, t. III, p. 646. — Chevalier, t. I»»-, p. 267. — De Lurion, p. 273. — Clerc, Histoire des Etats généraux..., dans Mém, Soc. d'Ëmul. du Jura, 1878, p. 191. — Correspond, du card. de Granvelle, t, I*»*, passim).

(1) Voir plus haut (p. 124) une note sur Pierre Vauchard.

(2) Jean Golard était fils d'un conseiller-doyen au Parlement de Dijon. Il s'établit à Dole en 1526 et devint conseiller au Parlement en 1557. Il épousa Anne d'Emskerque ou d'Anvers, qui lui survécut, fut un des cinq conseillers suspendus en 1571, et mourut en 1573. Son dernier descendant mourut en 1636, laissant sa fortune à l'hôpital de Dole (Arch. du Doubs, Fonds du Parlement. — De Lurion, p. 174).

(3) Pierre Poly n'existe pas parmi les conseillers au Parlement. Ilfaullire Jacques Poly (Gollut, Dunod et l'abbé Guillaume donnent le vrai prénom). Né à Ménétru-le- Vignoble, il devint conseiller au Parlement en 1557 et mourut en 1564, laissant, de sa femme Antoinette Pirouteau, de très nombreux enfants. Dans un acte du 21 janvier 1565, je trouve un Pierre Poly « procureur de la gruerie » : c'était sans doute un des fils de Jacques (Arch. du Jura, G. 294. — Gollut, p. 152. — Dunod, t. III, p. 646. — Guillaume, II, p. 197. La généalogie des Poly y a été « embellie sans vergogne ». Cf. à ce sujet J. Gauthier, Un précurseur de Libri, dans Mém. Soc. d'Emul. du Doubs, 1901, p. 233. — De Lurion, p. 467).

(4) Le texte d'Horace est le suivant (Odes, I, 6, 10-12).

Musa potens vetat Laudes egregii Caesaris et tuas Culpa deterere ingenii.

(5) Les avocats fiscaux étaient au nombre de deux. Ils rapportaient et jugeaient les procès civils, comme les conseillers,

Drouhot (1) et Charles Grandjean (2)] < Fernand Seguin (3) et Jean Ghappuis (4) >. • -

Marin Benoît (5)^ homme d'iine' haute intelligence

et assistaient, sans voix délibérative, au jugement des procès criminels. « L'économie [c'.-a-d. 'l'administration matérielle] dn Parlement, rinspection sur le parquet et le greffe leur appar-j tenaient. » Ils faisaient les harangues. Aussi choisissait-on, pour remplir ces fonctions, de jeunes avocats « bien faits, spirituels et éloquents ». Au bout de sept ans de services, ils avaient droit de requérir la nomination à la première charge de conseiller vacante (Dunod, t. JII, pï 6i5-6ie|.

(1) François Drouhot, docteur ès-droits, était de Dole. Il appartenait à une famille noble qui s'éteignit au 18« siècle (De Lurion, p. 213).

(2) Sur Charles Grandjean, voir p. 130, n. 3.

(3) Ferpiand (ou Ferdinand) Seguin, de Saint- Aubin au bailliage de Dole, anobli en 1556 par la charge d'avocat fiscal, devint conseiller en 1561. Il fut mayeur de Dole en 1555 et 1556. Le 22 avriri569, le Parlement décidait que, vu sa débilité et « la défectuosité de sa mémoire et ratiocination >, on ne mentionnerait pas ses avis par écrit sur le registre des délibérations. Il mourut la même année. Il avait eu de sa femme Louise Le Giergier deux fils, Etienne et Jean (Dunod, t. III, p. 647 et 662.

— Ann. du Jura, 1862, p. 62. — De Lurion, p. 537, commet une erreur sur le nombre de ses enfants).

(4) Jean Çhappuis, sgrde Leucour, Broyé, etc., était originaire de Salins. 11 fut nommé avocat fiscal en 1560, conseiller en 1566 et mourut vice-président en. 1584. II. fut, avec sa femme, enterréaux Gordeliers de Dole. Sa descendance s'éteignit au 17^ siècle. Il avait été un des cinq conseillers suspendus en 1571 ; iHut rétabli dans la suite (Dunod,^ t. III, p. 646 et 662. [Il y a, à. la; p. 646, une erreur: Dunod dit qu'il fut reçu conseiller en 1515;, il faut lire 1566]. — Chevalier, t.II, p. 314. —De Lurion,, p. 146;,

— J. Grauthier, Nouvelle sérié de tombes franc-comtoises iné-, dites, dans Mém^. Acad., Besançon, 1898, p. 368).

(5) C. l'appelle Martin, par erreur. Marin Benoit, sieur de la Bretenière, était origjn^aire de L^ifs-le-Saunier. Nommé procureur général en 1540, il mourut en 1572/ et il eut pour successeur Henri Camus, pourvu le 14 mai 1572. Il avait épousé Marguerite Clerval, qui devait être veuve d'un Camus, puisque, dans son testament daté du 5 nov^- 1559, elle fait héritiers'

et d'une haute sagesse, est procureur général, avec François Carrez (1) comme substitut.

Les greffiers du Parlement (2), que' Budé appelle les actuarii ou ab actis cUHse , ëoht Etienne Bernard (3), Claude Delesmes (4Y et Jean

« universaux » Philibert Benoît, étudiant à l'Université, Jean, Désiré et Henri Camus, ce dernier docteur ès-droits, ses enfants (Arch. du Jura, G. 216 de l'Inventaire, 215 sur la liasse. — Gollut, p. 153. — Dunod, t. III, p. 665. — De Lurion, p. 62-63).

(1) Je ne sais rien de ce personnage. Cousin, Gollut et Dunod nous font connaître seulement son nom et ses fonctions.

(2) Il semble, à lire C, qu'il y avait trois greffiers au Parlement. Or le personnel du greffe se composait, entre 1550 et 1600, (JfUD greffier, d'un commis-greffier, et de plusieurs clercs jurés, 4es ups, ayant entrée aux Chambres du Conseil, les autres non. •Ç^est là un fait incontestable, m'écrit mon très érudit collègue 3I.;L.|Febvre, et que prouvent une foule de formules et de piè- ({es qu'il a vues dans les Archives du Parlement.. Ainsi, le 19 j^iars 1594j.la Cour s'étant trouvée « entièrement complette,... chose fort rare », le greffier dressa un tableau nominal du personnel complet du Parlement d'ajors. Or, dans la partie de sa liste qui concerne le greffe, on relève seulement les noms du greffier, de son commis, et de trois « clercsjurez au greffe ayans entrée en la Chambre. > Il est donc probable que Jean Camus était un des clercs du greffier Bernard; du moins, je ne vois pas comment, on pourrait interpréter autrement le texte de C.

(3) Etienne Bernard, ou Barnard, sgr d'Authume et de Mutigney en partie,- devait être fils d'un Jean Bernard, anobli par Charles-Quint le 27 mai. 1521, et qui avait acheté en 1535 la seigneurie d'Authume au bailliage de Dole. Etienne Bernard était greffier en chef. Il avait épousé Jeanne Chaillot, qui devait être sœur de Luc le conseiller. Il est encore nommé comme greffier en 1566.. 11 testa le 23 octobre 1568, et-^on voit sa femme, le 1«' février 1573, fonder des messes pour le repos de son âme. Il a\fait fait, avec sa femme et ses beaux-frères, élever la tribune d'orgue, adossée au mur occidental^ de la Collégiale (Arch. du Jura, G. 217 [216]. — Gollut, p. 154. —Dunod, p. 671, — Rousset, ^' 1er, p. 128. — De Lurion, p. 66 et 597. — Rance de Guiseuil, p. 88).

(4) Claude Delesmes (c'est ainsi qu'il orthographie toujours son nom) était né à^Ruffey-sur-Seille. Il était filsde Jacques, procureur

Camus (1), fonctionnaires fidèles et intègres. Ils reçoivent les arrêts du Parlement et les transcrivent, pour éviter que la mémoire fugitive des hommes et la faiblesse de notre condition mortelle ne causent du préjudice aux parties. D*autre part, ils signifient les arrêts aux plaideurs, reçoivent les mémoires des parties et en donnent lecture au Parlement.

Quant au Parlement môme, il connaît de toutes les affaires, et il est obligé de ne pas s'écarter de ses décisions : car on ne peut faire appel de ses sentences, mais on en appelle à lui de tous les autres jugements (2).

Mais voilà assez de détails sur le Parlement.

et receveur de Ruffey, et de Louise Normand. Il fut attaché au Parlement dès l'an 1533, peut-être comme clerc juré, était commis greffier aux environs de 1552, et, vers 1569, devenait greffier en chef. Il testa le 6 août 1581 ; à ce moment, il n'occupait plus sa charge : il l'avait transmise à son fils Etienne, qui ne l'exerça pas longtemps, puisqu'il mourut dans les premiers mois de l'année 1583. — Outre ce fils, Claude Delesmes eut trois enfants, Jean, qui fut prieur de Ruffey, Claudine, qui épousa Jean Jamel, docteur ès-droits, et Christophle, qui fut mariée à un autre juriste, Etienne Michotey.

(1) Il est probable que ce Jean Camus est le même personnage que celui qui finit sa carrière en qualité de maître à la Chambre des comptes de Dole, en 1582. Si cette hypothèse est exacte (ce que je ne puis affirmer sûrement, le nom de Camus étant assez répandu alors) ce Jean Camus était frère d'Henri, dont C. citera le nom plus loin parmi les Dolois célèbres, et tous deux étaient probablement les beaux-fils de Marin Benoît, le procureur général, comme je l'ai dit ci-dessus.

(2) Le Parlement, dit GoUut (p. 144) « n'hat supérieur magis- « trat, sauf sa Maiesté. Il iuge de toutes matières par arrest, € sans moïen d'appellation quelconque, combien que Ion peut « auec quelques solemnités, requérir ea quelques matières, le « iugement de sa Maiesté. > Dunod dit de son côté : « Comme « c'étoit la seule Cour souveraine du Pays, elle jugeoit en der- « nier ressort toutes les matières contentieuses..., le Prince ne « s'étant réservé que les grâces et remissions, dans les cas où < il échéoit peine afflictive, de confiscation ou de bannissement.

Parmi les églises do Dole, la plus magnifique, qui est dédiée à la Vierge-Mère, est en construction : elle est d'un travail merveilleux, et sa beauté étonnera plus tard la postérité. Une fois achevée, elle laissera bien loin derrière elle toutes les églises de Bourgogne (1). Ajoutez un illustre chapitre de chanoines, parmi lesquels est le grand Pierre Farod, mon ami, vice-chancelier et sous-conservateur de TUnivorsité (2). Dans

« Il avoit défendu à son Conseil Privé d'évoquer à lui aucune « cause des Habitans du ('omté de Bourgogne,... voulant que a tout fût jugé sur les lieux, par les Juges ordinaires en pre- « mière instance et par son Parlement en cas d'appel. » (t. III, p. 617).

(1) Cette église est vaste, mais sans beauté, quoi qu'en dise, après C, Gollut (p. 207 et 967). — Son haut clocher, qu'on voit de fort loin, ressemble à un donjon, et il est complètement dénué d'élégance et de légèreté. — Au temps où C. écrivait ces lignes, il y avait une quarantaine d'années que l'église était en construction, la première pierre ayant été posée en 1508 par Antoine de Vergy, archevêque de Besançon, et qui était alors étudiant à l'Université de Dole. Elle remplaçait une vieille basilique brûlée en 1479. Elle fut dédiée le 25juillet 1572 (Bibl. de Besançon, Mss., Le Livre du Serment. . . — Marquiset, t. I*»", p. 280 et suiv., donne une longue description de ce monument).

(2) Tout ce que je sais de ce Pierre Farod, c'est qu'il était à celte époque doyen du chapitre, qu'il mourut le 13 avril 1574 (v. st.), et qu'il fut inhumé à Saint-Etienne de Besançon (Inscript, de St'Etiennc de Bes., compilées par J. Chifflet (n° 150), dans Mém. Acad. de Besançon, 1880). — Le texte de C. est inexplicable dans les deux éditions; vice cancellarius conservatoriœ (quam vocant) Universitatis, « vice chancelier de ce qu'on appelle la conservatoria Universitas. » On ne rencontre nulle part cette expression, conservatoria Universitas. Mais nous sîivons que, de même que l'archevêque de Besançon était chancelier et conservateur des privilèges de l'Université, le doyen du chapitre, curé de la Collégiale, était vice chancelier et subconservateur (qî., par exemple, la prestation de serment de Louis Gollut, dans J. Feuvrier, Un Collège franc-comtois au XVI^ s., p. 174). Je lis donc vice cancellarius conservatorque . . . , en faisant retomber vice sur les deux substantifs qui le suivent : la cons-

cette église est enterré (1) rexcellentissime JeaN Garondelet, chancelier de Tempereur Maxiniilien et

tniction de quant vocant n'est plus guère Ajorrecte, mais le nouveau texte est d'accord avec les faits, et il est explicable.

(1) Dans l'édition de 1552, au lieu de Garondelet, on lit Mercurin de Gattinara, grand chancelier de l'empereur Charles- Quint En disant que Mercurin de Gattinara était enterré à Dole, C. avait fait une erreur qu'il répara en faisant disparaître son nom de l'éd. de 1562. Mais comme Gattinara est un personnage qui sort de l'ordinaire, j'ai cru pouvoir donner ici quelques renseignements sur lui et traduire lesépitaphes que G. avait données en 1552.

Mercurin Arborio de Gattinara, né en 1465 près de Verceil en Piémont, était d'origine franc-comtoise. Neveu du gtljtnd chancelier de Savoie, il fut, par le crédit de sou oncle, et grâce à ses hautes qualités personnelles, nommé conseiller d'Ëtat de Philibert le Beau. Puis il professa avec un grand succès à l'Université de Dole, où il eut, parmi ses élèves, le futur cardinal de Granvelle. Devenue veuve et souveraine de Fr.-C, Marguerite d'Autriche l'attacha à sa personne, et il ne tarda pas à acquérir aussi toute la confiance de son père Maximilien. En 1508, il négociait, aux côtés de Marguerite, le traité de Cambrai. La même année, il était nommé premier président au Parlement de Dole. En avril 1509, il était installé, ouvrait, le môme mois, les Etats au nom de sa souveraine, et, dans ces deux circonstances, insistait sur la nécessité d'une justice exacte et respectée. Puis il fut chargé par l'Empereur d'importantes négociations à la cour de France (Il nous reste, de cette mission, toute une intéressante correspondance qu'a publiée Le Glay en 1845 dans les Négociations diplomatiques entre la France et l'Autriche). Quatre ans après, il était nommé chef du privé Conseil des Pays-Bas. Mais l'inflexible rigueur avec laquelle il maintenait la justice en Franche-Comté excita contre lui la haine de la noblesse, et Marguerite, après l'avoir longuement prié de se démettre, fut obligée de le destituer. Sa disgrâce ne fut pas longue, et, en 1518, il était fait par Charles-Quint grand chancelier et comte de Gattinara. Il fut employé par l'Empereur dans diverses négociations, en particulier dans celles du traité de Madrid, fut fait cardinal en 1529, et, la même année, conclut entre le Pape, l'Empereur, la République de Venise et le duc de Milan, pour la défense de l'Italie, un traité que Granvelle appelle un chef-d'œuvre de po-

de son fils Philippe, mort à Malines le 21 mars 1501,

litique. Il mourut en 1530, à InnsbrUck. « Gilbert Cousin, écrit' « ,Dunod, a dit qu'on i oyait son tombeau dans l'église de Dole^., < mais il s'est trompé. Il n'y a de lui à Dole qu'un monument de , «.sa piété : ce sont les formes du chœur de l'église collégiale. « Son corps fut porté à Gattinara [dans le Piémont], et inhumé* « dofis l'église des chanoines réguliers de cette ville, où l'on « voit son mausolée. » (Dunod, t. III, p. 167-168. — Girard, Un diplomate Fr.-C. sous Marguerite d'Autriche^ dans Mém. Soc. d'Eujul. du Jura, 1871-1872, p. 157 et suiv. — Clerc. Hist. des' Eta>i fi. ^généraux.,., dans id., 1876, p. 248 et suiv. — Le Glay, Notices sur Gattinara, en tête des Négociations..., p. xxx et suiv. ç et dans Mém. Acad. de Lille y 1847).

A a place des épitaphes de Carondelet qu'on trouvera plus loin dans le texte de la présente traduction, l'éd. de 155^ en a deux de Gattinara, que j'ai cru devoir traduire ici.

Epitaphes de Mercurin de Gattinara.

Arréte-toi, et demeure quelques instants, voyageur qui voulniè connaître Mercurin de Gattinara. Mis par V Empereur trois fois grand à la tête de son Conseil, il fut grand chancelier, et dictait les actes sacrés de l'Empire. Il connaissait les lois de la paix et les menaces de la guerre, et savait tout ce qui convenait à l'une ou à Vautre. Il aimait les savants, car, plus qu homme au monde les arm.es de la vertu et d'une heureuse sagesse l'avaient porté au faîte, le couvrant de la pourpre et mettant sur ses cheveux blancs le chapeau de cardinal. Mais dès qu'il eut reçu ce lourd fardeau d'honneurs, la mort toi'dit ses membres par la goutte et l'exila (la cruelle \) loin du seuil de la vie, voulant que nul mortel ne mît sa confiance dans des choses ruineuses, et que chacun tournât les mérites de son âme vers les deux d'où l'âme a tiré sa naissance. Pars maintenant, voyageur, et médite sérieusement sur cette vie, pour être prêt à partir quand la nuit suprême te saisira.

Vient ensuite une autre épitaphe, en grec ; C . la traduit luimême en latin ; la voici (on remarquera le jeu de mots assez puéril fait sur le ^prénom Mercurin, qui rappelle Mercure),.

Cet autre Mercure est mort, ses destins achevés, laissant aux malheureux mortels un profond regret. Il accomplit de sa main l'œuvre mémorable de la paix et sut amener de grands rois à signer un traité. Il ne veille pas, gardien maussade, sur les

à 74 ans (1). On voit encore (2) son tombeau fait en partie d'un marbre blanc qu'on appelle albâtre^ et, en

eaux livides du Cocyte ; il ne mène pas ^ ignorant le sommeil, la troupe des âmes dans le Tartare, séjour de l'éternel Pluton : mais il erre dans le magnifique royaume de DieUy et^ toujours honore sur la terre^ il habite désormais le ciel.

(1) Jean Garondelet, sieur de Ghampvans et de Solre, était né en 1428, à Dole, dans une maison qui subsiste encore en partie. Après de bonnes études à l'Université de Dole, il fut nomnié, bien que tout jeune, juge à la Régalie de Besançon, puis, en 1448, conseiller au Parlement de Dole, et, en 1460, maître des requêtes du duc Philippe le Bon. Il devint ensuite conseiller de Charles le Téméraire, signa au traité de Gonflans (1465) et épousa l'année suivante Marguerite de Ghassey qui resta sa compagne jusque dans la tombe. En 1473, il se fixa à Malines, où il fut nommé premier président du Gonseil que le duc Charles y avait établi. Après la mort de Charles le Téméraire, il resta fidèle à Marie de Bourgogne, malgré les périls qui l'entouraient. Une fois mariée, elle le récompensa en le faisant nommer par son mari l'archiduc Maximilien, grand chancelier de Flandre et de Bourgogne (1480). Sa fermeté et son attachement à son maître le signalèrent aux haines populaires. Il fut emprisonné à Bruges, puis à Gand, et sur le point d'être décapité. Mais il fut sauvé à temps et reprit ses fonctions auprès de Maximilien, à qui il continua de rendre d'éminents services. Maximilien étant devenu empereur, son fils Philippe le Beau lui succéda dans le gouvernement des Flandres (1493). Mais trois ans après, il lui redemandait les sceaux. Garondelet entra avec dignité dans la retraite, à Malines, puis à Dole, où il fit diverses fondations pieuses auxquelles il est fait allusion dans son épitaphe qu'on trouvera plus loin. De retour à Malines en 1501, il y mourut le 2 mars, à 73 ans, après avoir prescrit qu'on transportât son corps, et, plus tard, celui de sa femme, dans l'église N.-D. de Dole. Un de ses onze enfants, Jean, archevêque de Palerme, lui fit élever vers 1540 le magnifique mausolée dont parle G. (Il y a sur le chancelier Garondelet de nombreux travaux, fort bien utilisés et résumés dans une étude du chanoine Suchet, qui est dans les Mém. de VAcad. de Besançon pour 1898).

(2) On ne le voit plus aujourd'hui : il a été détruit, et les statues gisantes de Garondelet et de sa femme brisées en 1794. Il ne

partie, d'un marbre très noir veiné de rouge, qu'on extrait sur le territoire de Dole pour les tombeaux des grands, et qu'on nomme porphyre (1).

A l'occasion de sa mort, quelques hommes célèbres ont écrit des élégies et des épitaphes. En voici deux (2)

reste que l'inscription, sauvée par Léon Dusilletet qui est maintenant fixée au-dessus de la porte de la sacristie, derrière le maître-autel. Elle ne me paraît pas avoir été exactement reproduite, même par les historiens modernes. Je l'ai relevée avec la plus grande attention, et on trouvera ma copie dans le texte latin môme : c'est elle que j'ai voulu y donner, et que je traduis un peu plus bas, la transcription de G. étant défectueuse en plusieurs endroits.

(1) D'après R. de Guiseuil, p. 260, cette pierre blanche, que le chanoine Belon, auteur d'une description manuscrite de l'église N.-D., appelle de même albâtre, aurait été un calcaire qu'on trouve aussi aux environs de Salins, et dans lequel ont été sculptés les vases posés sur les montants de la grille qui ferme le chn?ur. — Quant au marbre noir veiné de rouge, il est probable que c'était celui dont parle Gollut, dans le passage où il décrit les « perrières » de Fr.-G. (p. 89) : « Vne autre [sorte] se « trouue encor, qui est admirable en sa belle perfection : d'au- « tant que sur le noir tres-obscur, qu'elle hat, elle est encor « marquetée de tachettes rouges, autant vermeilles et brillantes, « comme si l'on l'hauoit moillé de sang frais, et que l'on heut « aspergé le marbre de gotettes sanglantes. »

J'ai traduit porphy rites par porphyre, parce que, dans les exemples que j'ai trouvés de ce mot dans Pline l'Ancien, il sert toujours à désigner le porphyre vrai ; mais le porphyre ne se rencontrant pas aux environs de Dole, porphyrites ne peut désigner qu'une certaine variété de marbre. •

(2) Ed. de 1552: de notre ami François Granneveld. — Ce nom est celui de l'auteur des épitaphes de Gattinara, lequel était conseiller de S. M. Impériale. — C. n'indique pas de qui est la première de celles de Carondelet; la deuxième doit être de Garondelet l'archevêque.

Je ne partage point le sentiment de G. : la deuxième épitaphe est une inscription funéraire qui ne se signale par aucune beauté ; quant à la première, elle est écrite dans le latin le plus entortillé, et elle n'est qu'un interminable ramassis de lieux com-

qtlî' ne'$Oflt'pas sansbeauté, et qneje» joindrai volontiers ici: ' ' ' ,

En vain Vambition trompeuse brûle de désirSy etc.

A JK\NÇ4.RO^DEtET, SEIGNEUR DE ChAMPYANS, SoLRE, POTTELLES ET AUTRES LIEUX, GRAND CHANCELIER DE L'EMPEllEÙh MAXIlilILIEN ET DE SON FILS pHILlPPÈ, R(5î DES ESPAGNES,, ARCHIDUC d' AUTRICHE, pUC DE BOUR- GOGNE, ETC.,;ET A DAME Marguerite de'Ghassey, so^

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