‹ La frileuseChapitre 12 sur 79 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

elle m’a accueilli avec une bonté... qui fait que, près d’elle, on se sent entraîné... séduit... Impossible de ne pas l’adorer!

LA DUCHESSE, se levant vivement.

J’espère que vous n’avez pas eu cette audace?

GALAOR

Moi!... Qu’elle pensée!... (a part.) J’allais faire fausse route. (Haut.) J’avais, contre de tels dangers, des souvenirs cruels et vivaces que rien n’a pu effacer... et, pour moi, le passé est la sauvegarde du présent !

11 suffit! Pas un mot de plus... Ecoutez-moi. Je m'indigne depuis longtemps des plaisanteries continuelles qu’on se permet en Europe, sur le nombre et sur le peu d'importance des petits princes d’Allemagne ; mais le moyen de s’agrandir, quand on n’a pas deux ou trois cent mille hommes pour chercher à ses voisins quelques querelles d’allemand? Je me suis dit alors, que si, par exemple, un Brunswick épousait une Wolfenbuttel; que si, plus tard, leurs enfants épousaient * quelques princes ou princesses de Reuss, de Souabe, ou de Gotha, on arriverait ainsi, sans guerre, sans bataille, et par de seules conquêtes matrimoniales, à composer avec des fractions de principautés un royaume complet. Vous comprenez ?

GALAOR

Très-bien !

LA DUCHESSE

C’est là le but de ma politique. Four commencer, j’ai résolu de marier le grand-duché de Brunswick avec la principauté de Wolfenbuttel... dans la personne du prince Max, mon neveu, et dans celle de Thécla, ma pupille.

GALAOR

Je n’y vois pas d’obstacle.

LA DUCHESSE

Il y en a pourtant, et de très-grands. Quant à ma pupille, je lui ai dit : « Je veux. » Cela suffit, elle obéira. Elle sait que je ne reviens jamais sur mes décisions. Pour mon neveu, c’est plus difficile. J’ai tellement soigné son éducation, je lui ai donné, dans ce siècle démoralisé, des goûts si chastes, des principes si rigides, qu’il n’aime que la science et la stratégie, ne pense à aucune femme, et a pris le mariage en horreur/

GALAOR, gaiement.

En vérité?

LA DUCHESSE, avec embarras.

11 faudrait maintenant... et moi, je ne le peux pas... détruire en partie mon ouvrage... lui prêcher d’autres préceptes... le rendre moins sauvage... moins rigoriste... enfin, moins vertueux... et j’ai songé à vous.

GALAOR

Alu quel honneur!

LA DUCHESSE

Si vous parvenez à le décider à ce mariage...

GALAOR

Eh bien?...

LA DUCHESSE

Le jour où il y donnera son consentement, je paye toutes vos dettes, à commencer par celle de Fallemberg; je vous accorde le titre de comte, et, de plus, la clef de premier chambellan.

GALAOR

Ah! madame...

Vous savez que le feu duc, mon mari, m’a nommée régente de cette principauté, jusqu’au jour où son neveu, le prince Max, aura atteint sa grande majorité.

GALAOR

C’est-à-dire sa vingt-cinquième année.

LA DUCHESSE

Et il n'en a que vingt-trois. J’ai donc encore deux années devant moi, pour mener à bonne fin mes desseins politiques, punir ceux qui me trahissent, et récompenser ceux qui me servent.

GALAOR

Votre Altesse peut se reposer sur mon zèle et mon expérience. Dès que vous daignez compter sur moi pour rendre le prince mauvais sujet...

• LA DUCHESSE, vivement.

Je n’ai pas dit cela.

GALAOR

Moins vertueux, ce sont vos expressions; je demande à être seul juge des moyens à employer.

LA DUCHESSE

Si ma moralité peut les accepter.

GALAOR

Nous aurons d’abord à la cour des soirées, des réceptions, des concerts...

LA DUCHESSE

Un instant!

Opéra et ballet deux fois par semaine.

LA DUCHESSE

Permettez...

GALAOR

Et, par mois, quatre grands bals où vous inviterez les plus jolies femmes de la résidence.

LA DUCHESSE

Mais songez donc, baron... Taisez-vous, c’est le prince, mon neveu. Le voici, enfin!

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