LA DUCHESSE, GALAOR
LA DUCHESSE
Approchez. Où avez-vous passé le temps de votre exil?...
GALAOR
En France, madame.
LA DUCHESSE
Pays immoral qui vous convenait. Pourquoi l’avez-vous quitté?
GALAOR
Faut-il dire la vérité?
LA DUCHESSE, sévèrement.
Toujours 1
GALAOR
On ne voulait plus m’y faire crédit.
LA DUCHESSE
Vous avez donc conservé vos anciennes habitudes?
GALAOR
Olli, madame. (La regardant avec expression.) toutes !
* Galaor, la graiide-durbeSsc.
LA DUCHESSE
Celle de faire des dettes, car ici vous en avez laissé.
GALAOR
C’est possible ; j’ai tout oublié. (Avec émotion.) Hors un seul souvenir !
LA DUCHESSE, sévèrement.
Vous devez, d’abord, et depuis longtemps, quarante mille florins à M. de Fallemberg, mon secrétaire intime, qui m’en parlait ce matin, et peut-être d’autres dettes encore...
GALAOR
Quand Votre Altesse l’ordonnera, je n’en aurai plus.
LA DUCHESSE
Comment cela?
GALAOR
Le jour où elle daignera les paver!
LA DUCHESSE, lentement.
Je ne dis pas non.
GALAOR
O faveur inespérée!
LA DUCHESSE
Silence! (un temps.) Vous étiez, il y a huit jours, aux eaux de Bade ?
GALAOR
Oui, Altesse.
LA DUCHESSE
Vous y avez vu ma jeune pupille, la princesse Tbécla de Wolfenbuttel?
GALAOR
Oui, Altesse.
LA DUCHESSE
Feu mon mari, qui était son tuteur, m’a laissé tout pouvoir sur elle, et c’est à moi seule de disposer de sa main et de ses Etats.
GALAOR
Je comprends... Votre Altesse veut faire un choix.
LA DUCHESSE, sèchement.
11 est fait. (Après un instant de silence.) Comment tl'OUVez-VOUS la princesse?
GALAOR, à part.
Est-ce qu’elle aurait, par hasard, des idées sur moi?
LA DUCHESSE, impérieusement.
Comment la trouvez-vous?
GALAOR, vivement.
Charmante! adorable 1 Une grâce, un esprit... Elle a beaucoup des manières de Votre Altesse... surtout une affabilité...
LA DUCHESSE, gravement.
Trop grande! C’est un défaut.
GALAOR
Dont je ne puis me plaindre; car, pendant ces huit jours,