PÈRE ^T SA MÈRE SI RONS (1) ET A QUI IL DOIT TA
MESSIRE Jean Carondelet, archevêque de Païierme; PRÉVÔT DÉ Saint-Donatien de Bruges (2), chancIelièr PERPÉTUEL pp Flandre et premier président du privé Conseil de Belgique du puissant, victorieux i3, auguste empereur Charles-Quint, après avoir, a SE« frais, fait enlever de l'église Saint-Pierre 4) feT transporter ici leurs restes, après avoir aussi
Î^ARGEmÉnT ENjailcHÎ DE .ses DENIERS LES PIEUSES FONDA- TIONS qu'ils AVAIENT INSTITUÉES POUR TOUS LES JOURS
«luns où ili serait impo^îjible de relever le moiindre détail; intéressant. Gomme elle egt par surcroît mal ponctuée et quelle renferme quelques leçons douteuses, je n'ai pas jug-é bon de la traduire.
(1) Je lis optimis: optime beneque, leçon de G., est inadmissible. . . * '
(2) L'église Saint-Donatien, .à Bruges, a été démolie il y a un siècle. Elle occupait une partie de la place actuelle du Bourg, où l'on voit encore unbeau bâtiment élevé en 1622 et qui était précisément l'Hôtel de la Prévotéde Saint-Donatien (cf. Hymans, Bruges et Ypres, p. 13).
(3) Je lis potentis felicis. L'F a souvent ce sens de felicis dan« les inscriptions lapidaires (Cf. A. Ghassant, Dict. des abréviations lat. et franc., 1846, p, 117). — Quant au P, on pourrait l'interpréter par pii[Cï. id., ibid., p. 122) : mais je préfère y voir l'abréviation de ce titre si fréquent, « puissant ».
('i) L'ancienne église de Dole, consacrée sous le vocable d<! Notre-Dame et de saint Pierre.
— im —
DE e'aNNÉE\(1), A KBÈVÉ.ET ORNÉ CE .MONUMENT DE SON AFFECTION^ SON PÈRE vVÉCUT LXXIV ANS ET MOURUT
l'an mdi^wde. xiiiAF&yRiEft. Elle tégut lxx ans et
MOURUT l'an MDX1«, liE XXV MAI.
Dansla'mêïrie église 'èst'ëncore enterré Dioclétien, le doux enfant du méiiëcm Heberling (2), dont j'ai cru devoir transcrire ici ï'épitaphe :
Ici repose Dioclétien, V enfant d*un médecin; mais la main paternelle ne sait pas Vart de le ressusciter.
(1) Il est ici question de la « messe perpétuelle et quotidienne et à haute voix et note », qu'avait fondée, le 22 juin 1497, Claude Carondelet, chevalier, conseiller et chambellan de l'archiduc d'Autriche et soril)àilli d'Amont au comté de Bourgogne, « pour et au nom de messire Jean Carondelet, chevalier, sgr de Champvans, et de dame. Marguerite de Chassey, ses père et mère. » [Archives du Jura, G. 208). Pour l'exécution de cette fondation, les chanoines du chapitre de Dole devaient instituer un maître de chant et quatre enfants de chœur dans l'église collégiale. Qliàraiitè ans après, les revenus de la dotation qui avait été faite à cett'éïïn étaient réduits à un tel point que le chapitre demanda à^C^rondefet l'archevêque de les relever. Celui-ci fit un don de terres en valeur de 3.500 livres (1538) ; douze ans plus tard, il fatsait'ur^e nouvelle donation au chapitre, à la condition qu'il e'rftretiendrait la maison de la maîtrise : c'est à toutes ces libéralités que fait certainement allusion cette phrase de l'épitàphe.
(2) Cet Heberling est probablement Charles Heberling, qui était frère d'Auribald, dont C. cite le nom un peu plus loin. Tous'deux devaient être fils de Jean Heberling, professeur de médecine k l'Université de Dole, et auteur d'un Traité sur la peste qui parut à Dole en 1492. — Le 27 août 1527, Charles Heberling reconnaît devoir au chapitre de N.-D. de Dole un cens de 2 sols. — A la même famille appartenaient certainement Juliane Heberling, femme du recteur Pierre Phénix, et Quentin,' étudiant à l'Université de Doïe en 1556. — Gollut parle de Via maison de Messieurs Heberling », qui leur venait des sieurs de l'Estoile : elle était sise rue Fripapa. — Je n'ai pas d'iaiutres renseignements sur cette famille (Arch. du Jura, G., 2i84. -1 Gollut, p. 164 et 205, — Beaune et d'Arbaumont, p. 201- 202. — Rance de Guiseuil, p. l'26).
Tout frêle encore^ la pâle Mort^ fléau de tous redouté^ Va enlevé sous Vaile de ses parents qui l'aimaient tendrement. Jeunes gens et vieillards, la nature impitoyable emporte tout, méprisant les remèdes et le secours du médecin. Nous nous abusons^ malheureux que nous sommes: il n'est sous le soleil qu'une loi imposée à l'être qui nait: c'est de mourir^ suivant la règle .
Il y a un autre collège, consacré à Saint-Jérôme (1), remarquable entre tous par le zèle qu'on y montre pour
(1) Ce collège était destiné à douze moines profès de l'ordre de Cluny, qui étaient envoyés à Dole pour suivre les cours de l'Université. « Dans la pensée du fondateur, ils iraient, après de fortes études, reprendre leur place parmi les religieux de leurs monastères respectifs. L'ordre aurait ainsi des hommes d'élite capables de remplir les charges importantes et de servir utilement l'Eglise . >
Le collège Saint-Jérôme fut fondé par un Comtois dont la figure morale attire la sympathie, dom Antoine de la Roche. Né à Poligny en 1420 et élève de l'Université de Dole, il y vint ensuite enseigner le droit canonique avec un tel succès < qu'on ne « vit jamais depuis son époque, dit dom Poissenot dans la Pré- « face de son Guillaume de Tyr, un auditoire ainsi composé et « aussi nombreux: les étudiants se tenaient en foule à la porte, « tous les sièges étant remplis à l'intérieur. » Ses mérites le firent nommer successivement grand prieur de Cluny, prieur de La Charité et de Morteau. Mais, au lieu de conserver pour lui tant de revenus, il voulut les consacrer à une œuvre utile. Il acquit à Dole un vaste terrain et y fît construire, dit dom Poissenot, <c une église et un collège religieux si élégants qu'on ne « peut les voir sans être amené à s'étonner qu'une œuvre si « splendide et si magnifique ait pu être ainsi achevée et menée « à bien par cet homme pieux en si peu de temps, alors qu'un (( prince puissant aurait eu de la peine à le faire. » Il y ajouta une bibliothèque fort riche en mss. Les plus hauts personnages s'intéressèrent à cette fondation et donnèrent leur sympathie au père de la Roche. Il fut attaché par Granvelle le chancelier à son fils Antoine et le suivit à Paris, à Padoue et à Louvain, où le jeune étudiant prit ses grades. Puis il augmenta les revenus de
les pratiques religieuses, et où se trouve une bibliothèque très riche en livres et en bons manuscrits. Le principal est mon ami Philibert Poissenot, dont l'âme a été comme comblée de vertus ^de toute sorte.
< Le bâtiment a été élevé par Antoine de la Roche, dont voici Tépitaphe, écrite par le jurisconsulte Etienne Van Straten (1):
Quoi^ tu t'étonnes^ passant, devant la grandeur de la roche et de la pierre, et tu demandes pourquoi il existe ici des merveilles ? — Les fondements d'une
son collège en y faisant joindre ceux du prieuré de Château-sur- Salins. Ce fut la fin de ses travaux : il résigna ses prieurés en 1501 et 1504 et se retira à Gluny, où il mourut le 11 avril
Ses successeurs à la tête du collège jusqu'au temps de G. furent Pierre Gauvand ou Gauvain, Adrien Gharrin et Philibert Poissenot, que nous connaissons.
C'était dans les salles du Gollège Saint-Jérôme que se tenaient les sessions des Etats de Bourgogne. Vendu nationalement pendant la Révolution, il fut mutilé et les grandes salles démolies. Les Dames de la Visitation s'installèrent ensuite dans une partie des bâtiments.
(Dom Poissenot, Préface citée. — Biographie d'Ant. de la Roche par M. de Frasne. Ms6. de la Bibl.de Besançon, fonds de l'Académie, vol. 6, p. 406-408. — Dom Besse, Mélanges d'hist. monastique, dans Revue Mabillon, 1906, p. 273 et suiv. — Les Archives du Jura ont un fonds de documents relatifs à ce collège, série D, no» 74-153; quelques-uns sont assez curieux. — Les statuts du collège ont été publiés par B. Prost dans Mém. Soc, d'EmuL du Jura, 1871-72, p. 193 et suiv.),
(1) Etienne van Straten (Stratius) étaitné à Anvers. Il était professeur à Bourges quand il fut appelé en 1551 à Dole pour y enseigner le droit civil. Nommé ensuite par Philippe II, le 1" décembre 1558, conseiller au Gonseil de Malines, il quitta la Flandre au bout de trois ans et revint enseigner à Dole. Mais il se ligua bientôt avec le prince d'Orange contre le cardinal deGranvelle, et il fut rappelé en disgrâce à Bruxelles. Le prince d'Orange ayant vainement sollicité pour lui la place de président au Parlement de Dole, le nomma surintendant pensionné
maison qui rivalise avec l'Olympe sacré p^uifent-iW trouver ailleurs une meilleure pïact ? (1). > •^* ' ^
Il y a encore là un grand couvent de moines appelés^ Frères mineurs, {2). • , • >
Enfin cette ville possède un marché très élégant, en. touré de murs, de forme quadrangulaire, mais un plu^ long que large : sur le côté occidental se trouve le palais de justice avec les prisons (3).
Mais passons au reste.
Cette ville a donné' naissance, de notre temps, à quelques hommes célèbres, parmi lesquels Jean de
dp ses .domaines dans le Comté de Bourgogne. L'attachement de van Straten pour ce prince/ et ses opinions religieuses le signalèrent aux rigueurs du duc d'Albe ; on prétend même qu'il aurait été exécuté par sçs ordres. C'est une erreur:, il parvint à s'échapper et mourut à Paris en 1572 (Beaune et d'Arbaumont, p. GXLVI- JÇXLVII, 55 et 193. —Clerc, Hist. cjie^s Etats généraux,.., dans Mém. Soc. d'Emiil. du Jura, 1878, p. 192).
(1) Epigramme, oui; épitaphe, non pas. Peut-on nommer épitaphe cette pièce énigmatique et trop ingénieuse, où rien ne rappelle la mort, et où le nom même du défunt n'apparaît que déguisé sous un calembour ?
(2) Ce couvent de Frères mineurs ou Cordeliers était en efTet fort important. Il avait été fondé en 1372, et, k l'époque de C.> renfermait uqe trentaine de religieux. Dans l'église étaient inhumés plusieurs grands personnages, entre autres le père de Jacques de Molay. Plus tard,, le président Boyyin y fut. aussi enterré. Le couvent fut vendu en 1791 et acquis par la ville. — (Marquiset, t. I**", p. 211,' avfc,une-vyie du portail. • — Rousset, t. II). — La bibliothèque municipale de Besançon possède sçpt m,ss..q,ui en proviennent.
(3) ,11. s'agit ici de la place des Halles, près de l'.égUse N.-D,. Le^ Halles, qui étaient fort ancienn^i^, s'étendaient en galerie, ^^jitçur d'un espace rectangulaire, i^ l'un des angles,, le palai^ dp .jParlement avait été construit après le siège de 1479, et la Cour y avait été installée en 1500. |^es prisons étaient attenantes au palais, ainsi que la chapelle du r\arlement.
Saint-Mauris, président du Conseil de iVJalines (1) ; puis Jean de la Tour, Luc Chaillot, Nicolas Chuppin , < Charles Grandjean, Pierre Vauchard, > tous conseillers au Parlement, et qui ne sont ni étrangers aux belles-lettres ni mal disposés à les protéger ; les avocats jSscaux [François DROUHOTet Charles Grandjean,] < Fernand Seguin et Jean Chappuis, > en qui Ton remarque à la fois beaucoup de goût pour Téloquence, une vive intelligence et une science extraordinaire (2); Jean Huot, président d*Orange (3); Auri-
(1) Jean de Saint-Mauris, sgr de Montbarrey, était originaire de Dole. Professeur en droit civil à l'Université de Dole en 1519, il devint conseiller au Parlement, puis conseiller d'Etat et président du privé Conseil de Flandre. En 1541, son beau-frère Granvelle le chancelier le faisait nommer résident en France pour la reine douairière de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas, et, en 1544, ambassadeur impérial près la cour de France. Il s'y trouvait à la mort de François I*"^ et à l'avènement de Henri II, et Castan a tiré de ses dépêches secrètes, conservées dans le fonds Chifflet, des détails intéressants et inédits qu'il a publiés dans les Méni. de la Soc. (VEmiil. du Doubs (1878, p. 420 et suiv.). Il mourut le 23 août 1555 et fut enterré, non à Dole, dans la chapelle de sa famille, comme le dit Dunod, mais dans l'église abbatiale de Saint-Vincent, à Besançon. Il avai* épousé Etien- NETTE Bonvalot, bellc-sœurdu chancelier de Granvelle. Il en eut Léonard, Jacques et Antoine, qui formèrent plusieurs branches, dont une, celle d'Augerans, existe encore. (Arch. du Jura, G. 280. — Dunod, t. III, p. 644. — Labbey de Billy, t. I, p. 290- 291 ; t. II, p. 245. — Beaune et d'Arbaumont, p. 192. — De Lurion, p. 522. t- Castan, art, cité).
(2) Nous avons déjà rencontré tous ces noms.
(3) Jean Huot, sgr d'Ambre, descendait de Jean, capitaine d'une compagnie d'hommes d'armes, établi à Dole en 1430. Elève de rUniversité de Dole en 1515, bailli delà maison de Chalon en 1537, il exerça, je ne sais depuis quelle date, ces fonctions mal
. connues de président d'Orange, dont j'ai parlé, p. 49, n. 3, à propos de Claude Glanne de Nozeroy. Il épousa Anne (ou Antoinette) d'Andelot, et fut père de François, qui continua la branche d'Ambre, fixée à Lons-le-Saunier et éteinte à la fin du 18» siècle,
BALD Heberling (1) ; [Pierre Vauchard,] Renobert Raclet (2), Simon Du Champ (3); Etienne des Barbes (4) ; [Jean de Saint-Mauris ;] <Henri Camus (5) ;> avocats et professeurs de droit, hommes très éloquents et très cultivés et qui sont en outre mes vieux amis ; Jacques Perrot, grand-vicaire de Tarchevêque de Besançon et
— Jean Huot figure dans des actes de 1537, 1553 et 1554 cpii sont aux Archives du Doubs (B. 638 et E. 1290). Il fut enterré à N.-D. de Dole, dans une chapelle qu'il avait fondée (Labbey de Billy, t. II, p.281.— De Lurion, p. 295.— R. de Guiseuil, p. 145).
(1) Le texte de G. porte Keberling ; il faut lire certainement Heberling, — Auribald, frère de Charles dont j'ai parlé p. 141, n. 2, était docteur ès-droits. Il fut membre du Conseil de ville.
(2) Un acte des Archives du Doubs (B. 2042) cite un Renobert Racle, qui était docteur en droit et procureur local du gruyer, et qui tint des assises à La Loye, dans la forêt de Chaux, en 1561 et 1562. Je trouve aussi, parmi les étudiants de l'Université de Ferrare au 16» s., un ÏIaclet, de Dole, appelé successivement Robert et Renobert, qui fut reçu docteur en droit à cette Université le 12 février 1551. Il est à peu près certain qu'il s'agit là d'un seul et même personnage, frère de Claude, dont je ne connais que le nom, et fils de Claude, bourgeois de Dole, procureur général de la gruerie du Comté de Bourgogne, mort avant 1544, et de Catherine Thiébault. — Il y eut un Pierre Raclet, avocat général à Dole en 1605, et qui doit être un de ses descendants. — (Arch. du Jura,G. 213 deT Inventaire, 212 sur laliasse. — Dunod, t. III, p. 653. — Picot, art. cité, p. 154).
(3) Il y eut un Simon Du Champ qui fut six fois vicomte-mayeur de Dole entre 1547 et 1561 : ce doit être le nôtre. Il est probable qu'il descendait de Guyot Du Champ, de Dole, anobli en 1466 par Philippe le Bon, dont il était conseiller et receveur des finances (Ann. du Jura, 1862. — De Lurion, p. 140).
(4) Etienne Desbarres était un des trois fils du président Desbarres, dont j'ai parlé plus haut. Il fut doyen du chapitre de Dole.
(5) J'ai déjà cité deux fois le nom d'HsNRi Camus, à propos de Marin Benoit, le procureur général, qui devait être le second mari de sa mère, et à propos de Jean Camus son frère. Luimême fut le beau-père du président Boyvin. Procureur général •depuis 1572, il mourut en 1588 (Dunod, t. III, p. 625 et 665).
juge canonique, ou, comme on dit, officiai ; René Pkrrot, médecin (1) ; Aimé Boudier (2), célèbre par sa science et sa fortune. Mais ils sont une multitude, si je n'ai voulu citer que ce peu de noms.
Et Ton trouve de même en ce lieu toutes choses en abondance, et parce que la campagne est partout autour fertile par elle-même, et parce que les marchands y viennent en foule apporter une foule de produits.
Non loin de là apparaît le mont Roland et le bourg du môme non (Montroland), tous deux ainsi appelés de Roland, neveu de Gharlemagne par sa sœur, homme d'un courage extraordinaire, et qui, disait-on, l'emportait de beaucoup sur ses contemporains en force physique et en grandeur d'àme ; ses exploits sont célèbres par tout l'univers. On dit qu'il mourut, après avoir fait une hécatombe d'ennemis, dans l'engagement où Gharlemagne, revenant d'Espagne, subit de la part des Gascons, près des sommets des Pyrénées, une éclatante défaite (3).
(1) Tous ces personnages nous sont connus.
(2) Aimé Boudier était Ris de Claude, qui fut conseiller des ducs de Bourgogne et dut mourir vers 1497. Il fut sept fois mayeur de Dole entre 1528 et 1552, « commis à la distribution des deniers » pour les travaux des fortifications de Dole, de 1530 à 1560, et distributeur de l'Université, probablement depuis la même date. Il épousa Jeanne de Crissey et en eut deux filles, dont l'une épousa Pierre Sachet le conseiller. C. lui dédia, avec ses hyperboles habituelles, sa traduction latine de V Economique (Arch. du Doubs, B. 1877 à 1912. — Cousin, éd. de 1562, t. I", p. 223. — Labbey de Billy, t. I«f, p. 287.— ^nw. du Jura, 1862, p. 61 et62).
(3) Montroland est un petit village de la commune de Jouhe et du canton de Rochefort.
D'après une tradition bien établie à l'époque de C, le neveu de Charlemagne serait venu en pèlerinage à Montroland. Un document conservé au monastère et transcrit au 16« siècle par Anatole Galiot et Henri Camus, conseiller au Parlement, renfermait les lignes suivantes: « L'an N. S. VII cens et dix ans,
Pesmes, sur TOgnon, est une petite place avec un château-fort bâti sur un petit rocher (1).
Entre Pesmes et Dole est le monastère d'Acey (2), < de Tordre de Giteaux, fondé en 1130, > à propos duquel on rapporte ce mot écrit par un des abbés au pape Martin V :
Inter dolum et pessimum in aceto positus sum (3).
Par dolum (le dol), il entendait Dole; psir pessimum (lapis), Pesme, et par acetum (le vinaigre) son propre
« Roland ly preux alloit de France à Romme et uint en pele- «c rinage par lad. chappelle, e meu de deuotion pour les grandz <c miracles et uertus qui se façoient aud. lieu, mesmement con- « sidérant que le glorieux saint Martin icelle auoit dediee et « beneitte, en icelle chappelle fonda un prioré de moines noirs, « et iceuxarrenta suffisamment... » (Cité dans Jeannez, Notes histor. sur N.'D. de Montroland et sur le prieuré de Joulie, 1856, p. 12). — Gollut (p. 206) rattache aussi au passage de Roland le nom de la rue du Montroland à Dole.
(1) Pesmes est un chef-lieu de canton du département de la Hte-Saône, arrondissement de Gray; c'est la patrie de ThistorieD Gollut : « Paime, dit-il, ma douce patrie, ville de l'vn des meil- « leur doux aêr, et de plus belle assiétequi soit en Bourgogne.» (p. 78).
(2) Le monastère d'Aoey (commune de Vitreux, arrondissement de Dole) avait été fondé en 1134 par une colonie cistercienne venue de Cherlieu, près de Jussey. Au temps de G., il renfermait une douzaine de religieux. Vendus nationalement sous la Révolution, les bâtiments furent rachetés des premiers acquéreurs par les bénédictins de Solesmes, qui y essayèrent en 1854 un établissement éphémère; un de ces religieux, dom des Pilliers, eut alors une retentissante querelle avec dom Guéranger. En 1866, ils passèrent aux mains des trappistes. — On trouvera un résumé de l'histoire d'Acey et une étude sur son église et ses monuments dans un travail de J. Gauthier (Mém. Acad, de Besançon, 1895, p. 264 et suiv.). En 1898 a paru une histoire complète de N.-D. d'Acey par M. l'abbé Blanchot.
<3) « Entre la fourberie et le vice, je suis dans le vinaigre. » (Entre Dole et Pesmes, je suis dans Acey).
monastère (1). Si les noms propres répondent bien à la réalité des choses, c'est au lecteur ingénieux à se le demander.
Voici Favemey et TraTes, villes déjà yieilles ; puis Vezet (2).
Non loin de là sont : Ghamplitte (ou Ghampnice ; on trouve une ville de ce nom en Saxe) (3) ;
Port-sur-Saône, situé sur le bord de la Saône (4);
Amance, aussi sur la Saône (5). Il y a une autre ville du même nom dans le pays de» Eburons, audessous de Namur(6).
(1) Suivant la tradition, la lettre de Tabbé d'Acey se serait terminée par ces mots, où se remarque un quatrième calembour, sur l'abbaye de La Charité: « Si tu ne me donnes pas La Charité, je suis perdu. » (Stephen Leroy, Vue générale de V histoire de la Haute- Saône, dans le Bulletin de la Société grayloise d'Emulation, 1902, p. 108).
(2) Faverney est une commune de l'arrondissement de Vesoul. Elle est célèbre par le miracle de l'hostie (1608), qu'a raconté le président Boyvin. — Tràves est une commune du même arrondissement. Son château est mentionné dès la fin du XI« siècle ; il n'en reste plus rien. — Visia, du texte latin, ne peut pas, comme le croit Chéreau, désigner Vesoul, que C. appelle plus loin Vesulium. Dans le travail cité à la note précédente, M. St. Leroy, qui cite et traduit ce passage de C, omet Visio. Je crois qu'il s'agit de Vezet, commune de l'arrondissement de Gray, que C, dans son Conventus superioris Burgundiae appelle Vesey et cite aussi à côté de Traves (p. 121 de l'éd. de 1552).
(3) Ghamplitte, chef-lieu de canton du département de la Hte-Saône, arrondissement de Gray. — La notation la plus ancienne du nom de Ghamplitte étant Campus limitis, et le nom latin de la ville saxonne étant Chemnitium (Chemnitz), on voit qu'il n'y a aucun rapprochement possible entre les deux vocables.
(4) Port-sur-Saône, chef-lieu de canton du môme département, arrondissement de Vesoul.
(5) Amance, autre chef-lieu de canton du môme arrondissement.
(6) Ed. de 1552 : Dans le pays des Syçamhres, au-dessus de
Je passe sous silence ces villes avec quelques autres, puisque je ne les connais pas.
Pour parler de celles qui me sont connues, il n'y a rien dans cette région qui soit supérieur à Gray (1). Si donc j'en parle maintenant, ce n'est pas seulement Tordre naturel, c'est aussi la célébrité de l'endroit qui me parait m'y inviter. Car on compte Gray parmi les principales cités de notre Bourgogne. C'est une ville agréable (2), située sur le bord même de la Saône, et qui possède tout en abondance sans avoir besoin de travail. On y peut aussi remarquer sur divers points des édifices magnifiques, des rues pavées, dans les carrefours de claires fontaines, parure de la ville, et enfin de grandes commodités pour les habitants. Gray est illustré par beaucoup de génies dignes de l'immortalité (3). Citons ce grand, noble et juste vieillard, Hugues Marmier, sieur de Gastey, président du Parlement de Dole (4) , Noël
Namur. — J'avoue que, malgré toutes mes recherches, je n'ai pu découvrir quelle est cette ville, qui, en 1552, était au-dessus de Namur, et, dix ans après, se trouvait au-dessous,
(1) Chef-lieu d'arrondissement du département de la Haute- Saône. Il y a de bonnes Recherches histor, sur la ville de Gray, par Crestin (Besançon, 1788), et une Histoire delà ville de Gray, par Gatin et Besson, dont M. Ch. Godard a donné une 2* édit en 1892.
(2) Le P. Joly, p. 18 : « On ne peut imaginer une situation plus riante ».
(3) GoUut, p. 77 ; « Gray hat cet honeur d'hauoîr doné à la « Court vn grand nombre de doctes personnages, qui par leurs « suffisances [leurs capacités] monstrent qu'en cette place est « l'vn des domiciles de la vertu et de l'honeur ».
(4) Hugues Marmier, sgr de Gastey (cant. de Ghamplitte), appartenait aune famille de Langres fixée à Gray depuis un siècle. Il était, en 1507, lieutenant général du bailli d'Amont, et fut fait président du Parlement de Dole entre 1517 et 1519. En 1538, il fut violemment attaqué devant les Etats de Fr.-C. par les de Rye, puis dénoncé à TEmpereur par l'archevêque de Besançon
HuGON (1), [Guillaume et Claude Boutkchoux (2)]
et l'abbé de Saint-Claude, évêque de Genève, Claude delà Baume. Les uns lui reprochaient d'être un président intéressé et vénal, les autres de prêter les mains contre l'Eglise à son beau-frère Simon Gauthiot d*Ancier, chef du parti des huguenots à Besançon. Il défia devant les Etats ses accusateurs de prouver un seul de ces faits, et personne n'osa relever le défi. Mais en 1545, ses ennemis furent plus heureux, et ils le firent suspendre de ses fonctions le 14 avril : Charles-Quint, en le suspendant, le condamnait^ ainsi que les héritiers du greffier Vaulchier, à diverses restitutions envers des familles dont tous deux avaient acheté des propriétés en litige. Mais il se justifia et fut réintégré dans ses fonctions (Dunod a raconté sur cette disgrâce et ses suites tout un roman dont le président Clerc a montré la fausseté). — Il avait épousé, le 27 mai 1508, Louise Gauthiot, qui testa le 23 sept. 1535, et il se remaria à 70 ans avec Anne DE PoLiGNY dont il eut sept enfants. Il aimait les arts et fit don aux églises de Dole et de Gray de deux tableaux d'autel peints par un élève de Raphaël (Arch. du Doubs, E. 1418. — Dunod, t. III, p. 623-624. — Bibl. de Besançon, Mss., coUect. Chifflet, vol. 39, fo 95. — Clerc, Hist. des Etats généraux.,., session de juin 1538. — Thiboudet, Trois recès inédits des Etats de Fr.-C, dans Mém. de la Soc. d'E/nul. du Jura, 1873, p. 167. — U. Robert, Catal. des mss. relatifs à la Fr,-C., dans id., 1877, p. 78.
— St. Leroy, op. cit.. p. 105).
(1) Noël Hugon était d'une famille notable de Gray anoblie par Charles-Quint en 1530, dans la personne de Jean son père. Il fut élève de G. Cousin, étudia en droit à Poitiers, Pavie, Bologne et Ferrare, et fut reçu docteur devant cette dernière Université le 23 janvier 1552. Marié à Prudente Lullier de Morey, il en eut Pierre, aussi docteur en droit, et qui mourut sans enfants. Il avait une sœur, Anne, qui épousa un premier maître à la Chambré des Comptes de Dole (Bibl. de Besançon, Mss., coll. Chifflet, vol. 50, f» 126. — De Lurion, p. 293. La référence aux mss. Chifflet y est erronée. — Id., Notice sur la Chambre des Comptes de Dole, 1892, p. 185. — St. Leroy, op. cit., p. 105.
— Picot, art. cité, p. 101). — Cousin lui dédia ses Partium oratorise facultatis distributiones(éd. de 1562, t. I«', p. 208), et il en reçut une pièce de vers remplie des plus extraordinaires louanges (id., ib., p. 428; éd. de 1552, p. 139-140).
(2) Guillaume et Claude Boutechoux étaient filfe de Guillaume,
< et quelques autres, > hommes savants et éloquents, et qui possèdent à fond les deux langues.
D'autre part Gray est entouré de vastes plaines qui donnent en quantité des récoltes de toute sorte, et qui «ont si grasses et si fertiles que la richesse de leur sol, la variété de leurs fruits, Tétendue de leurs pâturages et Tabondance des produits qu'elles donnent pour la consommation et Fexportation, les mettent sans peine au-dessus des pays voisins (1).
Mais nous laissons Dole, et il nous prend la fantaisie de faire route de nouveau à travers les hautes monta* tagnes.
A deux milles au-delà d*Arbois, vers le midi, est Poligny. C'est un nom grec, transplanté jadis dans
sieur de Cessey et Apremont, lieutenant général du bailli d'Amont au bailliage de Gray, mort en 1530. Les deux frères devaient être morts en 1562, puisque G. supprime leurs noms dans sa 2» éd. Claude laissa deux filles, dont l'une, Elisabeth, épousa Pierre Vauchard, conseiller au Parlement de Dole, dont nous avons rencontré plus haut le nom (Il y eut plusieurs branches de cette famille grayloise ; l'une se fixa à Salins vers Tan 1525, et c'est pourquoi l'abbé Guillaume donne toute la généalogie de la famille dans son 2® vol., p. 46 et suiv.). — Un autre Claude succéda en 1570 à Pierre Vauchard comme conseiller, et, en 1575, à Pierre Froissard comme président ; mais c'était un petit-cousin des deux frères dont je viens de parler.
(1) « L'assiette de la ville, qui voit au bord de sa rivière rfe grandes et riches prairies et plusieurs villages abondants en toutes sortes de biens, et plus que pas un autre du pays.. » (Lettre de Louis Pétrey, sieur de Champvans, à son fils, à la suite de: Boyvin, Le Siège de Dole, éd. de 1869, p. 225). — De même, dans des lettres-patentes du 18 avril 1580, Philippe II disait que, à Gray, « abordent infiniment des personnes pour les fréquens commerces que la commodité de la rivière apporte, et sur laquelle se peuvent facilement conduire et conduisent ordinairement bateaux chargés de grains, vin et autres danrées, dois [depuis] laditte ville en France et dois France en icelle, ce qui ne se peut pratiquer en aucune ville dudit Comté. » (Grestin, Recherches histor. sur Gray, Aux Preuves, p. 115).
notre langue : nos ancêtres ont en effet emprunté un grand nombre de vocables à d'autres langues, grec, hébreu, latin. Uùktxyti et noXexvwv signifient petite ville, petite cité < citatella, comme on dit en italien > (1).
POLIGNY au XVI« Siècle (D'après le dessin de Claude Luc, ami de Cousin)
Poligny est une ville qui ne manque pas de charme ; < Elle est située dans une vallée et > elle est entourée elle aussi de belles murailles et de belles tours (2). En
(1) Encore une étymologie de fantaisie, fondée sur une vague et fortuite ressemblance. Gollut dit de même (p. 259) : « Ceux de la ville [de Poligny] disent que leur ville... est appellée Polis Solis, cité du Soleil, ou PoUgnion, petite cité ».
(2) Chevalier (t. !«»•, p. 3) décrit ainsi Fenceinte de Poligny au 16e siècle : « A la disposition naturelle des lieux, déjà très avan- « tageuse par elle-même, la main de Fhomme avoit ajouté une « enceinte de hautes et épaisses murailles, garnies de vingt- <c cinq belles tours qui enfermoient la ville ; la forteresse et le <c rocher étant entre les deux. Le parapet de ces murs étoit cou- « vert de larges escaliers de pierres de taille, pour monter dès « la ville basse jusqu'au château, qui étoit comme le couronne- « ment du tout. )>
dedans, sur une hauteur, au joignant du rempart, s^élève le château que nous appelons Glimont < , qui fut élevé de la base au faite par Gihart de RorrssiLLON et qui lui servit de refuge dans ses revers (1) >. .
La ville est entourée de montagnes, les unes boisées, les autres plantées de vignes qui donnent un vin des plus renommés (2). Il y a à Poligny trois collèges : Le premier est un chapitre de chanoines (3). C'est
(1) C'est ici un de ces personnages, plus qu'à moitié légendaires, que célébrèrent les chansons de geste. Le personnage réel fut gouverneur de Provence au 9* s. Il devint un héros populaire dans toute la vallée du Rhône, et on le trouve jusqu'en Bourgogne. C'est à lui qu'une ancienne tradition, reprise par Gollut (p. 259) et par Chevalier (t. le*-, p. 22) attribue la construction ou la réédification du château de Griment.
C'est dans ce château que le bailli Guy de Villefrancon avait tenu tête aux barons comtois ligués contre le duc Eudes IV, et que le dernier des sires de Pesmes avait péri, étouffé entre deux matelas (Clerc, Essai sur l'hist, delà Fr.-C, t. II, p. 52 et 505). Depuis le début du 13® s. jusqu'en 1531, Grimont avait renfermé « le trésor des lectres et des Chartres du conté de Bourgogne » : pendant tout ce temps-là, et pour ce motif même, Grimont avait été une forteresse très importante. On en pourra lire la description dans Bulletin de la Société d'agriculture... de Poligny^ iSl'J, p. 321 et suiv., et dans Longin, Notes histor. sur le château de Grimont, à^n^ Mém. Soc. d'Emul. du Jura, 190^, p. 286-287.
(2) « Les dehors en sont beaux et agréablement variés : c'est € au levant une vallée fertile, formée par deux hautes monta- « gnes, dont les rampes sont la plus grande partie couvertes de « vignes, et dont le pied jette des sources abondantes d'eaux « vives et claires. Ce sont, au midi et au nord, des coteaux mé- « diocrement élevés, tout parés de vignobles... Les vins de « Poligny ont une grande réputation et parmi nous et chez nos « voisins... Ils sont aujourd'hui comme autrefois les meilleurs « du païs. » (Chevalier, t. !«»•, p. 4 et 8).
(3) Il avait été fondé en 1429 par un Polinois enrichi au service des ducs de Bourgogne. JeanChousat; l'église paroissiale, dont la première pierre avait été posée en 1415, fut érigée en collégiale en 1431. Le collège se composait d'un doyen, d'un
dans leur église qu'on a donné la sépulture au corps du noble GUILLA.UME de la Baume-Perrex (1), sur qui Michel Toxites (2), du pays des Grisons, a écrit Tépitaphe suivante :
1* Dans ce tombeau est placé Guillaume de laBaume^ que la Mort cruelle a enlevé dans la fleur de sa vie^ quand il avait à peine achevé sa douzième année Ainsi^ au printemps^ tombent les roses. Dans ses actes pleins de sagesse, il n'y avait plus rien de l'enfant, et, dans toutes ses paroles^ on croyait entendre un vieillard. Déjà son esprit et son travail lui avaient acquis une grande renommée^ déjà tous l'aimaient. La Gaule n'eût rien vu de plus grand que lui, si le Christ, en le laissant vivre, l'eût conservé à sa patrie. Mais aujourd'hui il vit avec lui^ délivré du souci du corps,
chantre chanoine, de onze autres chanoines^ dViin marg^illier, de huit chapelains et de quatre enfants de chœur (Chevalier, t. II p. 102 et suiv.).
(1) La seigneurie de Perrex (département de TÂîn, canton de Pont-de- Veyle) était dans la famille de La Baume, (où elle avait passé par voie de mariage), depuis le milieu dul^ s., et le château avait été rebâti, au lô*' s. même, par les sgrs de La Baume (Guigne, Topographie histor. du départ, de l'Ain, 1873, p. 285. — Le jeune Guillaume, qui était n^veu et filleul de Guillaume de Ponpet, abbé de Baume, était élève de Cousin^ qui avait pour lui une très grande affection et en était profondément aimé. Ils étaient tous deux à Sirod lorsque l'enfant reçut une Mesure à la tête : il mourut à douze ans le 18 mai 1546. Cousin en conçut un très grand chagrin et tomba malade ; ses lettres de cette époque sont pleines de Fexpression de sa douleur. Il reçut à cette occasion^ de son ami Babet, une Pastorale, et deux Consolations, de Si- ^smond Galenus et de Robertle Breton (Cousin, Lettres à Pierre Grappe et à Jean Oporin, éd. de 1562, 1. 1»*", p. 259 et 260).
(2) Vers 1545, Michel Toxites était professeur dans une ville allemande (Gesner, éd. de 1545, f® 513). Dans la réédition de
Le deuxième collège est une communauté de Dominicains (1) ; le troisième, une communauté de Glarisses (2). Les rues sont larges, droites et propres, avec de jolis petits ruisseaux (3).
Gesner donnée par Simler-Frisius, il est appelé (f® 610) poète lauréat et comte palatin impérial [c'était un officier du palais]. Il avait écrit de nombreux ouvrages, entre autres La plainte de l'Oie, élégie sur l'ingratitude humaine (Strasbourg, in-8, 1540). Il vivait encore en 1555, puisque le 3 juillet de cette année, il envoyait de Strasbourg une lettre à un destinataire inconnu (Bibl. de Besançon, Mss., coll. Granvelle, vol. 5, î° 112).
(1) Le couvent des Dominicains ou des Jacobins avait été fondé en 1271 par Alix, comtesse palatine de Bourgogne, et il en avait reçu de très riches dons. Il devint vite considérable, et, peu avant le temps de G., on y comptait vingt- deux prêtres, un diacre, sept novices et plusieurs frères. Les inquisiteurs généraux de la foi y furent pour la plupart choisis, depuis l'introduction de l'inquisition dans notre province. L'église renfermait les sépultures de quelques grands seigneurs, entre autres de Robert l^F de Bourgogne, et de deux princes de Chalon-Auxerre. Elle sert actuellement de halle aux blés, et les bâtiments du couvent sont devenus en partie l'hôtel de la Sous -Préfecture (Chevalier, t. II, p. 147 et suiv. — Rousset, t. V, p. 237 et suiv. — Abbé Brune, L'architecture religieuse dans le Jura, dans Mém. Soc, d*EmuL du Jura, 1892, p. 372-374 ;|avec une vue de l'église).
(2) Le couvent des Glarisses fut fondé en 1415 par sainte Golette, à qui Jean-sans-Peur donna une grande maison qu'il possédait à Poligny. Elle en fut la première abbesse. Après sa mort, survenue à Gand en 1447, son établissement continua à prospérer et reçut des demoiselles issues des premières familles de la province. En 1783, on y apporta les reliques de la sainte Golette. Il devint propriété particulière à la vente des biens nationaux (Ghevalier, t. II, p. 159 et suiv. — Rousset, t. V, p. 246 et suiv. — Ann. du Jura, 1862, p. 111-114. — A. Pidoux, Sainte Colette,^. 96 et 174).
(3) La ville est « recommaudable pour ses belles et abondantes eaux : elles procurent une autre sorte d'ornement et de commodité ; c'est de former dans le milieu des places et des rues, qui ont une pente insensible, de petits ruisseaux qui font plaisir à voir, et qui y entretiennent la propreté. » (Ghevalier, t. I«s
On y construit en ce moment un élégant marché (1).
Poligny compte, entre autres savants illustres, Pierre Favkrnier, chanoine, à qui je suis uni par une étroite alliance (2) ; Jean Ghappuis (3) et Mathieu Le Jeune (4), jurisconsultes habiles, et citoyens renommés dans la
p. 8. — Cf., dans le même auteur, p. 5, une citation d'une ode latine où Jean Chevalier, décrivant Poligny, parle de ses fontaines et de ses ruisseaux :
Baccho fontibus œmulis, Vicos et vitreaB lata secantibus UndsB compita rivulis).
(1) Le texte latin a forum. Chevalier (t. I, p. 263) croit que G. désigne par ce mot l'Hôtel de Ville et l'Hôtel du bailliage. Rousset y voit le bâtiment de l'auditoire du bailliage, des prisons, des halles et de l'Hôtel de Ville (t. V, p. 290). Il est certain que G. fait allusion à ce bâtiment, puisqu'on commença à l'élever en 1553. Mais forum a un sens bien précis, et il ne peut désigner qu'une partie de ce bâtiment, le marché, les halles.
(2) Pierre Favernier le chanoine était neveu de Paris Faver- NiER le prêtre^ dont nous avons rencontré le nom à la fin de la description de Besançon, et de Jean, que C. citera un peu plus loin. Ils étaient les cousins de notre auteur. La famille s'éteignit au siècle suivant dans la maison de Balay (Chevalier, t. II, p. 358-359. — De Lurion, p. 236).
(3) Jean Ghappuis a été nommé parmi les officiers du Parlement de Dole, et j'ai à cette occasion donné quelques renseignements sur lui (p. 132, n. 4).
(4) Mathieu Le Jeune, docteur en droit, lieutenant général au baill. d'Aval en 1561, président d'Orange, vicomte-mayeur de la ville de Poligny en 1565, était fils de Jacques, écuyer, mort avant 1574. Il fut grand-père du célèbre P. Le Jeune, de l'Oratoire, le Missionnaire aveugle^ sur lequel il y a quelques pages bien intéressantes dans Les Prédicateurs du XVII^ s. aidant Bossuety de Jacquinet. Mathieu Le Jeune mourut vers 1590 (Chevalier, t. II, p. 388. — De Lurion, p. 309). — Cousin lui avait dédié le premier livre de ses Poematiorum librilV (i. I^r, p. 401) et sa Censoria ('ir^a/a (dédicace datée de Nozeroy, 1«'' sept. 1559: t. II, p. 59).
république des lettres, et avec qui j'ai le bonheur d'être lié depuis de longues années par Famitié et l'affection ; < Jean Mat al, éminent jurisconsulte (1), et Claude Luc, savant poète (2); ce dernier, bailli de Tillustris-
(1) Jean Matal (ou Metellus) était né à Poligny dans le premier quart du 16® s . Il alla étudier le droit à Bologne, près d'Alciat, et s'y lia d'une étroite amitié avec Antoine Augustin, le futur archevêque de Tarragone. Il demeura quinze ans avec lui dans diverses villes d'Italie. A Florence, Gosme de Médicis autorisa les deux amis à reviser le texte des Pandectes sur le ms. de sa ^bibliothèque. Antoine Augustin ayant été envoyé en Angleterre par le pape, Jean Matal l'y accompagna et séjourna, au retour, dans son pays de Fr.-C: il devait s'y trouver vers le temps où C. écrivait son livre. Puis il alla se fixer à Cologne, où il fit imprimer divers ouvrages d'un savant prélat portugais, et mourut à Augsbourg en 1597, sans postérité. Très érudit jurisconsulte, il fut en même temps historien, géographe etpoète. Dans les lettres d'Antoine Augustin éditées à Parme en 1804 par Jean Andrès, il y a dix-neuf lettres de Jean Matai (no 75 à 93). Cousin lui avait dédié (t. I«', p. 412) le deuxième livre de ses Poésies, et lui avait adressé deux épigrammes sans importance (Gesner, éd. de 1545. f<» 54. — Chevalier, t. II, p. 413-414. — Antonii Augustini epistolœ éditas a Joanne Andresio, 1804 ; Préface, p. 45-49. Andrès fait naître Jean Matal à Besançon, et n'est pas d'accord avec Chevalier sur la date de sa mort).
(2) Claude Luc était fils de Jacques, trésorier des Salines en 1516. Né à Poligny, il était docteur ès-droits et bailli deNozeroy pour le prince d'Orange. Il était en même temps poète, comme je dit C, qui nous a conservé quelques poèmes de lui, d'abord dans ses Poematia aliquot insignia.,. (Bêle, Winter, 1557), puis dans son édit. de 1562 (t. I*"", p. 324, 408 et 426). Une de ces pièces est une épitaphe du cardinal de Granvelle, l'autre est un éloge delà Franche- Comté de Cousin, une autre est dédiée à sa ville de Poligny. C'est lui qui a dessiné la vue de Poligny que C. a donnée dans son ouvrage, et dont on a vu plus haut la reproduction (Chevalier, t. I®', p. 264, où il est par inadvertance appelé Pierre; t. II, p. 402). — En 1551, le Magistrat de Poligny s'était adressé à ce concitoyen notable pour la direction des écoles de la ville (J. Feuvrier, Les Collèges de Poligny avant la Réi^olution, dans Mém, Soc. d'Emiil. du Jura, 1898, p. 196).
sirae Guillaume de Nassau, prince d'Orange, seigneur de Nozeroy; > Etienne Nicod (1) et Jean Mathieu, principal à Dole (2), savants remarquables dans les lettres et dans tous les arts libéraux. On cite encore, parmi les citoyens les plus en vue et les plus considérables, Jean Daguet (3) et Jean Favernier (4), qui sont encore mes proches parents par le sang.
< Non loin de cette ville, dans la même vallée et dans la direction du Sud, est une communauté de douze moines et un prieur, qu'on appelle le couvent de Vaux. Bâti par l'empereur Frédéric surnommé Ahenobarbus
(1) Etienne Nicod fut professeur à l'Université de Dole. Gomme CousÎD, GoUut, dans YAç^is aux seigneurs des trois Etats de Bourgogne qui est en tôle de son livre, l'associe à Jean Mathieu et loue aussi leur science. C'est un des ancêtres des Nicod de Ronchaud (Chevalier, t. II, p. 443-444. — De Lurion, p. 425).
(2) Jean Mathieu était né à Polîgny. Devenu à la fois principal dn Collège et professeur en philosophie à l'Université de Dole, il fît, pour l'école qu'il dirigeait, un règlement des études, que M. Feuvrier a publié dans Un Collège franc-comtois au XVI» siècle, « véritable petit traité de pédagogie qui obtînt l'approbation des plus éminents docteurs de l'Université franc-comtoise.» En 1548, le Magistrat de Poligny lui avait adressé la même requête qu'à Claude Luc. Il mourut avant 1571. Sa fille fut la première femme de Thistorien GoUut (Celui-ci, p. 164, l'appelle € mon très clément beau-père »). Il était enfin, selon toute probabilité, l'oncle de Pierre Mathieu, le célèbre auteur des Quatrains, conseiller et historiographe de Henri IV (Gollut, p. 164. — Chevalier, t, II, p. 415. — Feuvrier, Un Collège fr,-c. au 16» s., p. 67, 68 et 159. — Id., Les Collèges de Poligny avant la Révolution^ dans Recueil cité, p. 196).
(3) La mère de C. s'appelait Jeanne Daguet, et ce Jean Daguet « proche parent de C. par le sang », devait être un de ses cousins du côté maternel. Mais je ne sais rien d'autre sur lui, ni si ces Daguet de Poligny sont les mêmes que ceux que Chevalier (t. II, p. 340) appelle Dagay.
(4) Nous connaissons déjà les Favernier de Poligny.
ou Barberousse (1), il appartient à l'ordre de Gluny et a été enrichi de gros revenus sous le pontificat d'Alexandre III, en 1146 (2). Il est en grande vénération auprès des Polinois (3). Le prieur actuel est Pierre Chol, homme aussi célèbre par sa piété que par sa noblesse (4). De Poligny > nous passons à Saint-Lothain (5),
(1 ) Il y a là une erreur : le monastère de Vaux, de Tordre de Gluny, fut fondé avant l'année 1029 par le comte de Bourgogne Otte -Guillaume. Mais l'impératriee Béatrix, femme de Frédéric Barberousse, confirma en 1183 le monastère de Vaux dans la possession de tous ses biens, et c'est peut-être ce fait qui a amené l'erreur de G. (Rousset, t. VI, p. 145 et 147. — Dom Ghassignet, Abrégé de l'histoire du prieuré corn^entuel deN.-D. de Vaux-sur-Poligny, publié par le D' Ghéreau, dans Mém. Soc. d'Emul. du Jura, 1866 ; chap. I-IV, et XI).
(2) Autre erreur. Alexandre III n'ayant été élu pape qu'en 1159. — C. a confondu les papes : il y a une bulle de Galixte II (24 mai 1119), par laquelle ce pape confirme les donations faites par son trisaïeul Otte-Guillau me (U.Robert, Bullairede CalLrtelI, Paris, 1891, no15), et une bulle de Lucius II (19déc. 1143), qui les confirme de même. (Dom Ghassignet, op. cit., chap. XI, et p. 333).
(3) € De temps immémorial on honore, dans l'église de Vaux- « sur-Poligny, une statue de bois de la glorieuse Vierge Marie, € tenant son fils devant elle sur son giron. Elle passe pour mira- € culeuse, et les messieurs de Poligny y viennent en proces- « sîon visiter cette sainte image, lorsque la nécessité les presse « de recourir au ciel pour luy demander la pluye ou le beau « temps... » (Dom Ghassignet, op. cit., fin. — Gf. aussi Ghevalier, t. II, p. 207).
(4) Pierre Ghol (ou Ghoz ou encore Choux) était le troisième prieur de ce nom et de ce prénom (et non le quatrième, comme dit Ghevalier). Il exerça ses fonctions de 1516 à 1582. Sa famille n'était pas d'une noblesse aussi ancienne que le dit G., n'ayant été anoblie qu'en 1536. 11 est possible qu'il ait été par sa piété digne de l'éloge qui en est fait ici, mais son administration fut, paraît-il, déplorable (Dom Ghassignet, chap. XX et p. 315. — Ghevalier, t. II, p. 210 et 239. — Rousset, t. VI, p. 149).
(5) Saint-Lothain (anciennement, St-Lautein, St-Lothein, etc.), commune du canton de Sellières, arrondissement deLonsle-Saunier.
dont je veux joindre ici la description en Thonneur de Pierre Grappe (1), homme également remarquable par son intelligence et sa droiture, et curé de ce lieu, car je veux qu'il connaisse bien la grande affection que je lui porte. Saint-Lothain ressemble à une place forte : il apparaît sur une colline très fertile et couverte de vignes, assez dispersé, mais avec un grand nombre de maisons très élégantes (2). Il montre dans une église souterraine et ancienne, le tombeau de saint Lothain, l'homme le plus illustre de son temps parla sainteté de ses mœurs, et c'est de là que ce lieu a dans la suite tiré son nom (3). Gomme le pays est calme, facile et fort agréable, comme d'autre part il produit un vin de première qualité, il fut, il y a longtemps, appelé Siesia (4), de l'expression vulgaire Ci aise < ou du grec aî<riof, fortuné, heureux >.
(1) Pierre Grappe figure comme prieur de Saint-Lothain dans un acte de 1549 (Mém. Soc. d'Emul. du Jura, 1871-72, p. 286). C'était un ami de C: il envoya à notre auteur une lettre atTeclueuse après la mort du petit Guillaume de la Baume et il en reçut une réponse que C. nous a conservée (Ed. de 1562, t. I, p. 259). G. lui adressa aussi une curieuse épigramme (Ed. de 1552, p. 132) dont voici la traduction : « Tu ris, ami Grappe, de € m'entendre vanter la grandeur d'Erasme, et tu m'avertis qu'il € est de petite taille. Mais, quand l'Eglise lancée contre cet « Atlas est sur le point de tomber, je n'aurai pas le droit d'ap- « peler cet homme grand ? »
(2) Saint-Lothain est en effet construit dans une situation fort agréable, en amphithéâtre au bas d'une colline, du haut de laquelle on a une vue variée et charmante.
(3) Lothain vivait dans la première moitié du 6® siècle. Sa vie a été racontée par un de ses disciples, et on en trouverale résumé au t. Il de Chevalier, p. 214-218, ou au t. IV de Rousset, p. 4-6. — La crypte de l'église s'étend sous le chœur et les sacristies ; elle semble appartenir au 9« ou au 10® s. Elle se compose de trois nefs, et renferme en particulier le sarcophage où fut placé saint Lothain.
(4) La vraie forme du mot est, non pas Sièse, mais Silèse ou Silèce (Salèce, dans le Bullaire de Cluny),
Un peu plus bas vers le Midi, sur le même territoire, était un palais du roi de Bourgogne, dont on voit d'anciens restes ruinés et des décombres, et que les gens du voisinage appellent aujourd'hui Chambrette au Roy (1).
Ce lieu produit encore des vins généreux, et Ton y tire du sol du gypse et du marbre blanc appelé albâtre (2).
(1) On trouve dans le département du Jura plusieurs Chambrette ou Chambrotte, entre autres près de Poitte et près de Tourmont. Ce vocable indique généralement un lieu où se trouvent des antiquités, et la mosaïque des Ghambrettes-sur-Tourmont, en particulier, fut célèbre. — Le lieu dont parle G. a conservé son nom; il est à un km. à TEst de Saint-Lothain. MM. Guichard et Vuiliermety ont fait en 1889 des fouilles intéressantes.
. Ils ont relevé et donné le plan des constructions, qui offraient la forme d'un parallélogramme ouvert sur les côtés et muni d'une tour carrée et massive où se trouvait un escalier en colimaçon. Ils ont trouvé de nombreux débris de poterie, des armes et objets en bronze, deux statuettes, et des monnaies romaines allant de Tibère à Gonstantm (Mém. Soc. d'Emul. du Jura, 1891, p. 347 et suiv.). Ge « palais du roi de Bourgogne » fut certainement une maison romaine, qui fut peut-être habitée encore au temps des Burgondes. G es ruines ont aujourd'hui repris leur aspect antérieur : ce sont des murgers couverts de broussailles d'où sort encore un long mur.
(2) A l'époque de G. il y avait en effet, sur Saint-Lothain, une carrière d'albâtre, qui appartenait à l'abbé de Baume. On en avait tiré de l'albâtre pour certains tombeaux des ducs de Bourgogne, et maître Glaux Sluter, « souverain tailleur dymaiges », s'en était servi. En 1511, Michel Golombe avait proposé la môme matière à Marguerite de Bourgogne pour les sépultures de l'église de Brou, et, en 1530, lorsque Philiberte de Luxembourg avait voulu faire élever, aux Gordeliers de Lons-le-Saunier, un tombeau à Philibert de Ghalon, c'est encore l'albâtre de Saint- Lothain que Gonrad Meyt avait proposé. Je lis dans le marché passé pour la construction de ce tombeau (U. Robert, Philibert de Chalon, t. II, Pièces justificatives, n^ 388) « Madicte dame la princesse fornira ausditz ouvriers la place et perriere à Sainct Louthain pour tirer ledit alebastre pour faire lesditz sépulture
Mais hàtons-iious d'arriver à Ghâteau-Ghalon (Castrum Caroli) <ou Carolostadium, Carlostadt >, qui est à deu,x milles de là, et qui, bâti par Charles, surnommé le Grand à cause de ses exploits, en prit le nom, comme il est arrivé à beaucoup d'autres villes qui ont conservé le nom de leur fondateur. Sa situation, fameuse et puissante, ainsi que son couvent de vierges, où l'on ne reçoit que les jeunes filles de la noblesse, lui ont donné un grand renom. Ses pentes célèbres donnent des vins généreux et agréables (1) :
De là on voit sur les collines une foule de châteaux.
et ouvrages... Et tireront ledit alebastre sans faire dommaige ne interestz à monsieur l'abbé de Baulme, auquel appartient ladicte perrière. » — Gollut (p. 89) parle encore « des albastres tresblancs et clairs que Ion leue à S. Loutain ». Mais la carrière fut négligée pendant les guerres du 17« s., et elle se combla.
Quant à la carrière de gypse, son souvenir s'est perpétué dans le nom du lieu où elle se trouvait, et qui s'appelle encore le Creux de la Gissière (chez nous, gypser se prononce gisser). Le Creujcn' est pas entièrement comblé: on y remarque une cuvette assez régulière d'environ 50 m. de diamètre sur? à 8 de profondeur, et qui est plantée partie en vigne, partie en bois.
(1) Ghâteau-Ghalon, aujourd'hui commune du canton de Voiteur, est bâti dans une fort belle situation au haut d'une colline qui donne des vins justement renommés. Son château, dont on voit encore quelques restes, aurait en effet, d'après Rousset (t. I, p. 498), été construit par Gharlemagne, et c'est en souvenir du grand empereur que le village et l'abbaye auraient changé leur nom premier de Castrum Carnonis contre celui de Castrum Caroli (dont Carlostadt est la transcription germanique).
L'abbaye, qui fut célèbre, et où l'on ne recevait que les jeunes filles pouvant faire preuve de seize quartiers de noblesse, existait déjà avant Gharlemagne, et elle remontait probablement à l'époque des derniers Mérovingiens. La règle avait été d'abord celle de saint Benoît; mais le relâchement s'y introduisit assez vite, la règle fut délaissée, et les biens du couvent furent partagés et devinrent autant de prébendes pour les nouvelles cha-
Près de là est Bauxne, place naturellement fortifiée, «t célèbre par son ancien monastère de Tordre de Gluny, le plus important de tous, et que fonda à grands frais Brunon, fils de Chilpéric, roi de Bourgogne (1). Mais, comme il était en mauvais état et qu'il tombait presque de vieillesse, il fut restauré à notre époque par un chef magnifique et distingué, dom Guillaume de Poupet, abbé de ce lieu et mon Mécène, qui le fit construire beaucoup plus grand et plus magnifique qu'il n'était avant (2). — On peut admirer à Baume un merveilleux
noinesses, qui habitèrent dès lors des maisons séparées; il en était ainsi à l'époque de G., et depuis longtemps déjà. Aujourd'hui ces maisons sont des propriétés particulières (Sur l'histoire de cette abbaye, il y a l'intéressant mémoire de l'avocat Le Riche, publié au 18^ s., et, outre l'article de Rousset, divers travaux qui ont paru dans les Mém. de la Soc. d'Emul. du Jura, savoir: en 1875 (p. 119 et suiv.), VObituaire édité par Vayssière; en 1892, un Essai historique, datant de 1754, et publié par M. l'abbé Guichard : il renferme d'utiles détails sur la vie religieuse des chanoinesses. Enfin, en 1900, M. l'abbé Brune a donné dans les mêmes Mémoires, une étude, accompagnée d'une reproduction en photograv. , sur un curieux reliquaire de saint Just qui était conservé, on ne sait depuis quand, dans l'église abbatiale).
(1) liy a là une triple erreur, dont G. est redevable à Paradin [J'ai traduit plus haut le passage de Paradin (p. 108, n. 1)], et Paradin semble l'avoir puisée lui-même dans une chronique du 15* s., sans valeur historique, où on lit : « Brunio, fîlz du roy de Bourgongne, fonda de son partaige l'abbaïe de Baulme ». D'abord Brunon est évidemment mis ici pour saint Bernon ; en second lieu, Bernon n'était nullement un fils de Chilpéric : il était né vers l'an 850 ; enfin saint Bernon ne fut que le restaurateur de l'abbaye. Elle a dû être fondée par saiat Golomban, dans les dernières années du 6® siècle ; elle devint vite célèbre (B. Prost, Essai historique sur les origines de Vabbaye de Baume-les—Moines) .
(2) Sur l'abbé Guillaume de Poupet, cf. plus haut, description de Ghaux-des-Grotenay (p. 89, n. 1).
De son temps, un incendie détruisit en partie l'église abbatiale. 11 la releva de ses cendres. La haute flèche en maçonnerie qui
ouvrage de la nature: la ville est entourée de toutes parts, sauf dans la direction de Ghateau-Chalon, par une muraille de hauts rochers, d'où jaillit la Seille^ qui coule ensuite vers Arlay (1).
Au sortir de cette vallée, on voit Sellièx*es, dont le temps et les incendies n'ont presque fait que des ruines. Son château est aussi à demi écroulé (2). Sellières est
surmonte la tour du clocher, et qui porte le millésime 1563, a été en particulier construite par lui. A cette restauration il faut rattacher aussi les vitraux aux armes de Poupet « qu'on aperçoit çà et là aux lobes les plus hauts de quelques baies » (Annuaire du Jura, 1843, p. 55). Le magnifique retable qui orne le maître-autel fut offert à l'abbé de Poupet par la commune de Gand, sans doute en reconnaissance d'éminenls services. L'église renferme encore un tableau sur bois représentant cet abbé, agenouillé sur un prie-Dieu, ses armes surmontées de la crosse abbatiale. « C'est une belle œuvre du 16* s., qui a malheureuse- « ment subi de graves dégradations. Mais les têtes sont bien « conservées. On remarque surtout le portrait de l'abbé Guil- « laume, aux traits fins et énergiques, qui dénotent le diplomate « et le lettré. (Abbé Brune, Le Mobilier et les œuvres d'art de l'église de Baume-les-Messieurs, 1894, p. 8 du tirage à part. — Sur les malheurs de ce dernier tableau, cf. Ann. du Jura, 1844, p. 64-65).
(1) Le site de Baume est renommé ajuste titre, et il est un des plus visités du Jura. La falaise du premier plateau s'y creuse profondément en plusieurs vallées fort pittoresques. Le village de Baume (auj. commune du canton du Voiteur) est construit au point de rencontre de trois de ces vallées.
(2) Sellières (chef-lieu de canton de l'arrondissement de Lons-le-Saunier) fut ravagé par les troupes de Louis XI en 1479 et trois fois réduit en cendres par des incendies accidentels, en 1511, 1518 et 1540. A l'époque même où G. rédigeait son [livre, un terrier décrivait ainsi l'état du château, et cette description, contemporaine de celle de notre auteur, en sera le meilleur commentaire : « Au bout de la ville devers vent est situé le « chastel de Mgr Guillaume, prince d'Orange..., auquel il y a « quatre grosses tours, l'une, à savoir celle devers vent, court verte présentement en tuiles plates, et les autres sont découtf vertes, et furent brûlées les famures, couvertureSy ensemble
la patrie de mon ami le médecin Pierre Froissard, qui est bien ce qu'il y a de plus savant au monde (1). Les moines de l'Observance de saint François ont là un monastère (2).
De là nous nous hâterons vers Arlay, ville ancienne, (jui était fameuse par son terroir fertile en productions de toutes sortes quand la fortune des rois de Bourgogne était encore intacte. Mais son éclat fut offusqué par celui de Nozeroy, où nos princes, attirés, je pense, par le charme du pays, ont établi jusqu'ici leur résidence. La moitié de la ville est bâtie sur un plateau, près du château, et s'appelle le Bourg-dessus. Quant à la ville basse, qui s'étend sur le bord de la Seille, et qui est bâtie aussi sur la pente douce de la colline, elle fut
€ tous murs, ornements et édifices dudit cliastel, résers^é la tour 4L couverte ; tous les habitans ont esté orvalés et gastés sans en tt excepter un seul, de façon que lesd. habitans en ont esté « grandement appauvris, et lad. ville ruyneuse comme encore « elle est pour la plupart... En la basse-cour souloient estre les « estableries et grange du chastel, mais de présent il n'y a rien « sinon un jardin... Hors la cloison du chastel est une pièce de « terre où souloient estre les curtils et vergers, mais de présent « il n'y a aucun arbre, car les anciens qui y souloient estre sont « morts et séchés de vieillesse et froidure. » (Terrier de 1548, dans Rousset, t. V, p. 554-555). Ce château appartenait alors aux héritiers des princes de Chalon, qui jadis n'y avaient fait que de rares séjours.
(1) Pierre Froissard était professeur de médecine à l'Université de Dole. GoUut le cite dans sa liste des professeurs (p. 164): « M. Pierre Froissard, de Sélières ». Il était fils de Claude ou de ii^imon Froissard, frères, et mourut à Poligny en 1599. Il fut père de Jean, docteur en droit (Chevalier, t. Il, p. 862).
(2) Le couvent des Cordeliers ou de l'étroite Observance de saint François avait été fondé en 1415. Il reçut des libéralités de Philiberte de Luxembourg en 1505 et de René de Nassau en 1540. Brûlé en 1640 par les Français et complètement relevé seulement en 1736, il fut vendu nationalement en 1795. L'église est devenue l'église paroissiale.
fondée plus tard par les princes de Chalon et nomméd Arlez^ c'est-à-dire proche le château (chacun sait cela, je pense). La première syllabe de ce nom, Ar^ vient de ar^x (château), et elle désigne la partie de la ville située sur la colline et naturellement fortifiée : l'autre syllabe, lez^ a chez nous le sens de proche, jouxte (1).
(1) Arlay est une commune du canton de Bletterans. — Le village était bien, comme le ditC, divisé en deux 4)arties : sur le plateau, le vieux château, qu'on voit mentionné dès 1165, et le Bourg, ou Bourg-^Dessus, qui n'était pas moins ancien : en bas, le Bourg-Dessous. « L'antique forteresse, dit Abry d'Ar- « cier dans son intéressante Histoire d' Arlay , couvrait entière - « ment le plateau de la montagne; elle était formée par de « hautes murailles flanquées de tours rondes ou carrées. Un « large chemin auquel on arrivait par plusieurs rampes d'esca- V liers, régnait sur tout son pourtour, immédiatement au-des- « sous de sa couronne de créneaux. Cette enceinte renfermait « le château proprement dit, habitation des princes, et le Bourg- « Dessus, où résidaient la noblesse, les gens de guerre et quel- « ques familles bourgeoises. Le château, situé sur la partie la « plus élevée de la montagne, à l'orient, se composait d'un « énorme donjon carré et d'un autre de moindre grandeur, qui « étaient unis par un bâtiment de forme irrégulière... Le bourg, « dit le ^oi/;'^-jDess//5 depuis l'établissement du Bourg-Dessous, « était compris dans l'enceinte de la forteresse ; il était séparé € du donjon ou château par un fossé, par une terrasse et par un « mur... Il renfermait à peu près autant de manoirs féodaux « que d'habitations. Presque toutes ses maisons avaient été en « effet érigées en liefs... Or chacune de ces demeures était pour- « vue de tours qui portaient bien haut leurs toits pointus parés « dé girouettes... » Henri IV aurait dit. suivant la tradition, qu'elle « ressemblait à une flotte échouée sur une montagne ^t qui aurait arboré tous ses pavillons. » (Abry d'Arcier, Histoire du Bourg d' Arlay, dans Mém. Soc. d'EmuLdu Jura, 1882, p. 136, 143-146). — Quant au Bourg-Dessous, il ne fut pas, comme dit C, fondé par les princes de Chalon : l'un d'eux, Jean de Chalon-Arlay I, lui donna une charte de franchise en mars 1267 (v. st.). mais le Bourg-Dessous existait certainement auparavant: seulement, ce ne devait être qu'un € ramassis de maisons sans importance ».
— JG8 —
Dès qu'on est sorti d'Arlay, on voit Ruffey, vfUe agréable avec une campagne des plus riantes (1). C'est la patrie de mon ami Claude Delesmes (2), homme d'une érudition et d'une culture remarquables, d'une vie pure et sans reproche, et qu'une longue habitude, une grande sympathie, et la grande conformité de nos travaux m'ont rendu bien cher et m'ont comme attaché. — Ruffey est arrosé par la Seille.
BLBTTERANS au XY1« Siècle.
Aujourd'hui le plateau est couvert de ruines pittoresques, le château ayant été démantelé après la conquête française. Plus bas est le € château neuf », ancien couvent transformé au 18« s. par Mme de Lauraguais^ et qui appartient actuellement, avec les ruines du vieux château, à M. le prince d'Arenberg : il renferme un riche fonds d'archives de la maison de Ghalon. Le Bourg-Dessous est devenu le village moderne d'Arlay.
(1) Ruifey, commune du canton de Bletterans, est sur la Seille, et sa campagne mérite encore l'éloge qu'en fait Cousin.
(2) Nous avons déjà rencontré le nom de Claude Delesmes, dans la description de la ville de Dole, où il était greffier du Parlement (p. 133, n. 4).
'De là, faisons un crochet vers Bletterans(i). Cette Tille est située en plaine, et ses murs en briques cuites, ses tours et son château lui font une bonne fortification (2). Sous ses murs passe la Seille, bourbeuse et
(1) Bletterans, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Lons-le-Saunier.
(2) Les fortifications du bourg de Bletterans devaient dater de la fin du 13« s., puisque, dans la charte de franchise accordée par Jean de Ghalon-Arlay I*' en 1285, le sgr s'engageait à enclore le Bourg de fossés, murailles et ponts-levis. C'est probablement à la même époque que Jean de Chalon fit construire le château, qui était enfermé dans une enceinte particulière attenante à l'enceinte générale. Il y avait dix tours, et la Seille servait de second fossé. L'ensemble de ces fortifications faisait de Bletterans une place de guerre importante. On les entretenait avec soin, et, en 1455 par exemple, le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, accordait aux habitants un octroi pour cette fin (Arch. du Doubs, B. 155*). Une forte artillerie garnissait les murailles, capable, si j'en crois un chroniqueur du 16« siècle, de « faire redonder un bruit et son si très grand qu'il sembloit Vulcain avoir déployé et fait épancher toutes ses foudres infernales » ( Voyage de Henri et de René de Nassau en Franche- Comté..., publié par U. Robert dans Mém. Soc, d'Emid. du Jura, 1898, p. 231). — Les murs et le château, qui était devenu la résidence préférée de Philiberte de Luxembourg depuis la mort de Philibert son fils, sont ainsi décrits par Girardot de Nozeroy en 1637 : « Les murailles estoient de briques et de médiocre espes-
« seur. Le fossé estoît un marais avec une douue au milieu
« Le chasteau consiste en grosses et hautes tours qui ont le « fossé plein d'eau vive et pour contrescarpe une grande douue € reuestue de briques dedans et dehors auec quatre tours aux € quatre coings... La principale force [de cette place] consiste en « ce que l'assiégeant n'y peut ouurir tranchées sans trouuer « l'eau à deux pieds près. » Murailles et château furent démantelés après la conquête définitive de la Fr.-C, et les tours successivement démolies, quatre en 1770 ou 1771. Vers la fin du 18* s., on voyait encore deux tours au-dessus d'un fossé qui bordait la ville au Nord(Bibl. de Besançon, Mss.,coll. Dunand, vol. 32, f<» 241. — Rousset, t. !«'. — Ann. du Jura pour 1850; Arbois, Javel; p. 412 et suiv.).
mal odorante (1). La campagne est marécageuse et habitée par une grande quantité de grenouilles bavardes ; pourtant elle est fertile et donne en abondance surtout du froment. C'est de là, je pense, qu'on a appelé la ville Bleterum^ comme si Ton disait Blé- terre : car, en français, on nomme blé le froment. Les maisons y sont nombreuses et élégantes et communément construites en briques. En 1519, le 2 juillet, Bletterans fut presque entièrement consumé par un incendie (2). — Là sont nés Pierre Dagay de Poligny, aussi pieux que savant, Paul Michodier et Pierre Badin, jeunes gens d'un grand avenir et qui se consacrent aux études les plus honnêtes et aux arts libéraux (3).
De là on arrive vite à Lons, qui est une ville particulièrement jolie (4), située en plaine, et où se tient à notre époque un marché des plus fréquentés (5). Lons s'est complètement emparé de la vieille gloire de Montmorot et de Montaigu. De notre temps, cette ville a été
(1) « La branche de la rivière de Seille qui tendait à Blelte- « rans se partageait en deux bras, longeait l'enceinte du bourg € et en formait une île véritable : c'était une excellente ibrtifica- « tion hydraulique... Les remparts étaient baignés par un fossé « très large et très profond qui roulait une eau saine et limpide: » mais la suite des temps y avait amené une vase qui finit par « l'encombrer. Ce marais constituait en partie la force de la « place. » (D. Monnier, Annuaire de 1850, p. 420).
(2) Je n'ai aucun détail sur cet incendie, et Rousset (t. I, p. 249) se contente de le mentionner.
(3) Je n'ai pas de renseignements sur les deux derniers personnages. Le premier devait être petit-fils de Hugues Dagay conseiller du duc Philippe le Bon en 1463, et fils de Jean, écuyer (Chevalier, t. II, p. 340).
(4) Lons ou Lons-le-Saunier, chef-lieu du département du Jura. Si cette ville mérite encore l'éloge qu'en fait C, ce n'est peut-être pas à un Lédonien de le dire.
(5) « Depuis un temps immémorial, il se tenait à Lons un i( marché le jeudi de chaque semaine et quatre foires par an. » (Rousset, t. III, p. 543). Le marché se tient toujours le jeudi.
détruite troi» fois par un incendie accidentel (1). L'égliae consacrée à saint Désiré, a été presque reconstruite à neuf depuis les fondations par le révérendissime prieur Guillaume de Poupet (2). La ville même porte généralement aujourd'hui le nom de Lons-le-Saunier, à cause des salines qui la rendirent jadis célèbre (3). — Il y a deux couvents, un de franciscains, qui se font appeler maintenant franciscains « de l'Observance » (4),
(1) Je ne connais que deux grands incendies au 16« s. avant répoque de G. : celui de 1510, qui détruisit jusqu'au château où était né Philibert de Chalon, et qu'une légende absurde (encore admise dans V Annuaire de 1866 ^ p. 22) attribua à une vengeance de Philiberlede Luxembourg, — et celui de 1536, qui avait éclaté au prieuré de Saint-Désiré, qui brûla les d^ux tiers de la ville et des faubourgs, et où certains voulurent voir encore une vengeance, exercée par les Italiens à qui on aurait refusé de rendre les drapeaux pris par Philibert de Chalon dans sa campagne d'Italie.
(2) Guillaume de Poupet, dont nous avons déjà rencontré plusieurs fois le nom, fut prieur commendataire des Bénédictins de Lons-le-Saunier de 1546 à 1585. L'église Saint-Désiré était l'église du monastère, en môme temps qu'elle était église paroissiale. Les réparations qu'y fit faire iGuillaume de Poupet étaient la conséquence des dégâts considérables qu'avait causés l'incendie de 1536 : il fit ainsi relever et restaurer des chapelles et construire un nouveau clocher. — Saint-Désiré est aujourd'hui une des deux églises paroissiales de la ville.
(3) Les sources salées de Lons ont été certainement la raison d'être de la ville ; pourtant leur nom n'apparaît dans les titres qu'à partir de l'an 1030. Le grand puits était au pied de la colline de Richebourg, et les bernes (ou chaudières) où l'on évaporait l'eau étaient le long de la rue actuelle de Richebourg. De nombreuses rentes étaient affectées sur ces salines, et ces bernes appartenaient aux rentiers. Le grand puits fut comblé entre 1317 et 1320, et les droits des rentiers transférés sur les salines de Salins. — Lons n'a plus qu'une source salée, dans la rue dite du Puits-Salé; elle était affectée à des usages médicaux jusqu'à ces dernières années,
(4) Le couvent des Gordeiiers avait été fondé vers 1250 par Guillaume III, comte de Vienne. Il était considérable et occupé
Tautre de religieuses (1). — Les rues sont assez larges et assez droites ; beaucoup de maisons sont élégantes et luxueuses (2). Des fossés remplis d'eau qui dégagent souvent de mauvaises odeurs en font le tour, et de grands faubourgs Tenserrent de toutes parts (3). Cette
ordinairement par une trentaine de religieux. Mais l'incendie de 1536 l'avait en grande partie détruit. Il devait être en réparation au temps où C. écrivait. Il fut d'ailleurs reconstruit et réparé à diverses reprises. Le couvent est devenu le grand séminaire diocésain. Quant à l'église, où étaient des sépultures des princes de Chalon, elle sert actuellement d'église paroissiale. On y peut voir, à l'entrée de la grande chapelle qui est à gauche du chœur, les tablettes de pierre blanche armoriées et gravées qui étaient jadis dans un caveau, en tôte des corps de Jean de Chalon, de sa première femme Jeanne de Bourbon, de sa deuxième femme Philiberte de Luxembourg, et de leurs fils Philibert et Claude.
(1) Ces religieuses étaient des Clarisses. Leur couvent avait été fondé probablement vers la iin du 13« siècle, non loin de la place actuelle de la Liberté, qui en avait tiré son nom ancien de place Clét'icée. Il fut transporté au 14«s. au N. de la ville, le long de la route de Besançon. Il n'était ouvert qu'à des filles de vieille noblesse. La communauté se transforma plus tard en un chapitre de chanoinesses. Leurs maisons entouraient une cour qui est devenue la place de la Paix; la plupart sont encore dans leur état ancien. L'église et le quartier abbatial ont été démolis.
Dans rénumération des maisons religieuses de Lons, C. oublie le prieuré conventuel de Saint-Désiré, où vivaient de son temps quelques bénédictins, et dont les bâtiments sont devenus l'hôtel de la Préfecture.
(2) Avant l'incendie de 1536, les rues étaient généralement étroites, et les maisons constiniites en bois et couvertes de chaume ou de planchettes. Au mois de juillet de cette année 1536, le comte de Nassau donna ordre que les maisons fussent reconstruites en pierres ou en briques, et couvertes de laves ou de tuiles. C'est sans doute ce nouvel aspect des maisons relevées qui justifie l'éloge qu'en fait ici C.
(3) Au temps de C, l'emplacement actuellement compris entre la place de la Liberté et la place de l'Hôtel-de- Ville, la rue
ville est la résidence de plusieurs jurisconsultes des plus distingués : Désire Vauchikr, lieutenant de bailli, Claude Loiset, Claude Jannand, Philibert Portier, Pierre et Jean Mercier, Etienne Domet, tous aussi remarquables par leur érudition que par la beauté de leur âme (1).
Non loin de là est le village de Salsubium, ainsi nommé d'une source salée qui jaillit en cet endroit: nous rappelons Saubief (2).
Montmorot est sur une montagne peu élevée (3).
Tamisier et la rue des Cordeliers, était entouré de fortifications qui dataient du 14« siècle. Au pied des murs s'étendaient de larges fossés alimentés par une dérivation de la Vallière. — Les faubourgs étaient celui de Saint-Désiré, le plus important, au S.; ceux de la Fusterie, à l'E. ; de Richebourg, au N.-E. ; des Darnes^ au N., et du Louvatan, à l'O.
(1) Vauchier, Portier (Pourtier), Mercier et Dohet sont des noms qu'on rencontre très souvent dans les actes lédoniens. Le plus connu des personnages que G. cite ici serait Jean Mercier, s'il faut voir en lui, comme il est fort probable, le premier Lédonien qui ait exercé (à titre de suppléant de Benoit Gharreton de Chassey) les fonctions de maire créées par lettres patentes de Philippe II le 27 avril 1587. Jean Mercier exerça les mêmes fonctions commetitulaire en 1596(^71/1. du Jura, 1863, p. 65). — Etienne DoMET appartenait à une famille noble de Lons-le- Saunier. Etudiant aux Universités de Dole, Avignon, Toulouse, Bologne et Ferrare, il fut reçu docteur ès-^ipoits dans cette dernière Université le !•«• oct. 1548. Au temps de Gollut, qui l'appelle Dolmet (p. 165), il était « vice-chancelier et chanoine de l'ecclise Notre- Dame, a Dole. » (Labbey de Billy, t. II, p. 306, donne de cette famille, une généalogie incomplète pour le 16« s. et où ne figure pas cet Etienne. — Cf. aussi Picot, L'Université de Ferrare^ dans Journal des Savants, 1902, p. 157).
(2) Saubief est un hameau de Montmorot. — L'étymologie donnée par G . est exacte : Saubief signifie bief salé. Le lieu tire son nom d'un bief qui amenait les eaux de V étang du Saloir, situé au N., et qui fut exploité de 1733 à 1743.
(3) Montmorot, commune du canton de Lons, est en plaine, au pied d'une colline de 80 m. sur laquelle était bâti le château.
Montoi£fU est sur une montagne haute, et bien en vue (1). Ces montagnes sont toutes deux plantées de vignes nombreuses et donnent un vin très généreux.
Puis vient Saint-Laurent, village tout petit, mais qui a en tout cas les caractères d'une haute antiquité (2). Entre ce village et Montaigu était un château à peu près imprenable. Gomme il servait de retraite à des
Il est étonnant que C. ne dise rien de ce château, fort ancieD, où une légende dit que la reine Clotilde fut enfermée (Cf. Annuaire du Jura, 1842, p. 121 et suiv.), et qui devait être encore en assez bon état à son époque. Il en reste un tronçon de tour carrée, qu'on aperçoit de toutes parts autour de Lons, et un pan de mur avec une belle fenêtre à banquettes. — Montmorot était alors un des principaux sièges du bailliage d'Aval, et son château est cité par Goliut (p. 74) parmi les châteaux- forts de ce bailliage.
(1) Montaigu est une commune du canton de Conliège, à 3 km. de Lons. Situé au haut d'une colline d'environ 170 m., il est en effet bien en vue, et semble aligné le long d'escarpements qui lui donnent un air de forteresse. Les pentes de cette colline, comme celles du coteau de Montmorot, produisent de bons vins blancs. — Il y avait à Montaigu, au temps de C, un château dont il ne parle pas, et qui appartenait aux héritiers des Chalon. Célèbre par le crime de Huguette de Sainte-Croix et le commandement de Lacuson, il nous en reste une belle vue par Van der Meulen.
(2) Saint-Laurent-la-Roche est une commune du canton de Beaufort, à 11 km. de Lons-le-Saunier. La position de St- Laurent était trop favorable pour qu'un château-fort n'y fût pas élevé. Etienne de Chalon le fit construire vers le commencement du 13« s., et des habitations se groupèrent tout autour et formèrent un bourg qui fui clos de murs. Telle est l'origine du bourg de St-Laurent, qui avait donc environ trois siècles et demi d'existence au temps de C, et qui ne devait pas porter, comme il dit, « les caractères d'une haute antiquité ». Mais il devait être en effet fort peu important, puisqu'une trentaine d'années auparavant, on n'y voyait que onze maisons (Rousset, t. III, p. 394).
voleurs de grand chemin et d'asile aux bannis, il fut rasé, dit-on, par les Burgondes (1).
Dans^cette plains est une autre place, appelée Sainte- Agnès (2).
A la suite est Guiseaux, au pied d'une montagne. Bien qu'enlaidi par une grande quantité de ruines, ce village porte les marques d'une haute antiquité. Il y a là un collège de chanoines (3). — Tout l«pays produit du vin.
(1) C. veut parler de la tour de Montorient, qui était à 5 km. de St-Laurent, sur le territoire de Geruge. Fort ancienne, puisqu'on y a trouvé des monnaies romaines, elle avait été construite sur un point très favorable à la surveillance du pays. Si elle fut rasée parles Burgondes, c'est ce que nul ne sait, faute de renseignements précis, mais un château y fut reconstruit, sous la protection duquel se forma le groupe de Geruge. Il se réduisait peut-être à un donjon carré, dont il ne reste plus rien, mais dont j'ai vu un dessin, fait vers 1817, au vol. 30 de la coll. Baverel qui est à la Bibl. publique de Besançon. L'auteur du dessin, qui y a joint une notice, prétend que cette tour était simplement un fanai destiné à donner des signaux au loin ; c'était aussi l'avis de Vernier, sénateur de l'Empire, qui avait son ermitage à côté. Mais d'après D. Monnier (Ann. du Jura, 1840, p. 100) et Rousset (t. III, p. 210), il y avait bien là un fort.
(2) Sainte- Agnès, commun^ du canton de Beaufort. Il y avait à Ste-Agnès un chàteau-fort, dont C, comme on le voit, ne parle pas plus que de ceux de Montmorot, Montaigu, et St- Laurent, et qui joua quelque rôle en 1637 (Girardotde Nozeroy, p. 162-163).
(3) Guiseauz, aujourd'hui chef-lieu de canton du département I de Saône-et-Loire, est en effet d'origine fort ancienne. La première mention qui en est faite, et qui est celle de son seigneur, se rencontre dans l'acte de fondation de l'abbaye du Miroir, en 1131 ; mais le village existait certainement auparavant. Affranchi en 1265, il avait déjà à cette époque des fortifications, tours et murs d'enceinte. Mais comme il était placé à l'extrême limite du duché de Bourgogne, à la frontière de la Franche-Comté et de la Bresse, il se trouvait dans une situation telle qu'il devait particulièrement souffrir et qu'il souffrit en effet beaucoup des
Vinceimes (Saint- Amour), qui tire de saint Amour son nom actuel, est une ville remarquable par son commerce, asse/ grande et assez puissante (1). < Elle est à jamais fameuse par le souvenir de Guillaume de Saint-
guerres. Au 12« et au 13' s., les seigneurs franc-comtois ravagèrent souvent son territoire. Pendant la guerre de Louis XI, Craon fit incendier la ville si complètement qu'il n'en resta qu'une maison et l'église. Cuiseaux se releva, mais non pas complètement, puisqu'on voit par ce passage de C. qu'à son époque il y avait encore des ruines nombreuses.
Le chapitre de Cuiseaux avait été fondé en 1408 par Alix de Chalon et son neveu René, sgr de Cuiseaux (Guillemaut, Histoire de la Bresse louhannaise, t. I, p. 142, 224, 351, 354 et 523).
Cuiseaux est une ville pittoresque, qui a conservé une partie de ses vieux remparts, et dont l'église a encore des parties fort anciennes. — C'est la patrie de Guillaume Paradin, dont le livre est une des sources de C.
(1) Saint- Amour est aujourd'hui un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Lons-le-Saunier.
Ce nom de Vincennes, Vicenœ, qui figure ici, est une altération d'un ancien nom de lieu, Vincia, s^illa Vinciacum^ qui paraît dans deux chartes de 930, conjointement avec l'église des saints Amator et Viator (Guillaume, t. I, aux Preuves, p. 2, 3, et 4). Vincia n'était pas Saint- Amour : il s'élevait peut-être sur remplacement du hameau actuel de Vaucenans, au N.-E. de Saint- Amour.
Saint Amator et saint Viator étaient, a-t-on dit, deux soldats de la légion thébéenne. D'après une légende qu'on peut lire en particulier dans Rousset, Notice histor. sur la ville de St-Arnouf, (Ann, du Jura, Gauthier, 1850, p. 130), le roi de Bourg-ogne Gontran aurait, dans un voyage à Agaune en 585, obtenu les reliques des deux saints, et, assailli au retour par une tempête épouvantable, « aurait fait le vœu, s'il échappait au péril, « d'élever dans la première ville de Bourgogne qu'il rencon- « trerait sur sa route une église pour y déposer les ossements « sacrés des martyrs de la sainte légion, et de constraire auprès € un monastère pour des religieux qui en auraient la garde ». Délivré du péril, le roi se serait hâté de s'acquitter de son double vœu, aurait restauré l'église, y aurait déposé les reliques des
Amour, qui a écrit contre les hérésies des Ordres mendiants trois livres intitulés De periculis temporum (Les périls des temps)^ et qui vivait sous saint Louis (1) ^.
saints, et aurait appelé de Mâcon des ermites de St- Augustin. — M. Maurice Perrod [Etude critique sur V authenticité des reliques des SS, Amator et Viator,.. Besançon, Jacquin, 1894) a démontré que toute cette légende, qui remonte au 16« s., ne repose sur rien de solide, et que les deux saints à qui avait été consacrée l'église voisine de Vincia, n'étaient pas deux soldats de la légion thébéenne. Il a prouvé en outre que leurs reliques avaient disparu, laissant seulement au pays le joli nom d un des saints, et que celles qu'on honore maintenant dans l'église de Saint-Amour sont celles de deux martyrs anonymes auxquels on a donné leurs noms (Cf., du même auteur, Notes sur T origine de la paroisse de Saint- Amour, dans Annales fr.-c, 1905. — Le couvent des Augustins et le Collège de St-Amour, dans Méni. Soc. d'Emul. du Jura. 1897, p. 283 et suiv.).
(1) Guillaume DE St-Amour, docteur en théologie de l'Université de Paris, fut célèbre par sa lutte contre les Ordres mendiants. L'Université refusait de leur reconnaître le droit à l'enseignement public, et c'est contre eux que Guillaume écrivit le pamphlet intitulé De periculis novissimorum temporum. Cet ouvrage est composé d'un prologue de quatorze chapitres : il n'est pas en trois livres, comme le dit G., trompé peut-être par ce fait que ce pamphlet fut accompagné, vers le même temps, de deux autres, les Questions sur la quantité de l'aumône, et \q Mendiant valide. Les hérésies dont parle G. étaient renfermées au livre de V Evangile éternel, œuvre d'un cistercien de la fin du 12^ s., et dont quelques franciscains avaient, vers 1250, accepté les doctrines. Le pamphlet de Guillaume de St-Amour eut un grand succès en France, mais il fut condamné par le pape Alexandre IV en 1256, après qu'il eut été examiné et réfuté par saint Thomas d'Aquin. Le séjour de la France fut interdit à l'auteur, et il vint, en 1257, se retirer dans la petite ville bourguignonne où il était né en 1202. Il y mourut en 1272, après avoir écrit un nouveau livre où il reprenait, plus sérieusement ,les attaques du De periculis. — Ses restes sont dans un caveau de l'église paroissiale. On a conservé plusieurs copies de son testament (La biographie la plus récente de Guillaume de St-Amour, dont je me suis servi pour rédiger cette note, a été écrite par M. Maurice
Son seigneur est Philibert de la Baume, baron de Montfalconet, maître d'hôtel de l'empereur Charles-Quint, et commandeur de l'ordre de Saint- Jacques (1). Cette ville s'honore d'un certain nombre d'hommes distingués par toute sorte de mérites,
latinistes et hellénistes fameux (2 j .
Sur ce même territoire, mais tout au bout, est Goli-
Perrod et publiée dans Mém. Soc. d'Emul. du Jura^ 1902, p. 65 et suiv. — Cette biographie fait vraiment revivre l'homme et son temps).
(1) Il n'y avait pas longtemps que la seigneurie de Saint- Amour était aux mains de Philibert de la Baume, puisqu'elle lui avait été vendue en 1548 par Jean de Damas, petit-fils de Claudine de Laubespin, dame de Saint- Amour. C'est surtout grâce à lui que la ville de Saint- Amour atteignit un haut degré de prospérité. Il y établit des fabriques, en particulier la première fabrique de chapeaux qu'il y ait eu en Franche-Comté, et il y développa le commerce et l'agriculture. Employé par Charles- Quint dans plusieurs ambassades, en particulier en Angleterre, il avait su observer et s'instruire, et c'est du fruit de ses observations qu'il enrichit sa ville. D'un voyage en Italie, il avait rapporté des statues, des tableaux, des objets d'art, et, en même temps, l'amour des lettres et des lettrés, des savants et des artistes. Il mourut en 1572. — Son fils Jean eut pour précepteur notre G. Cousin, qui lui fit faire de grands progrès dans les lettres : à douze ans, il publiait des Prémices dédiées à Guillaume de Poupet. Il étudia à Paris, et nous avons une lettre tout affectueuse et. Dieu merci, toute simple, que C. lui écrivait en juin 1555, peu de temps après l'arrivée du jeune étudiant à Paris . Un de ses descendants fut le fameux marquis d'Yenne (Cousin, éd. de 1562, t. I, p. 316-317. — Rousset, Annuaire du Jura pour 1850y Gauthier, p. 135-138. -—Id., Dictionnaire.,,, t. I. p. 21- 22. — Mss. de la Bibl. de Besançon. Généalogie de Varin, I, fo 57, et Notes mss. de Ch. Weiss. — M. Maurice Perrod vient de donner, dans les Mém, de l'Acad. de Besançon, 1906, 2« fascic, une fort intéressante étude, que j'ai utilisée, sur Phîlib. de la Baume et son entourage à Saint- Amour).
(2) Dans le travail dont je viens de parler, M. Maurice Perrod nous a fait connaître quelques-uns de ces hommes, Antoine
Gf ny, qui relève en partie de notre autorité et en partie de celle de la France (1).
Nous avons jusqu'ici, en allant vers le couchant, passé successivement toutes les villes en revue. Dirigeons-nous enfin vers le Nord : car l'ordre que nous suivons veut que nous parlions maintenant des villes situées de ce côté.
A quatre milles au N. < de Nozeroy > et sur la gauche est Salins (2), grande ville, renommée et célèbre en tous lieux, et qui doit son nom à des sources salées et profondes qui jaillissent là à côté d'autres sources d'eau douce. En les concentrant parla chaleur, on fabrique pour l'usage ordinaire un sel d'une blancheur éclatante, qui est le principal revenu de notre < Haute- > Bourgogne, et qu'on exporte sur d'immenses voitures dans les pays voisins (3). — La ville de
CoLOMBET, jurisconsulte, auteur de quelques ouvrages de droit à la publication desquels Philib. de la Baume avait contribué de ses deniers, et Jean Millet, né à Saint-Amour en 1513, docteur en médecine, compagnon de Philib. de la B. dans plusieurs de ses ambassades, traducteur d'un roman d'iEneas Sylvius, des Chroniques de Zonaras, d'un ouvrage de Lucien, etc., encore édités aux frais du baron. Jean Millet mourut à Saint-Amour en 1568. — A la môme époque (1550-1560), un autre St-Amourain, Jean Vêtus, publiait à Paris des ouvrages de droit civil et de polémique religieuse par où il attirait l'attention sur lui, en attendant de faire une brillante carrière à la cour de France (Sur Jean Vêtus, cf. un travail de M. Maurice Perrod dans Mém, Soc. d'Emul, du Jura, 1901).
(1) GoligHy est un chef- lieu de canton du département de l'Ain, arrondissement de Bourg.
(2) Chef-lieu de canton du département du Jura, arrondissement de Poligny.
(3) Les salines de Salins eurent une grande importance, et un grand nombre de donations, pieuses et autres, furent assignées sur elles par leurs propriétaires. Il y en avait une dans chacun des deux bourgs qui composaient la ville, le Bourg-Dessus et le Bourg-Dessous: la première s'appelait la Gra/icîe- 5ai<-
Salins est très fortifiée : elle a des tours très élevées, un mur très solide, et deux forts qui lui font comme des
SALINS au XVI* Siècle (Vue retournée).
Cette vue de Salins, reproduite certainement d'après une gravure plus ancienne par l'éditeur de 1562, a été retournée par suite d'une inadvertance du vieux graveur. M. le T\^ Coste, bibliothécaire de la ville de Salins, m'ayant signalé le fait, j'ai cru intéressant de donner en regard une reproduction, un peu réduite peut-être, de la vue de Salins qui est dans la Cosmographie de Séb. Munster, édition de 1614. Il semble bien, par certains détails, que les deux vues ont pour origine commune la même ancienne gravure.
nerie, et l'autre la Petite-Saline ou le Puits-à-Muire. LaGrande- Saunerie appartenait aux sires de Salins, qui furent d'abord la famille de Salins, puis, au 13* s., la famille de Chalon, et, à partir du 14® s., les comtes souverains de Bourgogne. Le Puitsà-Muire fut jusque vers la fin du 16« s. la propriété*d'un grand nombre de seigneurs ecclésiastiques et laïques qui s'en partageaient l'exploitation et les produits. A partir de ce moment, il passa, par voie d'achats successifs, aux mains du souverain, qui devint ainsi propriétaire des deux salines.
Je n'ai pas à décrire ici la manière dont on faisait le sel à Salins à l'époque de C. On trouvera sur ce point de très nombreux détails dans GoUut (p. 101 et suiv.) et dans un travail des plus importants de M. Max Prinet, L'Industrie du sel en Fr.-C. avant
bras. Cette ressemblance a fait donner à celui qui est
SALINS à la fin du XV!" Siècle (D'après la Cosmographie de Séb. Munster)
la conquête française (Mé m. delà Soc, d'Emul. du Douhs, 1896, 1897 et 1898. La fabrication y est décrite au vol. de 1897, p. 170 et suiv. — On trouvera une curieuse vue du Puits-à-Muirc et de sa chaîne à ^»odets dans la reproduction d'une tapisserie de Saint-Anatoile de Salins, contemporainedeC. (Mém. Soc. d'Emul. du Jura, 1892, p. 423).
Je puis du moins préciser le renseignement vague que donne C. sur la quantité de sel qui se fabriquait alors à Salins. A cette époque, la Grande-Saunerie fournissait 16.744 charges par an, et le Puits-à-Muire environ 15.000, soit en tout 32.000 charges environ. La charge étant composée de 48 pains pesant chacun entre 2 livres 1/2 et 3 livres 1/2, c'est donc à peu ^vès quatre millions et demi de livres de sel qui sortaient des salines de Salins à l'époque de C, et, pour une fois, il n'y a pas à taxer notre auteur d'exagération ( Max Prinet, op. cit., vol. de 1897, p. 99 et 208; vol. de 1898, p. 185).
La Petite-Saline a été démolie au milieu du 19« s. et remplacée par l'établissement des Bains. Quant à la Grande-Saunerie, elle sert actuellement à l'exploitation des bancs de sel gemme. Elle a conservé trois vieilles tours, de grands souterrains voûtés fort anciens, son château et le logement du Pardessus ou officier général. Dans Le Vieux Salins, de M. Coindre (Besançon, 1904), un livre admirablement illustré par l'auteur, on trouvera aux p. 163, 168 et 170, des vues de ce logement et de deux des vieilles tours.
au S. le nom de Bracon (1); l'autre, qui est au N., sur une hauteur encore, s'appelle le Châtel Belin (2). Quant à la ville, qui s'étend en longueur dans une grande et étroite vallée, elle est située entre des montagnes d'une hauteur effrayante, qui donnent un vin excellent sur les points exposés au soleil. La vallée même s'appelait autrefois Scoding, comme on le voit dans la Vie de saint Anatoile (3). Le sol cultivé y est fertile, mais le»
(1) Il y a un village de Bracon, qui est actuellement une commune du canton de Salins, à 1 km. au S. de cette ville. C'est sur la montagne située au S. du village que se dressait, depuis une haute antiquité, la forteresse citée par C. Habitée par les princes de la maison de Salins, puis par les princes de Chalon, et enfin par les comtes-souverains de Bourgogne, elle devint prison d'Etat vers la fin du XI V« s., et René d'Anjou y fut enfermé. Au temps de C. elle devait être en assez mauvais état. Depuis 1674, il n'en reste plus rien.
(2) Le château de Belin, ou Châtel Belin était bâti sur un rocher élevé qui domine le Bourg- Dessus de Salins et se dresse à la rencontre de deux vallées. Il est mentionné pour la première fois dans une charte de 1249, de Jean de Chalon l'Antique (Guillaume, t. II, aux Preuves, p. 12) et reparaît dans les divers partages que ce prince Rt entre ses enfants, comme chef-lieu d'une seigneurie. € Il se composait d'une tour très élevée occupant le centre d'une cour enveloppée par une épaisse muraille, qui semblait n'être que la continuation du pic sauvage sur lequel elle était assise. Aux angles de cette enceinte étaient quatre tours- Un fossé défendait l'entrée à l'est. De tous les autres côtés, les pentes abruptes du rocher en rendaient l'accès impossible. » (Rousset, t. VI, p. 377). Détruit on ne sait quand, en tout cas après 1562, date de la dernière édit. de cette Description, et avant 1628 (puisqu'on le voit en ruines sur le plan de Richard, qui est de cette époque), il a été remplacé par un fort de construction moderne, aujourd'hui désaffecté.
(3) Le Scoding (ou Scodingue) était une des divisions de la Séquanie sous les rois Burgondes. C'était probablement le pays de Salins et celui de Saint-Claude, limité àl'O. par le cours de l'Ain. C'est donc commettre une erreur que d'appeler ScodingXdi seule vallée de Salins ; mais l'erreur n'est pas dans la Vie de saint Anatoile, Voici le passage, d'après l'édition qu'en a donnée
creux et les inégalités d'un terrain montagneux en rendent la culture difficile :
De claires fontaines y coulent de toutes parts, et des ruisseaux qui tombent des rochers glissent avec un doux murmure par la prairie et la plaine.
La ville est arrosée par la Foirie ou Foirole (1), sur les bords de laquelle il y a quelques moulins. On appelle ainsi cette rivière parce qu'elle est Végout de Salins : on y jette .en effet les excréments, les balayures et les ordures de la ville. Il y a des gens qui lui donnent le nom plus convenable de Furieuse^ parce qu'elle est rapide et qu'elle a un cours précipité et furieux.
M. Maurice Perrod (Recherches historiques sur saint Anatoile, Besançon, Jacquin, 1896, p. 31) : « In archiepiscopatu Bîsuntinensi... est quasdam regio nomine Scodingna, in qua est vallis romano itinere praevia, quae Salinis bene suo nomine datur. » On voit que, pour l'auteur de la Vie, le Scoding est bien une région dans laquelle est la vallée de Salins : c'est C. qui a lu trop vite, et qui a fait la confusion (Je l'ai trouvée reproduite, et dans Gollut, p. 93, et dans le Theatrum orbis d'Orteliusj. On peut se demander où C. avait lu la Vie de saint Anatoile : c'est probablement dans un Lectionnaire de Bourgogne, peut-être dans le Breviarium ad usum ecclesise Bisuntinae imprimé à Paris une cinquantaine d'années auparavant, et qui donne les parties essentielles de la Vie, en particulier le passage cité ou dans le célèbre Bréviaire de Salins, de la même époque et à qui Claudin et P. Gomtet ont consacré deux savantes études.
(1) Le petit affluent de la Loue qui arrose Salins s'appelle la Furieuse. J'ai transposé en français les deux autres dénominations, avec l'unique préoccupation de faire apparaître l'étymologie, d'ailleurs singulièrement ridicule et déplaisante, que C. leur attribue. Quant à ces deux dénominations mêmes, elles devaient appartenir exclusivement au langage du bas peuple plaisantant grossièrement sur la malpropreté de la rivière. Je n'ai rencontré, dans les actes anciens cités par Guillaume (t. I, p. 23, 86 et 184, aux /*/•«« (^es), que les formes Furiosus, Furusia et Furuise (actes de 1087, 1193 et 1262).
Salins a trois chapitres très célèbres. Celui qui tient le premier rang est celui qui tire son nom de saint Anatoile; le prévôt est Jean de Saint-Paul, homme de haute naissance, aussi pieux que savant (1). Le second est celui de Saint-Maurice, le troisième celui de Saint- Michel (2). Il y a encore un couvent de Franciscains qui se font appeler majeurs à cause de leurs grandes manches : ils portent en effet de larges robes serrées à la ceinture, qui descendent jusqu'aux talons, et qui ont de larges et vastes manches (3). Il y a aussi quatre paroisses, savoir Saint- Anatoile , Saint- Maurice, Saint- Jean-Baptiste et Notre-Dame (4). Pour les pauvres,
(1) Fondé au début du 11« s., le chapitre de Saint-Anatoile se composait, au 16« s., de douze chanoines, un prévôt et un surchantre. Le prévôt du chapitre, au temps de C, était en effet Jean DE Blonay, dit DE Saint-Paul. Il avait été tuteur de Claude de la Baume, et on le voit paraître pour la première fois comme prévôt le 18 juillet 1544 : il succédait dans cette charge à Jacques Dussin(ou Duxin) qui figure en dernier lieu le 18 août 1543, et il fut remplacé lui-même par Antoine de Gorrevod, princeévêque de Lausanne, en 1574 (Bibl. de Besançon, Mss., coll. Granvelle, vol. 35, fo 128. — Arch. du Jura, série G, Registre des délibérations capitulaires).
(2) Le chapitre de Saint-Maurice datait des dernières années du 12» siècle, et celui de Saint-Michel devait être à peu près de la môme époque.
(3) C. veut parler des Cordeliers, dont le couvent avait été fondé à Salins en 1230.
(4) L'église de Saint-Anatoile datait du 13® s. ; en 1257, elle était en construction. M. l'abbé Brune en a étudié rarchitecture (V architecture religieuse dans le Jura, dans Mém. Soc. dEmul. du Jura, 1892, p. 368 et suiv.). et on en trouvera cinq vues dans le livre de M. Goindre. Au temps de C., cette église € était décorée avec une somptuosité remarquable. Des reliquaires en or et en argent, ornés de pierres précieuses ; des tapisseries de Flandres représentant différents miracles de saint Anatoile ; des tableaux sur bois, des calices, des croix, des ostensoirs émaillés et ciselés... et une foule d'ex-voto formaient un ensemble de richesses éblouissant. » (Rousset, t. VI, p. 495). Les tapisseries
Salins a trois hospices: Montaigu, Saint-Bernard^ dans la ville et Bracon^ sur la montagne, vers TO. (1). Il y a enfin quelques sanctuaires qui sont plutôt des
dont parle ici Rousset étaient une œuvre remarquable. Il y en avait 14, qui avaient été fabriquées de 1502 à 1506; il n'en reste que trois, dont deux sont au Musée de Salins, qui les a envoyées à l'Exposition rétrospective de Besançon en 1906. B. Prost les a étudiées, et M. Louis Clos en a donné une bonne reproduction au trait dans les Mém. de la Soc, d'Emul, du Jura, 1892, p. 421 et suiv. — Aujourd'hui, Saint- An atoile est la principale paroisse de Salins.
Saint-Maurice, au temps de G., n'était pas moins riche que Saint-Anatoile. Nous avons un inventaire des reliques et ornements ecclésiastiques, dressé en 1577. Il y avait là des statues en argent massif avec piédestaux ornés de pierres précieuses, des reliquaires en bois doré, des croix en vermeil, des chapes et des chasubles en drap d'or, en damas, en velours et en satin, avec de riches dessins. — Saint-Maurice n'est plus aujourd'hui qu'une humble succursale, qui conserve de curieuses reliques et quelques vestiges d'art ancien (Trois vues dans Geindre, p. 12, 34 et 37).
Saint' Jean-Baptiste existe encore, après avoir été fortement réparé au milieu du 18® siècle. Le clocher est d'une architecture bizarre, avec son dôme à lanterne en fer-blanc reposant sur une terrasse entourée d'une balustrade (Vue dans Goindre, p. 338).
Notre-Dame enfin est encore église paroissiale, mais ce n'est plus l'église qu'avait pu voir G. : le bâtiment actuel date en grande partie du 18« s., et il ne reste guère de la construction primitive que la tour carrée du clocher. Elle remplace la Gollégiale Saint- Michel, dont G. ne dit rien, et qui fut vendue nationalement en
(1) L'hôpital- hospice de Montaigu ou du Saint- Sépulcre avait été construit par un riche Salinois, Jean de Montaigu, fils de Guyon et de Girarde Vauchard, et grand-oncle à la mode de Bretagne de Pierre Vauchard, le conseiller au Parlement de Dole. Le fondateur avait fait à son hôpital des donations successives de 1431 à 1454. On y pouvait recevoir jusqu'à trente indigents, et on y accueillait aussi des étrangers et les pauvres femmes enceintes. H était situé au Bourg-Dessus, derrière et proche la Grande- Saunerie. Il fut déplacé en 1683, et les bâtiments vendus au milieu du 18* siècle. Le théâtre et une maison particulière en
chapelles que des églises (1). Les maisons sont magnifiques et riches, construites pour la plupart en plâtre, avec des murs minces qu'on élève sur un assemblage de poutres serrées (2). Même les maisons ordinaires sont recouvertes d'un crépi de plâtre.
occupent actuellement remplacement (Bibl. de Besançon, Mss., Recueils Boisot, 1280, f*> 221. — Arch. du Jura, G. 1135. — Rousset, t. VI).
L'hospice de Saint-Bernard était situé au Bourg-Dessous, entre Notre-Dame et le Puits-à-Muire. Il avait été fondé avant la fin du 12' s., sur le modèle de l'hospice du Grand-Saint-Bernard, duquel il dépendait. Il fut supprimé en 1753 et réuni à l'hôpital général, qui y entretint quelques-uns de ses pauvres jusqu'au moment où l'hospitalité y fut définitivement abolie, en 1792.» Au bas du Ghambenoz, une maison, dont le faîte est encore épié d'une croix, en rappelle l'emplacement. » (Geindre, p. 183).
J'ai dit plus haut quelques mots du château-fort de Bracon. L'hôpital, d'après les historiens franc-comtois, aurait été fondé le 13 septembre 1302 par le comte Othon IV. Bernard Prost croit qu'il est beaucoup plus ancien, et que ce prince n'aurait fait que remettre sur pied un vieil hôpital ruiné et dépourvu de revenus. En tout cas, grâce à lui, à sa veuve Mahaut, à sa fille la reine Jeanne, et à de nombreux fondateurs, « cette maison de charité fut bientôt l'une des plus somptueuses et des mieux rentées qui se pussent rencontrer >, et l'on y pouvait entretenir cent malades. Au temps de C, les revenus appartenaient au chapitre de St-Claude, grâce à une décision du roi Louis XI, qui, en 1481, maître de la Fr.-C, les avait unis à la mense conventuelle de ce chapitre ; mais on n'y avait conservé qu'une trentaine d'enfants pauvres qu'on élevait. Réunis par Louis XIV à l'hôpital général en 1710, vendus nationalement à la Révolution, lei» bâtiments furent détruits par l'incendie de 1825 (Rousset, t. ^^ p. 320 et suiv. — Ann. du Jura, 1881, p. 81).
(1) On peut citer la chapelle St-Ferréol, au milieu du cimetière des pestiférés, entre Blégny et le faubourg de Chantave ; elle datait du 12« siècle ; — la chapelle St-Joseph, construite par un secrétaire de l'archiduchesse Glaire-Eugénie; — enfin la chapelle de N.-D. de Compassion, dans le faubourg de Chantave, que le peintre Richard devait décorer en 1657. — Elles n'ont laissé aucun vestige.
(2) Cousin veut certainement parler, non des murs extérieurs,
Il y a dans cette ville beaucoup de citoyens également célèbres par leur naissance et par leur science ; entre autres Nicolas de Gilley, sieur de Marnoz (1), homme d'une haute noblesse et d*une remarquable érudition, qui a rempli avec beaucoup de gloire et de succès, sous l'empereur Charles-Quint, de nombreuses missions auprès des cours étrangères ; Philippe Guierche,
qui n'auraient pas résisté aux intempéries, mais des cloisons intérieures, des galandages.
(1) Nicolas de Gilley était fils de Guillaume, sgr. d'Aiglepierre et de Marnoz. En 1521, on le voit paraître dans une revue de la noblesse passée à Salins, et prêter pour son père serment de fidélité à Marguerite d'Autriche. Le 24 mai 1530, il est nommé son échanson. En 1538, il reçoit la baronnie de Franquemont. Il fut depuis gentilhomme de la maison de l'Empereur, et son ambassadeur en Suisse et en Savoie. En 1541, il était capitaine de la ville de Salins, et fut désigné pour renouveler avec Philippe Chabot, amiral de France, le traité de neutralité des deux Bourgognes. Il se retira sur la fin de sa vie dans sa terre de Marnoz :
Qui strepitus urbis fugis exsanguesque tumultus, Oui magis arridet rustica vita, parens,
lui écrivait son fils : € Toi qui fuis les bruits de la ville et ces tumultes qui font pâlir, à qui sourit bien davantage la vie des champs, 6 mon père... » Et nous savons encore par son fils que Nicolas de Gilley recevait à sa table des hommes instruits, et que des conversations intéressantes s'échangeaient entre eux. — Nous trouverons un peu plus loin le nom de ce fils, Jean (Bibl. de Besançon, Mss., n® 1202, f» 22. — Guillaume, t. II, p. 159. — Béchet, t. II, p. 264. — De Lurion, p. 263. — J. Gauthier, Montre d'armes..,, dans Mém. Acad. de Bes., 1883, p. 109).
La noblesse des Gilley était de fraîche date, et C. était mal renseigné. Ils avaient été anoblis dans la personne du grandpère de Nicolas, Jean, par lettres patentes de Maximilien, roi des Romains, datées de Vienne, le 2 janvier 1494 (Arch. du Doubs, B. 576) (Guillaume, t. II, p. 158, imprime par erreur 2 février).
sieur de Genèvre (1), aussi célèbre par son immense érudition que par Tantiquité et l'illustration de sa race, qui s'est distingué dans les grandes affaires où il a été mêlé, et qui jouit à Salins d'une grande autorité ; les frères Jean et Pierre Sachet (2), remarquables tous deux par une science et une piété rares ; [Jean Gontesse] (3); < Marc Marchand >, célèbre par son intelligence < et son érudition >, homme distingué, et qui est recteur de l'hospice de Montaigu, « le sieur maitre », comme on dit (4); Jean de Gilley, homme d'une érudition étendue et solide, et poète remarquable (5) ; Antoine de Chavirey, docteur en méde-
(1) Les GuiERCHE étaient en effet une famille de vieille bourgeoisie salinoise. Philippe succéda, comme capitaine de la ville de Salins, à François de Gilley, frère et successeur lui-même de Nicolas (Béchet, t. II, p. 264). C'est à lui que C. dédia sa Brevis admodum totiiis Galliœ descriptio et son Index latinogallicus, et ils avaient l'un pour l'autre de l'estime et de la sympathie (Cf. la Dédicace, p. 3-5 de l'éd. de 1552, 2« p. — Dans cette dédicace, je relève un trait qui eût fait pâmer d'aise Cathos et Madelon : C, faisant le modeste, veut dire qu'il aurait brûlé son travail si ses amis ne l'avaient retenu: « Mon intention, ditil, était de donner à lire ces lignes à l'époux de Vénus... »).
(2) J'ai donné p. 130, n. 2, quelques détails sur les Sachet.
(3) Jean Contesse (appelé Pierre dans Rousset, t. VI, p. 536) avait été recteur de 1530 à 1556.
(4) Marc Marchand (ou Marchant), fils de noble Nicolas Marchand, de Salins, mort le 27 avril 1529, et de Marguerite Vauchart, était docteur es droits et chanoine de Besançon. Ami de C, il lui adressa des vers qu'on trouve dans l'éd. de 1562 (t. I. p. 424). Il a laissé aussi VLwDe viris illustribus et deux Discours, un à l'éloge € divi Lucas » (peut-être Claude Luc), et l'autre sur la mort d'un certain Emile Ferret (Lyon, Mathieu Bonhomme, 1551). D'après Rousset (t. VI, p. 536), il aurait été recteur de 1566 à 1617; mais commente, lui aurait-il déjà donné ce titi'e en 1562?
(5) Jean de Gilley était tils de Nicolas, dont il vient d'être parlé, et de Jeanne de Marnix. Il ne semble pas avoir joué de rôle dans les affaires du temps, et paraît avoir été surtout un
cine(l); François Dallonn al, chanoine à Saint- Anatoile, fort passionné pour les lettres et pour toutes les nobles connaissances, Tastronomie, Tarchitecture^la statuaire (2); [Guillaume Mergeret, docteur en droit civil et en droit canon, lieutenant de bailli de rillustrissime Guil-
lettré. Il reste de lui un Commenta riolus in laudem Hannibalis e Livlo e.vpressam, et deux Eléf^ies, Tune, dédiée à Jean Sachet, sur l'Ermitage Sachet, à Salins, et sur la Furieuse, — l'autre, intitulée Descriptio domus et Gilleyani agri, qui apud nostros Sequanos {>ulgari nomine Pagnol dicitur (Bâle, ap. Jacobum Parcum, 1550). C'est à ces opuscules que j'ai emprunté les détails que j'ai donnés sur la retraite de Nicolas de Gilley dans ses terres.
(1) Le texte porte Antonius Chaviras, que j'ai cru pouvoir traduire par Antoine de Chavirey. — 11 y avait à Salins une famille de Chavirey, anoblie depuis 1473 dans la personne de Jean, conseiller et maître des requêtes du duc Charles. Son fils Jean, qui testa en 1529 (Arch. du Jura, G. 1154) eut, de Barbe Bonvalot (cousine germaine de M. de Ghampagney, le père de Mme de Granvelle), deux fils, dont l'un Antoine, épousa Bernardine de St-Mauris et eut deux fils qu'on voit présenter requête au Parlement de Dole en 1571. Mais est-ce bien le personnage de C. ? (Sur les Chavirey, cf. Mss. de la Bibl. de Bes.. Recueils Boisot, 1206. fo 387. — Guillaume, t. II, p. 83-87;.
(2) On trouve ce mot orthographié Dalonval (Cousin, 1552 et 1562), D'Alonval (Guillaume, t. II, p. 2), Dalonal (Bibl. de Bes., Mss., coll. Granvelle, vol. 30, f» 32) et DALLONNAL(Arch. du Jura, G. 1157) ; mais toutes ces orthographes s'appliquent à la môme famille et au même personnage, François, chanoine à St-Anatoile de Salins. J'ai préféré la dernière, qui est celle de son testament. Il testa à Ornans le 26 avril 1575, en faveur des enfants de défuntes Anne et Jeanne Dallonnal, qui devaient être ses deux sœurs, et dont la première avait épousé noble homme Girard David, et la deuxième noble Guillaume Alepy, de Salins (celle-ci est citée dans le Nobiliairede Guillaume, à l'art. Alepy), Un Jean Dalonal, qui était probablement son parent, peut-être son père, fut procureur de la saunerie de Salins, et figure comme tel dans des pièces de la Chambre des Comptes de Dole, entre 1506 et 1542 (Arch. du Doubs, B. 243 et 289).
laume de Nassau, prince d'Orange, seigneur de Nozeroy (1)].
A une portée de trait au-dessus de la ville, au pied d'un rocher, est un couvent de chanoines qu'on nomme réguliers. Il s'appelle Gtoailles (2).
(1) On trouve des Mergeret à Salins depuis la fin dul3« siècle. — Guillaume était fils de Simon, écuyer, gruyer du comté, mort avant 4538, et de Françoise de Clermont, dame de Poupet. Il reçut une bonne et forte instruction, et on le voit prier C. de le recommander au savant Jean Matai. Il épousa en 1553 Claudine de Grammont, fille de Jean, seigneur de Chatillon. Il testa, d'après l'abbé Guillaume, le 13 février 1563. (Pour que cette date soit exacte, il faut qu'elle ait été indiquée dans le n. st., puisque le nom de Guillaume Merceret ne figure déjà plus dans l'éd. de 1562, V. st.) Il mourut sans enfants après avoir fait héritiers de son nom et de ses biens François de Vers, qui était, non pas son cousin, comme dit l'abbé Guillaume, mais son neveu. (Arch. du Doubs, B. 381. — Bibl. de Besançon, Mss., Recueils Boisot, 1207, f« 100. — G. Cousin, éd. de 1562, t. I,p. 217-218 et 304.— Guillaume, t. II, p. 185-186.— De Lurion, p. 383).
(2) L'abbaye de Goailles (Gouailles, Goyle) fut fondée vers l'an 1200 par Gaucher IV,sir^ de Salins, sur l'emplacement d'ua prieuré dit le prieuré de Beaulieu. Le vallon au fond duquel s'élevèrent les bâtiments, et qui est tout voisin de Salins, n'est ouvert qu'au Midi, et il est fermé au N. par de hauts rochers qui en faisaient un lieu bien choisi pour la retraite (Vue dans Coiadre, p. 350). L'abbaye fut habitée par des chanoines d'Abondance, de l'ordre de St- Augustin. Bientôt elle fut en très grande faveur, et l'on élisait volontiers sa sépulture dans l'église. Au 15« s., la commende y fut introduite, et nous avons vu qu'à l'époque de C. Guillaume de Poupet en était abbé, en même temps qu'il l'était de Balerne et de Baume. En 1772, la mense conventuelle de Goailles fut unie à celle des dames chanoiaesses de Ste-Claire à Lons-le- Saunier ; puis tout fut vendu nationalement en 1791. En 1810, il s'installa dans les bâtiments restants, une curieuse association fondée sous l'inspiration du Contrat social, et dont le président était Béchet, le futur auteur des Recherches sur Salins (Cf. l' Avant-propos de Norbert-Delacroix aux Notes historiques sur Cernans de Béchet, dans Mém . Soc, d'Emul. du Jura, 1881, p. 191 et suiv.). — Aujourd'hui Goailles est une toute petite section de la commune de Salins [Ann. du
A un mille vers le couchant, au sommet d'un rocher, est le monastère qui porte le nom de Notre-Daxnedu-Château(l).
Je m'en tiendrai là sur Salins.
Montons maintenant au village de Dournon, illustré par une défaite fameuse des Français et une victoire des Franc-Comtois, pour arriver directement de là à Montmahoux en passant par Sainte-Anne. Le village en lui-même est assez petit, mais il est d'un charme
/Mra, 1814, p. 185; 1822, p. 82-87. — Rousset, t. VI, p. 514- 516).
(1) Le prieuré de N.-D. du Château (ou de Château-sur- Salins) était construit sur le territoire de la commune actuelle de Fretin (canton de Salins, à 3 km. environ à TO. de la ville)^ en haut de la montagne de Roussillon. La date de sa fondation est inconnue. Il paraît pour la première fois dans un titre de 1040; en 1161, il s'y trouvait sept religieux et un prieur, dépendant de Tabbaye de Gigny. Je n'ai pas à raconter ici les démêlés qui s'élevèrent vers la fin du 15« s,, à propos de ce prieuré, entre l'abbé de Gigny et le chapitre de St-Maurice de Salins, à qui une bulle de Sixte IV l'avait uni au mépris des droits de Gigny (On en trouvera le récit dans Gaspard, p. 432 et suiv., et dans Rousset, t. V, p. 348 et suiv.). En 1496, comme nous l'avons vu plus haut, Antoine de la Roche l'acquit pour l'unir au Collège Saint- Jérôme, qu'il venait de fonder: le prieuré était alors dans un triste état, on parlait de le reconstruire ailleurs, et on en avait déjà enlevé les cloches ; A. de la Roche le fît réparer, et Dom Poissenot l'appelle pour ce motif le deuxième fondateur de cette maison. Des bourses au collège étaient réservées H des religpieux. Le prieur, qui était désormais sous la dépendance du recteur du collège, était, à l'époque de ce livre (et encore en 1577) Jean Bonvalot, parent et successeur de Michel, probablement avant 1549 (Gaspard, p. 438, nomme Michel Bonvalot pour 1549, mais, cette année même, Dom Poissenot publiait son Guillaume de Tyr, et, dans la Préface, il dit clairement que Michel était mort à celte date : « bonse mémorise M. Bonvalotus ».) — Les bâtiments ont été entièrement démolis, la dernière fenêtre en 1876 (Tripard, Salins et ses environs^ 1881, p. 502).
délicieux, et il ne manque pas des agréments qu'olFre la campagne. Voici le motif de sa célébrité.
Sigismond, premier du nom, archiduc d'Autriche, avait succédé à son père dans le gouvernement du Tyrol. A peine investi du pouvoir, il s'engagea à la légère dans une guerre avec les Suisses pour conserver par les armes ou pour reconquérir sa domination héréditaire sur ce pays. Comme il n'y réussissait pas, il vendit pour une faible somme cette possession à Charles, duc de Bourgogne. En voulant réduire par les armes les Suisses à Tobéissance, Charles succomba au milieu môme de sa tentative, près de Nancy, ville de Lorraine, Tan du Christ 1477. Lui mort, Louis XI, roi de France, soumit la Bourgogne presque entière à Taide de deux généraux, Craon et d'Amboise. Mais un certain sieur DE Maillot, qui avait été laissé au fort Bracon pour y tenir garnison, ayant imprudemment attaqué, contre toutes les règles de la discipline militaire, quatre cents seulement de nos soldats qui, en plusieurs endroits, gardaient les avenues, et qui, contre toute attente, étaient préparés au combat, Tarmée française fut mise en déroute et massacrée presque en entier, et son chef fut tué d'une arquebusade près du village de Dournon, que cette défaite a rendu célèbre. Dans cette bataille succombèrent, des deux côtés, plusieurs grands personnages que je n'ai pas voulu énumérer ici. On voit en effet à Salins, dans l'église Saint-Maurice, le tombeau d'ADAM DE Saint-Loup, chevalier de la Toison d'Or, qui fut enlevé du nombre des vivants le 26 janvier. Quant à la bataille elle-même, elle eut lieu le 17 janvier, jour de la fête de saint Antoine, en l'an du Christ 1492. On vit plus que jamais ce jour-là briller le courage des Comtois, surtout de ceux de Mièges. Après cette éclatante victoire et la défaite des Français, ils commencèrent à respirer et à rétablir leur situation
chancelante. Ils délivrèrent Salins d'un siège redoutable, attirèrent au dehors la garnison laissée au fort Bracon et chassèrent de la Comté tous les Français (1).
(1) Dournon est aujourd'hui une commune du canton de Salins, à 10 km. de cette ville, dans la montagne. — On a, de la bataille de Dournon, la narration de Gollut (p. 942-943) et une relation de 1624, conservée à la Bibliothèque d'Arbois, et publiée par E. Girard dans Mém. Soc, <VEmul, du Jura, 1878, p. 507 et suiv.). (E. Girard en a fait plus tard la matière d'une de ses Chroniques arboisiennes (p. 14 et suiv.). — Cousin commet quelques erreurs dans le récit des faits. Le capitaine de Bracon s'appelait bien le sieur de Maillot, mais il ne prit point part à la bataille de Dournon. Cette bataille avait eu lieu le 17 et le 18 janvier 1492 (V. st.), et elle s'était terminée par la défaite des troupes françaises de Baudricourt, grâce à la bravoure, non pas de ceux de Mièges, mais des Salinois et des Arboisiens de Philippe de Loyte. Ce sont les démonstrations de joie des Salinois revenus dans leur ville qui exaspérèrent Maillot, et lui firent envoyer aux habitants une lettre insolente. Il y eut alors autour du fort des combats meurtriers, et. le 8 février, comme Maillot se promenait devant la porte du château, il fut tué par un maréchal-ferranl, bourgeois de Salins. « Cette nouvelle confirmée, dit la Relation « delabîbl. d'Arbois, annonça de plus en plus la liberté, dont « Fespoir prochain dissipa toute crainte. La province retentit « d'un bruit si flatteur ; Dole livrée et en proie aux ennemis se « révolta contre eux et les chassa. > (p. 520).
La glorieuse journée de Dournon fit le sujet d'une tragédie d'un prêtre familier de l'église'St- Jean d'Arbois, la Dournoniade , et elle fut représentée sur une des tapisseries de St-Anatoile, comme étant due à l'intercession du saint patron de Salins (Cf. B. Prost, art. cité, Mém, Soc. d'EmuL du Jura, 1892, p. 424).
Quant aux Comtois qui succombèrent dans cette bataille, le ms. d'Arbois ne donne sur eux aucun détail : « les valeureux « citoyens, dit-il, sont oubliés, leurs noms sont ensevelis dans « Toubli du temps ; quelle perte pour notre histoire ! » (p. 521). Je ne puis rien dire non plus de cet Adam de Saint-Loup que nomme C. Si son tombeau existe encore à Saint-Maurice, c'est ce qu'il est impossible aussi d'affirmer, car les dalles de l'église sont, à droite et à gauche de l'allée centrale, entièrement recouvertes par les bancs.
Mais où vais-je m'égarer ? Tous ces détails vont paraître un hors-d'œuvre.
Revenons donc à notre sujet et parlons maintenant de 8ainte-Anne {Asna). Asna est un mot arabe, qui ^ïgniïie illustre [i). Le château, semblable à une ville forte, et célèbre entre tous, est solidement défendu par sa situation même. Il est placé en effet sur une montagne rocheuse, qui s'élève à une grande hauteur et qu'on ne peut aborder, car elle est entourée de toutes parts de vallées dont on ne saurait saisir à rœiUa profondeur. Ces vallées sont étroites et forment un labyrinthe (2).
(1) Après l'hébreu et le grec, voici l'arabe, aussi peu à sa place dans ces étymologies que les deux autres langues. Les formes anciennes du mot sont Sancta Agnes, Sainte-Agne ou Saint-Agne.
(2) Sainte-Anne est aujourd'hui une commune du canton d'Amancey (Doubs). — Le château était bâti sur une montagne qui s'élevait à 200 m. environ au-dessus de la vallée de Migette. Au XIII® s., il appartenait aux sires de Rans qui l'engagèrent à Laure de Commercy. En 1278, il passa définitivement aux mains des Chalon et entra dans leur immense domaine, dont il suivit désormais les destinées. Son nom revient souvent, au 16" s., dans les comptes des receveurs généraux des Ghalon. On y entretenait de nombreux « soudoyers », et la place possédait une assez forte artillerie. Quand le neveu et héritier de Philibert de Ghalon, René de Nassau, vint avec son père visiter ses nouveaux sujets (1533), ils « ouirent raisonner leur bonne et grosse « artillerie en telle véhémence et impétuositée, qu'il sembloit
€ tous les foudres tomber des neuf ciels. > (Voyage , publié
par U. Robert, dans Mém. Soc. d'Emul. du Jura, 1898, p. 228). — Au début du 17« s., c'était encore une forte place, bien qu'un peu délabrée, et Girardot de Nozeroy en donne une intéressante description : « Salins étoit couvert de la forteresse de Sle-Asne, « bastie en l'extrémité d'un roc de hauteur démesurée, en figure <c ouale de beau et grand circuit. La nature a taillé le roc de € toutes parts en forme de murailles, sauf du costé qui touche € une campagne voisine par un col de 50 pas seulement de roc « vif, que ceux de la maison de Ghalon ont iadis fait tailler à la « poincte du marteau en forme de glacis penchant des deux « parts, et sur ce fossé dans lequel les ruines des remparts ne
On y voit un couvent de Clarisses, appelé le couvent de Migette (1).
A un jet de pierre de Sainte-Anne est Montmahoux, très vieux château sur une montagne élevée d'où ron domine toute la Bourgogne, avec une ville fortifiée qui porte le même nom, mais dont les murailles sont à peu près en ruines. Le château même s'offre glorieuse-
« peuuent faire pied ont ietté un pont en l'air soustenu sur « pilliers de pierre, et par ce pont on entre dans le chasteau par « une grosse tour quarrée qui oppose sa poincteà la campagne, « et aux 2 flancs d'icelle sont 2 autres tours basties sur les ex- « trémités du roc qui commence à prendre son rond, avec deux « courtines entre deux, chascune de 25 pas de longueur. Par- « tout ailleurs le roc est sorcilleux etneantmoins égal à la cam- « pagne pource que c'est la profondeur du vallon qui luy donne tf sa hauteur, dans lequel vallon est bastie l'abbaye des dames « de Migette... Nousfismes reparer autant que nous pusmes tt les ruines de ce chasteau. » (p. 228).
(1) Migette, au canton d'Amancey, commune du Crouzet (Doubs) avait été à l'origine une grange de Cisterciens, dépendant de l'abbaye de Buillon (canton deQuingey). En février 1289 (v. st.), l'abbé de Buillon céda le val et la grange à Jean de Ghalon-Arlay, en ne gardant que l'église, le cimetière et une habitation pour deux personnes. Marguerite de Bourgogne, femme de Jean de Chalon, conçut alors le projet de fonder là une abbaye de Clarisses, et son fils Hugues le réalisa: les religieuses y entrèrent en 1325. La veuve et le fils de Hugues en augmentèrent les revenus, qui durent s'accroître rapidement les religieuses appartenant aux familles les plus nobles de la province. La vie commune y cessa je ne sais à quelle époque; les religieuses eurent des maisons et des prébendes, acquirent le droit d'avoir des coadjutrices ou nièces adoptives, et embellirent beaucoup leur séjour. Le P. Joly, qui y séjourna à plusieurs reprises, loue « la piété éclairée » des chanoinesses. Sous la Révolution, les bâtiments furent vendus comme bien national et en grande partie démolis. — Au temps de C, l'abbesse de M. était Clauda ou Claudine de Lambrey (Cartul. de Chalon, no* 490 et491. — Bibl. de Bes., Mss., Coll. Dunand, vol. 30, f» 691 et 701. — Dunod, Hist. de l'égl, de Besançon, p. 171 et 173, et aux Preuves, p. CIII à CVI. — Le P. Joly, p. 40).
ment de toutes parts à la vue des autres places fortes des deux Bourgognes, et il contemple d'un regard joyeux plusieurs forteresses et plusieurs villages bien peuplés (1). Le climat y est très sain et le sol très fertile.
En remontant vers TEst, on trouve < le monastère de Hautepierre, communément appelé Mouthier, du mot monasterium avec suppression de la syllabe du milieu (2), et > Vuillafans, dans une vallée où le
(1) Montmahoux, appelé jadis Monmaour [Morts majorum) et, plus tard, parfois Montmahaut, est aujourd'hui une commune du canton d'Amancey (Doubs). — Gomme ledit C.,son château était fort ancien et bien placé. Il s'élevait au sommet d'une montagne en pain de sucre, que les anciens titres appellent « le puy de Monmaour » (Voy. p. ex. Cartul de Chalon, n® 23), qui dominait un vaste plateau, et, continuant Poupet, couvrait Salins du côté de l'Est. Le château avait été construit par Jean de Ghalon-l' Antique : il était achevé en 1259, et, le l*** juillet 1260, le comte Jean fondait une chapelle dans le donjon. Il traversa les âges, subissant les injures du temps, puisqu'on voit C. le reconnaître comme « très vieux », mais dominant toujours la campagne au loin. Dans le premier tiers du 17* siècle, Girardot de Nozeroy, parlant du village de Nans « ceint de montagnes de toutes parts », dit qu'au-dessus de l'une d'elles € se font veoir de loing les masures du ehasteau de Montmahaut »: Il n'en reste plus que des ruines informes. — « Du haut de la monta- « gne, dit \ Annuaire du Doubs pour 18^6 (p. 266), la vue est fort «( étendue ; lorsque le ciel est serein, on distingue parfaitement « les quatre principales chaînes du Mont-Blanc. > (Bibl. de Besançon, Mss.^ Coll. Baverel, vol. 33. — Cartulaire de Chalon, Introd., p. XXIV, et Cartulaire passim, en partie, n*»» 23, 367 et 600).
(2) Mouthier-Hautepierre, au canton d'Ornans (Doubs), était déjà en 870 une abbaye importante de bénédictins. Puis la discipline s'y relâcha, la vie commune y cessa, mais le monastère ne périt point. Au début du 12* s., la réforme clunisienne y fut introduite, et l'abbaye de M. devint un prieuré dépendant de Gluny, avec sept religieux au moins sous la conduite d'un prieur. Au 13® s., l'abbé de Gluny vendait à Jean de Chalon tout ce que le prieuré possédait au puy de Montmahoux et à Nans (acte du 29 avril 1260, dans Cartulaire n» 367). La commende y fut in-
sol, déjà fertile en autres produits, convient aussi à la vigne. Aussi fournit-elle aux habitants de Vercel et de Morteau la plus grosse partie de leur vin, car elle est entourée de toutes parts d'une haute enceinte de montagnes couvertes de vignes presque jusqu'au sommet (1).
< Vuillafans est flanqué de deux châteaux situés sur des hauteurs. Celui du Sud, qui est, comme une ville forte, défendu par des murs, des tours, des fossés et des bastions, et abondamment approvisionné, s'appelle Châteauvieux ; celui du Nord, qui est également remarquable et bien fortifié, se nomme Châteauneuf {2) >.
troduite en 1373. Parmi les prieurs qui s'y succédèrent, il faut citer l'archevêque Charles de Neufchâtel et le cardinal de Granvelle : c'est précisément ce dernier qui était prieur au temps de C, depuis 1542 ; il releva ce prieuré en décadence et lui fit de nombreuses libéralités. Uni au 18« s. à la Faculté de théologie de Besançon, il suivit dans leur ruine les autres institutions monastiques. La maison du prieuré est encore debout.
(1) Vuillafans est une autre commune du canton d'Ornans, dans la vallée de la Loue. — On voit que les vins de V. sont connus dès longtemps. Au 18» s., le P. Joly écrivait : « Ses vins sont excellens. » Et il ajoute : « Les vignes sont plantées sur « le revers des montagnes ; elles pendent jusqu'au rebord des « escarpes, qui sont affreuses. On ne comprend pas comment « les ouvriers vont les cultiver sur des précipices qu'on ne peut « voir sans frémir. » A la même époque, le P. Dunand (ou un de ses correspondants) écrivait : « Vuillafans est un vignoble « considérable d'environ 5 à 6.000 ouvrées, où le noirin domine, « et rend un vin bon et d'une qualité supérieure à celui de la
< vallée; il est potable dans l'année... Il y a un canton... peu-
< plé en poulsards, qui produit un vin délicat qui peut passer « pour un des meilleurs de la province. » h' Annuaire du Doubs pour 18^8 parle aussi du vin de V. « justement réputé par sa qualité. » (Bibl. de Besançon, Mss., Coll. Dunand, vol. 23, p. 406. — Le P. Joly, p. 38. — Annuaire du Doubs, 1848, p. 224).
(2) Vuillafans Tut en effet autrefois le chef-lieu d'une terre
De là dirigeons-nous sur Ornans, situé < lui aussi > entre des montagnes très hautes (1), et qu*a rendu célèbre la naissance de l'illustre Nicolas Perrbnot
importante divisée en deux seigneuries et défendu par deux châteaux-forts qui s'élevaient, non au N. et au S., comme ditC, mais à TE. et à VO. de V. Celui de l'E. était Châteauneuf, celui de rO. Cliâieauvieux. On voit, en 1309, Jean de Montbéliard, sire de Montfaucon, faire « hommage et featey » à Jean de Chalon-Arlay et reconnaître qu'il tient de lui en fief les deux châteaux de V., lecohastel viez» et le «chastel nuef>(Carm/aire.., no 18). D'après l'Ann. du Doubs pour 1848, Ghâteauneuf aurait été détruit en 1636. Il est possible ; en tout cas, je n'ai rien trouvé à ce sujet dans Girardot de Nozeroy. Il ne reste aujourd'hui de Ghâteauneuf qu'un grand pan de mur en façade sur V.. à 150 m. au-dessus de la vallée, sur la route de V. à Echevannes. Il appartient à M. Gaudy, de Vuillafans. — Ghâteauvieux, que son nom même désigne comme plus ancien que l'autre forteresse, fut bâti par la puissante maison de Montgesoye, au pied de la montagne de Devant la Faye, à peu près à la même altitude que Ghâteauneuf. Il passa depuis aux mains des Montfaucon. des Longwy et des Rye. Au temps de C, il était la propriété et la résidence de Gérard de Rye, époux de Jeanne de Longwy, qui en étendit les constructions. « L'archevêque de Besançon Fer- « dinand de Rye en aimait le séjour : il allait s'y reposer des <c fatigues de son administration. Il releva les remparts de la « vieille forteresse et la mit en état de soutenir un siège. Les « fossés profonds, les murs élevés et solides qu'on y voit encore « sont en partie son œuvre. Il fit restaurer la chapelle. » (Suchet, Ferdinand de Rye, dans Annales franc-comt., 1868, t. IX, p. 185- 186). Le château subsista jusqu'en 1807, dans un état que nous font connaître, avec un long détail une description ms. de la Bibl. de Besançon (GoU. Dunand, vol. 23, p. 406 et suiv.) et, plus brièvement, un passage de VAnn. du Doubs pour 18i8, p. 225. A ce moment, il fut détruit par un vaste incendie. Il n'en reste guère que les anciens fossés et quelques murs qui y plongent : ces murs supportent des jardins et des cours qui entourent une vaste maison bourgeoise appelée aujourd'hui encore Le Château. A l'Est est le petit village de Ghâteauvieux. (1) Ornans est aujourd'hui un important chef-lieu de canton de l'arrondissement de Besançon.
DE Granvelle, premier conseiller d'Etat et garde des sceaux de S. M. Impériale (1).
(1) Nicolas Perrenot, petit-fils d'un forgeron d'Ornans, arriva par sa haute intelligence, son énergie et son activité aux plus hautes fonctions. Premier conseiller d'Etat de Charles-Quint, il fut, en qualité de juge impérial, le représentant et 1 homme de confiance de l'Empereur auprès de la turbulente commune bisontine. Il lutta victorieusement contre l'intrigant et populaire Simon Gauthiot d'Ancier, le petit empereur, mit d'accord deux intraitables adversaires, le clergé et la commune, tout en procurant à son maître le bénéfice de cet accord, et en reçut la récompense par la charge de grand-chancelier de l'Empire. Il avait acquis en 1527 la seigneurie de Granvelle au bailliage d'Amont. Protecteur éclairé des arts, il fit construire à Besançon le beau palais qui porte son nom. Il mourut en 1550 à la diète d'Augsbourg. — Il avait épousé Nicole Bonvalot, sœur de François, l'abbé de Luxeuil. Il en eut quinze enfants, parmi lesquels le célèbre cardinal Antoine, qui fut son digne continuateur, Thomas, sieur de Cantecroix, lequel fut ambassadeur, et Marguerite, qui épousa Jean d'Achey, sieur de Thoraise (Il faut lire, sur la lutte de Granvelle le chancelier avec le petit empereur de Besançon, la remarquable étude de Castan, qui a été rééditée dans les Mém, de la Soc. d'Emul. du Doubs, 1905. Son portrait, de la main du Titien, est au musée de Besançon. Il a été reproduit à la p. 112 de ce volume. — Cf. aussi, du même auteur, Monographie du palais Grarn^elle, dansMew. de la Soc. d'Emul. du Doubs, 1866, p. 74 et suiv.) (Une importante histoire d'Ornans, par le D' Meynier, a été publiée dans les mêmes Mémoires, 1889 et années suivantes).
A peu près au temps de C, le cardinal de Granvelle faisait, dans les termes suivants, l'éloge de sa vallée d'Ornans .• « Suys « en doulx lieux où vous ay souhaitté mille et mille fois, pour a que je suys certain que les jugeriez à propos pour philosopher, « et dignes de l'habitation des muses, avec force belles monta- < gnes, haultes jusques au ciel, fertiles à tous coustels et rem- « plies de fort belles vignes et de toutes sortes de bons fruictz, « les rivières et les allées belles et larges, l'eau clère comme « cristal, une infinité de fontaines, troictes etumbres innuméra- « blés et les meilleurs du monde, les champs en bas fort fertilles « et fort belles prayries ;.... et n'y a faulte de bien bonne compa- « gnie du pays, de parents et d'amys, avec vins les meilleurs, « comme vous savez, du monde».
Ces trois villages sont arrosés (1) par la Loue, la plus profonde et la plus large des rivières de Franche- Comté, et la plus redoutable par ses ravages (2). On y trouve bien des sortes de poissons, parmi lesquels on compte Talose, le barbeau, l'anguille et la truite saumonée (3). Elle prend naissance un peu au-dessus du monastère de Hautepierre et à peine un peu plus bas que le village d'Ouhans (4), et, après s'être mêlée au Doubs près de Dole, elle» jette dans la Saône ses eaux rapides (5).
(1) Ed. de 1552: Ornans est arrosé...
(2) La dernière épithète est fort exacte ; les autres ne le sont pas. D'après la Notice descriptive et statistique sur le département du Jura^ rédigée à TEtat-major du 7^ corps en 1883, la Loue a une largeur moyenne de 70 m. et une profondeur moyenne de 0.80 : or le Doubs a une largeur de 90 à 100 m. et une profondeur moyenne de 2 m. à 2 m. 50. — Gollut écrit de la Loue, jadis appelée la Louve: « riuière non seulement courante, € mais furieuse et rauissante, prenant de sa rage son nom de « Louue, qui luy conuient fort proprement. » (p. 80).
(3) C. « oublie précisément les poissons qui rendent cette « rivière si chère aux gourmets, la truite et l'ombre >, dit M. Suchet, qui cite ce passage de notre auteur et, traduit aurata, non par truite saumonée, mais par dorade, oubliant que, dans le vocabulaire scientifique moderne, le mot dorade désigne un poisson de mer. — (Excursion histor. et pittor. enFr.-C. — Ze Val de la Loue. Dans Ann. fr.-comt., 1869, t. XI, p. 200).
(4) Ed. de 1552 : un peu au-dessus de Vuillafans, au village d^Ouhans. — Ouhans est une commune de l'arrondissement de Pontarlier. La source de la Loue est une des curiosités du département du Doubs. La rivière sort d'une haute et large caverne qui s'ouvre dans un rocher élevé. Captée à sa source, elle faisait marcher autrefois un moulin dont les bâtiments subsistent encore, mais qui est abandonné.
(5) Exactement : elle roule avec le Doubs dans la Saône avec des eaux rapides. L'expression est empruntée à Paradin (p. 157). — Gollut décrit d'une manière charmante le conlluenl de la Loue et du Doubs : « [la Loue] semble vouloir par son estrange « furie emporter le Doux, auprès de Giury et Molay, voire luy
Tout près d'Ornans, sur une colline, est un château grand comme une ville forte, et qui a grand air (1). Un peu plus bas sont des mines de fer (2), et, sur les montagnes, plusieurs châteaux bien fortifiés (3).
« faire quitter sa gloire, et son nom . Mais ce fleuue plus puis- « sant, plus superbe, et plus fort, enorguilly de tant de belles « villes qu'il a visité, luy barre le passage, et le contraint de < alenter son cours, et se modérer quelquement, combien que « sa vifue légèreté ne luy est pas entièrement alentée. > (p. 81).
(1) Le château d'Ornans devait dater de la fin du XII» siècle. Il était situé au sommet d'un promontoire à pic,- détaché de la falaise qui domine la nye droite de la Loue. Naturellement défendu sur toutes ses faces, sauf sur celle qui regarde le N., ce promontoire offrait € un terrain vaste et propre à y construire une forteresse et des habitations... Le palais du comte devait être bâti dans la plus belle partie du fort. . . : les autres édifices suivaient à droite et à gauche le tour de la plate-forme, et le tout décrivait un cercle, autour duquel se trouvait la place d'armes. » Le château fut détruit, vers la fin du 13' s., par les seigneurs franc-comtois révoltés contre Philippe le Bel. Rétabli après 1301, il dut être mis à sac par les Routiers vers 1360. Réparé par Charles le Téméraire en 1475, il fut attaqué et pris par Louis XL En 1674 enfin, il fut pris par Luxembourg après une énergique résistance, et, malgré une promesse solennelle, il fut démantelé par le vainqueur. Il n'en subsiste que quelques pans de mur peu élevés et revêtus de lierre. Sur le plateau, jusqu'au bord de la falaise, sont encore des maisons, dont quelques-unes sont fort anciennes, et qui forment un hameau d'Ornans appelé le Château. {Ann. du Doubs, 1847, p. 142. — Meynier, Histoire d'Ornans, dans Recueil cité, 1889, p. 56, 60,
(2) Il n'y a plus de mines de fer exploitées dans la vallée de la Loue. Il y a encore de nombreuses usines (tréfileries, clouteries); mais elles tirent leur matière première du dehors.
(3) Un de ces châteaux était certainement celui de Scey-en- Varais, dit château de Saint-Denis, dont les ruines importantes s'élèvent encore, à cinq km. environ à l'O. d'Ornans, audessus de la falaise rocheuse qui domine la vallée de la Loue. Visibles de très loin, elles comprennent un long mur d'enceinte et deux tours assez bien conservées. Elles sont classées comme monument historique.— Parmi les autres châteaux auxquels C.
Tout près du bord de la même rivière, sur une petite colline est le château de Qléron, avec un village du même nom (1).
Si de là nous poursuivons un peu, en remontant vers Besançon (2), voici que nous apercevons les tours orgueilleuses et les maisons de Montrond, bâties sur des rochers élevés. La nature de ce lieu, le site, les grands avantages qu'il présente, sont l'objet de l'admiration générale (3).
fait allusion, devaient être celui de Durnes, à TE. d'Ornans et, plus à TE. encore, celui de Gicon, ancienne propriété des Chalon.
(1) Gléron est aujourd'hui une petite commune du canton d'Amancey, arrondissement de Besançon. — Le château de Cléron était fort ancien et datait peut-être du 10° s. Il était placé, sur un rocher au bas du village, au bord de la Loue. En 1810, il était encore entier, sauf le pont-levis ; mais il avait été bien modifié au cours des âges. Tout récemment transformé par son propriétaire actuel, M. le comte de Montrichard, il n'a guère conser^^é, comme vestige ancien, qu'une tour du 13« s-, qui flanque la façade sur la Loue. — La maison de Cléron existait déjà au 12e g,^ d'après l'abbé Baverel, et la filiation est établie depuis Jean, chevalier, qui épousa Marguerite de Scey en 1257. La branche aînée prit fin en 1643 (Bibl. de Besançon, Mss.,Coll. Baverel, vol. 32. — Annuaire du Doubs pour 18^5, p. 68. — De Lurion, p. 171).
(2) Besançon, Montrond et Cléron sont à peu près exactement au N. l'un de l'autre.
(3) Le château de Montrond était assis au-dessus du village du même nom (auj. commune du canton de Quingey), sur une colline d'une centaine de mètres d'élévation, de telle sorte qu'il dominait au loin le pays. Bâti on ne sait pas au juste à quelle époque, peut-être au 13« s., il n'en reste que deux pans de mur de 3 et 5 m. de longueur formant angle, et qui doivent avoir appartenu à une grosse tour. Ils ont une vingtaine de mètres de hauteur et un mètre d'épaisseur, et font face au village. Du côté du N., on voit encore, sous les broussailles, un caveau assez bien conservé (Bibl. de Besançon, Mss., Coll. Baverel, vol. 32. -—Ann. du Doubs pour 18^6, p. 268-269).
Un peu plus bas, sur la gauche, est le château d'Arguel, avec le bourg célèbre qui est au pied (1).
Tout pleins de fleurs, les prés mêmes sourient. Ici Bacchas aime les coteaux bas, et TAbondance se plaît à voir sa corne remplie de fruits agréables.
De Salins, en tirant sur la gauche, on passe rapidement à Rennes, et de là à Quingey, places très an-
Il est possible que par l'expression « les avantages » de l'endroit, G. ait voulu désigner non seulement la situation favorable du château, mais encore les vignes qui devaient couvrir déjà les flancs du coteau. Ces vignes étaient très nombreuses encore en 1810 ; il n'en reste que quelques-unes au S.-O.
(1) Arguel est aujourd'hui une petite commune du canton de Besançon-Sud. — Sur une colline voisine du village s'élevait le château. Bâti à une époque reculée par les sires d' Arguel, dont le plus ancien que l'on cite est Guy, en 1090, tenu d'abord en hommage des sires de Neublans, puis de Jean de Chalon-Arlay, il fut, en 1305, avec « la tour, ledongon et le bourc», légué par Gérard, le dernier des sires d'Arguel de la ligne directe, à Hugues de Chalon, et, depuis ce temps-là, dit Dunod, « les aînés de la maison de Chalon, garçons ou filles, portèrent « le nom d'Arguel pendant la vie de leurs pères. > (L'acte de donation est au Cartulaire de Chalon, n® 295, p. 202). — Le château fut réparé au 15« siècle par le grand bâtisseur de la famille, Louis de Chalon, que nous avons vu plus haut reconstruire le château de Nozeroy. Il lit € réédifier tout à neuf la plus grande partie du maisonnement et reparer le demorant, qui lui coste bien environ 3000 francs.» [Enquête de liSl, citée dans Ed. Clerc, Essai sur l'histoire de Franche- Comté, t. II, p. 441). Même il s'était fait sculpter en bois, debout, la main droite à l'escarcelle et le faucon au poing gauche, et il avait dû faire placer à l'entrée des bâtiments neufs d'Arguel cette curieuse statuette où J. Gauthier l'a reconnu, et qu'il a décrite dans le Bulletin archéologique de 1895. — En 1533, les héritiers de Philibert de Chalon, René et Henri de Nassau, visitant leurs possessions, s'arrêtaient à Arguel (Voyage..., dans Mém. Soc. d'Emul. du Jura 1898, p. 228). — Le château fut rasé en 1674, par ordre de Louis XIV, pour avoir osé attendre les sommations du grand roi. Il n'en reste aujourd'hui que des pans de murs recouverts de lierre ou de vigne sauvage, et quelques souterrains à demi effondrés.
ciennes et situées aussi sur le bord de la Loue. Toutes deux furent rasées par Ch. d'Amboise, mais elles sont aujourd'hui toutes deux relevées (1).
Au-delà de Besançon, vers le Nord, on trouve Baume, qui domine le Doubs. Baume est la patrie de Christophe Simonet, qui a l'esprit et la pureté de style d'un vrai Latin, et que les Muses ne dédaignent pas (2); Belvoir (Bévoye), ainsi appelé parce que la voie s'y bifurque (3); Glerval et Llsle-sur-le-
(1) Les deux éditions donnent utcumgue. J'ai gardé par inadvertance cette leçon dans ma réimpression dû texte latin, mais je lis utrumque: pour rendre utcumque explicable, il faudrait en faire un adverbe ; or il ne se rencontre que comme conjonction, dans le sens de « de quelque manière que )>.
Qulngey est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Besançon, et Rennes une commune de ce canton. Tous deux sont sur la Loue, Quingey à l'amont; Rennes est bâti à côté du confluent de la Furieuse, la rivière de Salins.
Le château de Quingey, la ville et le territoire faisaient partie du domaine des souverains de Bourgogne. Le premier fait important qui se rattache à l'histoire du château est la naissance de Guy, fils de Guillaume et de Etiennette de Vienne, qui devint pape sous le nom de Calixte II, et dont Ulysse Robert a écrit avec amour l'histoire (Paris, 1891. Sur son lieu de naissance, cf. la p. 4). Le château et le pays suivirent les vicissitudes de la souveraineté, parfois concédés, comme au temps même de C, où ils étaient aux mains d'un Gorrevaux (ou Gorrevod). Habité par Mahaut d'Artois, puis par sa fille Jeanne, plus tard par Marie de Bourgogne, qui aimait beaucoup cette résidence, le château fut réparé sur son ordre, dans la crainte des fureurs de Louis XI. Quoi qu'en dise C, il ne fut pas brûlé par Amboise, s'il faut en croire une notice mss. de la bibliothèque de Besançon (Coll. Baverel, vol. 32), et ['Annuaire du Doubs pour 18 ^i7 : il ne fut brûlé, avec la ville entière, que pendant la Guerre de Dix ans, en juin 1636 (Girardot de Nozeroy, p. 104).
(2) Baume, qu'on appelle généralement Baume-les-Dames (jadis Baume-les-Nonnes), pour le distinguer de Baume-les- Messieurs(ou Baume-les-Moines) (Jura), est aujourd'hui un cheflieu d'arrondisseipent du département du Doubsr.
(3) ^alToir, commune du canton de Clerval. On trouve kmot
Doubs, deux places sur les rives du Doubs (1) (la première fut détruite par un incendie lamentable Tan du Christ 1534 (2) < le mardi 6 octobre, un peu avant midi (3) >, presque au même moment, dit-on, où Luxeuil était brûlé et détruit par un feu fatal) (4) ; Vesoul,
qu'il ne faut pas compter parmi les dernières villes, qu'il s*agisse de la vie publique ou de la vie privée.
Vesoul a de très fortes murailles et des maisons magnifiques, et son sol produit le vin (5). La ville est pleine
écrit Belvoir dans une charte de 1292 (Cartulaire, no 164) et B lavoir dans un acte de 1294. On a aussi les formes Behoye et Bévoye, Le premier élément du mot est incontestablement Tadj. beau, bel, biau, et cette seule remarque suffit à montrer que Tétymologie de C. est aussi peu fondée que les autres.
(1) Glerval et L'IslaHEiur-le-Doubs sont aujourd'hui deux chefs-lieu de canton de l'arrondissement de Baume. Clerval était fortifié au temps de G., et ses murailles ne furent détruites qu'en 1674.
(2) Ëd. de 1552: 1533, La dateei^cte est celle deTéd. de 1562: Yoy. la note suivante.
(3) Le détail que donne C. surTincendiequi consuma Clerval est exact, et il est confirmé par d'autres documents : il n'y a de différence que sur le mois, qui, d'après VAnn. du Doubs pour 18^5, aurait été le mois de septembre; sur l'importance de l'incendie, nos auteurs sont d'accord. Dans des notes mss. de la bibliothèque de Besançon (coll. Duvemoy, vol. 1, f® 280), je relève cette indication: « 1534. Clerval entièrement brûlé, ensem- <c ble forteresse et château ; il n'échappe que deux petites mai- « sons. » 81 ans après, presque le même jour, la petite ville fut de nouveau presque entièrement brûlée.
(4) Je ne sais si ce détail est exact: en tout cas, dans son Dictionnaire des communes de la Haute- Saône (t. II, p. 10), L. Suchaux ne cite pas, entre 1479 et 1568, d'incendie qui aurait détruit la ville de Luxeuil.
(5) Vesoul est aujourd'hui le chef-lieu de la Haute-Saône. — * Son château, situé en haut d'une montagne de forme si caractéristique qu'il est étonnant que C. n'en dise rien, avait été com-
d'hommes remarquables par l'exemple de leurs mœurs ou par leurs connaissances littéraires et par l'abondante fécondité de leur esprit. Si je prenais à tâche de citer l'un après l'autre leurs noms, cette liste s'allongerait outre mesure. Parmi eux il y a les frères Jean et Thomas Sonnet, aussi admirables par la pureté de leur cœur
plètement brûlé et ses murs, encore incomplètement relevés depuis 1360, avaient été, en 1479, ruinés par un lieutenant de Ch. d'Amboise, que avait laissé « la misérable ville comme champestre » (GoUut, p. 927). Il avait fallu ensuite un assez long temps pour les relever, et il n'y avait peut-être qu'une quarantaine d'années qu'ils étaient reconstruits lorsque C. faisait mention des € fortes murailles > de V. La ville, d'ailleurs, n'avait pas encore retrouvé son ancienne prospérité, puisque nous voyons qu'une vingtaine d'années après la date de ce livre, elle ne comptait que 425 feux (Suchaux, o/?. cit,, t. II, p. 334). Quant aux maisons, on pourrait douter, quand on connaît les habitudes de style de C, qu'elles eussent vraiment la «magnificence >dont il parle, et que note après lui — et d'après lui — Ortelius en 1579 (Suchaux ne remarque pas que la phrase d'Ortelius sur les «( fortes murailles » et les « magnifiques maisons » de V. est prise mot pour mot à G., et (Jue cette phrase, si elle est exacte avancerait de près de trente ans le renouveau de V.). Mais il reste en effet, de cette époque, plusieurs belles maisons, une en particulier dans la rue des Boucheries, et, surtout, la maison Boisselet, dans la rue du Collège. Le propriétaire de cette dernière demeure a mis une très louable coquetterie à la maintenir dans son ancien état, et les membres du Congrès des Sociétés savantes de Franche-Comté qui l'ont visitée en 1906 se sont crus soudain reportés à quatre siècles en arrière (On trouvera une intéressante vue de cette dernière maison dans la Géogr. pittor. et monumentale de la France, gravée et imprimée par Gillot. — Franche- Comté, p. 261).
GoUut fait de V. un éloge à peu près semblable à celui de C. La ville « est telle que l'on ne la pourroit assés recommender, « pour l'antiquité d'icelle, pour son terroir fertil, pour la richesse <c grande des habitans, pour l'honneur du Vis-Comté, qui y hat « tousiours esté, pour la multitude des gens doctes, et de bon « esprit, qui s'y treuuent, et cy deuant s'y sont treuués. » (p. 91).
que par l'éclat de leur science, etdont j'ai été longtemps l'ami à Dole (1).
Puis on trouve Luxeuil, remarquable par son couvent bâti par Ghilpéric, roi des Burgondes (2). Des eaux thermales qu'on utilise pour des bains y sortentde terre en bouillonnant (3).
Rougexnont, ville jadis opulente, aujourd'hui toute
(1) Les frères Sonnet appartenaient à une vieille famille vésttlienne qui « dès 1513, avait acquis de la maison de Neufchâtel l'importante seigneurie d'Auxon ». Mais je n'ai pas de détails particuliers sur eux. Suchaux, dans sa Galerie biographique du dép. de la Haute- Saône ^ se Goni^ïïieàe les citer et de reproduire le vague éloge qu'en fait Cousin. Weiss, dans la Biogr. univers. de Michaud (t. 43, p. 90) ne parle pas d'eux : il nous donne la biographie d'un jurisconsulte de la même famille, François-Charles Sonnet, qui publia un livre de droit à Paris en 1576.
(2) C. confond ici deux frères et se trompe sur le nom du fondateur du monastère : c'est saint Goiomban, le grand réformateur irlandais, qui le fonda en 590, après avoir obtenu, non pas de Chilpéric, qui était roi de Neustrie, mais de son frère Gontran le roi de Bourgogne, la concession des lieux où s'était élevé Luxovium, mais qui étaient restés presque déserts depuis le passage d'Attila. — Cette abbaye est réellement digne de mémoire pour avoir été dans notre région, pendant le moyen âge, « la grande école des sciences, des lettres, et de la civilisation chrétienne », et C. a raison de dire que L. fut remarquable par elle. Elle était en commende depuis 1468, et avait pour abbé, au temps de C, le célèbre François Bonvalot, dont il a été déjà parlé (Voy., sur Luxeuil : Suchaux, Dictionnaire.,,, t. II, et Delacroix, Luxeuil, ville, abbaye, thermes, dans Afem. Soc. d'Emul. du Doubs, 1867, p. 61 et suiv.).
(3) Les bains de L. avaient eu une véritable splendeur à l'époque romaine. Il ne semble pas qu'au 16» s. ils aient été bien prospères, car Gollut écrit (p. 88) : « les bains de Luxeul, chauds et médicinaux, ceux de Plombière... sont suffîsans pour enrichir des villes, si l'on en vouloit proffiter à la rigueur », et nous voyons la ville, en 1601, mettre un impôt sur le sel pour subvenir à la reconstruction des bâtiments (Delacroix, op. cit., p. 123). — Les bains de L. sont encore fréquentés, en particulier par les rhumatisants.
ruinée, où tous les ans, le jour de la Saint-Georges, se rassemble toute la noblesse franc-comtoise, pour célébrer ce jour par des cérémonies religieuses et de joyeuses fêtes. Cette institution remonte, dit-on, aux environs de Tan du Christ 1370 (1).
(1) Nous avons sur Rougamont (auj. chef-lieu de canton de l'arrondisssement de Baume) et sur son château un document de 1541, qui est donc contemporain de ce livre : c'est un acte de reconnaissance des droits du seigneur, qui était alors René de Nassau. Il décrit la ville, ses murailles et son église, mais ne dit pas, comme C, que le bourg ait été ruiné. Pourtant il devait porter en effet de nombreuses marques des terribles dévastations que lui avaient fait subir les Suisses en 1476 et les Français en
L'association des Chevaliers ou Chevalerie de Saint- Georges fut fondée à Rougemont en 1440 par Philibert de Molans. Possesseur de reliques de saint Georges données par Edouard III d'Angleterre au roi Jean de France (et dérobées à Charles VI par son valet de chambre qui les avait données à notre gentilhomme), possesseur aussi de reliques de la Passion qu'il était allé chercher en Terre-Sainte en 1433, il les déposa dans une chapelle qu'il fit élever dans une église qui dépendait du chàteau-fort de Rougemont. Son voyage d'outre-mer lui avait donné assez de prestige pour qu'il pût prendre l'initiative de grouper autour de ces reliques, en une confrérie, la noblesse franc-com- .toise. Cette confrérie, fondée sur le modèle de celles qui existaient déjà dans le duché voisin, se réunissait le 23 avril, jour de la fête de saint Georges, et des services étaient célébrés ce jour et le lendemain en l'honneur du saint, de Notre-Dame, du St-Ësprit et des trépassés. Les chevaliers se devaient mutuelle assistance, et s'engageaient à ne pas faillir à l'honneur et à ne pas rester plus d'un an sous le coup d'une sentence d'excommunication. Le chef annuel s'appelait ^a/onnter. De 1550 à 1562, les bâtonniers furent Claude de Scey, Marc de St-Moris, Guyot de Montureux, Gérard d'Aroz, Guyot de Vaudrey, Nicolas de Montmartin, Claude de Leugney, Thiébaut de St-Moris, Claude de Vaudrey, Henri de Pierrefontaine, Guillaume de Citey, Aimé de Balay et Jean de Laviron. — Au temps de la Réforme, la confrérie devint un puissant adversaire de l'hérésie, et elle se dressa contre la confrérie protestante de Ste-Barbe. C'est depuis
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Gy, où le petit peuple est large et n'est point méprisable, et dont le territoire est d'une inépuisable fécondité : car il produit du vin qui rivalise en qualité avec celui de Besançon et qui est tout aussi recherché . Ce vin est transporté en Allemagne, non pour être vendu au public, mais pourFusage personnel des grands et par leurs soins. Jkrôme [sic) de Busleiden, archevêque de Besançon, y a construit des toui's élevées et un château de la plus grande beauté (1).
la guerre de Dix Ans que les chevaliers de Si-Georges cessèrent de se réunir à Rougeuiont. Ils s'assemblèrent ensuite à Vesoul, à Salins et à Besançon au couvent des Grands-Carmes. Dispersés pendant la Révolution, les derniers chevaliers de St-Georges essayèrent de renouveler leur association après le rétablissement de la monarchie ; mais cette tentative fut éphémère ; le dernier des gouverneurs, le marquis de St-Mauris, n'avait plus qu'à écrire l'histoire de la Chevalerie défunte.
Rougemont possède encore la maison de Philibert de Molans. Au 18^ s., elle abritait huit ménages. Dans la grande salle, il y avait une petite chapelle qu'on fit disparaître vers 1772 (Bibl. de Besançon, Mss., Coll. Dunand, vol. 23, f» 76). Aujourd'hui, elle ne se distingue plus guère que par sa vétusté et son extrême délabrement, parmi des vestiges d'architecture des 13«et 14* s.
Sur R., cf. Ch. Thuriet, Etude historique sur le bourg de B. (dans Mém. Soc. d'iimul. du Doubs, 1876). — Sur la Chevalerie de St-Georges, les sources imprimées anciennes sont Gollut (p. 953-965), Dunod, Nobiliaire de Bourgogne, p. 272-276. Les sources modernes, plus exactes et plus complètes, sont: Le marquis de St-Mauris, Aperçu succinct sur l'ordre des chevaliers de St-Georges, Vesoul, 1833, et surtout Castan, Les origines de la chei>alerie franc-comt. de St-Georges {Mém. Soc. d'Em. du Doubs, 1883) et La provenance anglo-française du reliquaire primitif de la chevalerie fr.-comt. de Saint- Georges (id., 1886; avec la liste des bâtonniers). Sur son rôle au temps de la Réforme, cf. Ed. Clerc, Histoire des Etats généraux... (Mém. Soc. d'Em. du Jura, 1878, p. 208).
(1) Gy, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gray. — Gollut (p. 83) loue à son tour les vins de Gy, qui sont « trèsbons ». Au 18*-' s., le P. Joly dit que ses « vins rlairets sont estimés. »
Morey-le- Vignoble, qui nous a donné les frères Pierre et François Richardot, chanoines à Saint-Jean de Besançon, hommes d'une érudition solide, et honores de toute Testime qu'elle peut procurer ; l'un des deux, Pierre, mon ami singulièrement cher, enlevé avant l'heure par une mort cruelle, méritait bien une vie plus longue, si Dieu l'avait voulu ; sa destinée m'a causé bien de la peine (1).
^uchdiux {Dictionnaire..., t. I«r, p. 336), écrivant avant l'invasion du phylloxéra, évalue à 40.000 hl. la récolte annuelle du vignoble de Gy {A la p. 337, n. 1, il cite un passage de Gollut sur l'abondance de la récolte du vin en 1448, mais il attribue à Gy en particulier un fait que Gollut donne comme général en Fr.- C). Le château de Gy était avant le 10« s. la propriété des archevêques de Besançon. Pris et démoli en 1259 par les seigneurs franc-comtois soulevés contre l'archevêque Guillaume de la Tour, rebâti par lui, défruit de nouveau en 1389 par le duc de Bourgogne, il fut. réédifié 30 ou 40 ans après par Quentin Ménart, qui y mourut, et non par François (que G. appelle toujours Jérôme) deBusleiden. Quand les archevêques de Besançon avaient des démêlés avec la commune, c'est là qu'ils transportaient leur cour d'officialité, et c'était une grosse punition qu'ils infligeaient ainsi aux Bisontins, car bien des gens vivaient des causes qui s'y plaidaient. Aussi, au temps d'Antoine de Vergy, voit-on la commune, victime d'un de ces déplacements, faire appel comme d'abus à l'empereur, lequel, en 1520, enjoint a l'archevêque d'avoir à rétablir à Besançon sa cour d'officialité. Le château de Gy fut en partie reconstruit et embelli notablement par le cardinal de Choiseul. Il est actuellement propriété privée.
(1) J'ai donné p. 24, n. 1, quelques détails biogr. sur François Richardot. Gastan a publié (xMém. Soc. d'Em. du Doubs, 1891, p. 17) le fac-similé d'une gravure du temps qui nous fait connaître ses traits et nous donne la date de sa mort, 26 juillet 1574. — Pierre était son aîné. Il avait fait partie dès 1534 du chapitre métropolitain de Besançon, et il était mort en ce lieu le 25 décembre 1541. Il avait été inhumé en l'église Saint-Etienne (^/wcriptions..., ddiïis Mé/n. Acad. de Besançon, 1880).
< La place de > Marnay (1).
Chariez, où les Franciscains ont encore une maison (2).
Montbozon < sur TOgnon, dont le château est en ruines, et où il a y un couvent de Jacobins. C'est la patrie de mon ami Guillaume Marius (3) >.
(3) Marnay est aujourd'hui un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gray. — C'était en efTet jadis une place forte, dont les murailles avaient été élevées dans la seconde moitié du 14« s., aux frais de Jean II de Chalon-Arlay (Suchaux, Dictionnaire, t. II, p. 50). Au S. avait été une vieille forteresse où Joinville, fils de Béatrix de Bourgogne, dame de Marnay, avait passé sa première enfance. Peu d'années avant G., elle avait été remplacée par une demeure princière, qu'avait édifiée Laurent de Gorrevod, baron de Marnay, grand-maître de la maison de Charles-Quint (J. Gauthier, La khc de château en Fr.-C. au 11* siècle^ dans Mém. Acad. de Besançon, 1901). — En 1637 Marnay « arresta quelques iours Weymar » (Gir. de Nozeroy, p. 174).
(4) Ghariez, commune du canton de Vesoul. — Le couvent des Franciscains (Cordeliers) de Chariez avait été fondé au début du 15* s. par un religieux de Dole. La première pierre en avait été posée en 1417 par Thiébaut de Rougemont. L'emplacement en est occupé aujourd'hui par une maison de campagne appartenant à un commerçant de Vesoul.
(5) Montbozon, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Vesoul. — L'institution du couvent des Jacobins était antérieure à l'époque de Philippe-le-Bon (Suchaux, Dictionnaire..., t. II, p. 84). — Guillaume Marius n'est connu de moi que comme ami de C. et comme poète latin. Il reste de lui plusieurs petites pièces de vers que C. a publiées à Bâle chez Robert Winter en 1557, avec des poésies de Claude Luc, Hugues Babet, Laurent Privey, etc. (Cf. p. 1, n. 1), et qu'il a données de nouveau dans son édit. de 1562 (t. ^^ p. 324, 421, 424, 425, 432 et 436). Trois sont dédiées à Cousin, à Adrien Morel et à Claude Frontin; l'une est consacrée à la bibliothèque deC, l'autre aux jaloux qui avaient critiqué la Description de la Fr.-C, la dernière au portrait de notre auteur.
Jonvelle, grande et ancienne place, dont les murailles sont branlantes de vieillesse (1).
Dans notre Comté, en divers en droits, les fruits mêmes se gardent fort longtemps sans se gâter et avec toute leur saveur. Quant aux hommes, ils sont forts, ont une santé florissante, et ne sont enlevés que par leurs propres excès ou par Teffet de l'extrême vieillesse. Un très grand nombre prolongent leur existence au-delà de cent vingt ans (2).
(1) Jonvelle, commune du canton de Jussey, arrondissement de Vesoul. — L'histoire en a été écrite dans un bon livre parles abbés Coudriet et Ghîitelet (Besançon, 1864). Ces auteurs font remonter l'existence de J. à l'époque gallo-romaine. Au moyenâge, J. était le chef-lieu d'une terre considérable; mais, placé aux confins de la Comté, de la Lorraine et du Bassigny, il recevait toujours les premiers coups des guerres, comme nous l'avons vu de Guiseaux, situé à l'autre extrémité de notre province. 11 avait été pour la dernière fois pillé et dévasté en 1476 par les Français et les Lorrains. On voit que ses murailles n'avaient pas été réparées . Aussi la ville ne put^elle tenir contre Tremblecourt, en 1595, ni contre Du Hallier et les Français en 1641. Pourtant « le chasteau estoit bon et bien remparé, et le « donion de structure telle que ny le canon ny les mines n'y « pouuoient rien par le dehors...; car, après que le Gaucher « l'eut rendu à Du Hallier qui le voulut desmolir, il faillut le « miner par le dedans et à toute peine put estre esbresché par « mine. » (Girardot de Nozeroy, p. 266). — « Deux portes qui « faisaient partie des murailles, les ruines du château, quelques « restes des remparts de la ville sont tout ce qui subsiste au- € jourd'hui de ses anciennes fortifications. » (Suchaux, Dictionnaire..., t. I, p. 367).
(2) « Nous hauons plusieurs lieux..., et principalement en la « montagne (où les délicatesses ne sont si grandes qu'elles sont « en noz pleines)... qui peuuent se parangoner [se comparer] au « meilleur et plus tempéré aer que l'on puisse treuuer. Aussi, « tout coustumierement, Ion y treuue les viellards, de six et sept « vingts ans [120 et 140 ans], qui trauaillent encor, et monstrent « une viellesse vcrde, forte et robuste, sans vices et incommo- « dites de gottes, et d'autres telles infirmités, qui accompagnent « les viellards iusques au tombeau. Et, ce qui est le plus admitt rable, c'est que la plus part de ces viellards sont pères de
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Il reste encore dans ce pays, j'en conviens, un certain noml)re de rivières, de lacs, de ruisseaux, de villes qui ne sont pas à dédaigner, ainsi que des châteaux heureusement placés sur des montagnes. Mais comme plusieurs de ces châteaux ont été ou abattus et rasés, ou à moitié incendiés, comme d'autres sont tombés en ruines et ne sont plus que de lamentables décombres, ils seront mieux à leur place et j'en parlerai aussi plus longuement, si Dieu me prête vie, dans mon livre De V illustrât ion et du rétablissement de l'ancienne Bourgogne, Dans ce livre, j'ai suivi, pour décrire toute la Comté, partie de la Gaule Belgique, sa division en juridictions et préfectures, en diocèses, comme dit Budé dans ses Forensia (1), < en boularchies, comme disent les Grecs, en bailliages enfin, suivant notre façon de parler, > et je l'ai divisée en trois régions, celle d'Aval, celle d'Amont et celle de Dole (2). Je lui ai donné la configuration suivante: àl'E., elleétage ses hauteurs jusqu'à la Suisse ; au S., elle se termine à la Savoie et à la Bresse; k l'O., elle est bornée par le duché de
a quatrième et cin(|uième lignée, et qui hont en leur verd eage « esté si fors que de [assez forts pour] leuer en ault, sans appuy « et sans aïde, que de leurs bras, soustenir un quart de quehue « de vin, et, en iceluy, boire à Tîiise, par le bondon. « (Gollut, p. 93).
(1) Le titre complet du livre de Budé est Gidielnii Bndaei consiliarii Régis libellorunique magistri in Prœtorio Forensia. Lutetiaî. Robert Esiienne, 1548. — C'est une sorte de traité sur le vocabulaire et le genre d'éloquence en usage au barreau. A la p. 77 est le passage auquel C. fait allusion : « On peut appeler « d'un seul mot, diœcetœ, tous les juges et préfets de provinces « que nous appelons baillis, sénéchaux, prévôts, — et diocèses « leurs préfectures ».
(2) Cette division est celle des trois bailliages entre lesquels était partagée la Fr.-C. au 16° s. : le bailliage d'Aval et le bailliage cr Amont, ainsi nommés de leur position par rapport à la Saône; entre les deux, le bailliage du Milieu ou bailliage de Dole.
héros, ses dieux et ses rois de jadis, les anciennes expéditions de nos ancêtres au dehors et à l'étranger, l'organisation militaire, les mœurs, les lois et les coutumes, les poids, les mesures et les monnaies, la religion, rinstruction et le costume.
< Je ne négligerai pas non plus ceux qui, une fois la religion du Christ reçue dans la province, se distinguant par leur piété, se sont toujours montrés très généreux envers l'Eglise. Je passerai aussi en revue les nombreux membres de cette famille qui, pour affirmer la foi du Christ, pour défepdre son Eglise, ont avec une admirable fermeté versé leur sang, et qui, pour la fermeté de leur foi et la sainteté de leur existence, ont été mis au nombre des saints (1). > Je dirai < encore > l'ancienne résidence des Bourguignons, comment ils ont quitté la Germanie inférieure et la Vistule pour émigrer sur le Rhin et en Gaule, comment ils ont fait de vastes conquêtes et fondé des royaumes puissants et des cités. J'ajouterai la grande transformation par laquelle la Bourgogne, longtemps soumise à des rois, après avoir vu disparaître l'autorité royale, se trouve aujourd'hui désignée par les titres de Duché et de Comté, et gouvernée par des princes qui l'emportent sans peine sur les autres ducs et comtes chrétiens. Il y a aussi bien d'autres détails, qui ne sont pas encore rebattus, et qu'il serait aussi utile qu'agréable de connaître, en première ligne les faits mémorables de notre époque, que je rapporte en ces Commentaires, dans l'intérêt de tous ceux qui étudient. Mais il est inutile de les indiquer ici (2).
(1) Les professeurs du Collège Saint-François-Xavier, de Besançon, ont écrit l'histoire de ces saints de Franche-Comté (Besançon, 1854, 4 vol.).
(2) Cet ouvrage n'a pas paru. Quelques années après la 2« éd. de ce livre, où C. renouvelait la promesse qu'il faisait déjà dix ans auparavant, Ortelius exprimait ainsi ses regrets qu'il ne l'eût pas tenue: « Plût à Dieu que G. n'eût pas trompé les
Bourgogne, et, au N., par la Lorraine et TAlIemagne supérieure. Enfin jV ajouterai la description et la topographie de Taneienne Comté, avec les noms anciens et les noms nouveaux des localités. Je dirai aussi ses Aussi bien, cette lettre, qui arrive à sa fin, m'empêche de m'étendre davantage. Si j'y ai tout effleuré en courant, comme le chien qui boit dans le Nil (1), si j'ai fait de tout mon sujet plutôt une esquisse à main levée, comme on dit, qu'une peinture, j'ai confiance pourtant, mon cher Babet, qu'elle vous suffira encore. Si vous trouvez cette description peu soigneusement travaillée parce que j'y ai employé, pour que tout soit plus clair, les noms de lieux vulgaires et en usage aujourd'hui, vous pourrez l'améliorer par votre travail. Vous aurez là du moins de quoi tendre tous les ressorts de votre esprit et de votre science : ces noms, qui sont nouveaux aujourd'hui, un jour deviendront vieux, car ceux qui aujourd'hui sont vieux furent nouveaux lui jour. Au reste, si j'ai chanté Besançon sur un petit chalumeau, j'espère que votre trompette fera bientôt retentir plus haut l'éloge de cette ville. < Quant à mon style, s'il ne
€ travailleurs dans leur attente ! Il nous avait promis un livre De « l'illustration et du rétablissement de l'ancienne Bou?'gOf*'ne, avec « la description géographique et les noms de lieux an(ùens et mo- « dernes : c'est en vain que nous l'attendons encore. » [Theatrum orbis terrarum, Plantin. 1570. Burgundiœ Comitatus). — Je lis d'autre part, dans l'édit. de la Bibliotheca de Gesner, donnée à Zurich en 1583 par J.-J. Frisius : « Que le Seigneur notre Dieu fasse que C. achève bientôt les livres qu'il a entre les mains, je veux dire ceux De l'illustration..., dont il nous a fait connaître le plan à la fin de sa Description de la Haute- Bourgogne... Que Dieu allonge sa vie, pour qu'il puisse terminer cette œuvre, et d'autres encore ! » (p. 286).
(3) Souvenir d'un détail donné par Pline l'Ancien dans son Histoire Naturelle : « Il est certain que les chiens ne lapent l'eau du Nil qu'en courant, pour ne pas procurer une occasion à l'avidité des crocodiles. » (VllI, 40).
satisfait point Toreille des doctes, je serais heureux qu'ils voulussent bien Taméliorer. >
Adieu, et aimez-moi, comme je sais que vous faites. Saluez de ma part François Richardot, et priez-le de me recommander respectueusement et amicalement au magnifique abbé de Luxeuil (1). Je suis heureux qu'HuM- BERT Jantet, juge de la mairie de votre ville (2), jouisse d'un tel crédit et d'une telle autorité sur les Bisontins, car il m'a toujours paru m'être affectionné : vous le saluerez affectueusement de ma part, ainsi que Louis Favernier, infirmier du couvent de Saint- Vincent (3), et son frère Paris. Je souhaite à Tornond, par-devant vous, la faveur de Diane (4). Quant à notre ami Munster (5), cet homme instruit que sa propre nature
(1) François Bonvalot.
(2) Voy. p. 27, n. 2. — Le texte a encore une épithète de sens très vague, primarius, qui doit être une banale qualification; haut placé, distingué.
(3) Louis Favernier (ou Fauvernier) était docteur en droit canon. Je le vois délégué, le 24 avril 1576, par Jean Velnot, prieur de Saint- Sauveur-sur- Vingeanne, comme vicaire de Velnot dans son prieuré. Il était encore, à cette date, infirmier de Saint- Vincent (Bibi. de Besançon, Mss., Recueils Boisot, 1214, fo 28).
(4) Texte énigmatique. Quel est ce Tornond ? Pourquoi lui souhaiter la faveur de Diane? Etait-il poète, artiste... ou lunatique, tout simplement? Il faudrait connaître tout cela pour pouvoir comprendre cette phrase.
(5) Sébastien Munster, géographe, hébraïsant et mathématicien allemand, était né en 1489. Il est célèbre surtout par Cosmographiae universalis îib. VI, in quibus juxta certioris fidei scriptorum traditionem describuntur. . . . Bvle, 1541. G 'est un de nos premiers atlas, avec texte explicatif abondamment illustré de cartes, de plans, de portraits et de scènes de mœurs. Il fut traduit presque immédiatement en allemand et en français, et j'ai donné p. 32 un extrait d'une traduction française de 1565. L'édition latine de 1550 porte au vo du titre un curieux portrait de Munster avec l'inscription : S(ebastianus) M(unsterus) anno fvtaùs
incline à rendre service aux travailleurs, il importe qu'il vienne enfin faire avec les autres rornement de notre pays : insistez sans relâche auprès de lui.
Encore une fois adieu, adieu!
suœ 60. A la p. 130 de la même édit., il y a un beau portrait d'Erasme.